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  • : Propos maçonniques
  • : 25/02/2008
  • : Puissent ces quel-ques propos témoigner de la permanence de la recherche d'une vérité fuyante et incer-taine, accaparée par ceux qui, prétendant la détenir, voudraient l'imposer, même par la tyrannie. Ce blog n'engage que ses auteurs. Il est dédié à tous les frères et soeurs, orphelins d'un projet maçonnique exigeant et cohérent, pour des lendemains à repenser, à rebâtir, à rêver.

Compaignons de Pantagruel

Comment Panurge, Carpalim,
Eusthènes et Epistémon,
Compaignons de Pantagruel,
déconfirent six cents soixante
Chevaliers bien subtilement.
Rabelais - Pantagruel Ch. 25.

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Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /2010 17:55

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Maj  26.01.10 *
 

Par Eusthenes - Recommander - Communauté : Franc-maçonnerie
- Publié dans : Le Blog
Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /2010 16:50

1 - Paroles dégelées

RabelaisLa tradition fait naître François Rabelais en 1394 à la Devinière, à une portée de fusil de l'Abbaye de Seuilly, où il acquiert les premiers rudiments scolaires. Il trace dans Gargantua une joyeuse satyre de ses  premières études et de la théologie scolastique qui lui a été infligée au cours de son noviciat de moine franciscain.

Après avoir jeté son froc de moine pour prendre celui de prêtre séculier, Il se fait inscrire à la faculté de Médecine de Montpellier. Puis il part à Lyon, comme médecin, à l'Hôtel Dieu de Notre Dame de la Pitié du Pont du Rhône.
Mais son poste de médecin et ses recherches de savant lui rapportent peu. Il n'est donc pas riche.

En lisant les Chroniques du Grand et Enorme Géant Gargantua, il songe alors qu'il s'est vendu en deux mois plus d'exemplaires de ce petit livre qu'il ne sera acheté de Bibles en neuf ans et qu'il écrirait lui-même sans grande peine un ouvrage du même billon. Il prend donc comme héros le fils même de Gargantua, qui vient d'avoir tant de succès. Ainsi naît Pantagruel ...

Paroles dégelées

"J'ai lu quelque part, qu'un philosophe nommé Pétron pensait que plusieurs mondes se touchaient entre eux et formaient un triangle équilatéral au centre duquel se trouvaient le séjour de la Vérité, ainsi que les représentations de toutes les choses passées et futures ... Il me souvient aussi qu'Aristote pensait que les paroles volent et sont donc animées. Aussi, lorsqu'elles sont prononcées par un rude hiver, elles gèlent, se transforment en glace, et personne ne les entend plus. Ainsi, ce que Platon enseignait aux jeunes gens le comprenaient-ils à peine au soir de leur vie ... Il conviendrait donc de nous demander si nous nous trouverions ici dans un lieu où de telles paroles peuvent dégeler".

C'est ainsi que Rabelais nous raconte, au chapitre LV du Quart Livre, comment Pantagruel entendit en haute mer diverses paroles dégelées ... Voici donc un livre qui n'est pas l'œuvre d'un bouffon, ni d'un farceur trivial, mais bien celle d'un génie raffiné qui raillait le genre humain et la crédulité de ses espérances. Un génie, qui pour découvrir l'idéal humaniste, avait affranchi sa conscience du pouvoir millénaire de la pensée médiévale, en prenant délibérément position sur la rive opposée de la culture officielle, en se mettant toutefois à couvert sous le masque du carnaval et de la folie, comme il le fait assez bien comprendre lui-même dans son prologue :

"Les Silènes étaient jadis de petites boîtes comme on en voit à présent dans les boutiques des apothicaires et sur lesquelles étaient peintes des figures amusantes et frivoles et autres images semblables, pour inciter les gens à rire, à l'instar de Silène, maître du bon Bacchus. Mais à l'intérieur, on conservait de précieux ingrédients comme le baume, l'ambre gris, l'amome, le musc, la civette, les pierreries et d'autres choses de grande valeur ... A votre avis, pourquoi ce coup d'envoi ... C'est (parce) qu'il faut ouvrir ce livre et peser soigneusement ce qui y est exposé. Vous verrez alors que ce que ce que vous y découvrirez, est bien d'autre valeur que ne le promettait la boite ...". - Prologue de Gargantua.


Là où il ne trouve pas encore, Rabelais entrevoit, promet, dirige. Il est l'un des créateurs de la Nouvelle Littérature et probablement le plus démocratique de ses chefs de file, visant à un rejet de toute forme d'intolérance et à la primauté essentielle de l'Homme, par le respect de son éminente dignité et de sa féconde Liberté.

Un géant du rire

Mais, que peut-on dire de sérieux sur Rabelais dans notre langage sérieux ? On ne saurait parler de lui quand on ne parle pas comme lui. Et seul Coluche aurait osé dire quelle partie de lui-même Grandgousier se chauffait à un clair feu de bois, ou celle que Gargantua avait inventé de se torcher d'une manière révélatrice. Alors, que faire d'un géant du rire, dont le langage est la substance et l'ivresse ? Que faire de celui par qui le scandale arrive, mais qui seul, avec Molière peut-être, soutient la comparaison avec quelques géants étrangers ? Et surtout, comment aborder une réflexion sur Rabelais avec un regard résolument tourné vers le futur ?

Peut-être en se demandant pourquoi il est impossible d'éviter de réfléchir son propre portrait dans le miroir qu'est par définition un chef-d'œuvre. Car il n'existe aucun lecteur sérieux qui n'ait trouvé, dans les silènes, autre chose que sa propre image. Voilà qui place l'œuvre de Rabelais au cœur du véritable étonnement philosophique, au chapitre des miroirs...

Et l'on peut se demander si la question du miroir n'est pas précisément la question fondamentale de la littérature.  Car la véritable question est bien de savoir comment est construit un chef-d'œuvre, en forme de miroir. Et l'on essayera donc d'observer comment le miroir est construit, en tant que lieu spéculaire des métamorphoses de notre propre moi symbolique.

Je ne bâtis que pierres vives

Ainsi Rabelais décrit-il lui-même ceux à qui ses livres sont dédiés : "Les beaux bâtisseurs de pierres mortes ne sont pas écrits dans mon livre de vie. Je ne bâtis que pierres vives, ce sont les hommes" ... Ainsi le rôle de l'œuvre est-il d'engendrer ses propres lecteurs. Et Pantagruel, géant de la soif, engendre une soif inextinguible :

"Et n'ayez pas peur que le vin manque, comme aux noces de Cana en Galilée, autant vous en tirerez au fausset, autant j'en entonnerai par la bonde. Ainsi le tonneau restera-t-il inépuisable. Il possède une source vive et un courant intarissable ..."
- Prologue du Tiers Livre.


Portrait de Rabelais par un peintre anonyme, 
D'après un portrait du XVIIème siècle de Ecole française - Musée des Beaux-Arts d'Orléans.

                                                                                                                              
 
Maj 18 01 10 *

Par Eusthenes - Recommander - Communauté : Franc-maçonnerie
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Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /2010 16:45

2 - L'oracle de la Dive Bouteille

deviniereThélème, l'utopie humaniste

Le long de la Loire, passés Langeais et Bréhémont, à deux lieues de la grande forêt de Port-Huault, se trouve le Pays de Thélème. Thélème ! L'allégorie qui termine le récit de Gargantua, l'Utopie Humaniste qui peut apparaître comme un retour possible à l'âge d'or. Toute la vie (des Thélémites) était régie non par des lois, des statuts ou des règles, mais selon leur volonté et leur libre arbitre. Et leur règlement se limitait à cette clause : 

                     FAIS CE QUE TU VOUDRAS.

Et grâce à cette liberté, ils rivalisaient d'efforts pour faire tous ce qu'is voyaient plaire à un seul.
Mais toute grande pensée, tout grand effort se concluent nécessairement par un échec. Sinon, ce serait le signe d'ambitions bien modestes et bien confortables.

Je ne vous citerai pas la liste de tous ceux qui ne sont pas invités à entrer dans l'Abbaye de Thélème. Elle sert en effet trop souvent à ceux qui veulent se donner l'air, sans en avoir l'air, de jouer les coquins affranchis des bons usages en loge et qui démontrent même parfois, par le tracé géométrique du théorème de Pythagore, que la loge est bien un microcosme où tout se passe, sans que rien ne se passe.

Je vous citerai plutôt ceux qui sont invités à y entrer par l'inscription qui se trouve sur la grande porte de l'abbaye :

"Entrez ici, vous qui prêchez le Saint Evangile d'un esprit non débile... En ce lieu sont accueillis les Grands de ce monde et les gens simples du Peuple. Vous y serez mes intimes, mes familiers, mes aimables compagnons. Entrez aussi, Dames de Haut Parage, en ce lieu est le séjour d'honneur" ...

Deux siècles plus tard, à l'aube de la Révolution, Condorcet dira :

"Il faut accorder aux femmes une éducation semblable à celle que l'on dispense aux hommes. Le génie féminin ne se borne pas à la maternité. La femme peut accéder à toutes les fonctions. Seule l'injustice et non la nature lui interdit le savoir et le pouvoir" ...

Mais malgré le droit de vote et les déclarations d'intention, il sera sans doute nécessaire, même en franc-maçonnerie, d'attendre encore un certain temps, avant de constater une réelle évolution de certaines mentalités.

L'oracle de la Dive Bouteille.

Je veux me marier, dit un jour Panurge à Pantagruel. Mais faut-il se marier au risque d'être cocu ? Pour le savoir, les deux compères font appel à la divination. Mais ni les dés, ni la Sibylle de Panzoult, ni l'astrologie, la théologie, la philosophie, ni même les fous ne sont en mesure de leur apporter une réponse satisfaisante.

C'est donc en désespoir de cause que les deux amis décident d'aller consulter l'Oracle de la Dive Bouteille. Après de longues navigations, racontées dans le Quart et le Cinquième Livres, ils arrivent enfin à l'île désirée. Là, ils descendent sous terre par quatre niveaux et découvrent à la porte du Temple deux plaques portant les inscriptions suivantes :

               "La Destinée mène celui qui consent, tire celui qui refuse" 
               "Toutes les choses se meuvent à leur fin"
...


Dans le Temple, éclairé par une Lanterne admirable, ils sont conduits par la Vénérable Pontife Bacbuc vers une belle fontaine dont l'eau a le goût de vin, selon l'imagination des buveurs. Puis Panurge est présenté devant la Dive Bouteille et c'est alors qu'il reçoit le MOT : "Trinch !".

"Tel est, dit Rabelais, le mot le plus joyeux et le plus divin que l'on puisse entendre : "Buvez !" Car boire est le propre de l'Homme. Mais non pas boire simplement et absolument, car les bêtes boivent aussi bien. Car dans ce vin là est caché la vérité et il a ainsi le pouvoir de remplir l'âme de toute vérité, de tout savoir et de toute philosophie".

Le Grand Pan

Leur voyage terminé, les deux amis sont invités à : "Aller, sous la protection de cette sphère spirituelle, dont le centre est partout et la circonférence nulle part, que nous appelons Dieu" - fin du voyage et du Cinquième Livre.

"C'est le Grand Pan, le Bon Pasteur, qui éprouve non seulement de l'affection pour ses brebis, mais aussi pour ses bergers. A sa mort, il y eut des plaintes et des lamentations dans toute la machine de l'Univers. Car selon l'interprétation qui est la mienne ce Pan, très bon et très grand, notre unique Sauveur, mourut près de Jérusalem, sous le règne de Tibère César" - Quart Livre, chapitre XXVIII.

Ainsi, le Grand Pan est mort et il a emporté La Parole. C'est Rabelais qui le dit. Nous pouvons donc le croire sur Parole.

Prenez et buvez …

La Devinière - Maison natale de Rabelais


Maj 18 01 10 *
Par Eusthenes - Recommander - Communauté : Franc-maçonnerie
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Lundi 11 janvier 2010 1 11 /01 /2010 13:58

Jlg1Au  plus  creux de la vague,  dans les cœurs  serrés par les angoisses du siècle, un élémentaire besoin de rêve demeure toujours... C'est alors que paraît un mince livre exprimant en quelques pages très simples cette faim d'évasion, de beauté et de bonté.

Après la mort des illusions, Saint-Exupéry, illuminant la nuit française, nous a apporté en 1942 le Petit Prince. En Angleterre, quand l'Empire et la morale de Victoria croulent sous les bombes de la Luftwaffe et l'arrivée des G.I., Paul Gallico publie Snow Goose. Aujourd'hui, d'une Amérique désemparée par le sexe, le matérialisme et l'inquiétude, nous arrive Jonathan Livingston le Goéland de Richard Bach. Trois grands petits livres, trois timides rayons de soleil dans l'ombre des orages, écrits tous trois par des aviateurs. Ce n'est pas une coïncidence ...

Le Petit Prince aura bien plus marqué ma génération que Citadelle, Vol de Nuit ou Terre des Hommes. Les trente et une pages du Snow Goose de Paul Gallico feront pleurer l'Angleterre héroïque et désespérée de 1940.

Le Petit Prince, par la limpidité classique du style, l'architecture de l'histoire, la simplicité poétique, immaculée des images, est français, purement français, accessible aux autres en tant que tel. Jonathan le Goéland est universel, quelles que soient la philosophie, la race ou la religion du lecteur ... C'est pourquoi un tel livre est si rare.

Après trois ans de clandestinité au sein de cercles restreints de lecteurs initiés, Jonathan Livingston le Goéland est apparu au grand jour. J'avais lu. il y a bientôt dix ans. Stranger to the Ground … Richard Bach, pacifique rêveur, doux poète, enfermé par l'amour du ciel dans le poste étroit d'un chasseur à réaction F-84-F, refusait déjà la haine imposée, se débattant entre ces loyautés aux lois et aux conventions qui sont parfois contradictoires avec celles du cœur … Ce texte nous laisse entrevoir Richard Bach, homme de bonne volonté, étranger sur terre, pilote et écrivain.
Ijlg02
Il ne reste plus qu'à lire son Jonathan le Goéland avec le cœur, omme on lit une parabole d'Évangile, et se sentir peut-être ensuite un peu meilleur.

Pierre Clostermann - Le Chesnay, janvier 1973.                            
Extraits de la préface à l'édition française - flammarion 1973.                                                        Le scénario
   



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JLG-libreblogLes contes, comme les symboles, cachent des vérités derrière des images. Dans ce conte initiatique, la Quête éperdue de la liberté exige le perpétuel surpassement de soi et conduit à l'amour absolu de ses semblables, résumé par ces quelques mots de Jonathan à son élève Fletcher : "Aime les comme ils sont" ...

L'histoire de Jonathan Livingston le Goéland  nous interpelle particulièrement, si l'on veut bien voir, dans l'initiation, la traversée des épreuves à travers lesquelles l'être humain met à nu, lentement, cette étincelle qui est en lui et qui, une fois révélée, éclaire l'univers et lui donne un sens. On y retrouve, toutes les étapes qui blasonnent l'itinéraire maçonnique, jusqu'à la "mort symbolique" de Fletcher au terme de son apprentissage.
                                                                      Photographie de Jordi Olavarrieta - flammarion 1981

                             

 



Adapté du roman de Richard Bach, le film nommé aux Oscars, est d'une incroyable beauté et réellement magique. La musique originale, de Neil Diamond, constitue un véritable enchantement et a reçu un Grammy et un Golden Globe.
                             

 



 

 


                                            
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Maj 12 01 10
Par Eusthenes - Recommander - Communauté : Franc-maçonnerie
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Jeudi 7 janvier 2010 4 07 /01 /2010 10:00

Comment j'ai perdu mon identité nationale, par Michka Assayas 
  
           Avez-vous lu cette tribune publiée dans le Monde du 30 Décembre 2009 ?
           Non, on ne fait pas un cauchemar, c'est bien la réalité d'aujourd'hui ....


LE MONDE | 30.12.09 | 14h20  •  Mis à jour le 30.12.09 | 14h20   Lire l'article

Extraits

Nicolas Sarkozy écrit que "le sentiment de perdre son identité peut être une cause de souffrance profonde" (Le Monde du 9 décembre). Il ne croit pas si bien dire. L'histoire que j'ai vécue n'a rien d'exceptionnel. Depuis environ quatre ans, elle a touché des dizaines de milliers de nos concitoyens. Le mécanisme est simple. Vous êtes français de naissance. Votre passeport délivré avant 2005 arrive à échéance, vous l'avez perdu, abîmé ou encore vous vous l'êtes fait dérober.

Muni du titre d'identité périmé ou de la déclaration de perte, vous allez à la mairie ou à l'antenne de police de votre arrondissement. Vous remplissez un formulaire. Il vous faut indiquer l'état civil et le lieu de naissance de vos deux parents. Un fonctionnaire vérifie qu'ils sont bien nés en France. Si c'est le cas, il applique la procédure susceptible de vous faire obtenir, après vérifications, un nouveau passeport dit "sécurisé". Dans le cas contraire, il la bloque.

Il y est obligé par le décret n° 2005-1726 relatif aux passeports : vous avez beau être français, né en France, y avoir toujours vécu, travaillé et voté, vous y être marié, y avoir eu des enfants, avoir régulièrement reçu des papiers d'identité, cela ne vous autorise en rien à obtenir un nouveau titre "sécurisé". Si l'un de vos deux parents au moins est né à l'étranger, une nouvelle contrainte vous incombe : fournir la preuve qu'il est (ou était) bien français.

Mais ne croyez pas que, si vos parents se sont mariés en France, qu'on leur y a délivré un livret de famille et des cartes d'identité, cela suffise. Selon les nouvelles règles, cela ne préjuge en rien de leur nationalité ni, à plus forte raison, de la vôtre. Peut-être les administrations anciennes ont-elles fait une erreur ...

Il vous appartient donc de produire un acte d'état civil établissant la source de leur nationalité. Sinon, vous n'obtiendrez pas de "certificat de nationalité française", le seul acte permettant la délivrance d'un titre d'identité "sécurisé". Telle est la situation faite aux Français dont un parent est né à l'étranger : on les met en demeure de prouver par leurs propres moyens que l'administration française ne s'est pas trompée en conférant la nationalité française à ce parent. Sinon, interdit de quitter le pays.

Et ce, en vertu du décret d'application d'une loi que le gouvernement Villepin, dont
Nicolas Sarkozy était le ministre de l'intérieur, a fait voter en 2005 par l'Assemblée nationale. Une loi grâce à laquelle les responsables de l'administration ont enfin la possibilité de remettre droit ce que leurs prédécesseurs, depuis un siècle, voire plus, avaient laissé tordu. Je ne vais pas m'étendre sur mon cas … (Il) est loin d'être le pire.

Des dizaines de milliers de Français ont été mis en demeure de prouver qu'ils étaient français. Des témoignages comme le mien abondent depuis deux ans dans les journaux ou sur Internet : retraitées de l'éducation nationale à qui l'on interdit de rendre visite à des frères et sœurs malades à l'étranger, militaires risquant leur vie pour la France, dont les parents ont eu la mauvaise idée de naître en garnison à l'étranger, considérés comme apatrides, employés d'entreprise que l'on empêche de partir pour l'étranger où un travail les appelle, étudiants qui ne peuvent se présenter à des examens, avocats qui ne peuvent prêter serment.

A tous, tous les jours, on refuse des papiers. On leur interdit de circuler, de travailler, en un mot de vivre, comme tous les Français. Certains voient leur situation débloquée au bout de six mois ou un an, d'autres jamais …

Je ne suis pas juriste. Cela ne m'empêche pas de savoir lire le code civil : selon son article 2, "la loi ne dispose que pour l'avenir ; elle n'a point d'effet rétroactif". Or l'application de cette loi, dont le décret n° 2005-1726 est l'expression, est, de fait, rétroactive. Vous êtes né français, vous l'avez toujours été et, un jour, crac : un service administratif vous notifie que vous ne l'êtes plus, et que, donc, vous l'avez été à tort, et vos parents aussi. Alors que vous n'avez commis aucun crime ou délit. Ce n'est peut-être pas l'esprit de la loi, mais c'est un effet mécanique de son application. Ce déni d'un principe ancestral du droit français ne semble pas troubler certains fonctionnaires …

Dernière question : la loi de 2005 prévoit des exceptions. C'est ce qu'on appelle "la preuve par la possession d'état de Français". En clair, s'il est avéré que votre père ou votre mère ont été français "de façon constante", la loi permet à l'administration de vous délivrer, à titre exceptionnel, un titre d'identité "sécurisé".

Interrogé par des députés de l'opposition comme de la majorité sur cette question, le ministère de l'intérieur semble encourager ces exceptions et des circulaires rappellent aux fonctionnaires qu'ils peuvent user d'un droit d'appréciation personnel et faire preuve de souplesse et de compréhension. Dans les faits, les administrations n'appliquent pas ces recommandations. Elles se montrent d'une rigidité inflexible. Cela mène à une impasse injustifiable ….

Dans les faits, cela équivaut à une forme inédite de ségrégation. Il ne reste donc qu'une solution : faire amender cette loi. Je ne peux pas croire qu'un seul des députés et sénateurs, de tous bords politiques, qui ont voté ce texte ait souhaité instaurer une situation aussi inique au seul nom de la "sécurisation" des passeports. Je ne doute pas qu'ils auront à cœur de la corriger.

Michka Assayas
, écrivain et producteur à France Musique


Décret n°2005-1726 du 30 décembre 2005 - Détail d'un texte.


Maj  07.01.10 *
Par Eusthenes - Recommander - Communauté : Franc-maçonnerie
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