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  • : Propos maçonniques
  • : 25/02/2008
  • : Puissent ces quelques propos té-moigner de la permanence de la recherche d'une vérité fuyante et incertaine, accaparée par ceux qui, prétendant la détenir, voudraient l'imposer, même par la tyrannie. Ce blog n'engage que ses auteurs. Il est dédié à tous les frères et soeurs, orphelins d'un projet maçonnique exigeant et cohérent, pour des lendemains à repenser, à rebâtir, à rêver.
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Symbolisme

Samedi 5 juillet 2008 6 05 /07 /2008 17:46

Un frère de mon atelier, connu pour avoir le trente troisième grade du Rite Ecossais Ancien Accepté, doté d'un grand âge qui autorise à penser qu'il a réfléchi à sa pratique de la franc-maçonnerie, affirme avec insistance et revendique avec force ce qu'il considère comme une vérité puissante et simple qu'il ne faut pas oublier : "La franc-maçonnerie est un ordre initiatique".

Dans ce que je considère comme une profonde sagesse, il n'en dit pas plus sur le sujet, sans doute pour donner à entendre que cette vérité est trop importante pour qu'on la laisse se perdre dans les brouhaha d'un débat public, offrant simplement à qui peut l'entendre que, le moment venu, il convient à chacun d'y réfléchir sérieusement en faisant étape sur le chemin de la recherche.

Ce même frère, entre autres antiennes, prononce une autre fois, de façon apparemment inopinée, cette autre vérité simple et voulue simpliste que la franc-maçonnerie est avant tout autre chose : "la fraternité au sens d'agapè", satisfait d'enfin mettre les pieds sous la table pour partager le repas qui suit toujours nos travaux en tenue du côté de minuit plein. Enfin pour terminer avec cette référence à un frère qui sert de pilier à notre atelier, je considère avoir fait un grand pas le jour où il a martelé avec la même force de l'évidence révélée, qu'en franc-maçonnerie : "Il n'y a pas une Vérité mais des vérités".

Il s'agit là, pourra-t-on dire, d'aphorismes banals, de tautologies réductrices. Elles me sont apparues comme des clés que j'ai intégrées à mon trousseau, en réserve, dans l'attente de me trouver justifié de les utiliser. Or voici que j'en ai le loisir, rencontrant sur mon chemin une porte fictive qui demande à être ouverte pour que je puisse passer outre.

Il survint donc qu'un soir, après tout un processus d'enquêtes, de dossiers à remplir avec force documents administratifs, on consentit à m'ouvrir l'accès à l'initiation maçonnique. J'ai vécu celle-ci dans la curiosité, intéressé de voir de quoi il s'agissait, de découvrir ce qu'elle est supposée apporter et surtout de voir comment cela se vivait, comment je la vivrais.

Bien que nécessairement sceptique mais amusé par le jeu de rôles auquel les acteurs qui me manipulaient semblaient prendre plaisir avec beaucoup d'application, je me suis retrouvé tout à fait "sonné", dans un état modifié de conscience, comme si je planais à quelques centimètres du sol après avoir reçu "la lumière". Cela a duré quelque temps avec une sorte de dédoublement de la personnalité que j'observai avec intérêt. Rien ne semblait pouvoir mettre en cause cet état de grâce bienheureux.

Surtout pas les vilenies d'une société, dont on me disait pour la défendre qu'elle restait "humaine", quand sont apparues des tensions manifestes entre frères, des compromissions qui avaient des échos dans la justice dite profane au point de provoquer l'éviction d'un Surveillant et la démission du frère qui m'avait servi de cicérone dans ce monde nouveau.

Ni le peu d'attention ou de considération pour certaines valeurs qui sont constamment réactivées par le cérémonial de la tenue comme guides de conduite ou rappels à l'ordre. Ni le peu de conviction mis par beaucoup de frères à entrer dans les symboles qui décorent l'atelier et contribuent à créer ce qu'ils revendiquent comme un monde "hors du profane".

Rien de cela n'affectait l'espèce de béatitude dans laquelle je flottai grâce au capital d'émotion que l'initiation m'avait insufflé dans ses épreuves sous le bandeau. Je préservai imperturbablement ce très confortable état conscience auquel il m'avait été donné d'accéder par des voies qui me restaient mystérieuses. Tout en vivant les différents aléas et avatars des tenues, j'observai, j'absorbai attentivement les symboles, les rituels, les décors, les fonctionnements, les revendications, les ambitions qui apparaissaient, les satisfactions, les affirmations, les auto suffisances qui s'exprimaient. Ma démarche devait paraître trop examinatrice ou froidement rationnelle.

Elle m'a valu au bout de trois mois une remarque amusée d'une sœur visiteuse assidue, venue me dire sans autre forme de procès : "Toi tu ne resteras pas longtemps en franc-maçonnerie" ajoutant sur mon air étonné : "Tu regardes trop !". Erreur de ma part bien sûr. Je savais déjà par diverses expériences que pour pénétrer un milieu nouveau il faut souvent penser à "éteindre le regard" pour ne pas indisposer. Au demeurant je suis resté. Je suis encore là, vingt cinq ans plus tard ! Quoi qu'il arrive que je me demande parfois pourquoi.

La cérémonie d'initiation qui a procédé à ma réception dans l'ordre maçonnique m'a donc efficacement marqué sur le plan émotionnel. Mais elle ne m'a révélé aucun secret qui aurait pu m'éclairer dans la compréhension du monde ou pour conduire ma vie. Je ne me suis pas trouvé, du fait d'être "initié", doté de pouvoirs qui m'auraient permis d'intervenir sur le réel et de le façonner dans un sens qui m'aurait agréé. Initiation n'est apparemment pas magie.

Certes on entendait souvent parler de secret, mais il ne s'agissait que de secret d'appartenance qu'on entreprenait d'ailleurs de réduire à de la "discrétion" pour ne pas affoler les rumeurs publiques. L'absence de révélation ne m'indisposait pas car je pensais surtout en entrant en franc-maçonnerie rejoindre un groupe d'hommes qui travaillent à la défense et à la promotion de la liberté à une époque où il me semblait urgent d'être présent sur ce front en France et dans le monde.

Parce que dans le vocable "franc-maçonnerie" c'est le mot "franc" qui me fascinait. Tout à l'écoute et à la découverte de ce monde nouveau corseté par des rituels et nourri de symboles dont la présence insistante créait un espace et un moment hors du profane censément propices à la méditation et à la réflexion, je me trouvai interpellé par l'omniprésence de signes et de références bibliques, judaïques, chrétiennes, catholiques et protestantes. Et des planches qui procédaient par exemple d'une "Longue réflexion sur l'Apocalypse".

Ce qui m'a incité pour jouer le jeu et surtout me mettre à niveau dans l'espoir de comprendre la démarche maçonnique, à faire l'achat d'une bible. J'ai choisi celle de la Pléiade, aux éditions Gallimard, parce qu'elle est dotée de multiples index qui permettent de la travailler sans avoir à la lire. Je me trouvai un peu sceptique d'avoir à chercher en maçonnerie mes sources dans un livre qui a nourri tant de dogmes et d'églises qui ont contraint en occident la société des hommes dans des structures de pouvoirs contre lesquelles il a fallu lutter pour dégager toutes les libertés que nos pères nous ont conquises et qu'il nous faut à notre tour défendre.

J'ai donc appris à distinguer l'anti-cléricalisme qui se soulage sur les colonnes en termes explicites lors de la fermeture des travaux, de l'anti-religion dont on affirme subtilement qu'elle n'est pas compatible avec la Tolérance revendiquée par le franc-maçon qui reste libre de ses pratiques et de ses croyances à condition qu'il ne s'en fasse pas le prosélyte dans notre espace sacré. Merveilleuse tolérance qui ne s'offusque pas d'avoir à s'épanouir dans la promiscuité des symboles et des concepts bibliques qui ont investi ses murs et ses rituels, sans craindre d'en être affectée et sans envisager que leur présence insistante pourrait gêner des frères de culture non chrétienne.

Ces paradoxes étaient d'autant plus flagrants que notre atelier initiait aussi bien des athées et des anarchistes, des non pratiquants que des chrétiens catholiques et protestants, des musulmans ou des tamouls ... Bons princes et intelligents, ces derniers acquiesçaient lorsque pour justifier ces curieuses permanences on en appelait à la Tradition des origines de la franc-maçonnerie dont il serait hors de question de casser la transmission qui sert de moteur à la démarche maçonnique depuis presque trois siècles.

Certains frères avaient la franchise d'expliquer que cette panoplie d'avatars bibliques était obsolète et désamorcée de toute efficacité. Eux-mêmes athées militants ne leur prêtaient aucune attention ne voulant pas se laisser obnubiler par des strates sédimentaires fossilisées alors que d'autres combats plus urgents devaient mobiliser nos énergies. J'étais donc "initié". J'étais admis à travailler avec des francs-maçons eux-mêmes initiés. Mais pour quoi faire ? Je voyais qu'il ne s'agissait pas d'une élite sociale, ni politique, ni intellectuelle, ni spirituelle ... Il ne fallait pas être riche, ou puissant, ou intelligent, ou illuminé pour être admis. L'initiation ne me donnait pas des droits particuliers ni des privilèges.

Bien au contraire, puisqu'elle m'enjoignait de respecter la loi et ses contraintes, disant que celles-ci créent le cadre des libertés. Non plus elle ne faisait accéder à des connaissances ni à des secrets qui m'auraient permis d'accéder au cœur de la vérité pour comprendre le monde et la vie. Simplement je me retrouvais régulièrement avec des hommes, mes frères qui manifestaient beaucoup de chaleur et d'enthousiasme dans leurs retrouvailles et mettaient beaucoup d'application à être assidus et exacts aux tenues. Surtout les premières années pour accéder au deuxième puis au troisième grades.

Par la suite l'assiduité pouvait se relâcher, signe d'un "écrémage" qui révélait quelques désillusions et conduisait certains à refuser d'assumer en responsabilité - dès lors qu'ils auraient acquis avec la maîtrise la plénitude des droits maçonniques - le fonctionnement d'un système ou d'une institution dans laquelle ils ne se reconnaissaient peut-être pas complètement. Absents, ces frères restaient initiés. Mais on voyait bien que leur carence perturbait le fonctionnement de l'atelier.

Parce que l'initiation qui crée un franc-maçon ne lui confère pas un état (on n'est pas franc-maçon) mais simplement une reconnaissance selon la belle formule "Êtes-vous franc-maçon ? Mes frères me reconnaissent comme tel ". Si les colonnes sont désertes, si les frères n'ont personne pour les reconnaître, qu'advient-il de leur initiation ?" De là sans doute, le plaisir et l'urgence de se retrouver régulièrement. Et la satisfaction de se rencontrer et faire reconnaître dans des occasions inopinées, hors du temple, dans le profane, par des signes, mots et attouchements d'eux seuls connus qui raniment et ré-activent le souffle maçonnique de l'initiation.


L'initiation m'a donné la lumière. La Grande lumière ! C'est un mystère bien étonnant. De quelle "lumière" est-il question puisqu'il ne peut s'agir de celle que j'avais déjà reçue à la naissance. Certes on m'en avait privé par l'usage d'un bandeau pour me faire vivre les épreuves et voyages symboliques. Mais l'initiation ne pouvait pas m'accorder une chose que je possédais déjà et dont la restitution en grande cérémonie était censée me transformer profondément. Bien aimable mystère dont l'apparente simplicité m'interloque toujours.

Je connais bien sûr les différents emplois figurés du mot lumière associé à intelligence, compréhension ... Mais le recours à cette solution sémantique apparaissait trop réductrice et abusive s'agissant d'une démarche dont la mise en scène cérémonieuse semblait vouloir ouvrir la voie à une "révélation" fondée sur l'émotion. Subsistait donc le mystère qu'aucun catéchisme, mode d'emploi ni aucun guide ne proposait d'élucider puisque la franc-maçonnerie n'est pas une école qui aurait un programme d'enseignement ou des dogmes.

Celle-ci suggère qu'il y a un chemin, mais elle laisse à l'initié le soin d'en trouver l'entrée et d'en tracer le cours. Initié certes. Mais seul. De temps en temps quelques balises permettent à l'initié de se recaler s'il veut bien continuer sa route : élévation au deuxième grade, à la maîtrise, maître secret, Royal Arch, Rose+Croix ... Des outils, des symboles, des mots et des signes lui sont montrés. Des émotions, des intuitions, des mythes émergent d'autres mondes, des états de conscience manifestent des fonds d'être. Des formules sèment des alertes : "Connais-toi toi même" ... "On n'est jamais initié que par soi-même".

Initié certes ... Mais il faut ouvrir le chemin. Des frères, occupés sans doute à suivre leur propre chemin, accompagnent le mouvement. Mais aucun n'est le guide. Aucun n'indiquera de direction. Personne au carrefour. Compagnons sur les voies de la lumière, mais pas forcément sur la même route ni aux mêmes étapes. Parfois des rencontres dans des auberges communes au hasard des cheminements. On raconte. On rend compte. On échange, mais on ne dort pas forcément au même étage. Dès lors comment s'initier soi-même et entreprendre de se connaître ?

Le petit mémento du grade de maître secret vint à me servir de balise très opportunément, qui déclare que : "... soi-même est la lumière, si petite fût-elle, qui réside au fond de tout être quelle que soit sa condition ... Rechercher, découvrir sa propre lumière intérieure, la définir, elle et ses besoins, puis la ressentir dans la dilatation de tout l'être qu'elle provoque avec l'intense joie qui l'accompagne, est inexprimable." Comment accéder à cette dilatation de tout l'être dont parle le mémento et à l'intense joie annoncée même si cela est inexprimable comme on nous en prévient. Dans la gloire d'une musique éclatante au troisième coup annonciateur, on m'avait donné la lumière, "la Grande Lumière". J'avais franchi le pas. J'étais entré dans un monde lumineux !

Mais il a fallu vite comprendre que ce n'était que le début d'un chemin qui m'était montré, un départ, non une arrivée. Et que cette lumière que j'avais reçue en initiation balisait un cheminement sans fin qui conduit sur les routes du monde au travers des valeurs éternelles. Et dans cette course me voici maintenant renvoyé à l'intérieur de moi-même à la recherche de cette Lumière qui y résiderait, découvrant que la mienne doit être bien faible, si petite que j'ai bien du mal à la percevoir enfouie si profond qu'en vérité je ne parviens pas à la ressentir ni à connaître cette dilatation annoncée. Mais je me souviens de l'avertissement fatal.

"Rechercher, découvrir, définir et ressentir sa propre lumière intérieure est inexprimable". Comment ressentir l'inexprimable ? Poésie vint à mon secours, non qu'elle exprimât. Mais parce que poésie crée le sens selon l'adage de Soulages. Un poème né de hasard m'illumina donc :

                                                                   Apothéose ...
                                   
                                                                                               


Maj 19 10 09 - GA - L0
Par Cyrille - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
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Samedi 28 juin 2008 6 28 /06 /2008 17:48

"Rechercher, découvrir, définir et ressentir sa propre lumière intérieure
est inexprimable".
Comment ressentir l'inexprimable ?

Poésie vint à mon secours, non qu'elle exprimât.
Mais parce que poésie crée le sens selon l'adage de Soulages.

Un poème né de hasard m'illumina donc ...


APOTHÉOSE

Il était
à l'occasion
visité par des forces de passage
qui faisaient escale
et prenaient gîte en lui

Elles s'installaient
à son insu
sans se manifester

Elles étaient de passage
et prenaient gîte en lui
pour se fixer un moment

Il était comme une étape sur leur flux
sans le savoir toujours
car elles manifestaient peu

Parfois une force puissante
l'habitait
il s'en trouvait exalté
porté vers l'avant
jusqu'à un avenir rayonnant
soulevé de terre
gonflé d'espérance
et de vastes projets

Et tout réussissait

Comme si
il était visité
par une force en voyage
une bête itinérante
qui aurait pris gîte en lui
l'espace d'un espoir
l'espace d'un matin
ou d'un soir
ou pour de plus longues vacances
quelques jours

 On voyait bien qu'il n'était plus tout à fait lui
qu'il irradiait
- on ne savait comment dire -
une force
une présence
une puissance

Comme un phare
une aura

°
°  °

 On venait à lui
prendre de l'énergie
par contact

 On savait qu'il était visité
 on savait par les sens
l'intuition

Mais les mots ne disaient rien
simplement un rayonnement
une puissance

On ne disait rien
on venait
 on se trouvait plus fort

°
°  °

 Quand il revient
il est fait de lumière

Savoir où il est allé
c'est un mystère

On ne peut pas savoir
mais il revient, vivant

 Alors il resplendit

Il est allé au monde
dans quel univers ?

Il a trouvé les énergies
Il a rencontré le Souffle


Il sait
Il porte la gloire

 On voit bien qu'il revient d'ailleurs
qu'il y a vu des choses

Il redescend
il est là
avec le mystère


°
°  °


Il y a des champs de force
des espaces d'énergie

Il se laisse porter
emmener

Il part à la dérive
les vents le portent
les rêves l'emportent
au gré des courants
et des tourbillons

Il ne craint rien
c'est sa force

Il laisse aller
Il laisse courir

Et le voilà au centre
en plein croisement
là où tout converge

Tout se noue
Tout se crée

Et le voilà recréé
tout noué

Au creux des tourbillons
porté par les houles
au gré des grandes brises
cœur des turbulences


Enveloppé
serré
contraint
refaçonné
aguerri

Éjecté du magma
redescendu sur terre
resplendissant de tant de force
Illuminé

Il est là
chargé de lumière
Voyez !
Il est là...

°
°  °

Ayant atteint
le point de grande lumière
il s'arrêta
pour s'en laisser imprégner
et se charger d'énergie

Non qu'il fût épuisé par sa longue course
sa marche sans fin
sa quête sans trêve

Non qu'il fût épuisé
ou qu'il manquât de Souffle

mais il se laissait enfin prendre
comme s'il sentait le terme proche

La grande lumière l'imprégnait

Il était au but
l'exaltation le gagnait
il sortait de lui-même
abandonnait sa géhenne
s'épanouissait
comme la fleur sort du bourgeon

 Il aspirait à grands traits
l'Univers éclatant

°
°  °

Encore un pas
un dernier pas

Il disparut
réduit au Tout
à l'intérieur de son aura

Un dernier pas
Il se réduit en lumière

   A la Lumière ...


Apothéose ...


Maj 19 10 09 - GA - L0
Par Cyrille - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
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Vendredi 20 juin 2008 5 20 /06 /2008 17:33

La mort -

Le processus d’initiation impose une rencontre avec la mort. Non pas la mort en général. Mais la propre mort de l’Initié avec l’épreuve de la terre, le jeu de rôle du meurtre d’Hiram avec la putréfaction, "la chair se détache des os", le tout renvoyant vers la mythologie biblique par Hiram, Salomon et Joaben. Le plus étonnant est que l’initié soit un moment suspect d’avoir participé au crime c’est-à-dire d’avoir pu être un acteur qui donne la mort violente, ce qui à proprement parler me reste incompréhensible. Faut-il, pour approcher le sens de la mort, nécessairement rencontrer la faute, la culpabilité, fût-elle inconsciente ?

Que la franc-maçonnerie qui met en œuvre un processus de libération des âmes et des esprits oriente, propose une méditation sur l’angoisse de la mort fondée sur la culpabilité et la faute ne laisse pas de m’étonner. D’autres traditions dont on connaît un peu le moteur malgré le secret qui les entoure, imposent aussi la fréquentation de la mort mais dans des conditions qui m’agréent beaucoup plus : en épuisant cette angoisse du mourir, en faisant vivre à l’initié sa propre mort par anticipation, elle ouvre le champ aux forces de la vie.

Ainsi la tradition portée par les mystères d’Eleusis célébrés en l’honneur de Déméter : que les objets sacrés soient des phallus et des vagins me convient mieux que d’avoir à rencontrer sur mon chemin, dans les édifices religieux du monde chrétien occidental, des croix obscènes qui arborent la douleur d’un crucifié à l’article de la mort. Que la révélation suprême de l’époptie soit un épi de blé qui porte symbole du phallus en érection pour la génération me rassérénerait plus que l’affliction imposée sur le chemin de l’enfer pavé des condamnations du péché de chair et que la honte jetée sur Eve qui a croqué la pomme.

Heureux donc l’initié grec qui émerge de l’enfer, glorieux des copulations de Déméter et de Dionysos que prêtresses et prêtres donnent chaque année en spectacle sacré sur l’autel d’Eleusis. Après avoir anticipé sa mort, le voila appelé à vivre. Urgemment.

La Vie

"Ceux qu’on initie ne doivent pas apprendre quelque chose mais éprouver des émotions et être mis dans certaines conditions"
- Aristote.

L’initiation appelle l’Emotion à force d’impressions qui forgent l’âme et portent à la réflexion ...

Il s’agit de l’émotion au sens littéral et fort (ex-movere : mettre en mouvement). L’émotion en tant que conscience du mouvement du monde et de la vie, outil de prise de conscience, de prise de connaissance du mouvement des forces qui dans l’intimité et le secret des choses, au-delà des apparences, derrière le miroir, créent, animent et mettent en mouvement l’Univers et la Vie. Au sens où l’alchimiste en fait un outil d’approche de cette réalité ultime et complexe dont je suis moi-même une modeste manifestation qui fusionne avec le Tout.

Et voilà que cette Emotion appelle et met en œuvre l’Intuition et la Raison, outils et moyens complémentaires de cette prise de conscience, de cette prise de connaissance. Mais encore faut-il ne pas négliger l’intuition au prétexte que la raison mobilise urgemment nos énergies et nos capacités d’analyse, alors même que les scientifiques, ardents défricheurs du rationnel, trouvent dans l’Intuitif attentivement
sollicité des clefs, des étincelles qui relancent et nourrissent la quête du rationnel.

Et si la franc-maçonnerie - dès l’initiation - donne cette clef sur la voie de la Recherche et de la Lumière, il reste à ne pas négliger son emploi, à ne pas répugner y recourir, à ne pas la récuser au risque peut-être de se priver d’un outil fondamental de connaissance.

Bien sûr, chacun est libre et marche à son pas et nul ne peut le contraindre dans ses convictions ni même l’aider - si le temps n’est pas venu - puisqu’il est dit, selon la belle formule : "On n’est jamais Initié que par soi-même" ...

Mais il convient probablement de rester à l’écoute, de laisser les voies ouvertes, en attendant de pouvoir, en attendant de savoir, les explorer. Et surtout de ne pas jeter la clef par trop de certitudes simplificatrices.

Initié certes ... Gratifié de quelques grades du cursus maçonniques, bardé de serments, dont certains si secrets qu’ils interdisent même d’évoquer les avoirs prêtés, je poursuis imperturbablement un chemin dont j’ignore le but. J’avance au hasard, dans l’aléa. La route est dans l’obscur, la destination est incertaine.

Et la Lumière n’est à l’évidence pas le but : elle éclaire la voie pour assurer la marche, mais elle n’indique pas le terme qui s’échappe toujours au gré de mon approche.

Initié sans doute ... Mais la vie reste en aventure comme à venir ... A l’écoute des autres, à l’écoute de soi ... A la rencontre des autres, à la rencontre de soi ... "Car c’est cela qui a été perdu"...

A la recherche de l’Emotion, qui se nourrit et s’éveille au contact du monde, qui nourrit la vie et la révèle ...


Maj 19 10 09 - GA - L0
Par Cyrille - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
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Jeudi 12 juin 2008 4 12 /06 /2008 01:12

"Puis apparaîssait un "Graal" que tenait entre ses deux mains une belle et gente demoiselle. Une si grande clarté s'épandit dans la salle que les cierges pâlirent, comme les étoiles ou la lune quand le soleil se lève" ... Cette étrange description, due à Chrétien de Troyes a projeté dans toute l'Europe le mythe du Graal. Connu surtout à travers un opéra de Richard Wagner, le Graal a hanté bien des imaginations.

Tour à tour écuelle, plateau, vase contenant le sang du Christ, pierre tombée du ciel, cet objet magique et divin demeure le mystère des mystères, la lumière inaccessible vers laquelle tendent toutes les énergies humaines.

Alors,
le Graal est-il un trésor, comme l'ont pensé ceux qui l'ont cherché dans la citadelle Cathare de Montségur, dans la forêt de Brocéliande, ou dans l’abbaye de Glastonbury en Grande Bretagne ? Le Graal est-il la grâce divine, comme l'ont dit les cisterciens ? Est-il la pierre philosophale, comme l'ont pensé les hermétistes ? Ou bien n'est-il tout simplement qu'un épisode de la légende du Roi Arthur ? Je partage plutôt le sentiment de ceux qui pensent que le Graal est un objet merveilleux dans lequel chacun de nous peut enfermer le but de sa propre quête spirituelle.

Dans le haut Moyen Age, les troubadours composaient leurs chansons et les ménestrels les chantaient dans les Cours. Les premières chansons rendaient hommage à la femme et prônaient l'amour illicite avec un abandon païen. Au fil du temps, l'adoption par le système féodal d'un code d'honneur rendit le badinage amoureux un peu plus fictif que réel et la poésie, sensuelle au XIIème siècle, devint plus spirituelle, plus spiritualiste, au XIIIème. A la chanson de geste, dédiée à Charlemagne et à sa Cour, succéda le roman.
C'est ainsi que les histoires d'Arthur et de la Table Ronde devinrent des romans.
La vision du Graal - Porche Nord de la cathédrale de Chartres

Arthur était un roi Breton légendaire qui défendit au VIème siècle l'Angleterre occidentale contre les Saxons. Les récits de ses exploits circulaient oralement dans toute l'Europe. Et au XIIème siècle, lorsqu'on y ajouta l'amour de Lancelot pour Guenièvre et la recherche du Saint Graal, Robert Wace et Chrétien de Troyes transformèrent le cycle complet en romans.

Ainsi fut élaboré le monument littéraire le plus remarquable sur la Chevalerie courtoise, racontant la légende d'Arthur et de ses Chevaliers de la Table Ronde, idéalisation de la chevalerie qui se termine par la recherche du Graal, le plat de la Cène, et le Vase dans lequel Joseph d'Arimathie aurait recueilli le sang du Christ sur la croix.

Dans la préface du "Roi Pêcheur", Julien Gracq nous fait bien remarquer, qu'après une longue éclipse de la prospection des mythes, on ne nous laisse plus ignorer aujourd'hui que c'est de notre époque dont il va être question et de nulle autre. Le Graal renvoie au Jardin des Hespérides, la quête au voyage des Argonautes. Les mythes du Moyen Age ne sont pas des mythes tragiques, mais des histoires ouvertes : Tristan, la tentation de l’amour absolu, Perceval, celle de la possession divine ici-bas.

La conquête du Graal représente une aspiration terrestre à la surhumanité. Reste, au centre, au cœur du mythe, ce tête à tête, ce corps à corps poignants ici, maintenant, toujours, de l'homme et du divin.

Sans s'attarder sur les confusions auxquelles sont sujettes les différentes versions de l'histoire du Graal, il est permis de tracer un plan d'ensemble mettant en relief les faits principaux. Aucune version ne conteste en effet que Joseph d'Arimathie, par la grâce du Christ qu'il avait enseveli, était possesseur du "Saint Vessel" dans lequel il aurait recueilli le sang du crucifié. C'était le vase dans lequel aurait été célébrée la Pâque.

Mais, Joseph d'Arimathie n'est pas resté en Palestine. Délivré de la prison où il avait été enfermé, il fonde avec ses parents et amis, un petit groupe de croyants qui se rendra ultérieurement en Grande Bretagne, où se dérouleront les aventures du Graal. Seulement il y a, entre la Palestine et la Grande Bretagne, une étape intermédiaire, dans un lieu non précisé, où se placent plusieurs événements importants.

Tout d'abord, la construction d'une table, qui sera la seconde des tables célèbres, intermédiaire entre la table mystique où fut célébrée la Cène et la Table Ronde. Ensuite, la pêche miraculeuse de Bron, le beau-frère de Joseph. Le poisson qu'il prend sera étroitement associé au Graal et son possesseur sera nommé le Riche Roi Pêcheur. Enfin le châtiment d'un certain Moïse, qui a voulu s'asseoir à la table sainte sans en être digne sur le siège vide, et réputé "périlleux" symbolisant la place de Juda. Et on voit le Graal distribuer tantôt des aliments terrestres, tantôt la grâce divine.

Il existe une extrême variété de conceptions quant à l'aspect du Graal. Toutefois, deux tendances générales se dégagent. Le Graal est soit décrit comme un objet matériel, un vase qui doit être porté, soit il tend dans d'autres récits vers l'immatérialité et se déplace seul pour apparaître à ceux qu'il honore de sa grâce. Le Graal a cinq aspects qu'il n'est pas permis de dire. Seul, le Roi Arthur a le privilège de les voir ensemble.

On peut songer, à ce propos, à cette phrase que l’on entend parfois dans certains milieux ésotéristes : "Le secret du Grand Oeuvre a été publié dans sa totalité, mais par fragments. Ces fragments sont dans un désordre voulu, noyés dans des banalités et des contre vérités. Il suffirait de les trier et de les remettre en ordre pour avoir le secret complet". Malheureusement, cette condition, qui semble pourtant si simple, est impossible à réaliser. Il en est sans doute de même pour le Graal et le problème est plus complexe, puisqu'il semblerait y avoir plusieurs solutions.

Je partage avec le docteur Barthélémy, auteur du remarquable ouvrage "Le Graal dans les récits français - Ses rapports avec le monde celte", fruit de vingt années de travail sur le Graal, les quelques conclusions provisoires qui suivent en remarquant que si l’on est seulement romaniste, on peut passer, sans les voir, à côté de vérités évidentes et que pour leur part, les ésotéristes sont incapables de freiner leur imagination sans se soucier des sources. En essayant de rester dans une attitude médiane, on peut considérer avec raison que la base du Graal se fonde sur le christianisme, au sens le plus large du terme.

Mais ce christianisme semble assez particulier. Il est hérétique et ésotérique, vraisemblablement élaboré par un groupe extra-apostolique, n'admettant pas la primauté de Pierre et qui se serait réclamé de Joseph d'Arimathie. Ceci ne doit pas obligatoirement diriger nos regards vers la tradition Johannique, puisque les quatre évangiles font tous référence au personnage de Joseph d'Arimathie. On ne peut nier par ailleurs une influence celte, qu'il est toutefois très difficile d'évaluer, dans la quasi ignorance où nous sommes des doctrines enseignées par les sages de ce peuple. Ces propositions, limitées aux récits français, constituent une base réaliste pour formuler quelques hypothèses.

On admet généralement que la légende de la Table Ronde dérive du compagnonnage celte et particulièrement irlandais. Cette hypothèse nous amène donc vers l'Irlande au lieu du Pays de Galles sans toutefois oublier que Wolfram situe la cour du Roi Arthur à Nantes, près de la forêt de Brocéliande. Le fait que la légende du Graal se soit coulée dans celle de la Table Ronde pourrait venir à la fois de l'immense succès de la Table Ronde ainsi que de la fusion, sans doute ancienne, du christianisme ésotérique avec les légendes et enseignements druidiques. Une élève de Rudolf Steiner écrivait en 1957, sans toutefois donner de justifications : " l'Archange celtique devint l'inspirateur du christianisme ésotérique. Celui-ci est resté, à l'époque chrétienne, imprégné de la sagesse antique. Dorénavant l’esprit celtique couve dans ses profondeurs. Il ne se manifeste plus qu'anonymement et par bouffées ".

On peut relever par ailleurs trois erreurs importantes, qui sont habituelles et dont il sera difficile de débarrasser l'opinion courante. La première consiste à ne pas différencier les deux figures du Roi Arthur, celui de la lutte contre les Saxons et le personnage mythique de la Table Ronde. On peut d'ailleurs se poser la question de savoir si le Graal est un mythe exemplaire ou une histoire évhémérisée, car c'est le Roi Arthur qui doit revenir et non le Graal.

La seconde erreur consiste à croire que le prototype de l'histoire du Graal est constitué par l’œuvre de Wolfram ou par les rêveries Shopenhaueriennes de Wagner, alors que les récits français sont probablement antérieurs et incontestablement distincts du récit allemand. La troisième erreur est celle qui fait de Perceval un naïf, un "nice", victime d'une mère abusive.

De plus on commet généralement une autre erreur, en privilégiant le récit de Chrétien de Troyes par rapport à celui de Robert de Boron qui est, semble-t-il, le plus important. C'est en effet à Robert de Boron qu'il convient de s'adresser pour une première approche du Graal. Malheureusement son oeuvre nous est parvenue après avoir été très malmenée. Aussi est-il injustement méconnu. C'est lui, qui dès son premier récit, se place dans un cadre chrétien, mais nettement extra-apostolique et non romain. Tout son christianisme découle de Joseph d'Arimathie, qui n'a pas hésité à compromettre sa situation pour donner une sépulture correcte à Jésus et qui ne s'est ensuite soucié ni de sa résurrection ni de la propagation de sa doctrine.

On remarquera enfin l'importance des questions à poser. L'une d'elles est particulièrement significative : "quel est celui que l’on sert avec le Graal ?" Il y a donc deux nourritures, celle qui est distribuée à tous les convives et celle qui est réservée à un seul et qui est essentiellement spirituelle. Il est aussi question de "navigations" qui conduisent dans une sorte d'"au-delà" du Graal, soit dans une île lointaine, soit à Sarras - le point de départ - que le Graal a quitté pour venir en occident.

C'est là qu'il abandonne la terre en y laissant le palais spirituel. Il est probablement exact de considérer le royaume du Graal comme "un autre monde", mais jamais Perceval n'a eu l'intention de dérober le Graal pour le ramener à la Table Ronde. On est donc loin de Gilgamesh cherchant la plante d'immortalité, ou des argonautes en quête de la Toison d'Or. Rabelais, lui non plus ne fera pas rapporter la "dive bouteille" dont les mérites sont accordés sur place.

Ainsi, huit siècles après avoir enchanté et nourri les rêves du poète médiéval Chrétien de Troyes, le Graal nous fascine toujours par son mystère. Cratère de l'initiation dans la tradition primitive, chaudron magique dans la tradition celtique, parole perdue dans la tradition maçonnique, souvent identifié à la sagesse ou au mercure alchimique, ce symbole, d'une si grande richesse, ne désignerait-il pas tout simplement le trésor caché dans l’âme humaine ?

Drame spécifique de l'ère chrétienne, "l’ère des poissons", la quête du Graal constitue aussi et surtout une image de cette lente et douloureuse maturation intérieure que Jung appelle le processus d'individuation ? Se mettre en quête, ne serait-ce pas, en définitive, s'ouvrir à la réalisation du soi, autrement dit accueillir dans son temple intérieur l'incarnation de la divinité ?
 


Maj 19 10 09 - GA - L0
Par Eusthènes - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
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