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  • : Propos maçonniques
  • : 25/02/2008
  • : Puissent ces quelques propos témoigner de la permanence de la recherche d'une vérité fuyante et incertaine, accaparée par ceux qui, prétendant la détenir, vou-draient l'imposer, même par la tyrannie. Ce blog n'engage que ses auteurs. Il est dédié à tous les frères et soeurs, orphelins d'un projet maçonnique exigeant et cohérent, pour des lendemains à repenser, à rebâtir, à rêver.
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Le Blog

"Comment Panurge, Carpalim,
Eusthènes, Epistémon,
Compaignons de Pantagruel,
déconfirent six cents soixante
Chevaliers bien subtilement" .
Rabelais - Pantagruel (Ch. 25).

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Jeudi 3 septembre 2009

1 - Aspects du mythe

Aujourd'hui, tout le monde, ou peu s'en faut, s'intéresse aux mythes. Pourtant la notion de mythe est loin d'être élucidée de même que la question sur le sens et la signification des mythes. Deux thèses principales s'affrontent. Pour la première, la vérité des mythes n'est qu'un effet de signification. Pour la seconde, le mythe dît quelque chose à quelqu'un sur quelque chose.

Le passage du mythos au logos, du discours imagé au discours raisonné, du discours mythique au discours conceptuel, témoigne pour les deux théories, sans toutefois les départager réellement. Pourquoi croit-on aux mythes? Probablement pour trois raisons principales.

Tout d'abord, parce que s'ils semblent absurdes au plan rationnel, les mythes dissimulent, sous le voile du fantastique, des vérités profondes. Ensuite, parce qu'il n'est pas rare que les mythes se fondent sur des faits ou des événements historiques réels, déformés par l'imagination populaire ou par nécessité. Enfin, comme le souligne Julien Gracq, dans la préface du Roi Pêcheur, parce qu'on ne nous laisse plus ignorer aujourd'hui que ce dont il est question dans les mythes, c'est essentiellement de notre époque avant toute autre.

L'Age d'Or

Moment mythique de l'humanité, décrit comme étant celui de l'abondance, de la concorde et de la paix, le thème de l'Age d'Or fournit la trame de nombreux mythes et utopies et on peut le retrouver pratiquement dans toutes tes civilisations. Dans l'antiquité, l'Age d'Or est un mythe lié au temps cyclique. Les révolutions des astres et leur retour régulier suggèrent une succession d'âges dont Hésiode a été le premier témoin. L'Age d'Or est synonyme de liberté, de vie facile, de paix et de longévité.

Mais la littérature présente également une autre vision de l'Age d'Or, celle d'un paradis pour plus tard qui caractérise l'utopie. Celle-ci n'est plus liée à un temps cyclique, mais à un temps ouvert sur un avenir linéaire, infini dans son déroulement et aboutissant à un autre monde. A moins que la machine n'écrase l'homme ou que ta science ne le conditionne dès l'œuf et que l'Age d'Or, définitivement perdu, ne devienne alors mémoire interdite.

Platon et le mythe du politique

Au huitième siècle avant notre ère, Hésiode raconte dans l'un de ses mythes, la succession des diverses races d'hommes qui sont apparues sur la terre. Les cinq races qu'il énumère semblent s'ordonner d'après une échelle de valeurs représentée par des métaux (or, argent, bronze, fer). Seule, la race des Héros, qui précède la race de fer des hommes d'aujourd'hui, ne correspond à aucun métal.

Platon reprendra, dans le Mythe du Politique, cette vision cyclique de l'histoire. Mais le mouvement cyclique n'est plus continu et la mécanique s'efface alors devant la croyance. Tantôt le dieu guide la marche de l'univers, tantôt il l'abandonne à son propre mouvement. Lorsque l'univers suit la marche divine, c'est l'époque des "fils de la terre", celle du rajeunissement continuel. Lorsque l'univers rétrograde, c'est le cycle que nous connaissons actuellement, celui de la dégradation progressive.

Monde guidé, monde abandonné, temps de Cronos, temps de Zeus, âge d'or idyllique, âge de conflits et de malheurs, tout se passe comme si l'humanité devait osciller entre deux pôles, chaque fois pour le meilleur ou pour le pire, selon qu'elle est dirigée ou non par la divinité. Mais il existe sans doute une autre lecture du mythe, A supposer que la " divinité-pilote " se confonde avec la rationalité, tout peut s'éclairer autrement.

Car l'œuvre de Platon ne nous le laisse pas ignorer que tout va à vau-l'eau quand la raison nous lâche. Dans le contexte du mythe, le politique retrouve sa place. Il sera un soigneur d'hommes plus qu'un pasteur d'hommes. Mais il lui revient, par la vertu d'une raison efficace, au service du gouvernement, d'enrayer les progrès du mal et de freiner la décadence. Ainsi, au pessimisme de la Philosophie de l'Histoire, répond et fait échec la foi platonicienne dans la Rationalité au service du Bien.

La perception cyclique de l'histoire

L'éternel retour est un mythe fondamental qui, comme l'a montré Mircéa Eliade - voir les deux liens - contamine de nombreux autres mythes et fonde de nombreux rites. L'éternel retour est figuré par un cercle. Il représente le mouvement, la roue qui tourne. Et cette image suggère une représentation métahistorique de l'histoire, une sorte de philosophie sacrée de l'histoire.

La théorie des âgespopularisée en France par René Guénon, - voir les trois liens - prétend qu'il y aurait eu un âge d'or, puis un âge d'argent, puis un âge d'airain et enfin un âge de fer. Cette progression serait une régression, une dégénérescence. Mais parvenue à un point avancé, ce "pourrissement" générerait un retour à l'âge d'or. La vision cyclique de l'histoire permet d'imaginer une méta-histoire où le passé cesse d'être irréparable, car ce qui a été peut être revécu. Il reste donc toujours une autre chance et le monde peut se ré-enchanter.

Le New Age et l'historicisme

Selon le New Age, l'humanité s'apprête à entrer dans une nouvelle phase de son histoire, l'Age du Verseau, qui durera 2.146 ans. Cette mutation astrologique est au coeur de la philosophie du New-Age. Les astrologues, qui ont mis en parallèle les phases de la précession des équinoxes avec l'évolution des civilisations humaines, ont été suivis par le New Age. Le résultat est une forme de discours assez singulier que l'on pourrait appeler "astro-histoire".

Le principe de l'astro-histoire est que les grands stades de l'évolution humaine correspondent aux grandes années astrologiques. Toute l'évolution historique est rythmée par une horloge cosmique battant à ta cadence de 2.146 ans. De plus chacune des ères zodiacales possède des propriétés morales spécifiques (individualisme, agressivité, harmonie).

La critique du philosophe Karl Popper récuse, au nom de la logique, toute forme de philosophie de l'histoire invoquant des lois macro-historiques. Selon Popper, on ne peut présenter le devenir humain comme entraîné par des forces supra-individuelles dont les hommes seraient les esclaves. Une histoire théorique, équivalente à la physique théorique, sur laquelle se fonderait une prédiction historique est donc impossible, ce qui invalide le projet même de l'astro-histoire.


                                                                                                                              
Maj 19 10 09 - GA - L1

Par Eusthenes - Recommander - Communauté : Franc-maçonnerie
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Mercredi 2 septembre 2009

2 - La perversion totalitaire

La double fonction du mythe, montrer et rassurer, constitue son ambivalence et son ambiguïté. Notre imaginaire nous procure le mythe du paradis perdu : explication de la douleur causée par une
rupture (autrefois, nous étions heureux dans un temps et un lieu privilégiés). Nos ancêtres ayant commis une faute, nous avons été rejetés de ce paradis et nous portons en nous cette faute, "le péché originel".

Mais, cela n'est pas obligatoirement irrémédiable, car nous pouvons sortir de cette situation par la "Rédemption". Pour certains, la Rédemption s'accomplit par l'intercession d'un Sauveur. Pour d'autres, la Rédemption - ou réparation - s'effectue par un retour à l'unité primordiale en rassemblant les éclats dispersés du miroir brisé d'Aphrodite (en rassemblant ce qui est épars).

Mais les fascistes et les intégristes ne partagent ni cette démarche, ni cette vision des choses. Pour eux, les mythes expriment une vérité absolue, d'essence divine, ou cosmique. Le totalitarisme voit dans les mythes un support - un vecteur - destiné à véhiculer des principes. Il vide ainsi les mythes de toute poésie, de tout imaginaire, et leur refuse alors la possibilité d'en dire plus.

Un ordre éternel

Car l'ésotérisme n'intéresse le totalitarisme que dans la mesure où il est possible de l'utiliser pour construire des idéologies et des théologies. Ces idéologies renvoient à l'idée de Tradition, mais une tradition " pure ", à défendre contre la subversion démoniaque d'autres communautés comme la nôtre, qui se veulent, elles aussi, " traditionnelles".

Les idéologies totalitaires veulent installer un éternel présent et en finir avec le devenir. Leur âge d'or, quelle que soit sa forme, arrête et fige pour toujours une histoire pour laquelle il n'y a pas de plus loin où il faut arriver. Ce désir d'éternel présent est associé à une condamnation radicale du monde moderne. Le traditionalisme des fascistes et des intégristes, voit le système social fondé sur un " Ordre Social " qui subordonne l'individu.

Il intègre le système de pensée de deux francs-maçons célèbres : Joseph de Maistre et Bonald et il s'enrichit des doctrines de Barrés, Maurras et Léon Daudet. Il s'agit là d'une pensée qui adhère à une représentation statique du monde. Cette pensée défend un Ordre Eternel, contre une représentation dynamique, pour laquelle tout état est transitoire.

La vision cyclique de l'histoire, par les partisans de l'Ordre Eternel, admet le changement, mais à la condition de le concevoir dans un cycle qui promet son retour. Car l'Ordre Eternel est sacré. Il s'inscrit dans un plan divin - ou cosmique - et il faut donc y croire, en le considérant comme intangible. Ceux qui subvertissent le plan divin sont donc des matérialistes qui nient le sacré.

Telle est la pensée des thuriféraires des vieilles valeurs qui rejettent l'idée de progrès. Il n'est pas demandé à la vérité d'être vraisemblable. Il lui est simplement demandé de convenir. Il n'est pas demandé à la vérité d'être vraie, il lui est demandé d'être satisfaisante. Pour cela, il faut la réviser. Alors, s'installe une vérité ou une parole de substitution, confortées par l'idéologie dominante.

L'âge d'or à venir est celui de la fin des démocraties, du retour des monarchies, de l'abandon des droits de l'homme au profit des droits de dieu, en un mot, celui du triomphe de l'église catholique romaine (même si, pour certains, l'église de Jean doit triompher de celle de Pierre).

Il faut donc opposer à nos mystères d'autres mystères, à nos références antiques pré-chrétiennes, d'autres références aussi anciennes. D'où l'émergence d'ésotérismes où "Occident" - ou "le Nord" - sont les lieux de la lumière. A la lumière qui vient de l'Orient s'oppose naturellement celle qui vient de l'Occident. Et même si fascisme et intégrisme ont une vision sensiblement différente de l'âge d'or, cette démarche est commune au fascisme néo-païen, à certaines formes de néo-celtisme, à certains groupements catholiques intégristes et même à une certaine maçonnerie néo-johaniste.

La liberté ou la soumission au destin

"La première caractéristique de la modernité a été en quelque sorte inaugurée par la Révolution française lorsque le Tiers Etat s'est proclamé souverain et a donc dérobé au Roi de droit divin, c'est à dire à Dieu lui-même, la souveraineté. C'est alors que l'individu, concept ignoré auparavant, est né. C'est l'acte révolutionnaire dans son essence suprême et dans sa radicalité absolue. Tout le reste est secondaire. La démocratie est née ce jour là, dans le traumatisme d'une solennelle et éclatante rupture.

L'Islam, on le sait n'a même pas connu une réforme. C'est à dire que la place de Dieu dans la cité, de la religion dans le pouvoir, de l'Eglise (ou de ce qui en tient lieu) dans l'Etat, cette place demeure toujours indiscutée, même lorsque les consultations électorales sont organisées.

La deuxième caractéristique de ce qu'on appelle aujourd'hui la modernité, c'est tout simplement la civilisation industrielle. On sait d'ailleurs que le terme d'"intégrisme" a été pour la première fois formulé pour condamner les incidences de l'industrialisation sur les mœurs.

Ce dont les intégristes ont toujours fait le procès, c'est finalement l'usage d'une liberté abandonnée à l'homme. Abandon blasphématoire à leurs yeux, puisque cette liberté n'appartient qu'à Dieu. Et la philosophie de cet intégrisme islamique rejoint tout naturellement - terrorisme en plus - celle des traditionalistes français du XIXème siècle, lesquels ont dénoncé dans la Révolution, l'optimisme aberrant et irresponsable qui a consisté à faire confiance à l'homme. Islam veut dire : soumission à Dieu ...

Il s'agit du heurt de deux conceptions métaphysiques : celle qui inclut la Liberté et cette autre qui se soumet au destin".

Jean Daniel - Nouvel Observateur du 4.10.2001.
 
                                                                                                                                               
Maj 19 10 09 - GA - L1

Par Eusthenes - Recommander - Communauté : Franc-maçonnerie
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Mardi 1 septembre 2009

3 - Temps profane et temps sacré

Ainsi, tandis que certains se réclament des discours sur le Nouvel Age, l'Age du Verseau, les utopies millénaristes et la vision cyclique de l'histoire, la Franc-Maçonnerie, elle, évolue, et ses adeptes y apportent l'esprit du temps en le confrontant aux idées d'autrefois.

Les soirées privilégiées, connues des maçons, ne peuvent se produire que dans les Loges qui, au moyen d'un rituel, pratiquent l'art d'ouvrir une porte sur un monde hors du temps et libéré de toute limite. Ce monde, à l'intérieur d'un temple "orienté", couvert de sa "voûte étoilée", devient d'autant plus réel qu'il est imaginaire. Ainsi, par le moyen du Rite, le franc-maçon peut passer de la durée temporaire ordinaire au temps sacré.

Le temps sacré est, par sa nature même, réversible dans le sens qu'il est un temps mythique primordial, rendu présent. Le franc-maçon vit ainsi dans deux sortes de temps : le temps profane et le temps sacré, qui se présentent à lui sous l'aspect paradoxal d'un temps circulaire, réversible et récupérable, une sorte d'éternel présent mythique, qu'il est possible de réintégrer par le Rite. Ce temps sacré, périodiquement réactualisé, est bien un temps mythique, primordial, non identifiable au temps historique : un temps originel, dans le sens qu'il n'est précédé d'aucun autre temps, parce qu'aucun temps ne peut exister avant l'apparition de la réalité racontée par Le Mythe.

Le Temple de Jérusalem

Un symbolisme temporel analogue est intégré dans le symbolisme cosmologique du Temple de Jérusalem. Ce Temple est une "Image du Monde", se trouvant au "Centre du Monde" et il sacralise non seulement le Cosmos tout entier, mais aussi la Vie Cosmique, c'est à dire "le Temps".

Hermann Usener a, le premier, expliqué la parenté étymologique entre "le Temple" et "le Temps". Le Temple désigne l'aspect spatial et le Temps l'aspect temporel du mouvement de l'horizon dans l'espace et dans le temps. Le Temple que chaque maçon doit construire en lui-même représente l'édifice idéal que chacun de nous est appelé à réaliser et le Temple de Jérusalem est une image de l'univers destiné à satisfaire notre raison, une conception philosophique traduisant autant qu'il est possible une approche de la vérité. Et cela quel que soit le Rite que chacun peut choisir librement.

Salomon, Hiram, Zorobabel, n'ont ni construit, ni rebâti le Temple. Ils nous ont légué son modèle, caché sous une image. Ils nous indiquent le chemin vers ta Cité idéale où il s'élèvera dans l'harmonie.

La recherche de la parole perdue

Le thème de la parole perdue à retrouver s'inscrit naturellement dans le mythe de l'éternel retour, lui-même porteur d'un sens qui demande à être interprété. La théorie des Ages l'interprète au premier degré. Mais d'autres interprétations restent à faire ...

Toutes les traditions font allusion à un bien perdu ou disparu. Paradis ou parole, quelle que soit sa symbolisation, ce bien est toujours porteur du même réseau de significations : une rupture nécessaire à l'accomplissement du cycle mort et renaissance.

La recherche de la parole perdue, à laquelle est associée la prononciation de cette parole constitue l'essence même de la démarche initiatique proposée par la franc-maçonnerie. Et cette démarche est pratiquement commune à toutes les pédagogies initiatiques, quelles que soient les traditions.

Mais dès le départ, au commencement du voyage, le franc-maçon doit savoir que la parole retrouvée ne pourra se dire. Elle sera montrée, sortie d'une boîte, sous l'égide de la rose, sous forme de lettres, qui sont les initiales du Mot et non le Mot lui-même, enfin retrouvé. Cela veut dire que la "vision suprême", révélatrice de l'ultime réalité, ne peut être dite et que la révélation s'efface.

Une vérité dite devient un mensonge

Selon l'Art, il convient d'interroger cette idée d'illumination suprême et, par un désir d'ordre spirituel, de dépasser les limites de ce qui est mesurable. Les commentaires que l'on trouve sur ces expériences font état d'un retour à l'unité, d'une dissociation, d'une fusion de l'Etre dans le Tout, vécus lors d'instants fugitifs ou lors d'extases prolongées. Cette forme de vécu du Sacré est-il illusion ou réalité au-delà ?

Résistons prudemment à la tentation de répondre à cette question, sans être dupes de notre parti pris de ne pas répondre. Car nous refusons sans doute de le faire parce que nous voulons croire qu'il y a une fin au voyage autre que le néant, sachant qu'une vérité dite devient un mensonge, parce qu'elle ne rend compte que d'une interprétation et que seuls peuvent se dire des mots substitués, qui ne sont jamais que des mots utiles "pour mémoire".


Maj 19 10 09 - GA - L0
Par Eusthenes - Recommander - Communauté : Franc-maçonnerie
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Mardi 1 septembre 2009

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GRAND ORIENT
, LES FRÈRES INVISIBLES DE LA RÉPUBLIQUE


Auteur : Alain Moreau - Réalisation : Patrick Cabouat - Durée : 52'
Commentaire : Pierre Bouteiller - Production : France 5 / Program 33 - Année : 2005
Première diffusion : juin 2006 - Rediffusion mardi 22 avril 2008 à 21:45 (câble, satellite et TNT).

En France, la franc-maçonnerie regroupe quelque 130 000 personnes. Un nombre volontai-rement limité, mais qui représente une influence et un pouvoir indéniables. Importée d'Angleterre, la franc-maçonnerie, association à caractère philanthropique, est née en France en 1773. Aujourd'hui, ses détracteurs lui reprochent de s'être affranchie des relais démocratiques, d'influer sur les débats politiques et de manquer de transparence. Ce document, qui étudie le Grand Orient de France, revient sur l'histoire de la franc-maçonnerie, analysant son poids actuel sur la scène nationale et internationale, ses rites et ses pratiques.
                              
                                                         
Présentation de Camille Flocon

Avec Grand Orient, les frères invisibles de la République, Alain Moreau et Patrick Cabouat se sont attachés à retrouver, de la naissance de la franc-maçonnerie au XVIIIe siècle à aujourd'hui, les moments forts d'une histoire qui n'a jamais cessé d'intriguer.

2002. Les grandes manoeuvres présidentielles venaient d'être lancées. A l'approche de l'échéance électorale suprême de la vie politique française, de Jospin à Chirac, de Jean-Pierre Chevènement à Robert Hue en passant par Noël Mamère, les candidats ont entrepris de s'attirer les bonnes grâces des obédiences maçonniques, et principalement du Grand Orient de France. Jospin ira jusqu'à baptiser son siège de campagne "l'Atelier", incontestable oeillade au vocabulaire maçonnique.

Mais qui s'agit-il de séduire ? En France, les francs-maçons du Grand Orient de France sont environ 45 000. Bien moins que deux électeurs sur mille, un électorat négligeable. La principale obédience maçonnique serait-elle, aux yeux des candidats, un contre-pouvoir si puissant qu'il faille nécessairement composer avec elle ? Ou bien délivrerait-elle un indispensable adoubement républicain ? Qu'en est-il du pouvoir occulte qu'on prête aux francs-maçons? Quelle place singulière occupent-ils dans la société en général, et dans la République en particulier ? Que répondent-ils aux reproches d'affairisme ?

                                                    Visionner le film - version intégrale
 

                                                 1/3 - Frères Invisibles de la République



Qu'est-ce qu'être franc-maçon aujourd'hui ? Comment le devient-on ? Que cherche-t-on en loge ? Le Grand Orient ne souffre-t-il pas de ne plus être au centre de la République, lui qui s'en voulait la religion? Est-il en mesure d'aborder le nouveau siècle et de peser, comme par le passé, sur la vie de la cité et les institutions ?

A ces interrogations, Grand Orient, les frères invisibles de la République répond en interpellant simples maçons, historiens, anciens Grands Maîtres et responsables du Grand Orient de France. Rompant non sans réticence avec sa tradition de discrétion, pour ne pas dire de secret, l'obédience s'est prêtée au jeu, et a même permis qu'une caméra filme une "tenue" dans l'une des loges maçonniques les plus anciennes de France.

                                                    2/3 - Frères Invisibles de la République



Si les responsables en place ont donc bien joué le jeu de la transparence, ils ne représentent pas pour autant l'opinion unanime des francs-maçons du Grand Orient de France. Il existe de sérieuses raisons de penser que le poids de l'histoire pèse encore si fortement chez beaucoup de frères qu'ils refusent tout ce qui pourrait selon eux être de nature à entamer leur "invisibilité".


                                                    3/3 - Frères Invisibles de la République


"Mais aujourd'hui, les Frères du Grand Orient, s'ils veulent égaler leurs prédécesseurs, vont devoir sérieusement tailler, retailler et polir leur pierre ... Enfin, il serait bienvenu de ne plus refuser l'initiation des femmes, au prétexte que les usages ne l'avait pas envisagée en 1723" ...

Maj 05 11 10 09 - GA - L1 - S
Par Eusthenes - Recommander - Communauté : Franc-maçonnerie
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Lundi 20 juillet 2009
De 1717 à la Commune -

Albert Lantoine disait, à propos de son Histoire de la franc-maçonnerie : "Il ne s'agit pas ici d'un travail favorable ou défavorable à la Franc-maçonnerie, mais de son existence à travers les régimes" L'histoire de la franc-maçonnerie, (Chronologie 1 - Chronologie 2) telle qu'on la raconte, est encombrée d'un fatras romantique, imaginé par des francs-maçons, certes épris de l'Ordre, mais il faut bien le reconnaître, parfois un peu délirants. Car pour étudier cette histoire, il n'est, en effet, pas besoin de remonter à la construction du Temple de Salomon ou à la Genèse … 

La  franc-maçonnerie spéculative, autrement dit la Société de Pensée que nous connaissons aujourd'hui est née vers en Angleterre. Elle n'a qu'un rapport sentimental, traditionnel, avec la Franc-maçonnerie opérative du Moyen Age, ce que les Sociétés Compagnonniques actuelles confirment bien, en se démarquant formellement de la Franc-maçonnerie. Les maçons constructeurs d'églises et de châteaux, détenaient des secrets techniques, hérités du passé. Leurs corporations étaient respectées. Elles tenaient des réunions confidentielles, avaient des traditions et des rites qui les entouraient d'un certain mystère.

Puis les mœurs changèrent. On éleva moins de
cathédrales. Les maçons se laissèrent aller à ouvrir leurs assises à des profanes : philosophes, curieux, grands seigneurs, esprits inquiets, voire conspirateurs - que les franchises des corporations mettaient à l'abri de la police. Peu à peu, les très anciens règlements des loges opératives, les recettes et les secrets strictement professionnels, se transformèrent en "rituels" : la Franc-maçonnerie moderne était en gestation.
  

Un document éclairé, dans lequel interviennent :
Michel Chomarat, André Combes, Roger Dachez, Maurice Harel, Ludovic Marcos, Philippe Sollers.



En Angleterre

Il y a bientôt trois cents ans, quatre loges londoniennes, habituées à se réunir dans des tavernes - "A l'Oie et au Gril", "Au Pommier", à "La Couronne" et à "La Grappe de Raisin" - se réunissent en assemblée générale et se fédèrent. Le meeting de ces quatre loges permet d'accrocher une date précise, de poser un jalon, dans l'histoire de la Franc-maçonnerie : la création de la Grande Loge d'Angleterre, le 24 juin 1717.

Trente ans plus tôt, à la suite de la Révocation de l'Edit de Nantes par  par Louis XIV, le 18 octobre 1685 - ce qui a pour conséquence de faire disparaître en France les églises réformées et de contraindre les protestants à la clandestinité ou à l'exil - un enfant de huguenots français, avait dû s'enfuir à bord d'un vaisseau anglais.

Cet enfant, devenu le pasteur Jean Théophile Desaguliers, allait être le théoricien et le metteur au point d'une conception nouvelle de la société qui allait faire lentement son chemin, aidée par des esprits généreux, des philosophes, des mécontents : Echec au Roi.

Avec la collaboration du vieux maçon Anderson, Desaguliers rédige les Constitutions des Francs-maçonscontenant l'histoire, les devoirs, les règles, de cette authentique et vénérable fraternité. La Franc-maçonnerie, Société de Pensée, possède alors sa charte spirituelle et Desaguliers, esprit universel et ami de Newton, est élu Grand maître de la Grande Loge d'Angleterre. Faite à l'usage des loges, la nouvelle "bible", dédiée au Grand Architecte De L'Univers est publiée en Angleterre en 1723, puis en Irlande, en Amérique - par les soins de Franklin. Elle est ensuite traduite en allemand, puis en français en 1745.

Ainsi, soudée au passé légendaire et religieux, afin de ne pas effaroucher les candidats, la franc-maçonnerie devient, en fait, une école nouvelle, scientifique, universelle et surtout indépendante des religions et de l'état. Mais les savants cuisinent, en secret, le dogme libéral, rationaliste, philanthropique et pour tout dire, républicain, ce dogme nouveau qui va faire la conquête du monde.

En France

Il est probable, qu'avec ou sans la maçonnerie, l'explosion libératrice du XVIIIème siècle aurait eu lieu, car l'idée "était dans l'air". Mais la Franc-maçonnerie anglaise a sans doute été le laboratoire antipapiste et antilatin qui allait fournir aux français et à l'Europe les explosifs nécessaires à leur émancipation.

De nouvelles loges se créent, non seulement en Angleterre, mais partout dans le monde où résident des anglais. La grande bourgeoisie, annonciatrice du grand capital du XIXème siècle, s'enrôle d'enthousiasme dans les loges. Les professions libérales y discutent librement d'idées quasi subversives. Bourgeois et marchands coudoient avec quelque vanité les frères de la noblesse. La Franc-maçonnerie les met de pair à compagnon avec des gens qui, dans la rue, les feraient bâtonner.

Les aristocrates, qui éprouvent alors le besoin de "se garer un peu", créent le grade de maîtrequ'ils se réservent - discrètement - en sus des autres grades opératifs d'apprenti et de compagnon. Cela ne change rien à la fraternité de principe, mais remet toutefois chacun à sa place.

L'absence de textes précis ne permet pas de connaître les origines exactes de la Franc-maçonnerie qui est, à quelques années près, aussi ancienne en France que la maçonnerie anglaise. Il est pratiquement impossible, à travers les légendes et les traditions, de savoir où, quand et comment fut créée la première loge maçonnique française. On sait qu'en 1736 le Conseil du Roi supprime les réunions de "Frimaçons" sur les conseils de la police et qu'en 1738, le Duc d'Antin est élu Grand Maître, ce qui rassure la police et le Roi.

"Hauts" Grades

L'idée de faire élire un Grand Maître est due à un maçon écossais, naturalisé français, le Chevalier Ramsay, qui fut pour la maçonnerie française, un réformateur analogue à Desaguliers. Ramsay écrivit un un discours célèbrebien qu'il ne fut jamais prononcé. Il recommandait la philanthropie, la morale, la pratique des sciences et des arts ainsi que la discrétion - au titre de laquelle il écartait toute idée d'admission des femme dans la Franc-maçonnerie. On ne peut préjuger de l'opinion qu'il pourrait exprimer aujourd'hui.

En réaction contre la frivolité des "loges de table" où aucun travail sérieux ne pouvait être réalisé et sous l'impulsion d'aristocrates, importunés par la fréquentation confraternelle de roturiers, on décide alors de créer une Franc-maçonnerie "supérieure", un cénacle choisi. Et l'on adjoint aux trois grades symboliques de la Franc-maçonnerie opérative, un ensemble de "Hauts Grades" appelés écossais, bien que la maçonnerie écossaise ne soit absolument pour rien dans leur invention.

Ainsi, vers les années 1750, les Loges Ecossaises fleurissent avec des titres éblouissants : Ecossais Fidèles de la Vielle Bru de Toulouse, Mère Loge Ecossaise de Marseille, Sublime Mère Loge du Grand Globe Français, Cour des Souverains Grands Commandeurs du Temple de Carcassonne… Et les "Maîtres de Loges" s'empressent d'adhérer à cette nouvelle aristocratie. 


Roger Dachez : Les or
igines du régime écossais
Entretien accordé au site
www.baglis.tv,



Survient alors l'affaire Lacorne , car le Comte de Clermont, Grand Maître de la Franc-maçonnerie, choisit comme deuxième coadjuteur ce " Maître à Danser " d'origine roturière. A la demande des aristocrates, il doit évincer Lacorne. Et la noblesse mène alors contre la bourgeoisie par un à zéro.

Quant à la maçonnerie, elle est mise en sommeil jusqu'à l'élection, comme Grand Maître, de Louis Philippe d'Orléans, cousin du Roi, le futur Philippe Egalité de la Révolution. On se met alors d'accord pour entreprendre un vaste travail de réorganisation qui aboutit à la création du Grand Orient De France en 1773.

Ainsi disparaît, d'un consentement unanime, la Grande Loge pour faire place à un organisme national capable de coordonner les travaux de toute la Franc-maçonnerie et d'en assurer l'administration. Mais la belle unité ne dure pas trois mois. Il y a aussitôt des déçus, des mécontents. Une Grande Loge dissidente se constitue à Paris, en reprenant la tradition de l'ancienne Grande Loge.

Désormais, deux obédiences se livreront à une concurrence souvent aiguë, quoique fraternelle, mais le Grand Orient De France, d'inspiration strictement française, donnera à la Franc-maçonnerie l'impulsion qui lui assurera, en dépit d'inquiétantes éclipses, une place de premier plan dans l'histoire de notre pays.

La Révolution
 

On discutera longtemps du rôle de la Franc-maçonnerie dans la préparation et la réalisation de la Révolution française. La Franc-maçonnerie est alors une association puissante qui compte près de sept cents Ateliers. Elle est entrée dans les mœurs et fait partie intégrante de la société à tous les niveaux ou presque. Elle constitue, avec la religion catholique, le seul trait d'union libre de toute entrave fiscale ou administrative, entre les provinces françaises.

Les idées s'échangent, se confortent. On émet des propositions hardies. On prône la Sagesse, la Morale, la Liberté, la Fraternité, l'Egalité, l'Emancipation. La Franc-maçonnerie peut être fière, à bon droit, de son rôle important dans le drame qui se prépare.

Mais lorsque la tempête explose, la Franc-maçonnerie se volatilise brusquement. La Grande Loge suspend ses travaux en 1791. Le Grand Orient fait de même en 1792. "On n'avait pas voulu ça"… Les aristocrates filent directement à Coblence. Et les gros bourgeois libéraux soutiendront Thermidor qui sauvera leurs biens. La bourgeoisie égalise contre la noblesse et le score est alors de un à un.

L'Empire
 

Napoléon, qui domestique les institutions avec le brio particulier des dictateurs, case ses militaires athés dans la Franc-maçonneriece qui a pour résultat imprévu de la rendre anticléricale. Et avec l'Empire apparaît, importé d'Amérique, le Rite Ecossais Ancien Accepté Ainsi, aux trois grades opératifs du début des loges bleues s'ajouteront désormais et les "Hauts" Grades des Ateliers Ecossais et tous les grades du Rite Ecossais Ancien Accepté.

De 1848 à la Commune


La Révolution de 1848, inspirée par la bourgeoisie libérale, est exécutée par le peuple, suivant l'usage. La franc-maçonnerie l'acclame. Trois membres du gouvernement provisoire, revêtus de leurs insignes maçonniques, reçoivent officiellement une délégation du Grand Orient De France. Mais malgré le bulletin de vote accordé aux travailleurs, l'âge d'or est, en réalité, pour le grand capitalisme en plein épanouissement.

Napoléon III veut une maçonnerie obéissante. Il nomme, comme Grand Maître, le Maréchal Magnan, qui décide la fusion des deux obédiences rivales, en y incluant le Rite dit de Misraïm, avec ses quatre vingt dix neuf grades, record absolu.

Vient l'heure de la Commune
dont on accuse, bien sur, la Franc-maçonnerie d'être responsable loges ont un rôle de conciliation. Elles multiplient les démarches auprès de Thiers. Mais la froide férocité du petit homme effare les délégués et les maçons du camp Versaillais, impuissants devant la répression qui s'annonce. Car il y a des frères maçons des deux côtés des barricades.


Le Grand Orient De France modifie alors sa Constitution. La Grande Maîtrise est supprimée. Elle est remplacée par un Conseil de l'Ordre, élu par les délégués des Ateliers regroupés par régions. Le Conseil élit ensuite son Président, ses Vice-Présidents et ses Officiers. Une procédure qui est encore actuellement en vigueur et qui est une leçon de civisme républicain au moment même où l'Assemblée Nationale, à Versailles, prépare le retour à la Monarchie. Echec et Mat : Vive la République Sociale …


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Maj 19 10 09 - GA - L2
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