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  • : Propos maçonniques
  • : 25/02/2008
  • : Puissent ces quelques propos té-moigner de la permanence de la recherche d'une vérité fuyante et incertaine, accaparée par ceux qui, prétendant la détenir, voudraient l'imposer, même par la tyrannie. Ce blog n'engage que ses auteurs. Il est dédié à tous les frères et soeurs, orphelins d'un projet maçonnique exigeant et cohérent, pour des lendemains à repenser, à rebâtir, à rêver.
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Mardi 18 mars 2008 2 18 /03 /2008 17:10

"La croyance désigne toute certitude sans preuve ... Lorsque la croyance est volontaire et jurée d'après la plus haute idée que l'on se fait du devoir humain, son vrai nom est la foi". - Alain.

Penser est un long travail et une paix préalable. Sortant des forêts pleines de dieux l'homme, au bord de la falaise reconnut son redoutable royaume. Et c'est alors qu'il osa penser. Penser n'est pas croire. Peu de gens comprennent cela. Presque tous, et même ceux qui se défendent le plus de croire, cherchent obstinément quelque chose qu'ils puissent croire. Nous nous accrochons tous, plus ou moins, à nos idées et nous n'aimons pas toujours que l'on veuille nous les enlever. 

La croyance désigne une disposition involontaire à accepter, sans preuve, une doctrine, un jugement ou un fait. La croyance désigne toute certitude sans preuve et les degrés du croire sont les suivants : 

- Croire par peur ou par désir, ce que l'on redoute ou ce que l'on souhaite ;
- Croire par coutume ou par imitation ;
- Croire les rois, les riches, les orateurs, les prêtres ;
- Croire les vieillards, les traditions ;
- Croire ce que tout le monde croit, par exemple que l'Australie existe ;
- Croire enfin ce que les plus savants affirment en accord avec des preuves, par exemple que la terre tourne. 

Lorsque la croyance est volontaire et jurée d'après la plus haute idée que l'on se fait du Devoir Humain, son vrai nom est la foi. Le fondement de la croyance de notre époque se trouve dans les créations mythiques dont le couronnement est le mythe chrétien. Croire est agréable. Mais c'est une ivresse dont il faut se priver. Ou alors il faut dire adieu à la Liberté, à la Justice et à la Paix. Le doute est le sel de l'Esprit, car sans la pointe du doute, toutes les connaissances sont bientôt pourries. Le doute est un passage et pour l'essayer, il faut d'abord sentir sous le pied, une inébranlable résistance. Ainsi le doute est-il, en un sens, le premier signe de la certitude. 

Un croyant est un homme qui prend comme preuve sa propre humeur. Et contre cette mauvaise science, il faut seulement la volonté, le refus de croire, l'impiété délibérée. Il faut dire non aux signes, il n'y a pas d'autre moyen de les comprendre, mais toujours se frotter les yeux et scruter le signe. C'est cela même qui est veiller, autrement c'est dormir. Il faut percer l'apparence, car croire, c'est ne rien savoir. C'est même ne rien vouloir savoir. L'incrédulité est un bon mouvement. Sans l'incrédulité, la foi ne serait pas connue. Il faut partir de la stupide croyance. Il faut se sauver de là, toujours.

Seulement, il y a croire et croire. Et la différence apparaît dans les mots croyance et foi. Lorsqu'on dit qu'un homme est crédule, on veut dire par là qu'il subit l'apparence. Mais quand on dit d'un homme d'action qu'il a la foi, on veut exprimer justement le contraire. En fait, ceux qui refusent de croire sont des hommes de Foi. Croire à la Paix est foi. Mais il faut alors la vouloir. La foi est courage. Vouloir la Paix, tenir fermement cette espérance, c'est refus de croire, c'est la Foi. 

Kant nous éclaire le chemin pour comprendre ce qu'est la foi. Il y a deux ordres des choses : celles qui sont et celles qui seront parce qu'on les voudra. Le ciel, au dessus de nos têtes est un symbole des choses qui sont. L'univers est un fait, il faut ici que la raison s'incline. Il faut qu'elle se résigne à dormir avant d'avoir compté les étoiles. Sans chercher dieu, pour savoir si le monde est bon ou mauvais. Car le monde n'est ni bon, ni mauvais. Il existe, c'est tout. Il faut donc ici ne pas croire, mais savoir. 

Mais je ne sais pas si la Justice sera, car le futur n'appartient pas au savoir. Je dois croire qu'elle sera : voilà l'objet de la foi. Quand on voit qu'un homme qui entreprend quelque chose doute déjà de réussir avant d'avoir essayé, on dit qu'il n'a pas la foi. Vouloir, sans croire que l'on pourra vouloir sans un grand serment, ce n'est pas vouloir. Le plus haut devoir humain est qu'il faut croire, croire en sa propre volonté, comme l'entend Auguste Comte lorsqu'il affirme : "qu'il n'y a qu'un Dieu, l'Humanité et qu'une Providence, la Volonté raisonnable des Hommes". 

L'histoire de Jeanne d'Arc est plus belle que la légende d'Hercule. Car Hercule avait la force. Jeanne n'eut que la foi. La foi contre la religion, la justice affirmée, la révélation directe, le vrai miracle qui est de Foi et d'Action, l'Amour combattant. Cette belle histoire finit tragiquement par le retour des évêques, des hiérarchies, des dogmes. C'est par les mêmes forces que la Révolution a fini par l'Empire : la crédulité contre la foi. 

Il y a dans Jeanne, une idée flamboyante, une idée qui parle. Prodigieux mouvement de la Pensée, car cette idée veut être réalisée. Jeanne change les choses par bonne volonté, par liberté, sous l'idée d'un Devoir impérieux. Son Dieu l'inspire, mais ne l'aide pas. Aucun Dieu invisible ne marche à côté d'elle. En fait, Jeanne est seule, l'Idée est seule, partout seule. Et le bûcher de la fin éclaire le commencement. Car un vrai miracle, selon l'ordre traditionnel, descend du ciel sur les hommes. Le miracle de Jeanne était seulement dans le coeur. Il n'y aurait donc qu'à vouloir pour changer tant de choses. Prodigieux exemple. Et l'on finit par considérer comme magie noire et diabolique ce miracle de la volonté, ce dangereux miracle. 

La médiocrité s'est bien vengée. Jeanne qui était l'esprit et la volonté a été brûlée par la bureaucratie de ce temps là. Mais le Peuple éclaire la Pensée lorsqu'il veut que le mot coeur exprime à la fois l'Amour et le Courage, vérité que le bourreau n'a pas brûlée. Ainsi, il y a la foi de Jeanne et la foi de ceux qui l'ont brûlée. Et j'y vois deux religions ennemies, deux Dieux en lutte : un dieu qui est chose et un Dieu qui est Esprit. Il n'est d'ailleurs pas rare que l'on croie en Dieu comme aux sorciers. Alors, le jugement se plie, l'homme se fait petit, adorateur, il croit aux sorciers, mais il applaudit aussi quand on les brûle. La vie est alors prosternée et il y a une manière de se tenir à genoux qui vous jette à quatre pattes. 

Jeanne connut un autre Dieu, un autre culte, d'autres preuves. Elle se parla à elle-même, dans le silence. Elle s'éveilla à elle-même, elle jugea ce qui existait et le dit injuste. Cette foi s'éleva contre toutes les forces. L'Esprit décidait souverainement : Je dois, je veux, je vaincrai. Révélation par le dedans, Dieu Esprit. La croyance est esclavage, guerre et misère. La foi est à l'opposé de la croyance. La foi en l'Homme, c'est la foi en l'Esprit vivant. C'est une Foi qui secoue le dormeur. 

Mais il y a aussi de vrais Croyants : un petit nombre de ceux qu'on ne peut atteler, qui ne croient à rien. Ceux-là ont la foi, la Foi qui sauve. Ainsi croyance et foi ne sont pas de l'ordre du savoir ou de la connaissance, mais bien de l'ordre de la conscience. D'où l'inévitable impuissance des mots pour exprimer ce qui relève de l'indicible. 

"Il n'est pas sûr que les chemins s'ouvriront si on a la foi, mais il est sûr que tous les chemins seront fermés si l'on n'a pas d'abord la foi. Si l'on y regarde bien, la foi ne peut aller sans l'espérance et il y a un genre d'espérance et aussi un genre de foi qui concernent tous les hommes et dont le vrai nom est charité". - Alain.


Maj 19 10 09 - GA - L2 - R
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Mercredi 12 mars 2008 3 12 /03 /2008 10:27

Origines et signification - 

"Muni du mot substitué, le Maître Maçon explore les paysages proposés par les rites. Mais le voyage initiatique ne peut être accompli que par celui qui ne se contente pas du mot substitué. La Maîtrise véritable exige l'essentiel" ...

Les origines de la légende

L’étude des origines d’une institution a pour préliminaire la distinction entre la légende et la vérité historique. Cette distinction, entre la fable et la réalité, s’impose particulièrement en ce qui concerne la légende d’Hiram, dont les origines sont à la fois obscures et méconnues. Si l’on ajoute foi à des contes dont l’antiquité n’est pas douteuse, le problème sera vite résolu …

Il suffira d’interroger un maître, de préférence "un ancien". Un de ceux qui ont conservé intacte la foi des anciens âges et d’écouter. Il dira les origines bibliques de la légende, les étapes de la construction du Temple de Salomon, les péripéties de la vie d’Hiram et son assassinat final par trois mauvais compagnons. Il citera des noms, des faits, des dates. Aucune question ne l’embarrassera, car la relation traditionnelle, dont il sera l’interprète, est des plus précises. Inutile d’ajouter que ses dires, dont la sincérité sera absolue, ne seront appuyés par aucune preuve, qu’ils resteront donc peu vraisemblables et que le travail de l’historien, loin d’être terminé, après cette audition, commencera seulement avec elle.

Martin Saint-Léon expose les légendes que possèdent les fédérations qui administrent les trois Rites du Compagnonnage : "les Compagnons du Devoir et de Liberté", "les Enfants de Maître Jacques", "les Enfants du Père Soubise". Chacun des trois Rites possède sa légende propre et prétend se rattacher à l’un de ces trois fondateurs : Salomon, Maître Jacques, Soubise. Et chaque légende possède elle-même des variantes, voire des versions différentes.

Maître Jacques aurait été l’un des premiers maîtres artisans de Salomon et l’un des compagnons d’Hiram. Il aurait travaillé à la construction du Temple de Salomon et serait devenu le Maître des Tailleurs de Pierre, des Maçons et des Menuisiers. Le Temple achevé, il aurait quitté la Judée, en compagnie d’un autre Maître, Soubise, avec lequel il se brouilla. Soubise débarqua à Bordeaux et Maître Jacques à Marseille. La fin de l’histoire de Maître Jacques semble calquée sur le récit de la passion du Christ. Alors qu’il était en prière, l’un de ses disciples vint lui donner un baiser de paix. C’était le signal convenu pour cinq assassins qui le tuèrent de cinq coups de poignard. Soubise fut accusé d’avoir été l’instigateur de ce meurtre, ce qui fut longtemps la cause de la désunion entre les Compagnons des deux Rites. Mais cette accusation fut finalement estimée infondée et injuste.

Une autre version de la légende veut, qu’au lieu d’avoir été un artisan contemporain de Salomon, Maître Jacques ait été tout simplement le même personnage que Jacques de Molay, dernier Grand Maître des Templiers, brûlé sur ordre de Philippe le Bel. Jacques de Molay a très bien pu, dans le cadre des nombreuses constructions édifiées par les templiers, donner une règle aux ouvriers Maçons, Tailleurs de Pierre et constituer des sociétés de Compagnons. Cette version, à première vue moins invraisemblable que la précédente, ne repose toutefois sur aucun fondement historique. Car si l’existence d’une filiation entre les Templiers et le Compagnonnage, n’est pas impossible, force est de considérer que, même probable, elle demeure purement conjecturale.

La légende de Soubise est implicitement contenue dans la précédente. Soubise, architecte du Temple de Salomon, comme Maître Jacques, ami de celui-ci, serait devenu l’instigateur de son assassinat. Le fait est toutefois contesté. Mais d’après un autre récit, Soubise aurait été un moine bénédictin qui aurait vécu à la fin du XIIIème siècle. C’est sous le costume des moines bénédictins, qu’il est généralement représenté dans les Cayennes. Soubise aurait participé, avec Jacques de Molay, à la construction de la cathédrale d’Orléans. Le Compagnonnage aurait été fondé à cette époque et Soubise aurait survécu quelques années au Grand Maître des Templiers. Cette version, qui n’est pas impossible, reste également purement conjecturale.

Les Compagnons du "Devoir et de Liberté", Enfants de Salomon, prétendent eux, que leur fondateur est le Roi Salomon lui-même. Et ils se réfèrent à une légende qui a pour point de départ un passage de La Bible (Premier Livre des Rois, Chapitres 5 & 7) : "Le roi Salomon envoya quérir Hiram de Tyr. C’était le fils d’une veuve de la tribu de Nephtali. Il était rempli de sagesse, d’intelligence, de science, pour faire toute œuvre en airain. Il vint donc chez le roi Salomon et fit ses ouvrages". Rien, dans ce texte, ne permet de conclure à l’existence d’une association telle que le Compagnonnage au temps de Salomon… Mais la légende continue le récit biblique. Pour payer les ouvriers, en éliminant les intrus et les oisifs qui se mêlaient à eux, Hiram donna à chacun des ouvriers un mot de passe pour se faire reconnaître. Ainsi, chacun était payé selon son mérite et recevait, le moment venu, le mot de passe de son nouveau grade. Le Compagnonnage de Liberté était fondé.

Une seconde légende se superpose à la première. Trois compagnons, Holem ou Hoben, Sterkin ou Skelem, et Hoterfut, furieux de s’être vus refuser la maîtrise, décidèrent de contraindre Hiram à leur donner le "mot" de maître ou de l’assassiner. Cette version constitue la trame du rituel maçonnique de l’élévation à la maîtrise.

Le récit le plus connu et le plus complet de la légende se trouve dans le livre des "Voyages en Orient", de Gérard de Nerval. Il nous raconte "l’histoire de la Reine du Matin et de Soliman Ben Daoud, Prince des génies" (l’histoire de la Reine de Saba et de Salomon, fils de David)… Au fil des douze chapitres, d’"Adoniram", le premier, à "Mac Benah", le dernier, se révèle tout le symbolisme de la légende. Les trois mauvais compagnons y symbolisent l’ignorance, l’hypocrisie et le fanatisme. La recherche et la découverte du corps d’Hiram exaltent les trois vertus opposées, mais aussi la liberté et la fidélité, l’une portant l’autre, et qui sont les vertus de l’esprit. La fidélité est la lumière de l’esprit. Dès qu’on change ses idées d’après l’événement, l’intelligence n’est plus qu’une "fille".

La signification de la légende

La légende d’Hiram, est pour le nouveau maître une invitation à réfléchir son propre portrait dans le miroir que lui propose la légende. Il essayera donc d'observer comment le miroir est construit en tant que lieu spéculaire des métamorphoses de son propre moi symbolique … Car cette légende est d’abord un recours à soi-même, où chacun est invité à trouver sa propre vérité. Et c’est bien là que se trouve sans doute le sens alchimique de la légende, si l’on veut bien voir dans l’alchimie la tentative de chaque individu pour découvrir sa propre vérité, son propre secret, pour trouver la connaissance suprême réservée à chaque itinéraire humain. Car qu’est-ce donc que l’Initiation, sinon la traversée de la vie humaine, avec ses joies et ses épreuves, à travers laquelle l’être humain met à nu, lentement, cette étincelle qui est en lui et qui, une fois révélée, éclaire l’univers et lui donne un sens ?

On retrouve les acteurs de la légende au portail Nord de la cathédrale de Chartres où figurent David avec Salomon et la Reine de Saba ainsi que Zorobabel ... Salomon, constructeur, il y a trois mille ans, du premier temple, détruit en l’an 600 avant notre ère par Nabuchodonosor II. Près de lui, se trouve Zorobabel, architecte du second temple, embelli par Hérode et détruit par les romains, en l’an 70 de notre ère. Eséchiel, l’inventeur du "troisième temple", a disparu du portail nord à la Révolution. Mais Saint Jean-Baptiste au même portail présente au passant l’emblème du troisième temple, la Jérusalem céleste, "la Cité qui n’a besoin ni du soleil, ni de la lune pour l’éclairer, car l’agneau est son flambeau".

"Ici, tout est symbole",
 cette affirmation, répétée au cours de la cérémonie d’initiation maçonnique est chargée de sens, parce qu’elle annonce la valeur de la démarche et la méthode de travail : la recherche du sens, au-delà de l’apparence. Après son apprentissage et son compagnonnage, le franc-maçon médite sur la passion d’Hiram. Et il apprend alors que les maîtres disposent pour se reconnaître d’un mot substitué à la "parole" qui a été perdue. La "parole" est perdue pour ceux qui croient avoir tout vu, tout dit et qui disent "qu’il n’y a rien à voir". La parole est effectivement perdue lorsqu’on n’est plus à même de produire une pensée nouvelle à propos des symboles. Ainsi la "parole" est-elle toujours à retrouver et sa quête exige une remise en question permanente de toutes nos certitudes antérieures.

Muni du mot substitué, le Maître Maçon explore les paysages proposés par les rites. Mais le voyage initiatique ne peut être accompli que par celui qui ne se contente pas du mot substitué. La Maîtrise véritable exige l’essentiel. Encore faut-il garder un esprit critique et conserver un certain humour, afin de ne pas devenir un dévot béat qui attend une "révélation" de la part de ses maîtres. Ainsi, au départ, dès le commencement de la quête, il faut savoir que la "parole" ne pourra se dire. Elle sera montrée, sous l'égide de la rose, sortie d’une boite, sous forme d’initiales, qui sont le symbole du "mot" et non le "mot" lui-même, enfin retrouvé ... 

 

                                                                                         Lire  -  La suite de la légende


Maj 19 10 09 - GA - L0 - R

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Samedi 8 mars 2008 6 08 /03 /2008 22:48

La suite de la légende -

Salomon, Hiram, Zorobabel, n’ont ni construit, ni rebâti le Temple… Ils nous ont légué son modèle, caché sous une image. Ils nous indiquent le chemin vers la Cité Idéale où il s’élèvera, dans l’harmonie.

Le grade de Royale Arche 

L'un des motifs qui provoqua, en 1750, la célèbre querelle maçonnique entre les "Antients" et les "Modernes" réside dans l’attitude des uns et des autres envers le grade de Royale Arche - la Sainte Arche Royale de Jérusalem. Les Anciens admettaient la pleine valeur de ce grade dont ils faisaient l’une des pièces maîtresses de l’édifice maçonnique et qu’ils pratiquaient réellement. Les modernes, par contre, refusaient officiellement de reconnaître ce grade, bien qu’ils fussent nombreux à le prendre et à s’y faire recevoir.

Le schisme cessa en 1823, par la création de la Grande Loge Unie d’Angleterre dont l’article 2 de la déclaration préliminaire précisait que : "la maçonnerie pure et ancienne consiste en trois degrés, sans plus, à savoir : Apprenti, Compagnon et Maître Maçon, y compris l’Ordre Suprême de la Sainte Arche Royale". 

Ce grade est-il de source opérative ? Très probablement non. Est-il issu des degrés hiramiques, en constituant la seconde partie du grade de Maître ? Rien ne prouve que les deux légendes du troisième degré et de l’Arche Royale aient jamais été associées dans un même cérémonial. Toutefois, les Anciens accusaient les modernes d’avoir mutilé le grade de Maître en l’amputant de sa seconde partie. Ce qui porte l’idée d’une maçonnerie en trois grades, le troisième étant reçu au cours de deux cérémonies distinctes …

Les rituels du grade de Royale Arche 

Les origines des rituels du grade de Royale Arche sont multiples et complexes. Le plus ancien rituel connu de ce grade date de 1760. Après la tenue du premier Grand Chapitre de Royale Arche en 1766, le développement des rituels se caractérise, sous l’influence semblerait-t-il de jésuites, par la substitution à la légende ancienne, solomonienne et hiramique, d’une nouvelle légende racontant la reconstruction du Temple par Zorobabel.

L’enseignement historique du grade - qui présente des similitudes avec celui de Chevalier d’Orient du Rite Français - raconte que, "lors de la reconstruction du temple, trois pèlerins inconnus s’étaient offerts pour déblayer les décombres de l’ancien édifice. Et comme le bruit courait que quelque chose d’important était enfouis sous les décombres, il leur avait été recommandé de prendre le plus grand soin pour réaliser leur travail. Au bout de quelques jours, ils avaient découvert, derrière un mur sonnant le creux, une voûte où ils avaient aperçu des tables, portant une partie des lois divines et un petit autel recouvert d’un voile. Ce voile soulevé leur avait permis de lire les noms des Maîtres qui avaient construit le premier temple, mais aussi le nom de l’Eternel - non pas celui qui est donné à l’ordinaire, mais un autre - qui était manifestement la parole perdue. Tous les Maîtres présents avaient dû prendre l’engagement de ne jamais révéler aux autres frères la parole retrouvée et de ne jamais la prononcer qu’en présence de deux autres Maîtres". 

Le grade de Royale Arche, tel qu’il prend corps en Angleterre à partir de 1766 affiche une marque chrétienne que l’on retrouve dans le rituel de Maître Parfait du Rite Ecossais Rectifié. Ceci suppose que dans les Loges qui pratiquaient le grade de Royale Arche, la légende de l’Ancien Testament soit interprétée d’un point de vue chrétien : celui de l’annonce de la reconstruction symbolique du troisième temple.

Dans le rituel de 1765, les acteurs en sont les Maîtres Sublimes, Salomon, Hiram, Roi de Tyr et Hiram, l’architecte assassiné
. "Les Maîtres Sublimes demandent à Salomon de leur conférer le grade de Royale Arche. Salomon leur répond négativement, sachant qu’il a condamné une trappe dans le sanctuaire. Cette trappe mène à un souterrain qui donne accès à une voûte de neuf arches. Longtemps après, Salomon envoie trois intendants, Sublimes Ecossais, pour chercher les choses les plus précieuses dans les ruines du Temple (ce qui constitue une incohérence, le Temple de Salomon étant détruit plus de quatre cents ans après sa construction).

L’un des intendants accroche sa pioche à un gros anneau fixé à une dalle. Il soulève la dalle - dont l’image se trouve sur le sautoir du 14ème grade du Rite Ecossais Ancien Accepté - et découvre le souterrain. Il lie une corde autour de sa taille et dit à ses compagnons qu’il tirera sur la corde pour demander qu’on le remonte. Il descend dans le trou - le souterrain serait donc bien au fond d’un puits. Il passe trois arches, tire trois fois la corde pour se faire remonter. Au cours d’une nouvelle tentative, il passe six arches, tire six fois la corde. Il redescend une nouvelle fois avec un flambeau et passe neuf arches.

Un pan de mur se détache et il aperçoit une pierre triangulaire sur laquelle est écrit le mot sacré du grade de Royale Arche : JABULUM. Il fait le même signe que Salomon, lorsqu’il a refusé de leur conférer le grade de Royale Arche (Signe d’Admiration). Il met un genou en terre, une main dans le dos et l’autre pour se protéger de la lumière (Signe de Protection) et tire sur la corde pour se faire remonter. Revenu avec les autres intendants, il leur dit : "Jabulum est un bon maçon" et décide avec eux :- que le nouveau mot de passe sera "Je suis ce que je suis"…

Le symbolisme du grade de Royale Arche 

Les soirées privilégiées parfois vécues par les francs- maçons ne peuvent se produire que dans les Loges qui, au moyen d’un rituel, pratiquent l’art d’ouvrir une porte sur un monde hors du temps et sur un univers sans limite. Ce monde, à l’intérieur d’un Temple orienté, couvert de sa voûte étoilée, devient d’autant plus réel qu’il est imaginaire. Ainsi, par le moyen du Rite, le franc-maçon peut passer de la durée temporaire ordinaire au temps sacré. Le franc-maçon vit ainsi dans deux sortes de temps : le temps profane et le temps sacré, qui se présente sous l’aspect paradoxal d’un éternel présent mythique qu’il est possible de réintégrer par le Rite. Le thème de la recherche de la parole perdue s’inscrit naturellement dans cette démarche.
 

Après son apprentissage et son compagnonnage, le franc-maçon médite sur le meurtre d’Hiram. Et il comprend que le mot que les Maîtres utilisent, pour se reconnaître, est un Mot substitué, dont ils portent les initiales sur leur tablier et que le but de la démarche est la recherche de la Parole perdue … Muni du mot substitué et afin de retrouver cette Parole, le Maître Maçon explore les paysages proposés par les rites. Le processus de l'initiation nous donc fait traverser des paysages, plus précisément des structures qui jalonnent la voie initiatique, qui n'est elle-même qu'une expérience totale de la vie

Au douzième degré du Rite Ecossais Ancien Accepté, le Maçon redécouvre que le Temple que chaque Maçon doit construire en lui-même, représente
l'édifice idéal que chacun de nous est appelé à réaliser et que le Temple de Jérusalem est une image de l'univers destiné à satisfaire notre raison, une conception philosophique traduisant, autant qu'il est possible, une approche de la Vérité.

Au XVlllème siècle, avant la structuration définitive de la Franc-maçonnerie spéculative, la prononciation du mot de maître est J H V H (Jéhovah). Tout se passe ensuite comme si tout le mythe d'Hiram consistait, dans un de ses aspects, à supprimer cette invocation pour la remplacer par un mot substitué qui sera le premier mot que l'on entendra et dont les significations vont de Mach Banach, Marrow in the Bone, Moabon enfin, qui deviendra le mot substitué du Rite Ecossais Ancien Accepté.

Le sens profond du Rite Ecossais Ancien Accepté est le passage fondamental de l’Ancien au Nouveau Testament , où le tétragramme Chrétien I N R I se substitue au tétragramme hébraïque I H V H. Et toute la démarche ultérieure sera ciblée sur la découverte de la complémentarité de l’Ancien et du Nouveau Testament, l’un, symbolisé dans les grades vétéro-testamentaires par la formule : Amour de la Vérité et l’autre symbolisé par la référence au Nouveau Testament : Amour de l’Humanité, symbolisme que l’on retrouvera sur l'échelle mystérieuse du rituel du trentième grade du Rite Ecossais Ancien Accepté …

Certains diront : qu’importent les spéculations et les retours vers le passé à l’époque de la science, de la technique, de l’efficacité, de la raison… Les sceptiques et les agnostiques diront que la maçonnerie n’a que faire de dieu et des religions. Les croyants objecteront que leur foi leur suffit et s’en remettront à leur église, avec plus ou moins de confiance, pour s’occuper de leur dieu et du salut de leur âme. L’église, de son côté, parle de moins en moins, afin de ne pas effaroucher le client, l’important restant de maintenir, autant que possible, une influence fondée sur quelques principes d’ordre moral.

Quant aux francs-maçons, ils se présentent sous des visages bien divers, sans unité de doctrine ni d’action. Il existe, il est vrai, pour les trois premiers grades, un critère simple : celui de la régularité, qui garantit, dans l’ensemble, la reconnaissance de principes communs traditionnels. Et les choses deviennent encore plus claires lorsqu’on sait que la régularité doit s’apprécier sous deux aspects complémentaires : la régularité obédientielle et la régularité initiatique. Mais cette simplicité relative, qui concerne la franc-maçonnerie des grades symboliques, fait place à une réelle confusion lorsqu’il s’agit des "hauts" grades.

L’histoire de ces grades est fort complexe et l’on y trouve le meilleur, mais également, il faut en convenir, le pire. On s’aperçoit, de plus, qu’il n’existe, au regard des "hauts" grades, aucun critère de régularité, ni aucun pouvoir régulateur qualifié, même si le Rite Ecossais Ancien Accepté peut se prévaloir de regrouper, au niveau mondial, 90 pour 100 des maçons travaillant dans les Ateliers au delà du troisième grade. Peut-on d’ailleurs parler "du" Rite Ecossais Ancien Accepté, tant les pratiques en sont parfois différentes, et les formules constitutives laissées "ad libitum" de chaque Atelier ?

Il semblerait donc raisonnable d'accepter une constatation de départ aussi simple qu’évidente. La franc-maçonnerie est, à l’origine, une initiation de Métier et l’ésotérisme qu’elle met en œuvre est d’essence judéo-chrétienne. Partant de là, il convient de déterminer et de comprendre l’expression de cette essence judéo-chrétienne, d’en suivre le passage de la maçonnerie opérative de jadis à la maçonnerie spéculative moderne, puis de son évolution jusqu’à la pratique actuelle. Salomon, Hiram, Zorobabel, n’ont ni construit, ni rebâti le Temple… Ils nous ont légué son modèle, caché sous une image. Ils nous indiquent le chemin vers la Cité Idéale où il s’élèvera, dans l’harmonie.

Il importe donc que les maçons de bonne foi, rejetant les idoles, mènent à bonne fin une pratique des "hauts" grades qui leur donne leur seule justification : aider, servir et honorer la Franc-maçonnerie symbolique, qui est la seule détentrice de toute l’initiation. Ainsi, la maçonnerie de Royale Arche pourrait-elle être considérée à juste titre comme la fondation et la clé de voûte de l’ensemble de l’édifice maçonnique.

Dégagée de tout dogme, de toute attache cultuelle, considérée non comme un grade, mais comme un complément et une explication des grades symboliques, laissée à la libre interprétation de la conscience individuelle de chacun, elle montrerait ainsi l’importance, non pas tant religieuse, que sacrée de l’initiation maçonnique. Avec elle, s’éclairerait toute la signification à donner à la légende opérative et traditionnelle du Temple de Jérusalem ainsi que la haute portée de son enseignement initiatique selon lequel l’accomplissement du chemin de la connaissance rejoint la quête spirituelle de l’Amour.


Conférence de Roger Dachez 

La question des origines de la Franc-Maçonnerie occupe un statut particulier dans l'imaginaire maçonnique. Préoccupés par la transmission, certains franc-maçons ont dicté des règles et établirent des lois qui façonnèrent l'histoire de l'institution qui ressortit des "Constitutions d'Anderson".

C'est ainsi que la Franc-Maçonnerie s'origina dans le Paradis Terrestre immémorial d'Adam et Eve et qu'elle fut transmise par les prophètes et les rois, accréditant la thèse selon laquelle la Grande Loge, apparue à Londres au XVIIIème siècle, n'était pas une "création" mais un "éveil", éveil s'inscrivant donc dans la continuité des bâtisseurs de cathédrales.

Théorie qui connaît une rupture avec l'avènement de l'histoire moderne sur laquelle s'appuit, entre autre, la Franc-Maçonnerie spéculative qui tenta de "décortiquer" le mythe de la Franc-Maçonnerie opérative.

Cet exposé tente de répondre aux deux questions suivantes: la Franc-Maçonnerie spéculative dérive-t-elle de la Franc-Maçonnerie opérative? L'Histoire peut-elle détruire le mythe? N'a-t-elle pas plutôt le pouvoir de le restituer dans sa dimension fondatrice et son sens réel ?


Les origines de la Franc-Maçonnerie spéculative

Maj 19 10 09 - GA - L2 - R
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Dimanche 2 mars 2008 7 02 /03 /2008 01:26
Fraternité et complaisance -

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                                     Franc-maçonnerie, un pouvoir au coeur de la République
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Lorsque les hommes se disent frères, c’est parce qu’ils appartiennent à une même famille de sang, ou alors qu’ils se sont assemblés, en s’inventant une ascendance symbolique commune, pour fonder sur le plan mythique, leur sentiment d’une identité collective. Les premiers chrétiens se sont dits frères, en référence au Dieu des Hébreux, devenu pour eux, le "Père" de toute l’humanité.

Les francs-maçons ont eux aussi, une filiation mythique, fondée symboliquement sur la légende d’Hiram. Mais plutôt que de gloser sur la réalité existentielle de ce qu’on appelle la "fraternité" il est préférable de se demander pourquoi les francs-maçons se sentent en maçonnerie "comme en famille" et sur quel fondement, lorsqu'ils rencontrent un autre maçon qu'ils ne connaissent pas, ils vont s'appeler "mon frère".

De l’extérieur, on pourrait dire que la fraternité maçonnique désigne une sorte de contrat moral unissant quelques élus qui se reconnaissent par des signes déterminés et qui ont décidé, au-delà des distances et des distinctions habituelles de la société, de s’entraider et de se tenir les coudes. S’il en était ainsi, la franc-maçonnerie ne serait qu’un clan comme un autre et parmi d’autres. Or l’essence du clan, c’est la violence et c’est toujours, sous une forme ou une autre, une alliance des uns contre les autres. Nietzsche l’a bien vu, lorsqu’il dit, dans son Zarathoustra "Et lorsque vous êtes quatre qui se réunissent, il faut qu’il y ait quelque part un cinquième qui meure".

Dans le monde profane, on dit parfois qu’il en serait ainsi de la fraternité maçonnique et certaines pratiques, très minoritaires quoique très médiatisées, pourraient parfois sembler donner raison à cette légende. Mais les francs-maçons savent, eux, qu’en profondeur, le lien qui les unit n’est fondé ni sur l’intérêt ni sur la complaisance, qu’il n’est donc pas un lien clanique mais un lien initiatique, c’est à dire fondé sur le travail personnel et collectif, intérieur et dialogal, d’hommes qui ont touché du doigt, qui ont touché de l’âme, cette vérité fondamentale, à savoir que la fraternité n’est jamais un acquit, mais qu’elle reste toujours un pari. 

Bien des mythologies commencent par l’histoire de deux frères : Caïn et Abel, Romulus et Remus et ces histoires tournent souvent mal et aboutissent au fratricide. Elles nous montrent qu’il est bien difficile de coexister et nous rappellent que chacun de nous est un peu comme un aîné pour qui le monde s’écroule le jour où il doit le partager avec un frère cadet. Prendre conscience de l’autre, de sa légitimité à être lui aussi, c’est forcément déchanter, mourir même, symboliquement. Car c’est abandonner la toute puissance de notre désir. Et oser appeler un homme son "frère", c’est lui signifier qu’on est prêt à accepter cet abandon et à travailler avec lui, pour que de cette acceptation vécue puisse naître un élargissement de notre conscience. Ce qui implique que le travail maçonnique sur soi-même est indissociable de la fraternité. 

Aussi, dissocier la fraternité de la notion de travail, réunir régulièrement des frères en dehors du travail en loge, comme cela se passe dans les fraternelles, ou dans certaines associations maçonniques, ou dans certains dîners en ville, est très souvent porteur d’une lourde ambiguïté et d’un risque réel de régression vers le clan. Les francs-maçons doivent prendre garde à tout ce qui peut les amener à se considérer comme une puissance, à nouer des alliances avec d’autres clans, d’autres puissances, qui dégénèrent inéluctablement en confusion. 

Il y a risque de régression au niveau du clan, lorsque trop d’interrelations, d’interconnexions, lient l’ordre maçonnique à l’ordre politique. Chaque maçon est libre et a le devoir d’adhérer aux mouvements de son choix. Mais si les francs-maçons sont souvent avisés pour écarter les idéologies et les éléments incompatibles avec leur engagement, ont-ils toujours bien évalué le danger d’une trop grande proximité avec des mouvements ou des partis politiques qui pourraient avoir, en apparence, un discours proche du leur ?

Car avec la meilleure volonté du monde, lorsque la double appartenance atteint une certaine masse critique, lorsque les discours deviennent trop convergents, il peut arriver que l’on ne sache plus si l’on doit dire "Bonsoir mes frères," ou "Salut camarades" et qu’il devienne très difficile de spécifier ce qui dans une relation est réellement d’ordre maçonnique, c’est à dire initiatique. Alors peut s’instaurer, à la place de la fraternité maçonnique, la complaisance de ceux qui cherchent moins à se poser des questions les uns aux autres, qu’à simplement faire alliance avec les uns contre les autres, en vue de défendre des idées ou des intérêts communs.

Parmi les pouvoirs qui dirigent la société profane, il n’y a pas que les partis politiques et l’Etat. Il y a également l’argent, qui est devenu une puissance à part entière. Or il existe parfois, entre les relations socioprofessionnelles et économiques d’une part, et les relations que doivent entretenir les frères dans le temple d’autre part, une confusion telle que l’on ne sait plus toujours très bien si c’est la fraternité vécue en loge qui rapproche les maçons pour travailler ensemble dans le monde profane ou si c’est un intérêt qui se cache derrière ce qui ressemble parfois à un semblant de fraternité. S’habituer à faire des affaires avec des frères et mettre en sommeil sa vigilance, c’est s’exposer tôt ou tard à tomber dans l’affairisme. Cette situation, pour aussi rare qu’elle soit, ne constitue pas une hypothèse d’école et représente bien un risque réel.


Voilà ce que j’ai, non pas sur le cœur comme une rancune, mais dans le cœur comme un élan de réelle fraternité, en excluant toutefois tout sentiment d’autosatisfaction collective. Car nous sommes tous responsables des aliénations de la fraternité maçonnique. Tous ! Y compris ceux qui considèrent à juste titre qu’ils n’ont rien à se reprocher vis à vis des liens entre la politique et la maçonnerie, entre l’argent et la maçonnerie ! Car même lorsque nous ne sommes pas coupables, nous sommes responsables, si nous pensons que, dans le Temple, notre relation se situe au-delà des limites du droit.

Un jeune prophète juif d’il y a bien longtemps a dit "Rendez à César ce qui est à César et rendez à Dieu, ce qui est à Dieu" - si vous y croyez, bien sur ... Voici une belle définition de la laïcité. J’y ajouterai "Rendez à l’argent ce qui est à l’argent, c’est à dire ce qui relève des contingences économiques que chacun de nous doit assumer, au quotidien. Mais pour mériter d’être digne de pouvoir être appelé mon frère en maçonnerie, rendez à la maçonnerie ce qui est à la maçonnerie, et qui n’appartient ni à César, ni à Dieu, ni à l’argent. Et, exigez la même chose de vos frères, sans complaisance". 

Pour info 
Le total des francs-maçons mis en examen ou condamnés depuis 10 ans est  de 67. Sachant que la franc-maçonnerie compte 122 000 membres, la proportion "effarante" de délinquance maçonnique est précisément de
0,05 %. Dans le Nouvel observateur du 6 février 2002 on pouvait voir les statistiques nationales de la délinquance (escroqueries, dégradations de biens, vols, viols). 4 061 792 personnes ont commis des actes de délinquance soit 14,6 % de la population française. A vous de comparer les deux taux et d'en tirer vos propres conclusions...


Maj 19 10 09 - GA - L2 - R

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Jeudi 28 février 2008 4 28 /02 /2008 12:03

"La morale n'a pas changé ...
"Ce qui a changé, c'est qu'on ne l'enseigne plus"...
 


Ethique et morale

Les termes "éthique" et "morale" désignent ce qui a trait aux mœurs, au caractère, aux attitudes humaines en général et, en particulier, aux règles de conduite et à leur justification. On réserve plutôt, sans qu'il y ait accord sur ce point, le terme "éthique" au problème du fondement de toute morale et à l'étude des concepts fondamentaux, tels que bien et mal, obligation, devoir, et le terme "morale" à l'analyse des phénomènes moraux concrets. La morale apparaît d'abord, et légitimement, comme le système des règles que l'homme suit (ou doit suivre) dans sa vie aussi bien personnelle que sociale.

Vus ainsi, le problème moral et les problèmes de la morale, constituent le centre de toute réflexion, puisque toute entreprise humaine, est soumise à la question de savoir si elle est justifiée ou non, nécessaire, admissible ou répréhensible, en accord avec les valeurs reconnues ou en contradiction avec elles. Mais, puisque ces règles ne sont pas les mêmes pour différents individus, époques, civilisations, sociétés, la question se pose de savoir comment découvrir un vrai bien et une vraie morale, en niant l'existence d'une morale absolument vraie et, partant, universelle, en ce qu'elle obligerait tous les êtres humains.

Nous proposons donc, pour distinguer entre "éthique" et "morale", de réserver le terme d'éthique pour tout le questionnement qui précède l'introduction de l'idée de loi morale et de désigner par morale tout ce qui, dans l'ordre du bien et du mal, se rapporte à des lois, des normes, des impératifs.

La vie morale

Il n’y a pas une morale, mais des morales, l’ensemble des morales constitue la moralité, c'est à dire le champ philosophique de toutes les morales. La première moralité étant d’ailleurs de vouloir et d’accepter une morale. Car le terme de morale fait l’objet de définitions différentes selon le point de vue à partir duquel on envisage les choses. 

D’un point de vue déontologique ou opératoire, une morale est constituée par un ensemble de références qui permettent, tout d’abord, d’opérer la distinction entre le bien et le mal, ensuite de fournir à l’homme des règles de conduite pour sa vie quotidienne, enfin, de mieux vivre ensemble.

La vie morale de l’homme a ainsi trois caractéristiques. Tout d’abord, elle s’exerce à la fois dans les domaines de la réflexion et de l’action : "Agis en homme de pensée et pense en homme d’action" - Henri Bergson. Ensuite, la vie morale concerne l’individu et vise le collectif. Enfin, la vie morale conjugue des règles générales et leur mise en pratique quotidienne. Elle ne se borne pas à la définition de grands principes, mais consiste essentiellement à leur mise en application dans chaque moment de la vie de tous les jours.

La crise morale
 

Face à la double crise morale de notre société : crise des fins (perte des valeurs de référence) et crise des moyens, il serait dérisoire de gémir sur la faillite de nos institutions. La société ne prétend plus à l’éducation. Elle produit et distribue des biens et des services et ne réclame en échange qu’un simple bulletin de vote au citoyen, au moment de la formalité démocratique des élections. Elle ne forme pas, elle désinforme. Les partis politiques sont devenus la forme moderne de l’esclavagisme, un esclavagisme mental. Les religions chôment.

Le constat sur l’école est terrifiant. Un enchaînement de bonnes intentions et de calculs intéressés, a délité, en une trentaine d’années, ce qui fut l’un des meilleurs systèmes éducatifs au monde et qui, de l’aveu même de son ministre actuel, "est devenu un système éducatif qui génère de l’exclusion". Ceux qui sont nés dans la rue, désormais y restent, avec les conséquences que l’on connaît. Les médias, (presse, télévision, Internet), la "jet-set", la mode, sont les vecteurs et les modèles de l’aliénation mentale de l’homme, en démontrant par l’absurde la primauté de l’argent et du pouvoir - Avoir - ainsi que celle de l’apparence - Avoir l’Air, le mannequin brésilien Ana Reston meurt d’anorexie à 18 ans - sur l’existence véritable - Etre

Faut-il proposer une nouvelle morale ?

"La morale laïque, c’est-à-dire indépendante de toute croyance religieuse préalable et fondée sur la pure idée du devoir, existe ; nous n’avons point à la créer. Elle n’est pas seulement une doctrine philosophique ; elle est devenue, depuis la Révolution française, une réalité historique, un fait social, car la Révolution, en affirmant les droits et les devoirs de l’homme, ne les a mis sous la sauvegarde d’aucun dogme. Elle n’a pas dit à l’homme : Que crois-tu ? Elle lui a dit : Voilà ce que tu vaux et ce que tu dois ; et, depuis lors, c’est la seule conscience humaine, la liberté réglée par le devoir, qui est le fondement de l’ordre social tout entier". Jean Jaurès - 1892.
 

A l’existence de Dieu près, la morale enseignée alors par le curé était la même que celle enseignée par l’instituteur socialiste. Elle était alors porteuse de valeurs potentiellement universelles, comme le progrès, la dignité, la solidarité. Elle comportait toutefois une part aveugle, une part d’impensé : l’égalité politique entre les hommes et les femmes, le suffrage universel pour les femmes, la critique à l’égard de l’Etat républicain, la valeur morale suprême de "mourir pour la patrie", qui a servi à gagner une guerre, dont les souffrances qu’elle a suscitées ou permises, ont épouvanté les Français. Aujourd’hui, nous sommes entrés dans une période où la morale n’a pas disparu, mais est devenue une morale d’instinct et d’émotion plus que de raison.

Une première réflexion pourrait être menée du côté d’un élargissement de l’universalisme des connaissances enseignées. Une autre réflexion pourrait être menée à propos de la manière trop rigide avec laquelle on aborde le rapport connaissance - croyance. Il est certain que nous vivons une situation difficile qui tient aussi à la fin des certitudes et à la fin des croyances qui soutenaient l’éducation laïque. S’agissant de l’islam, il semble que nous vivons aujourd’hui une situation de fascination stigmatisante qui nourrit les fantasmes de la peur, d’un côté comme de l’autre. Et la situation du professeur Redeker, montre bien que la société s’est endormie sur l’idée que la liberté était un bien définitivement acquis.

Alors, une Morale Laïque nouvelle ou adaptée est-elle souhaitable ? La réponse est Non ! Si on en fait une Religion Civile. Non ! Si le "droit de l'hommisme" devient une caricature des Droits de l'Homme. Non ! Donc, si la Laïcité devient une orthodoxie, avec ses fonctionnaires installés. Car la Morale Laïque ne peut être un orthodoxisme. Mais, en tant que source morale, libérale et démocratique, elle peut constituer l'une des meilleures chances de solutions à offrir pour l'instauration d'une société ouverte et pluraliste. La réponse est donc : Oui, si la crise actuelle sait déboucher sur un nouveau Pacte Laïque qui permettrait le mariage des différences, tout en préservant l'Unité de la Nation.

Fondements d’une morale laïque

Le concept d’une Morale laïque ne va pas de soi, puisqu’il est défini par deux mots qui sont de nature très différente. Le mot "laïque" est d’ordre institutionnel et juridique. Il se réfère à ce que l’homme fait. Le mot "morale" est d’ordre philosophique et concerne ce que l’homme est derrière ce qu’il fait et qu’il extériorise. Il semble toutefois possible de définir le contenu d’une Morale Laïque qui serait, à partir d’un ensemble de notions institutionnelles et juridiques, un état d’esprit, déterminant les conduites à tenir.

Il deviendrait dès lors possible d’envisager que ces notions et les règles qui en découlent deviennent une Morale. La devise de la République est : Liberté, Egalité, Fraternité. La morale laïque que nous proposons, considérée comme une morale parmi d’autres, se fonde naturellement sur ces trois valeurs essentielles pour distinguer ce qui est bien et ce qui est mal, en permettant la libre existence de l'Individu, tout en assurant la cohésion sociale.

L’Individu

La première valeur de base est l'Individu : "Agis de telle sorte que tu traites l’humanité comme une fin et non comme un moyen" - Kant. Il s’agit bien là d’un fondement commun à toutes les morales contemporaines, où l’individu est considéré comme une fin et non simplement comme un moyen. C'est l'affirmation "du caractère sacré de la Personne humaine, de la primauté absolue de l'Individu" - Emile Durkheim. Tout être humain possède des droits imprescriptibles et sacrés (Constitutions de 1958 - Droits de l’Homme de 1789).

La Morale Laïque est donc un Humanisme, au sens donné par Albert Memmi : "L’Homme d’abord, tout l’Homme, tous les Hommes", mais pas au sens de l’Union Internationale Humaniste et Ethique, pour laquelle l’Humanisme est une attitude de vie non-déiste (Pays Bas). L'Egalité signifiant que nous sommes "Tous uniques, tous différents, tous égaux". Dans la devise républicaine, la primauté de l'Individu correspond au mot : EGALITE.


Le Libre Examen

La deuxième valeur de base est le Libre Examen. L’article X de la déclaration des Droits de l’Homme de 1789 dit que : "Nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi". Chacun dispose donc d'une Liberté absolue de penser. "Contraindre cette Liberté est une injustice, la supprimer est un sacrilège" - Rabaud Saint-Étienne. L’autonomie de chacun constitue un impératif fondamental :
"Agis en toute circonstance de manière à cultiver l’autonomie d’autrui et la tienne se développera en même temps" - Jean-François Malherbe (1987).

Le Libre Examen refuse le principe d'autorité ainsi que tout dogmatisme qui impose une fois pour toute, ce qui est vrai, ce qui est bien, ce qui est beau. Le Libre Examen est la base de la liberté absolue de conscience qui fonde l'autonomie de l'homme. Dans la devise républicaine, il correspond au mot : LIBERTE

"Ce qu'il faut sauvegarder, ce qui est le bien inestimable conquis par l'Homme à travers tous les préjugés, toutes les souffrances et tous les combats, c'est cette idée qu'il n'y a pas de vérité sacrée, c'est à dire interdite à la pleine investigation de l'homme, c'est cette idée que ce qu'il y a de plus grand dans le monde, c'est la liberté souveraine de l'esprit ; cette idée que, dans l'univers, l'humanité est une grande commission d'enquête dont aucune intervention gouvernementale, aucune intrigue céleste ou terrestre ne doit jamais fausser ou restreindre les opérations, cette idée que toute idée qui ne vient pas de nous est un mensonge ; que jusque dans les adhésions que nous donnons, notre sens critique doit toujours rester en éveil et qu'une révolte secrète doit se mêler à toutes nos affirmations et à toutes nos pensées". Jean Jaurès – 1895 – Discours à la Chambre des Députés.

La Cohésion Sociale

La troisième valeur de base est la Cohésion Sociale. La Laïcité a permis de fonder et de cimenter la République Française en créant un lien social qui n’était plus de nature religieuse. Et ce lien devenait beaucoup plus fort si, au-delà d’une valeur législative, il constituait une valeur morale. La Cohésion Sociale se fonde sur la tolérance réciproque et le respect mutuel, instituant la primauté de certaines valeurs du groupe devant lesquelles doivent s'effacer les exigences individuelles.

D’après Régis Debray : "La démocratie est la libre expression de tous les individualismes et de tous les communautarismes. La République est de même nature, mais l’individu s’efface à l’occasion au profit du groupe". Il s'agit donc d'un juste équilibre entre les Droits et les Devoirs de chacun. La Morale Laïque est ainsi une Morale du Devoir. Elle n’est pas une morale du plaisir. La Cohésion Sociale est le fondement du mieux vivre ensemble. Dans la devise républicaine, elle correspond au mot :
FRATERNITE.

Principes d’une Morale Laïque

Une Morale Laïque n'a pas à trancher la question de savoir si la conscience morale de l'homme est d'origine naturelle ou divine. Elle doit être "agnostique". Une Morale Laïque doit être fondée sur la Raison, en se référant au progrès scientifique qu'elle doit intégrer à son profit. Ce qui peut lui permettre de constater l'absurdité du racisme et l'immoralité de l'utilisation des pratiques irrationnelles, notamment lorsqu'elles constituent une violation du Respect de l'Individu. Elle doit être "rationnelle". Tout est en devenir.

Une Morale Laïque doit manifester une large ouverture d'esprit et conserver une grande modestie. Les choses valent ici et maintenant. Leur portée universelle est incertaine. Elle doit être "dynamique". En considérant comme principe l'Egalité des sexes et comme valeur de base le fait que l'être vivant est sexué, l'excision, par exemple, ne peut être admise. Une Morale Laïque s’autorise donc à considérer que toutes les cultures ne sont pas acceptables, puisque certaines ne sont pas objectivement défendables.

Elle doit être "équisexe". Considérant l’Individu et la Paix comme des valeurs fondamentales, une Morale Laïque est non violente. L’absence de laïcité se manifeste largement dans le monde par l’exaspération des communautarismes qui transgresse l’interdiction de l’utilisation de la violence dans les rapports sociaux. Une Morale Laïque doit donc être "pacifiste". Elle se fonde sur la primauté de l'Etre Humain et non sur celle de l’environnement. L’homme s’occupe de la nature, qui passe toutefois après lui-même. " Le sacrifice d’un ours polaire pour nourrir une famille d’esquimaux est légitime. Le sacrifice d’un ours polaire pour vêtir une parisienne est immoral " - Hubert Reeves. Plus qu'écologiste, une Morale Laïque doit donc être "Environnementaliste".

Enfin, une Morale Laïque doit être "tolérante", mais non complaisante : La complaisance consistant à tolérer l'intolérance ou la dialectique des intégristes, qui fondent leur liberté sur la tolérance de leur intransigeance par les autres : "Tout ce qui est à moi est à moi et tout ce qui est à toi est négociable". Une Morale Laïque doit donc être vigilante et fondée sur l'exigence d'une réciprocité. "Pour être ordinairement ouverte et libérale, la Laïcité doit savoir se montrer à l'occasion combative : il n'y a pas opposition mais complémentarité entre ces deux aspects" - Jean Baubérot. Car, la tolérance peut être une arme létale contre l’intelligence.

Conclusion : La morale n’a pas changé

Ce n’est pas la révolution qui est à réinventer. Elle s’accomplit, puissamment, mais pas comme le conçoivent les révolutionnaires : un moment exalté de l’histoire. C’est l’éducation qui est à réinventer. Une éducation qui permette à l’homme de conquérir et d’aimer sa liberté, de découvrir librement les valeurs permanentes qui fondent notre existence et notre société. Au fond, la morale n’a pas changé. Ce qui a changé, c’est qu’on ne l’enseigne plus.

Toute la richesse de la solidarité s’est perdue en la transformant en assistance, avec tout ce que cela peut comporter de paternalisme. Le rapport à la médecine a complètement changé aussi. Elle qui prolongeait la vie est suspecte aujourd’hui de prolonger la mort. Il reste cependant impératif d’éviter que les religions prétendent imposer des normes à la société civile. Il faut conserver une extrême vigilance, notamment au regard de l’Europe, car il y a des pays comme l’Allemagne dans lesquels l’église surplombe la société civile.

Il faut donc que soit clair, pour tous, le principe d’une diversité de réponses possibles aux questions de sens et que les religions ne sont pas les seules détentrices des réponses à ces questions.


Maj 19 10 09 - GA - L0 - R
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