Pour une insurrection pacifique ...
"... parce que le pouvoir de l'argent, tellement combattu par la Résistance, n'a jamais été aussi grand, insolent, égoïste, avec ses propres serviteurs jusque dans les plus hautes sphères se l'Etat."
Editeur : Indigène (21 octobre 2010)
Collection : "Ceux qui marchent contre le
vent"
Présentation de l'éditeur
Stéphane
Hessel, citoyen du monde et diplomate, est né en 1917 à Berlin. Fils de l’écrivain Franz Hessel, il accom-pagne sa mère dans son exil parisien au milieu des années 20, puis est arrêté par la
Gestapo pour ses activités dans la résistance française et déporté à Buchenwald. Survivant des camps de concentration, il devient ambassadeur de France à l’ONU, puis occupe divers postes de
diplomate à Saigon, Alger, Genève et New York et se consacre inlassablement à la défense des droits de l’Homme.
En 1948, Hessel participe à la rédaction de la DUDH aux côtés entre autres de René Cassin, en sa qualité de chef de cabinet de Henri Laugier, secrétaire général adjoint de l’ONU et secrétaire de la Commission des droits de l’Homme. Il a été membre du cabinet Pierre-Mendès France. Souvent interrogé sur son parcours personnel et sur les raisons qui l’ont poussé, après 1945, à s’engager dans la carrière diplomatique, l’ambassadeur Hessel atteste que l’expérience de la déportation a été décisive. C’est en effet dans les camps qu’il a rencontré des opposants européens au nazisme issus de différentes nationalités européennes et qu’il a compris que ces forces européennes devaient s’unir à l’avenir pour prévenir de telles catastrophes.
Stéphane Hessel a également écrit :
Danse avec le siècle (autobiographie) Seuil, 1997
Dix pas dans le nouveau siècle, Seuil, 2002
Ô ma mémoire : la poésie, ma nécessité (88 poèmes commentés) , Seuil, 2006 - rééd. 2010
Citoyen sans frontières, conversations avec Jean-Michel Helvig, Fayard, 2008 - Prix Jean Zay 2008
Je vous propose de terminer ce billet avec ce poème choisi par Stéphane Hessel.
Me voici devant tous, un homme plein de sens,
Connaissant la vie et de la mort ce qu'un vivant peut connaître,
Ayant éprouvé les douleurs et les joies de l'amour
Ayant su quelquefois imposer ses idées,
Connaissant plusieurs langages,
Ayant pas mal voyagé,
Ayant vu la guerre dans l'artillerie et l'infanterie,
Blessé à la tête, trépané sous le chloroforme,
Ayant perdu ses meilleurs amis dans l'effroyable lutte,
Je sais d'ancien et de nouveau autant qu'un homme seul
Pourrait des deux, savoir,
Et, sans m’inquiéter aujourd'hui de cette guerre,
Entre nous et pour nous mes amis,
Je juge cette longue querelle de la tradition et de l'invention,
De l'Ordre et de l'Aventure.
Vous, dont la bouche est faite à l'image de celle de Dieu,
Bouche qui est l'ordre même,
Soyez indulgents quand vous nous comparez
A ceux qui furent la perfection de l'ordre,
Nous qui quêtons partout l'aventure.
Nous ne sommes pas vos ennemis,
Nous voulons vous donner de vastes et d'étranges domaines
Où le mystère en fleurs s'offre à qui veut le cueillir.
Il y a là des feux nouveaux, des couleurs jamais vues,
Mille phantasmes impondérables,
Auxquels il faut donner de la réalité.
Nous voulons explorer la bonté, contrée énorme où tout se tait.
Il y a aussi le temps qu'on peut chasser ou faire revenir.
Pitié pour nous qui combattons toujours aux frontières
De l’illimité et de l'avenir.
Pitié pour nos erreurs, pitié pour nos péchés.
Voici que vient l'été, la saison violente,
Et ma jeunesse est morte ainsi que le printemps.
Ô soleil, c'est le temps de la Raison Ardente,
Et j'attends
Pour la suivre toujours la forme noble et douce
Qu’elle prend afin que je l'aime seulement.
Elle vient et m’attire ainsi qu'un fer l’aimant.
Elle a l'aspect charmant
D'une adorable rousse.
Ses cheveux sont d’or, on dirait,
Un bel éclair qui durerait
Ou ces flammes qui se pavanent
Dans les roses-thé qui se fanent.
Mais riez, riez de moi,
Hommes de partout, surtout gens d'ici,
Car il y a tant de choses que je n'ose vous dire,
Tant de choses que vous ne me laisseriez pas dire.
Ayez pitié de moi.
"La jolie rousse'" - Guillaume Apollinaire
Eusthènes 21 décembre 2010
MAJ 31 12 2010 *


