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Deuxième partie - Comprendre ...
C'est donc cela, le paradis, pensait Jonathan. Il survolait la mer vers un rivage tourmenté. Une douzaine
de goélands vinrent à sa rencontre. Il comprit qu'il était le bienvenu et qu'il serait désormais ici, chez lui. Bien vite, Jonathan comprit qu'il y avait encore autant à apprendre ici que dans l'existence dont il venait. Avec toutefois une
différence : les goélands d'ici pensaient comme lui. Pour eux, l'important était d'atteindre la perfection dans ce qu'ils aimaient le plus : voler. Et Jonathan oublia le monde d'où il était
venu.
Mais un jour, des souvenirs lui revinrent en mémoire. Il se demanda : "Pourquoi ne sommes-nous pas plus nombreux ici ? Nous progressons lentement. Nous passons d'un monde à un autre, presque identique, oubliant d'où nous venons, ignorant où nous allons, ne vivant que pour l'instant présent. Combien de vies avons-nous dû vivre avant de soupçonner qu'il y a mieux à faire dans l'existence que de manger, ou de se battre, ou de conquérir le pouvoir aux dépends de la communauté ? Mille vies, dix mille vies, avant de commencer à comprendre qu'il existe quelque chose qui s'appelle la perfection, que notre seule raison de vivre est de découvrir et de proclamer. N'apprenons rien et le monde futur sera identique à celui d'aujourd'hui, avec les mêmes inerties et les mêmes interdits à combattre".
Un soir, Jonathan s'avança vers l'Ancien des goélands et lui demanda :
" Ce monde n'a rien à voir avec le paradis, n'est-ce pas ? Où allons-nous ? Y a-t-il un lieu qui s'appelle le paradis ?
- Non John, répondit l'Ancien, il n'existe rien de tel. Le paradis, c'est simplement d'être soi-même, accompli. Souviens-toi, Jonathan, le paradis, c'est cela". Le secret consistait à ne plus se considérer comme le prisonnier d'un corps limité, mais comme un être omniprésent dans la durée et dans l'espace. Et jour après jour, Jonathan s'efforçait d'y parvenir. "Oublie la foi, lui répétait l'Ancien, ce qu'il te faut, c'est comprendre".
Vint le jour où l'Ancien disparut. Il disait aux goélands de poursuivre leurs efforts vers la connaissance pour comprendre le principe invisible de toute vie parfaite. Ils l'écoutaient, les yeux clos. "Jonathan, continue d'apprendre à aimer"... Ce furent ses dernières paroles ... De jour en jour, Jonathan pensait de plus en plus au pays d'où il était venu. Il se demandait s'il n'y avait pas quelque part, là bas, un goéland qui luttait pour échapper à la servitude. Peut-être même, y en avait-il un autre, réduit comme lui, à la condition d'exclu, pour avoir osé proclamer sa vérité face au clan. Et plus Jonathan continuait d'apprendre à aimer, plus son désir de retourner vers le clan devenait intense. Car, pour lui, l'amour consistait à transmettre à un autre goéland, vacillant dans la solitude, à la recherche de la vérité, un peu de cette vérité que lui, Jonathan, avait approchée.
Son ami Sullivan se montrait sceptique : "John, tu as été jadis banni. Pourquoi crois-tu qu'ils t'écouteraient aujourd'hui ? Ils sont à mille lieues du paradis dont tu rêves de leur montrer le chemin". Mais Jonathan pensait quand même qu'il y avait peut-être, là bas, un ou deux goélands capables eux aussi d'apprendre. Et un jour, il dit à son ami : "Je dois m'en retourner" ... Sullivan soupira, mais il ne dit rien ...
Lire la fin de l'histoire - Le livre - Séquences du film 1 - 2
Eusthènes, 10 octobre 2010
MAJ 19 11 2010


