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  • : Propos maçonniques
  • : 25/02/2008
  • : Puissent ces quelques propos té-moigner de la permanence de la recherche d'une vérité fuyante et incertaine, accaparée par ceux qui, prétendant la détenir, voudraient l'imposer, même par la tyrannie. Ce blog n'engage que ses auteurs. Il est dédié à tous les frères et soeurs, orphelins d'un projet maçonnique exigeant et cohérent, pour des lendemains à repenser, à rebâtir, à rêver.
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Vendredi 6 juin 2008 5 06 /06 /2008 22:20

La colère est mauvaise conseillère. C'est pourquoi je dois m'en protéger. Franc-maçon, je dois modérer mes passions, ne pas devenir irascible, ne pas céder à l'excitation qui fait tomber dans la banalité et enlève le respect des interlocuteurs. Mais souvent, la coupe est pleine, les abus deviennent intolérables. Alors, je parle dans la colère lorsque je suis rongé d'impuissance contre l'ordre établi des choses, contre ceux qui attristent la beauté du monde par leur mesquinerie, leur impolitesse …

Contre les ultra nantis, blancs sécurisés qui se plaignent sans cesse, avec leurs petites peurs, leurs petites histoires de grands malheurs et qui se rassurent avec les tarots ou des bracelets porte-bonheur. Comment admettre sans s'indigner que nous puissions garder nos chaudes maisons remplies d'objets inutiles lorsque cinquante pour cent de la population mondiale a faim et que quinze pour cent des gens qui vivent autour de nous sont des exclus ?

La raison doit nous permettre une capacité d'autocritique, nous obliger à ne pas répéter les inepties qui courent. Mais elle nous donne un monde gris, avec des colonnes de chiffres qui nous imposent leur loi, leur raison unique, alors que nous savons bien que nous marchons sans cesse au bord de l'erreur. Ainsi, je dois supporter des jeux d'écritures sur le papier qui définissent "la vérité", des explications et des corrections définitives qui doivent être appliquées.

Je dois accepter le jeu des taux et des ratios, le jeu sec et cynique des comptes d'exploitation, de l'argent. Alors des excès de sang me montent à la gorge et je demande de répéter ce que j'ai parfaitement compris pour faire entendre ma révolte.

Il y a mon ennemie personnelle : la télévision, qui n'analyse pas, ne construit pas et se contente de raconter la peur et le malheur en répétant les slogans et les mots d'ordre de ceux qui, institutionnellement, ont la responsabilité de produire des discours. Cette télé vide, qui donne à voir, mais ne donne pas les moyens de comprendre et qui désigne des boucs émissaires. Il y a mes ennemis historiques qui courent toujours : "les dieux qui - selon Anatole France - ont soif du sang des hommes, tant ils prennent plaisir à provoquer des guerres de religions".

Pour Jean Daniel : "c'est, en effet, une bien curieuse manière pour les catholiques et les protestants en Irlande, pour les juifs et les musulmans en Israël, pour les orthodoxes, les catholiques et les musulmans en Bosnie, que de se désaltérer en buvant le sang de leurs frères monothéistes, en répétant chacun dans ses prières et dans sa langue : "Dieu est amour" …

Il y a les gourous, les guerriers, les racistes qui entraînent les foules. Chaque jour, on peut vérifier l'arrivée - en contrebande - de nouveaux dieux. Tout cela facilité par l'atmosphère de fin du monde qu'entretiennent les médias. Il y a ceux qui ressassent les expressions populaires qui veulent tout dire et n'importe quoi, en permettant surtout à chacun de se retirer du jeu : il y a "ceux qui se taisent et n'en pensent pas moins, mais qui ne font rien ... Il y a : "pauvreté n'est pas vice … le mieux est l'ennemi du bien … les affaires sont les affaires … je suis à cheval sur les principes … toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire … et surtout le trop fameux : chacun pour soi et dieu pour tous" …

Et certaines politiques, qui ne sont pas en reste avec ces expressions lénifiantes. On parle sans arrêt de crises … Mais à l'origine, "krisis" signifiait : décision. Aujourd'hui, comme l'écrit Edgar Morin : "crise signifie indécision. C'est le moment où en même temps qu'une perturbation surgissent les incertitudes". Encore une fois, où est la recherche d'un diagnostic ou d'actions ? Des crises réelles existent. Elles sont principalement dues aux conséquences de la mondialisation.

Mais chacun voit des crises partout ce qui accentue les effets de stress et les visions négatives. Va-t-on encore se promener seul, la nuit, sous les étoiles ? Allons-nous arrêter cette culture globale de la peur, du malheur, de l'angoisse, du mortifère ? Alors que nous devrions garder nos forces pour inventer, lutter, écouter, donner …

La modernité a mis plus de deux siècles pour édifier péniblement et consciencieusement des politiques plus globales : création de l'ONU, de l'UNESCO, de la FAO, de l'Europe. Mais ces institutions sont submergées par des lames de fond irrationnelles qui me laissent fou … La démocratie, la laïcité, se trouvent parfois contraintes à démontrer la validité de leurs idéaux contre des ennemis que l'on ne sait plus forcément ni localiser ni identifier et qui, paradoxalement, orientent la parole, dans une grande indifférence et un fort stoïcisme général.

Oui, cette décadence m'atteint et, avec le stress de plus en plus pressant de la vie ordinaire, m'entraîne vers la colère. Car j'ai besoin de vivre en amitié avec moi-même en me battant pour défendre mes idées afin de rendre mon existence acceptable. Partout et quotidiennement, dans mon entreprise, je dois défendre les hommes. Je crois que l'acceptation passive du mal nous en rend complices et que l'atonie sociale est bien le danger principal pour nos démocraties.

La colère se définit comme une réaction à un mécontentement, à une frustration. Une réaction personnelle et authentique offre des garanties pour affronter les faux semblants, les apparences mensongères, les langues de bois, les injustices. Mais ma colère est également un hommage rendu à l'existence des autres. Elle est parfois acte d'amour déçu. Elle relativise la raison en valorisant l'intuition sensible née de l'expérience. Elle ne signifie pas agression. Elle permet même souvent de l'éviter. L'émotion facilite la prise de décision et permet d'établir une hiérarchie des priorités. La colère met l'esprit en alerte.

Un homme incapable de se mettre en colère est sans doute désarmé, privé d'une arme essentielle d'attaque ou de défense. Il risque de tomber dans l'indifférence ou de devenir le jouet de n'importe quel pouvoir. La colère permet de savoir ce que l'on pense, ce que l'on ne veut pas. Elle fait partie de la structuration individuelle face à l'asepsie de la vie actuelle (boulot, télé, dodo), la diminution des goûts puissants, des couleurs vives, (la première couleur portée au monde est le jean - le blue-jean), le moralisme renaissant, le Maccartisme rampant …

Aujourd'hui, il est bien vu de dénoncer la violence, la colère, l'effervescence, comme autant de réminiscences barbares. Les mots "emportement" et colère" sont quasiment synonymes. Ce qui est assez remarquable, dans l'emportement, c'est que l'on est projeté "hors de soi". Mais alors, on se contrôle peu ou on se contrôle mal … On ne doit certainement pas laisser nos émotions nous conduire, sinon on semble réagir aux évènements et non agir sur les choses.

La belle et grande obligation de tolérance pour le maçon obéit toujours aux mêmes règles : être certain d'avoir eu la capacité d'écouter, d'écouter avec compréhension, en se mettant à la place de l'autre, en s'exposant à l'efficacité et à la force d'autres raisons, d'autres expériences, d'autres motivations. Cette tolérance prend des risques, elle sert à apprendre à lutter contre ses préjugés. Avec la tolérance, il y a la responsabilité, qui permet de répondre présent, d'accepter, ou d'agir, d'être le gardien de ses idées.

Ma responsabilité est insomniaque. Elle m'a fait vieillir, grossir. Elle a creusé mes traits. Ma responsabilité me permet de garder mon libre arbitre, d'agir avec réflexion, de reconnaître que je me suis trompé. Elle me parle de force, de grandeur, de ce qui m'oblige, de la solidarité, de la liberté, de l'abrutissement des hommes et de leurs calculs … C'est elle qui doit me faire agir, qui doit vivre avec mes colères, en me souvenant de tous ceux pour qui les colères sont interdites : les esclaves, les employés, les enfants, les prisonniers, les pauvres, devant leur banquier ...

Il a fallu alors me poser bien des questions sur mes colères. Si je suis d'accord pour dire que "l'objectivement intolérable" doit être combattu par l'intolérance, la colère, l'indignation, le problème reste dans la définition de ce qui est objectivement intolérable. Alors, l'apologie de la colère devient un peu hypocrite, parce qu'elle pourrait me faire prétendre que ma colère est juste. Mais si ma colère n'est pas juste, n'est-elle pas simplement cruauté, rage, ou sadisme ?

Il y a toutefois des colères légitimes, comme les émotions peuvent être légitimes … Légitime veut dire : "qui fonde le droit". L'indignation qui se donne raison se prend alors pour la source du droit. Et une indignation qui juge à tout propos, en se plaçant dans l'insurrection permanente, inspire méfiance, alors qu'elle prétend promouvoir la solidarité. La colère, souvent manichéenne, crée des contre courants qui vont à l'encontre de ses objectifs, de mes objectifs.

En me posant de nouvelles questions, je comprends que nos irritations révèlent les croyances que nous entretenons inconsciemment, sur le monde tel qu'il devrait être et que nos colères viennent parfois du sentiment qu'un idéal a été trahi, aussi inconscient ou utopique que cet idéal puisse paraître. La colère révèle donc notre utopisme, elle apporte la preuve de notre idéalisme et de notre soif de justice. Elle révèle ce qui compte pour nous et à quel aspect de nous-même nous accordons le plus de valeur, en quelque sorte notre moralité ultime et notre soif de justice.

Optimiste incurable, je crois en la justice, en sa valeur, en la possibilité de son existence. Sénèque ne cherche pas à légitimer la colère mais à comprendre comment elle fonctionne pour la bannir de la vie de l'homme moral, de celui qui conserve la maîtrise de lui-même. Il considère que la colère, pour se déclencher, suppose un "moment intellectuel".

Il constate que nous devons d'abord comprendre, même si nous n'avons pas raison de le faire, que nous devons considérer comme offensant ce qui nous arrive et qu'en dépit des manifestations psychologiques qui nous échappent, la colère par-elle même doit être déclenchée par la volonté. La colère dépend donc d'une approbation de soi, même si plus tard, il nous est possible de regretter de nous y être abandonnés. Et ce regret est bien la reconnaissance que la colère ne nous était ni imposée, ni étrangère.

Aristote considère que la colère n'est ni louable, ni blâmable. Et qu'il y a un bon usage de la colère, un juste milieu entre l'excès d'irritabilité et l'incapacité à mobiliser sa colère. La colère peut également séduire les hommes en anticipant le plaisir de la vengeance. Et, derrière la souffrance visible d'un l'homme en proie à la colère, il y a incontestablement une certaine jouissance.

Et puis, il y a bien sur le grand poème homérique des colères, l'Iliade … Consacrée à la colère d'Achille et à toutes les autres colères : la colère vengeresse, celle de n'être qu'un mortel et donc de devoir mourir, celle d'une mère dont le fils doit mourir et beaucoup d'autres "noires colères" qui se nourrissent d'elles-mêmes …

Toutes ces colères ont une valeur humaine. Ce sont des émotions avec deux grandes variantes. Celles des rois qui dominent et celles des héros qui sentent que les choses leur échappent. Il y a aussi une émotion dont la cause est différente : l'indignation, qui est une passion envahissante qui nous engage à intervenir dans les affaires d'autrui. L'indignation suppose l'absence de tout intérêt personnel et la seule considération du prochain.

Dans son essai sur la colère, Montaigne estime que la colère recèle une demande d'échange. Echange de paroles, de gestes, ou de sang. Et Cervantès, en considérant les coléreux avec compassion, pense que celui qui dit des injures est bien prêt de pardonner. On dit qu'Hugo et Aragon, exaltaient leur colère afin de mieux exprimer leurs sentiments, car cela leur permettait de mieux sentir et faire partager ce qui justifiait leur émotion. Il y a encore nos désirs infinis de justice impossible, nos colères venues de la non-écoute et des refus de nos indignations ... Et enfin, les récits de Kafka, fortes colères venant d'infatigables investigations, d'inépuisables réflexions …

Travailler, étudier, être curieux, même de ce que l'on critique. Faire le tri de nos convictions, les confronter à la raison, à notre expérience et à celle de ceux à qui nous faisons confiance. Conserver notre sensibilité. S'efforcer avant tout de garder notre liberté. Et lorsque les signes de la colère surviennent, essayer le plus possible de la contenir.

Vérifier les faits, confronter les chiffres, les témoignages. Ne pas se laisser influencer par de vieilles querelles ou de vieilles vengeances. Appeler la tolérance à la rescousse et rester très sensible en matière de justice. Agir enfin, ou ne plus rien dire ... Crier ou sourire, avec sincérité, en son âme et conscience …


Maj 19 10 09 - GA - L0
Par Jean-Michel - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
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Lundi 2 juin 2008 1 02 /06 /2008 22:58

Le sacre du devoir -

Au commencement de la morale était DIEU. Dans l'occident chrétien, Dieu est source de morale. La morale est d'essence théologique et ne se conçoit pas en dehors de la religion. La morale fait partie intégrante du culte que l'homme doit rendre à DIEU. Avec la Renaissance, on assiste, au XVIIème siècle, à un début de sécularisation de l'éthique qui va permettre à la morale de s'affranchir progressivement des croyances religieuses et de l'autorité de l'église.

Dans la ligne des philosophes de la Grèce antique, qui ont élaboré des systèmes moraux basés sur la seule autorité de la raison et de la nature, l'esprit de la Renaissance s'efforce de construire un ordre social et politique à partir de principes éthiques déconfessionnalisés. L'art de cette époque est un hymne à l'humain. Rabelais développe une morale épicurienne. Ronsard et du Bellay prônent un nouvel art de vivre, détaché du dogme religieux.

Avec le Siècle des Lumières, c'est une éthique laïque et universaliste, soucieuse des droits de l'individu qui devient le fondement de la morale moderne. La Déclaration des Droits de l'Homme énonce la base régulatrice du nouveau pacte social. Elle exprime les principes de la morale universelle et traduit les impératifs immuables de la raison morale et du droit naturel, en proclamant "l'individu" comme nouvelle valeur des temps modernes. L'organisation sociale et politique repose sur les droits de la personne. Les devoirs ne disparaissent pas, mais dérivent des droits fondamentaux de l'individu. Les devoirs émanent de l'obligation de respecter ou de faire respecter les droits de chacun.

A la prédominance immémoriale des obligations envers dieu, se substitue alors celle des prérogatives de l'individu. Le bonheur s'affirme comme un droit naturel de l'Homme et comme une coordonnée majeure de la culture, avec la Liberté et l'Egalité. Le plaisir cesse d'être perçu sous le signe de la misère humaine et est débarrassé de la malédiction chrétienne. La morale profane s'impose alors face aux morales du salut éternel. Dans le même temps, les exigences de l'obligation morale sont abaissées. La pensée économique libérale réhabilite les passions égoïstes, le droit à ne penser qu'à soi-même, en s'occupant de ses propres affaires.

Dans les sphères économique, politique et sociale, les droits souverains de l'individu sont mis en avant : Droits de l'Homme, droit au plaisir, droit à la poursuite d'intérêts privés. Toutefois, s'il est vrai que les sociétés modernes se sont édifiées sur les droits de l'individu, elles ont, en même temps magnifié l'obéissance inconditionnelle au devoir. L'établissement d'une éthique laïque, fondatrice de l'ordre social, sans référence à une religion révélée, a reconduit la dimension sacrée du devoir. Et au devoir de la religion a succédé le culte du "TU DOIS".

La République triomphante a imposé l'impératif du devoir patriotique. Le livre "Le tour du monde par deux enfants", destiné à l'édification de la belle jeunesse du début du XXème siècle, a pour sous-titre : DEVOIR ET PATRIE et sur la couverture du Petit Lavisse, publié en 1884, est écrit : "TU DOIS AIMER LA FRANCE".

Les devoirs moraux s'imposent d'eux-mêmes en s'appuyant sur la seule Raison de l'homme vivant en société. Mais en France, les réquisitoires contre cette nouvelle morale s'embrasent à la suite des lois scolaires de 1880 puis lors de la séparation des églises et de l'Etat en 1905. Rome met à l'index les livres de "morale laïque" et réaffirme solennellement le dogme du fondement théologique de la morale. Et ce n'est qu'en 1920 que la laïcité acquiert une forme de légitimité reconnue par l'église elle-même et que la croisade anti-laïque commence à s'estomper.

La prééminence de l'éthique laïque se réalise par des emprunts moralisateurs à l'éthique religieuse, en faisant des concessions au moralisme chrétien et en intégrant certains de ses principes : moralisme sexuel et culte de la famille notamment. La sécularisation du savoir s'accompagne de nouveaux anathèmes contre toutes les formes de déviances. L'autonomie de la morale vis à vis de la religion n'a pas foncièrement gagné les pratiques des masses et malgré la laïcisation de la société, la morale sexuelle reste sous la coupe de la morale chrétienne. La société est indulgente pour l'homme adultère, mais jette l'opprobre sur la femme infidèle et la sphère familiale reste toute entière placée sous la tutelle des devoirs.

Le propos de Jules Simon à la fin du XIXème siècle reste encore vrai dans l'entre deux guerres : "Sans foyer, il n'y a pas de famille, sans famille pas de morale et sans morale, il n'y a ni société, ni patrie". Et si la loi sur le divorce est promulguée en 1792, abolie en 1816 et rétablie en 1884, la femme divorcée reste mise au ban de la société.

A la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, les philanthropes se définissent d'abord comme des éducateurs, des réformateurs de la société civile et de la vie privée. Leur objectif est la construction d'une citoyenneté républicaine. Les sociétés philanthropiques organisent des "soupes populaires", distribuent des tickets de pain et de charbon, des couvertures.

Mais leur action sociale est sanitaire et morale. Elles abandonnent les principes de l'ancienne charité et réservent leurs secours aux "pauvres méritants" : familles légitimes, domiciles bien tenus, tempérance des personnes, en refusant leur secours aux autres. L'assistance n'est plus une fin en soi. Il s'agit alors de privilégier des actions efficaces au service de la promotion des devoirs laïques de travail, d'ordre, d'épargne et de tempérance.

Le temps du plaisir

Si, pendant plus de deux siècles, les sociétés démocratiques ont promu l'impérieux : "TU DOIS", en exaltant les valeurs de l'abnégation et du désintéressement, le culte du devoir n'est plus au cœur de la culture d'aujourd'hui. Nous lui avons substitué les sollicitations du désir, les conseils "psy", les promesses du bonheur et de la liberté. Nous sommes en quelque sorte entrés dans la période post-moraliste des démocraties, en passant de la civilisation du devoir à une culture du bonheur subjectif, des loisirs et du sexe. Toutefois, culture post-moraliste ne signifie pas culture post-morale. Si le culte du devoir est caduc, de nouvelles régulations voient le jour. Des interdits se recomposent et les mœurs ne sombrent pas dans l'anarchie.

L'idéologie du devoir a été effacée par la civilisation du bien-être de consommation, qui exacerbe les jouissances immédiates, le culte du confort et celui du plaisir. Nous sommes aujourd'hui dans une société obsédée par l'euphorie du bien être, des vacances, des plaisirs de la table, de la consommation tous azimuts et du culte de la libido. La culture de masse, véhiculée par la télévision offre en libre service l'évasion, la violence, le sexe et toutes les frivolités de la vie. A l'obligation du devoir s'est substituée l'obligation de séduire.

Le plaisir est devenu autonome par rapport aux règles morales. Une nouvelle civilisation du bien être "consommatif" s'est instaurée, ne s'employant plus à juguler le désir mais à l'exacerber en le déculpabilisant. L'âge de la consommation a disqualifié l'obligation morale et le culte du bonheur de masse a généralisé la légitimité du plaisir, en contribuant à promouvoir la fièvre de l'autonomie individuelle. La culture du bonheur a valeur de déculpabilisation.

Plus les normes du bonheur se renforcent, plus la conscience de la culpabilité disparaît. L'émotion suscitée par le spectacle des enfants aux ventres déformés par la famine est vite chassé par le film qui suit les actualités télévisées. Assister à un concert de solidarité, porter un badge anti-raciste, envoyer un chèque pour combattre la myopathie, donne bonne conscience ainsi que le sentiment de répondre à un "reliquat de devoirs" assez confus. Dans le même temps, le sexe est devenu un "produit de consommation" de masse : panneaux publicitaires, films et presse porno, numéros d'appels érotiques sur les nouvelles chaînes de télévision, sites Internet à la lisière de la prostitution, médiatisation de détails scabreux sur la vie privée des stars ...

Tout incite à la déculpabilisation. Le sexe post-moraliste a une définition érotique et psychologique. Il doit s'exprimer sans contraintes ni tabous. La promotion du plaisir libidinal est une manifestation typique de la dynamique de l'égalité démocratique. L'idée du devoir, en matière de sexualité, ne suscite plus que le sourire. Et la vie vertueuse ne s'entend plus comme discipline des sens. Pourtant, la notion de fidélité, mise à mal par la libération sexuelle, semble toutefois réapparaître.

Du devoir aux droits les plus fous

Dès le XVIIIème siècle, le procès de la laïcisation de la morale a valorisé l'idéal de la dignité inaliénable de l'homme et les devoirs vis à vis de lui-même qu'elle implique. Kant a donné un éclat exceptionnel à l'exposé des devoirs envers soi-même dégagés de toute religion. Les devoirs individuels constituent des obligations absolues, aussi bien envers le corps qu'envers l'âme. Dans les Eléments métaphysiques de la doctrine de la vertu, Kant écrit : "Je ne puis me reconnaître obligé envers d'autres que dans la mesure où je m'oblige en même temps moi-même".

Et au delà de l'univers proprement philosophique, la morale individuelle a été l'objet d'une célébration systématique, notamment dans le cadre de l'enseignement laïque. Ceux qui transgressent les devoirs de la morale individuelle portent atteinte à la dignité de l'humanité, en leur propre personne. Ils suscitent la réprobation et le mépris. (Il est tout à fait révélateur que la question de l'enseignement de la morale à l'école revienne à l'ordre du jour aujourd'hui). Notre époque s'est globalement détournée de la valorisation des devoirs individuels, la notion de morale individuelle laissant place à une culture individualiste des droits.

C'est ainsi que sont nés des droits de plus en plus provocateurs : droits de disposer de son identité physique, sexuelle et civile (banalisation de la chirurgie réparatrice en chirurgie esthétique ou transsexuelle), procréation par les mères porteuses ou des femmes de plus de cinquante voire soixante ans, droit de vivre une vie sexuelle totalement débridée, utilisation de plus en plus répandue de l'I V G, comme moyen de contraception … Dans la liste des anciens devoirs, le travail figurait en bonne place. Il permettait à l'homme de conquérir et d'assurer sa dignité et sa liberté. Cette époque est bien loin derrière nous. Le travail a cessé d'être considéré comme un devoir envers soi-même. Si l'effort et le travail conservent encore une valeur sociale, ils ne constituent plus des fins morales en soi.

Au fil des transformations de la société, les impératifs de flexibilité et de compétitivité imposent de transformer le management des hommes en trouvant des facteurs de motivation pour le maintien de l'emploi, sans délocalisations. A la notion de travail se substitue des discours sur la valorisation de "ressources humaines", l'autogestion du travail par équipes, les plans d'incitations financières. Et le moralisme du travail a été "relayé" par le réformisme organisationnel et communicationnel ainsi que par le culte de l'innovation et de l'investissement émotionnel.

Ce n'est plus en professant les devoirs envers soi-même que l'on pense pouvoir bonifier les énergies, mais en changeant la nature du travail et des relations humaines dans l'entreprise. Ce n'est plus la volonté et la régularité des caractères qu'il faut privilégier, mais la flexibilité et l'autonomie créatrice. La morale des devoirs envers soi-même, visant à promouvoir la volonté, la régularité et la discipline ne correspond plus à la société d'aujourd'hui. Les valeurs de l'autonomie individualiste, le culte de la consommation de masse, la concurrence économique, les nouvelles exigences de l'organisation du travail ont abouti conjointement à la création d'une culture où la performance individuelle est partout et les devoirs envers soi-même nulle part.


Maj 19 10 09 - GA - L0
Par Eusthènes - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
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Dimanche 1 juin 2008 7 01 /06 /2008 23:17

Les mutations de la vertu -

Aujourd'hui, la générosité n'est pas une valeur dépassée. Les français font volontiers des dons pour les causes humanitaires. Ils sont nombreux à donner leur sang et plus des deux tiers d'entre eux sont favorables à l'aide au tiers monde. Les médias ont su orchestrer la générosité en devenant des "entrepreneurs moraux". Téléthon, Restos de Cœur, Nuit des Héros, ventes de disques caritatifs, font recette. Plus la religion du devoir s'amenuise, plus nous consommons de générosité. Plus les valeurs individualistes progressent, plus les mises en scène médiatiques des bonnes causes se multiplient et font de l'audience.

La détresse est devenue spectacle et plaisir … La télé-charité déculpabilise le citoyen repu dans son fauteuil et soulage la conscience des responsables politiques incapables de réduire la pauvreté qui creuse chaque jour davantage l'écart entre ceux qui deviennent de plus en plus riches et ceux qui sont de plus en plus nombreux à sombrer dans la pauvreté. Les bilans des programmes présidentiels successifs sur la fracture sociale et sur le pouvoir d'achat sont une preuve sans appel de leur impuissance.

Le nombre des "travailleurs pauvres" s'accroît inexorablement chaque jour. La toute puissance des médias est inquiétante car les principes d'éducation morale des masses dépendent de plus en plus de "coups médiatiques". Ce sont les médias qui fixent les causes prioritaires et sont en passe de s'ériger en nouvelles puissances moralisatrices des individus. Les médias ne créent pas une conscience des devoirs, mais "managent" l'opinion par intermittence, en mettant en scène des "produits porteurs", ce qui pose un réel problème d'éthique.

Les charity-show font de l'affectif de manière ponctuelle, sans suivi, sans constance. En sélectionnant les causes, ils font de l'humanitaire sans développer le sens d'un engagement humaniste. La média-charité ne donne pas de leçon de morale. Elle émeut, en mêlant bonne humeur et sanglots contenus, variétés et témoignages intimes, exploits sportifs et handicap.

Mais malgré le culte du chacun pour soi, paradoxalement, le volontariat fait recette. Le bénévolat de masse est désormais un élément typique du nouvel âge de la morale et il constitue un aspect positif dans la jungle des égoïsmes. On compte, en France, plus de six cent mille associations. Le secteur sportif qui est le plus important précède le secteur caritatif. Dans notre société, le bénévolat s'affirme ainsi comme un moyen indispensable pour combler les carences des dépenses sociales et pour pallier l'effondrement des grands projets politiques. Le volontariat s'inscrit à contre courant des valeurs dominantes de notre temps.

Dans notre société, marquée par l'égoïsme et l'individualisme, l'engagement volontaire fonctionne comme un moyen d'identification individuelle et sociale. Nous sommes donc très loin du flottement intégral des valeurs. Les critères du bien et du mal n'ont pas été effacés dans l'âme individualiste. Les exigences morales minimales subsistent, parce qu'elles sont indispensables à l'équilibre de la vie sociale et démocratique. Les crimes, la cruauté, les sévices, le viol, les mutilations sexuelles, les sévices psychologiques et physiques suscitent l'indignation. Le public aime consommer la violence dans les médias, mais il la condamne sévèrement dans le réel.

Nos démocraties ne sont donc pas vouées au nihilisme car le sens de l'indignation morale n'est pas mort … La principe de tolérance est hissée au rang de valeur cardinale. L'émotion suscitée par l'affaire du professeur Redeker ou celle des caricatures du prophète dans la presse, les rejets et les prises de positions de la hiérarchie catholique vis à vis du sida, de l'IVG ou de l'homosexualité, témoignent de l'attachement collectif aux principes de la tolérance mutuelle, du respect de l'autre et de la liberté de conscience. Célébrée par les philosophes du Siècle des Lumières, la tolérance fonctionne aujourd'hui comme une valeur de masse. Elle a gagné en légitimité sociale par l'avènement de notre culture qui rejette les grands projets moraux, en évacuant le moralisme autoritaire et les querelles idéologiques, politiques ou religieuses.

Toutefois, si la tolérance s'accroît en matière de sexualité, de vie familiale, de religion et d'opinions politiques, elle s'arrête dès lors que les personnes, les libertés ou les biens sont menacés. L'intolérance raciste semble plutôt être le produit des désordres économiques. La revendication individualiste, si elle travaille à la négation partielle des idéaux humanistes, travaille cependant à l'extension des droits de chacun, sans distinction de couleurs ou de religions. Il semblerait que dans le racisme ambiant, les différences ethniques soient moins en cause que les difficultés sociales engendrées par la crise économique et les vagues d'immigration.

Le renouveau éthique

En ce début du troisième millénaire, un idéal semble ranimer le cœur de nos démocraties occidentales : l'ETHIQUE. L'effet éthique envahit les médias et nourrit la réflexion philosophique et juridique : Bioéthique, charité médiatique, actions humanitaires, protection de l'environnement, moralisation des affaires, de la politique, des médias, croisades contre le sida, la drogue, le tabagisme, l'alcool, etc … Et, tandis que l'éthique retrouve ses lettres de noblesse, une nouvelle culture s'instaure.

On assiste à un discours social alarmiste, stigmatisant la faillite des valeurs, l'individualisme cynique, la fin de toute morale. Mais d'un autre côté, on voit apparaître des nouvelles exigences morales qui portent sur une éthique qui ne concerne pas l'individu par rapport à lui-même et à ses proches, mais qui le concernent par rapport à un environnement plus large et par rapport à des faits de société cruciaux.

Alors même que l'apostolat du devoir apparaît caduc, on assiste à une réactualisation du souci éthique. Plus la religion de l'obligation du devoir se vide de sa substance, plus le supplément d'âme éthique est à l'ordre du jour. Alors que les grands projets politiques s'épuisent, plus aucune question n'est traitée en dehors du référentiel éthique. Les dictatures répriment les minorités, réactivons les Droits de l'Homme. Le tiers-monde crève de faim, organisons des "charity-shows" et des secours d'urgence. la planète est en danger, rendons hommage à la fée nature. Les médias pervertissent la démocratie, rappelons aux journalistes la déontologie de leur mission …

Moins il y a d'adhésion à l'esprit du devoir et plus nous aspirons aux régulations déontologiques par le biais de l'éthique et de ses codes. Ce phénomène de régulation vise à contrebalancer la logique individualiste en légitimant de nouvelles obligations collectives. La culture de l'oubli de soi a totalement disparu. La responsabilité individuelle est devenue une forme atténuée de devoir, délestée de toute idée de sacrifice, un devoir minimal, rongé par l'égoïsme et l'individualisme. L'éthique nouvelle exprime l'essoufflement du "tout est permis" et rappelle l'exigence de poser des limites en organisant des protections contre les menaces de notre sécurité et de nos libertés, sans remettre en question la culture du système libéral.

Les mérites du rebond éthique sont incontestables au vu de ses manifestations : mouvements humanitaires, droit d'ingérence, primauté des Droits de l'Homme, responsabilisation de l'homme au travail, souci de l'avenir de la planète et du sort de l'espèce humaine. Il ne faut toutefois pas se laisser bercer par une certaine illusion éthique. Ce ne sont pas les imprécations vertueuses contre la technique arrogante qui règleront les problèmes humains. Ce ne sont pas les hymnes aux Droits de l'Homme qui feront reculer la xénophobie, ni les hommages à la déontologie des journalistes qui élèveront la qualité des médias.

Il faut une volonté politique d'une part et une ferme volonté de chacun de peser sur les choix et les décisions politiques d'autre part. Cette volonté passe par la notion d'un engagement très fort de chacun. Et cet engagement ne peut se baser sur la simple bonne volonté de chacun. Il doit s'exprimer par des résolutions très fortes, mues par l'idéal du devoir.

Si le sens moral existe toujours, dans notre société, il reste trop souvent enfoui au fond des consciences pour n'émerger ponctuellement que lorsque la dignité de l'homme est menacée. Et ce sens moral a cessé d'engager l'individu par rapport à lui-même et à ses proches pour le situer dans un univers éthique "généraliste". La perte du sens du devoir, comme don de soi et comme élan altruiste, apparaît comme le tuteur manquant à toute morale humaniste. Dans l'histoire, les progrès n'avancent jamais sans la dynamique de l'intelligence, de l'intérêt et des passions. Le sens du devoir reste le moteur même du progrès.


Devoir et franc-maçonnerie

Quelles que soient les obédiences ou les juridictions, les références au devoir sont largement présentes dans les textes statutaires et dans les rituels maçonniques. Les Constitutions précisent que "la Franc-maçonnerie a pour devoir d'étendre à tous les membres de l'humanité les liens fraternels qui unissent les francs-maçons sur toute la surface du globe" et que "le franc-maçon a pour devoir, en toute circonstance, d'aider, d'éclairer, de protéger son frère, même au péril de sa vie, et de le défendre contre l'injustice". Le rituel de clôture des travaux réaffirme la notion de devoir : "A toute heure, rappelons-nous la grandeur des devoirs que nous nous sommes imposés. A toute heure, soyons prêts à les remplir". Il est encore précisé : "qu'il n'y a de devoir qu'envers soi-même… et que ce devoir primordial, unique, entraîne inéluctablement tous les autres devoirs" …

En préalable à la cérémonie de sa réception, on demande au candidat de formuler, par écrit, sa conception personnelle du devoir (envers lui-même, sa famille, la cité, la patrie, l'humanité). Lorsqu'il prête son obligation, il s'engage à respecter les valeurs et les règles de l'Ordre maçonnique. Au devoir d'assiduité s'ajoute celui de la discrétion et du travail. Le mythe fondateur de la franc-maçonnerie, constitue un enseignement sur la valeur fondamentale du devoir. Hiram, gardien du secret, homme d'honneur et de devoir, nous montre l'exemple de la forme la plus élaborée du devoir, en sacrifiant sa vie pour le respect des valeurs auxquelles il croit. Ce mythe invite tous les francs-maçons à être des hommes de devoir.

Le devoir, malgré une connotation religieuse, qui a longtemps dévalorisé son sens dans une société désacralisée, rend à la notion de droit toute sa valeur. Car il y a la même dignité à accomplir son devoir qu'à faire prévaloir ses droits.
"Plus l'avenir est incertain, plus les certitudes y prennent du poids ... Plus l'élément de nos actions devient complexe, plus la simplicité de nos devoirs est impérative" ... Alain Etchegoyen - Le temps des responsables.


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Par Eusthènes - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
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Mardi 6 mai 2008 2 06 /05 /2008 17:44

On m’a dit que la franc-maçonnerie n’est pas une école, ni une académie … La loge n'est pas le Collège de France. Elle n’a rien à enseigner, pas de dogme, pas de catéchisme, pas de vérités … Certes elle rassemble des gens qui, sans elle, auraient continué de s’ignorer … Certes elle choisit ce qu’elle nomme des hautes valeurs morales. Mais elle ne recrute pas, sur diplôme, des intelligences formatées par l’Université. Chacun travaille donc à son niveau. Les planches ne sont pas forcément des thèses. Elles marquent les étapes d’un cheminement personnel. Elles ne peuvent donc pas être médiocres ou mauvaises.

Libre ?

Je n’ai rien à enseigner, je n’ai pas de vérités. Je n’ai pas de maître, pas de gourou, pas de prêtre… Dans le même temps, je ne sais pas le libre penser, je ne sais pas penser librement … Je vois trop les œillères, les ornières, les influences 
: la toile qui se tisse autour de moi pour nourrir ma réflexion et l’orienter sans que je puisse l’éventrer pour m’en échapper, qui me produit à penser dans un sens ou dans l’autre.

J’ai bien quelques certitudes, qui me servent de béquilles. Notamment, le doute. Non pas le Doute ! Mais le fait que "Je" doute.
Notamment je doute de moi-même (bien sûr) et de ce que je pense, et de ce que je suis, et de ce que je vois, et de ce à quoi je crois … Je vois venir avec circonspection et scepticisme celui qui est plein de conviction et de ce fait plein d’affirmation et qui m’envahit de son prêche pour me convaincre et m’encombre le paysage de son ego, justifié par la vague qui le porte et déferle sur mon libre-arbitre …

La Loge

C
ependant, il me reste quelques interrogations … La Franc-Maçonnerie incite à une recherche personnelle, à une descente en soi, pour y prendre connaissance du Moi, c'est à dire de sa personnalité profonde. Plus particulièrement le Grand Orient de France invite à s’interroger sur le monde et son organisation. Il suggère aux initiés d’y aller chercher matière à réflexion et même d’y porter les vérités acquises en loge.

On observe que, pour ce projet, les frères ont besoin de se retrouver en loge. Là
, ils trouvent un monde de symboles, des repères, des guides, des bornes, des décors, des rites, des rituels, des traditions, des obligations, des engagements, des serments. Il faut croire que tout cela a un sens pour eux et porte efficacité, exerce une influence.
La loge modèle, façonne, impulse, insuffle, aide… C’est dire que ce n’est pas innocent, que ce décorum n’est pas là pour rien, qu’il est donc institué intentionnellement, que tout cela porte un sens.

C’est la question du sens qui me préoccupe.
Que peuvent signifier par exemple le Triangle, le Delta lumineux et l’œil ? Ou la corde à nœuds avec ses lacs d’amour ? Ou les colonnes avec Jakin et Boaz et Hiram, le temple de Salomon, les épées et le poignard ? Pourquoi des Chevaliers, des croix et des chapeaux ? Et ce meurtre qu’il faut venger ?...

Je connais certes des réponses, des exercices de style, des planches brillantes sur ces sujets, qui exercent la réflexion de chacun dans un sens ou l’autre. Je connais des livres censés donner l’aide, orienter la recherche, des bibliothèques entières inépuisables et fort achalandées. Je connais des Frères impérieux, détenteurs du sens, érigés en gardiens du temple et de ses rites.
J’observe, écoute, entends. Je ne comprends toujours pas, entendez que je n’assimile pas, je n’intègre pas tout, 
dans les affirmations, les propositions, le sens qui ne se dégage pas …

Qu’en est-t-il d’une appartenance à l’Ordre Maçonnique par la voie du Grand Orient de France ? Sans revenir sur les étapes d’un chemin que chaque maçon connaît pour l’avoir parcouru, que penser d’un Ordre qui travaille à la Concorde Universelle et à l’amélioration de l’humanité ? Mais qui consacre l’essentiel de son activité et de son énergie, depuis trois siècles, à secréter des dissensions et des divisions, qu’il s’épuise ensuite à vouloir réduire et résoudre ?

Et du fait de mon appartenance, il faudrait que je porte intérêt à des luttes d’influence et que je m’implique dans des équations complexes, dont les paramètres obscurs me sont étrangers, sauf à fréquenter des rumeurs de parvis qui m’indiffèrent.
Certes je crois voir qu’il en faut pour tout le monde et que la diversité des organisations, des obédiences, des chapelles, des rites et des rituels répond à la diversité des opinions, des cultures, des individus et permet à chacun de trouver un havre dans une maçonnerie tolérante, qui prône la fraternité et la solidarité.

Pourquoi faut-il que quelques dogmes, le goût pour certains rigorismes, l’appel de la chicane, le besoin de s’affirmer, le goût du pouvoir, disperse les énergies qui se consument en vain dans l’illusion et la vanité ?
Entrant en maçonnerie, on m’a initié dans l’Emotion, déclarant derrière Platon qu’il n’y a rien à enseigner. Mais que l’Amitié et la Fraternité permettaient de franchir les épreuves.

Dès lors on a bien voulu, au-delà des serments, m’accorder la grande lumière en me plantant au début d’un chemin dont on ne m’a indiqué ni l’entrée ni le but. On naviguait dans l’implicite, on m’accueillait dans l’auberge espagnole.
J’imaginai qu’on me libérait des carcans idéologiques, des présupposés philosophiques, des pétitions politiques. J’imaginai la liberté de penser affranchie des avatars de l’histoire, des coercitions morales, des préjugés sociaux, des préalables dogmatiques … Libre enfin de tout reconstruire, de tout examiner et de proposer à l’envi : des pistes de réflexion, des modèles à façonner, des principes à moduler, des utopies sages et raisonnées …

Mais je me trouvai aux prises avec Hiram et Salomon, Jakin et Boaz, des méditations sur l’apocalypse, des chevaleries et des rose-croix, sans compter les Kadosh et autres résidus de bible, hébraïques, chrétiennes, catholiques, protestantes … Vive la liberté, l’urgente liberté …

Le Chevalier

Qu’est-ce à dire en franc maçonnerie, qui prétend s’être libérée pour construire un monde libre ? Le chevalier n’est pas un acteur de liberté, en tout cas, pas dans la société médiévale ou dans la société d’Ancien régime dont il constitue l’armature. Que vient-il faire en maçonnerie ? Ou plus précisément pourquoi la franc-maçonnerie du XXIème siècle en cultive-t-
elle la tradition et le propose-t-elle comme modèle et parangon de son idéal ? On nous dit qu’il assure la promotion par le haut, que le "sujet" serait honoré d’être élevé, hissé au rang de privilégié. Qu’est-ce que cela signifie dans notre société fondée sur l’Egalité, dans notre société qui revendique l’Egalité ?

La Loi est la même pour tous. Elle a valeur universelle. La franc-maçonnerie des "Hauts" Grades du Grand Orient De France va-t-elle instituer des privilèges (littéralement des lois particulières) pour une catégorie des frères ? Elle s’en défend bien sûr, disant que ce modèle impose des devoirs et non des avantages. Il n’empêche qu’elle garde ce modèle pour la promotion du citoyen franc-maçon.
Même si celui-ci n’est pas dupe, car on peut être franc-maçon et néanmoins intelligent … Même si celui-ci s’amuse de se voir affublé de titres abracadabrants dont il perçoit le côté désuet et superfétatoire, il n’empêche qu’il en assure la pérennité sous l’argument qu’on ne touche pas à la Tradition.

La Tradition

Je comprends qu’elle transporte un message, qu’elle doit avoir un sens, qui dit-on vient du fond des âges, même s’il est sibyllin, abscons, porté par des gestes, des symboles, des émotions, parfois enseveli sous des rites, des formulations, des mythes, caché peut-être dans des pratiques rituéliques non explicites qui recèleraient du sens, même si celui-ci reste à découvrir …
Initié par la transmission d’une tradition dont je ne comprends pas nécessairement le sens, je suis néanmoins porteur du message qui me sera révélé le jour où je serai apte à le recevoir, à le comprendre, c'est à dire peut-être jamais.

Mais peut-être ce jour plein de lumière où j’aurai accompli assez de progrès, parcouru assez de chemin pour que le secret me soit enfin divulgué et devienne clair et audible.
C’est pourquoi certains soutiennent qu’il ne faut toucher à la Tradition, ni l’amputer, ni la modifier, au prétexte qu’on n’y comprend rien, car par ignorance, on court le risque d’enlever des éléments essentiels, porteurs de sens, sous leurs aspects anodins. Ainsi la tradition devient sacrée et chaque point du rituel inamovible. Alors, le chapitre "Je Doute" deviendrait sacrilège ?

Certes le rite français s’autorise d’une plongée dans l’histoire qui crédibilise sa résurrection et fonde sa légitimité, puisqu’il trouve des racines dans le XVIIIème siècle. Mais son aggiornamento des années quatre vingt dix le rend suspect aux yeux des gardiens du temple.
A fortiori les manipulations de rituels auxquelles se serait livré le chapitre "Je doute" interrogent beaucoup de frères des "hauts" grades, même dans le rite français, car ils considèrent comme d’une audace inconsidérée la suppression des armes blanches (poignards et épées), le rejet de la voie chevaleresque, la promotion du citoyen comme parangon de la maçonnerie.

Les femmes




Franc-maçon, Franc et Maçon, c'est à dire constructeur libre de toute servitude, artisan de la République laïque peut-être (digne ambition ...), égalitaire et fraternelle bien sûr. Mais sans les femmes, s’il vous plaît … Question de Tradition. Les femmes restent à la maison, admises tout juste au repas familial, aux tenues funèbres et aux tenues blanches ouvertes … Mais toujours présentes cependant sur les parvis à occuper le discours des frères : plaisanteries salaces, blagues graveleuses …

Sinon pour celles qui ont forcé le système, se sont fait adopter, ou reconnaître comme initiées, elles sont tout juste bonnes pour la numérologie, l’astrologie, la cosmogénèse, cantonnée dans un rite écossais qui les renvoie insidieusement vers les religions d’un dieu misogyne qui les retranche de la société. Une moitié de l’humanité dont il n’y a pas lieu d’améliorer le statut …

Jamais l’objet d’une question à l’étude ! Jamais sujet d’une question de société ! Qu’elle ait travaillé toute sa vie, sans salaire, sans statut, dans la dépendance d’un mari ou de ses enfants, ne vaut pas une préoccupation maçonnique …
Peut-être qu’un maçon affranchi des préjugés, désireux de façonner une société plus juste, rate ici un chantier d’avenir. Et que,
force de proposition, il n’aura rien à proposer au jour de l’échéance qui l’accuserait de ségrégation sexiste ?

Je doute

Je doute, je m’interroge, si ces réflexions relèvent de nos chantiers ? Ne serait-ce que pour inventaire ? Faire l’exploration des chantiers en déshérence pour déterminer s’ils sont ou non dignes d’une réflexion maçonnique ? Il n’en manque certainement pas, par exemple : Celui de la démocratie : on pourrait explorer les voies qui permettraient une plus grande implication des citoyens dans la définition des orientations politiques, qui leur assureraient un vrai contrôle sur l’action de leurs représentants au cours de leur mandat, qui introduirait une part significative de démocratie directe dans la vie publique ?
Celui des conditions de l’évolution des forces de sûreté (police et autres ...) qui les orienterait davantage vers la prévention et l’éducation que vers la répression, même si celle-ci reste le recours ultime ?

Celui de l’aménagement des conditions de vie dans les prisons qui devraient être dignes de la République et du peuple au nom duquel on est amené à incarcérer des citoyens momentanément en délicatesse avec la loi ? Celui des structures, des cadres et des moyens à mettre en place pour offrir aux citoyens en désespérance un abri, un accueil, un avenir ... Celui de mourir dans la dignité, que des détresses à secourir projettent dans l'actualité. Celui de la famine dans le monde…

Un tour de loge ne manquerait pas d’en faire apparaître d’autres, au gré des sensibilités, des vigilances et des centres d’intérêt de nos frères … Sur le long terme, leur réflexion assidue, leur imagination sans bride, leurs compétences diversifiées, permettraient de mettre au point des utopies généreuses et raisonnées aptes à améliorer l’homme et la société.

Maj 19 10 09 - GA - L0
Par Cyrille - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
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Mardi 6 mai 2008 2 06 /05 /2008 09:56

La Franc-maçonnerie se définit comme une société initiatique de tradition orale. Certes tout ce qui a été écrit sur le sujet n’a jamais rien révélé ni expliqué sur le secret de l’initiation, qui est - avant toute autre chose - un itinéraire personnel, qui permet à chacun de mettre à nu, lentement, l'étincelle qui est en lui et qui, une fois révélée, éclaire l’univers et lui donne un sens. Et puis, "dire quelque chose à quelqu'un, c'est l'appauvrir, car c'est l'empêcher de le découvrir seul" … Au delà du secret d'appartenance et du secret des délibérations, voici une définition du secret maçonnique qui mériterait réflexion …

D
ans le monde d’hier, la société était structurée selon des normes qui étaient considérées et vécues comme "allant de soi". Le XIXème siècle, avec son idéalisme libéral, était convaincu qu’il se trouvait sur la route droite qui conduisait vers le "meilleur des mondes possibles". L’Evangile du Progrès semblait démontré par les merveilles de la science et de la technique qui dispensaient leurs miracles. Le XXème siècle nous a brutalement ramené à une réalité moins optimiste …

Toutefois, il y a cent ans, l’information circulait à la vitesse d’un cheval. Elle circule aujourd’hui à la vitesse de la lumière. C'est pourquoi la référence à la Tradition orale ne peut constituer un alibi crédible pour refuser de faire évoluer la franc-maçonnerie dans un monde qui a profondément changé. 
Ce qui semble donc aujourd’hui nécessaire et urgent pour l'avenir de la franc-maçonnerie, c’est d’abord de dépasser la répétition. Cesser de réciter, de répéter, de recommencer, pour imaginer, créer, inventer.

Il est donc consternant de constater, que derrière des propos "avangardistes" au sujet de l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication, se cache parfois, derrière certains discours maçonniques, un véritable "centralisme démocratique" qui met les actes en décalage avec les propos. Il serait probablement malvenu d’imaginer que certains présidents d'ateliers, considèrent que "l’information, c’est le pouvoir" et qu’il pourrait être inopportun qu’elle circule trop facilement et trop librement entre les Frères. Après tout, on ne sait jamais.

Et aujourd'hui, pourquoi est-il donc aussi inconcevable pour une grande majorité de frères d'utiliser un site Internet dédié ou d'organiser un "chat" (salon de discussion), en utilisant n’importe quel équipement informatique d’entrée de gamme, pour communiquer et pour travailler ensemble ? Et pourquoi persiste-t-on avec obstination à utiliser une organisation archaïque et inefficace du travail, bien pratique, il est vrai, pour assurer la "paix sociale" et la pérennité de "l'encadrement", au détriment de la qualité de notre réflexion et de travaux qui restent lettres mortes. Alors se pose la question : "A quoi sert un travail dont il ne reste rien ?".

Un frère très proche, a été initié "pour la vie" il y a bientôt trente ans par la Loge "La Sincérité Parfaite", à l'Orient de Saint-Pierre le Tampon. La découverte du symbolisme maçonnique lui a permis d'admirer la merveilleuse tolérance maçonnique qui ne s'offusquait pas de s'épanouir dans la promiscuité des signes et des symboles bibliques qui ont investi les murs de nos Temples et les rituels de nos travaux.

Ce frère a trouvé le fait particulièrement remarquable dans sa loge mère, qui initiait aussi bien des athées que des anarchistes, des non-pratiquants que des chrétiens catholiques ou protestants, des musulmans que des Tamouls. C'est sans doute de ces interrogations qu'a pu commencer à émerger peu à peu, lentement mais sûrement, l'idée forte qui a abouti à "l'expérience de Blois"
(cf. "La tentation de Blois").

Enfin, on n’existe pas aujourd'hui dans la société sans communiquer. Pour mieux faire émerger nos idées et mieux les diffuser, nous devons impérativement améliorer notre communication, pour ne pas dire : la créer intégralement …

Il
n’est pas question d’approuver la palabre maçonnique "internetisée", telle qu’elle se pratique actuellement et qui souvent est le parfait exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Car elle "externalise", en toute indiscrétion et en violation des obligations réglementaires, nos ordres du jours, nos travaux, et ce qui est parfaitement inacceptable, des milliers de noms, en clair, quand ce ne sont pas nos règlements de comptes internes, vers des destinations aléatoires et inconnues, sans aucune conscience que sur l'Internet "rien ne se perd". Alors qu’il existe d’autres moyens, surs, discrets et facilement gérables pour utiliser les nouvelles technologies de la communication pour approfondir nos travaux et leur donner une meilleure diffusion en conservant la discrétion nécessaire au respect de la vie privée de chacun.

La Franc-maçonnerie ne peut se contenter de l’extériorisation qu’elle pratique aujourd’hui notamment dans les médias, où ses interventions restent rares et au demeurant assez peu convaincantes. Pour avoir une véritable influence, elle doit, tout en conservant, les moyens actuels qui restent le socle de son extériorisation, développer et inventer de nouveaux moyens. Mais surtout laisser à chaque Loge et à chacun, dans le strict respect de la discrétion maçonnique, la liberté de se positionner par rapport à l’utilisation de ces nouvelles technologies, en pratiquant une présence effective dans la cité et dans les médias.

E
lle ne saurait interdire à quiconque de les utiliser, ni se permettre de neutraliser leur utilisation dans les loges, pour les convenances personnelles de hiérarques "soixante-hiutards", qui pourraient craindre une ombre sur l'éclat des sautoirs, qui garantissent leur statut à l'Orient, à l'Est ou au Zénith.

Redevenir une force de proposition

Même si cela est regrettable, nous devons admettre que la Franc-maçonnerie ne constitue plus aujourd’hui, une force de proposition réellement crédible dans la société civile. Devant la complexité extrême des problèmes (scientifiques et sociétaux), devant les mutations qui vont transformer profondément notre société et l’accélération de l’histoire, les conditions indispensables pour que la franc-maçonnerie puisse redevenir une réelle force de proposition, passent par une prise de conscience préalable des maçons, qu'ils doivent s'en donner les moyens, par un travail valable réalisé avec des méthodes efficaces et relayé par une communication crédible.

D
ans la société d'aujourd'hui, un avenir raisonnable ne peut se concevoir que par la mise en place d’un espace sans frontière où une intelligence collective permettra de mieux travailler ensemble afin de mieux vivre ensemble. En se donnant les moyens d'y participer, la franc-maçonnerie pourra alors être partie prenante dans l’avènement de lendemains meilleurs …

Utopie, dirons certains ? … Pour les maçons, l’utopie n'est-elle pas la vérité de demain ?


Maj 19 10 09 - GA - L0
Par Eusthènes - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
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