Propos maçonniques
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La Franc-maçonnerie se définit comme une société initiatique de tradition orale. Certes
tout ce qui a été écrit sur le sujet n’a jamais rien révélé ni expliqué sur le secret de l’initiation, qui est - avant toute autre chose - un itinéraire personnel, qui permet à chacun de mettre à
nu, lentement, l'étincelle qui est en lui et qui, une fois révélée, éclaire l’univers et lui donne un sens. Et puis, "dire quelque chose à quelqu'un, c'est l'appauvrir, car c'est l'empêcher
de le découvrir seul" … Au delà du secret d'appartenance et du secret des délibérations, voici une définition du secret maçonnique qui mériterait réflexion …
Dans le monde d’hier, la société était structurée
selon des normes qui étaient considérées et vécues comme "allant de soi". Le XIXème siècle, avec son idéalisme libéral, était convaincu qu’il se trouvait sur la route droite qui conduisait vers
le "meilleur des mondes possibles". L’Evangile du Progrès semblait démontré par les merveilles de la science et de la technique qui dispensaient leurs miracles. Le XXème siècle nous a brutalement
ramené à une réalité moins optimiste …
Toutefois, il y a cent ans, l’information circulait à la vitesse d’un cheval. Elle circule aujourd’hui à la vitesse de la lumière. C'est pourquoi la
référence à la Tradition orale ne peut constituer un alibi crédible pour refuser de faire évoluer la franc-maçonnerie dans un monde qui a profondément
changé. Ce qui semble donc aujourd’hui nécessaire et urgent pour l'avenir de
la franc-maçonnerie, c’est d’abord de dépasser la répétition. Cesser de réciter, de répéter, de recommencer, pour imaginer, créer, inventer.
Il est donc consternant de constater, que derrière des propos "avangardistes" au sujet de l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la
communication, se cache parfois, derrière certains discours maçonniques, un véritable "centralisme démocratique" qui met les actes en décalage avec les propos. Il serait probablement malvenu
d’imaginer que certains présidents d'ateliers, considèrent que "l’information, c’est le pouvoir" et qu’il pourrait être inopportun qu’elle circule trop facilement et trop librement entre
les Frères. Après tout, on ne sait jamais.
Et aujourd'hui, pourquoi est-il donc aussi inconcevable pour une grande majorité de frères d'utiliser un site Internet dédié ou d'organiser un "chat" (salon
de discussion), en utilisant n’importe quel équipement informatique d’entrée de gamme, pour communiquer et pour travailler ensemble ? Et pourquoi persiste-t-on avec obstination à utiliser
une organisation archaïque et inefficace du travail, bien pratique, il est vrai, pour assurer la "paix sociale" et la pérennité de "l'encadrement", au détriment de la qualité de notre réflexion
et de travaux qui restent lettres mortes. Alors se pose la question : "A quoi sert un travail dont il ne reste rien
?".
Un frère très proche, a été initié "pour la vie" il y a bientôt trente ans par la Loge "La Sincérité Parfaite", à l'Orient de Saint-Pierre le
Tampon. La découverte du symbolisme maçonnique lui a permis d'admirer la merveilleuse tolérance maçonnique qui ne s'offusquait pas de s'épanouir dans la promiscuité des signes et des symboles
bibliques qui ont investi les murs de nos Temples et les rituels de nos travaux.
Ce frère a trouvé le fait particulièrement remarquable dans sa loge mère, qui initiait aussi bien des athées que des anarchistes, des non-pratiquants que des chrétiens catholiques ou protestants,
des musulmans que des Tamouls. C'est sans doute de ces interrogations qu'a pu commencer à émerger peu à peu, lentement mais sûrement, l'idée forte qui a abouti à "l'expérience de
Blois" (cf. "La tentation de Blois").
Enfin, on n’existe pas aujourd'hui dans la société sans communiquer. Pour mieux faire émerger nos idées et mieux les diffuser, nous devons impérativement
améliorer notre communication, pour ne pas dire : la créer intégralement …
Il n’est pas question d’approuver la palabre maçonnique "internetisée", telle
qu’elle se pratique actuellement et qui souvent est le parfait exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Car elle "externalise", en toute indiscrétion et en violation des obligations réglementaires,
nos ordres du jours, nos travaux, et ce qui est parfaitement inacceptable, des milliers de noms, en clair, quand ce ne sont pas nos règlements de comptes internes, vers des destinations
aléatoires et inconnues, sans aucune conscience que sur l'Internet "rien ne se perd". Alors qu’il existe d’autres moyens, surs, discrets et facilement gérables pour utiliser les nouvelles
technologies de la communication pour approfondir nos travaux et leur donner une meilleure diffusion en conservant la discrétion nécessaire au respect de la vie privée de
chacun.
La Franc-maçonnerie ne peut se contenter de l’extériorisation qu’elle pratique aujourd’hui notamment dans les médias, où ses interventions restent rares et
au demeurant assez peu convaincantes. Pour avoir une véritable influence, elle doit, tout en conservant, les moyens actuels qui restent le socle de son extériorisation, développer et inventer de
nouveaux moyens. Mais surtout laisser à chaque Loge et à chacun, dans le strict respect de la discrétion maçonnique, la liberté de se positionner par rapport à l’utilisation de ces nouvelles
technologies, en pratiquant une présence effective dans la cité et dans les médias.
Elle ne saurait interdire à quiconque de les utiliser, ni se permettre de
neutraliser leur utilisation dans les loges, pour les convenances personnelles de hiérarques "soixante-hiutards", qui pourraient craindre une ombre sur l'éclat des sautoirs, qui garantissent leur
statut à l'Orient, à l'Est ou au Zénith.
Redevenir une force de proposition
Même si cela est regrettable, nous devons admettre que la Franc-maçonnerie ne constitue plus aujourd’hui, une force de proposition réellement crédible dans
la société civile. Devant la complexité extrême des problèmes (scientifiques et sociétaux), devant les mutations qui vont transformer profondément notre société et l’accélération de l’histoire,
les conditions indispensables pour que la franc-maçonnerie puisse redevenir une réelle force de proposition, passent par une prise de conscience préalable des maçons, qu'ils doivent s'en donner
les moyens, par un travail valable réalisé avec des méthodes efficaces et relayé par une communication crédible.
Dans la société d'aujourd'hui, un avenir raisonnable ne peut se concevoir que par
la mise en place d’un espace sans frontière où une intelligence collective permettra de mieux travailler ensemble afin de mieux vivre ensemble. En se donnant les moyens d'y participer, la
franc-maçonnerie pourra alors être partie prenante dans l’avènement de lendemains meilleurs …
Utopie, dirons certains ? … Pour les maçons, l’utopie n'est-elle pas la vérité de demain
?