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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 21:17

Les mutations de la vertu -

Aujourd'hui, la générosité n'est pas une valeur dépassée. Les français font volontiers des dons pour les causes humanitaires. Ils sont nombreux à donner leur sang et plus des deux tiers d'entre eux sont favorables à l'aide au tiers monde. Les médias ont su orchestrer la générosité en devenant des "entrepreneurs moraux". Téléthon, Restos de Cœur, Nuit des Héros, ventes de disques caritatifs, font recette. Plus la religion du devoir s'amenuise, plus nous consommons de générosité. Plus les valeurs individualistes progressent, plus les mises en scène médiatiques des bonnes causes se multiplient et font de l'audience.

La détresse est devenue spectacle et plaisir … La télé-charité déculpabilise le citoyen repu dans son fauteuil et soulage la conscience des responsables politiques incapables de réduire la pauvreté qui creuse chaque jour davantage l'écart entre ceux qui deviennent de plus en plus riches et ceux qui sont de plus en plus nombreux à sombrer dans la pauvreté. Les bilans des programmes présidentiels successifs sur la fracture sociale et sur le pouvoir d'achat sont une preuve sans appel de leur impuissance.

Le nombre des "travailleurs pauvres" s'accroît inexorablement chaque jour. La toute puissance des médias est inquiétante car les principes d'éducation morale des masses dépendent de plus en plus de "coups médiatiques". Ce sont les médias qui fixent les causes prioritaires et sont en passe de s'ériger en nouvelles puissances moralisatrices des individus. Les médias ne créent pas une conscience des devoirs, mais "managent" l'opinion par intermittence, en mettant en scène des "produits porteurs", ce qui pose un réel problème d'éthique.

Les charity-show font de l'affectif de manière ponctuelle, sans suivi, sans constance. En sélectionnant les causes, ils font de l'humanitaire sans développer le sens d'un engagement humaniste. La média-charité ne donne pas de leçon de morale. Elle émeut, en mêlant bonne humeur et sanglots contenus, variétés et témoignages intimes, exploits sportifs et handicap.

Mais malgré le culte du chacun pour soi, paradoxalement, le volontariat fait recette. Le bénévolat de masse est désormais un élément typique du nouvel âge de la morale et il constitue un aspect positif dans la jungle des égoïsmes. On compte, en France, plus de six cent mille associations. Le secteur sportif qui est le plus important précède le secteur caritatif. Dans notre société, le bénévolat s'affirme ainsi comme un moyen indispensable pour combler les carences des dépenses sociales et pour pallier l'effondrement des grands projets politiques. Le volontariat s'inscrit à contre courant des valeurs dominantes de notre temps.

Dans notre société, marquée par l'égoïsme et l'individualisme, l'engagement volontaire fonctionne comme un moyen d'identification individuelle et sociale. Nous sommes donc très loin du flottement intégral des valeurs. Les critères du bien et du mal n'ont pas été effacés dans l'âme individualiste. Les exigences morales minimales subsistent, parce qu'elles sont indispensables à l'équilibre de la vie sociale et démocratique. Les crimes, la cruauté, les sévices, le viol, les mutilations sexuelles, les sévices psychologiques et physiques suscitent l'indignation. Le public aime consommer la violence dans les médias, mais il la condamne sévèrement dans le réel.

Nos démocraties ne sont donc pas vouées au nihilisme car le sens de l'indignation morale n'est pas mort … La principe de tolérance est hissée au rang de valeur cardinale. L'émotion suscitée par l'affaire du professeur Redeker ou celle des caricatures du prophète dans la presse, les rejets et les prises de positions de la hiérarchie catholique vis à vis du sida, de l'IVG ou de l'homosexualité, témoignent de l'attachement collectif aux principes de la tolérance mutuelle, du respect de l'autre et de la liberté de conscience. Célébrée par les philosophes du Siècle des Lumières, la tolérance fonctionne aujourd'hui comme une valeur de masse. Elle a gagné en légitimité sociale par l'avènement de notre culture qui rejette les grands projets moraux, en évacuant le moralisme autoritaire et les querelles idéologiques, politiques ou religieuses.

Toutefois, si la tolérance s'accroît en matière de sexualité, de vie familiale, de religion et d'opinions politiques, elle s'arrête dès lors que les personnes, les libertés ou les biens sont menacés. L'intolérance raciste semble plutôt être le produit des désordres économiques. La revendication individualiste, si elle travaille à la négation partielle des idéaux humanistes, travaille cependant à l'extension des droits de chacun, sans distinction de couleurs ou de religions. Il semblerait que dans le racisme ambiant, les différences ethniques soient moins en cause que les difficultés sociales engendrées par la crise économique et les vagues d'immigration.

Le renouveau éthique

En ce début du troisième millénaire, un idéal semble ranimer le cœur de nos démocraties occidentales : l'ETHIQUE. L'effet éthique envahit les médias et nourrit la réflexion philosophique et juridique : Bioéthique, charité médiatique, actions humanitaires, protection de l'environnement, moralisation des affaires, de la politique, des médias, croisades contre le sida, la drogue, le tabagisme, l'alcool, etc … Et, tandis que l'éthique retrouve ses lettres de noblesse, une nouvelle culture s'instaure.

On assiste à un discours social alarmiste, stigmatisant la faillite des valeurs, l'individualisme cynique, la fin de toute morale. Mais d'un autre côté, on voit apparaître des nouvelles exigences morales qui portent sur une éthique qui ne concerne pas l'individu par rapport à lui-même et à ses proches, mais qui le concernent par rapport à un environnement plus large et par rapport à des faits de société cruciaux.

Alors même que l'apostolat du devoir apparaît caduc, on assiste à une réactualisation du souci éthique. Plus la religion de l'obligation du devoir se vide de sa substance, plus le supplément d'âme éthique est à l'ordre du jour. Alors que les grands projets politiques s'épuisent, plus aucune question n'est traitée en dehors du référentiel éthique. Les dictatures répriment les minorités, réactivons les Droits de l'Homme. Le tiers-monde crève de faim, organisons des "charity-shows" et des secours d'urgence. la planète est en danger, rendons hommage à la fée nature. Les médias pervertissent la démocratie, rappelons aux journalistes la déontologie de leur mission …

Moins il y a d'adhésion à l'esprit du devoir et plus nous aspirons aux régulations déontologiques par le biais de l'éthique et de ses codes. Ce phénomène de régulation vise à contrebalancer la logique individualiste en légitimant de nouvelles obligations collectives. La culture de l'oubli de soi a totalement disparu. La responsabilité individuelle est devenue une forme atténuée de devoir, délestée de toute idée de sacrifice, un devoir minimal, rongé par l'égoïsme et l'individualisme. L'éthique nouvelle exprime l'essoufflement du "tout est permis" et rappelle l'exigence de poser des limites en organisant des protections contre les menaces de notre sécurité et de nos libertés, sans remettre en question la culture du système libéral.

Les mérites du rebond éthique sont incontestables au vu de ses manifestations : mouvements humanitaires, droit d'ingérence, primauté des Droits de l'Homme, responsabilisation de l'homme au travail, souci de l'avenir de la planète et du sort de l'espèce humaine. Il ne faut toutefois pas se laisser bercer par une certaine illusion éthique. Ce ne sont pas les imprécations vertueuses contre la technique arrogante qui règleront les problèmes humains. Ce ne sont pas les hymnes aux Droits de l'Homme qui feront reculer la xénophobie, ni les hommages à la déontologie des journalistes qui élèveront la qualité des médias.

Il faut une volonté politique d'une part et une ferme volonté de chacun de peser sur les choix et les décisions politiques d'autre part. Cette volonté passe par la notion d'un engagement très fort de chacun. Et cet engagement ne peut se baser sur la simple bonne volonté de chacun. Il doit s'exprimer par des résolutions très fortes, mues par l'idéal du devoir.

Si le sens moral existe toujours, dans notre société, il reste trop souvent enfoui au fond des consciences pour n'émerger ponctuellement que lorsque la dignité de l'homme est menacée. Et ce sens moral a cessé d'engager l'individu par rapport à lui-même et à ses proches pour le situer dans un univers éthique "généraliste". La perte du sens du devoir, comme don de soi et comme élan altruiste, apparaît comme le tuteur manquant à toute morale humaniste. Dans l'histoire, les progrès n'avancent jamais sans la dynamique de l'intelligence, de l'intérêt et des passions. Le sens du devoir reste le moteur même du progrès.


Devoir et franc-maçonnerie

Quelles que soient les obédiences ou les juridictions, les références au devoir sont largement présentes dans les textes statutaires et dans les rituels maçonniques. Les Constitutions précisent que "la Franc-maçonnerie a pour devoir d'étendre à tous les membres de l'humanité les liens fraternels qui unissent les francs-maçons sur toute la surface du globe" et que "le franc-maçon a pour devoir, en toute circonstance, d'aider, d'éclairer, de protéger son frère, même au péril de sa vie, et de le défendre contre l'injustice". Le rituel de clôture des travaux réaffirme la notion de devoir : "A toute heure, rappelons-nous la grandeur des devoirs que nous nous sommes imposés. A toute heure, soyons prêts à les remplir". Il est encore précisé : "qu'il n'y a de devoir qu'envers soi-même… et que ce devoir primordial, unique, entraîne inéluctablement tous les autres devoirs" …

En préalable à la cérémonie de sa réception, on demande au candidat de formuler, par écrit, sa conception personnelle du devoir (envers lui-même, sa famille, la cité, la patrie, l'humanité). Lorsqu'il prête son obligation, il s'engage à respecter les valeurs et les règles de l'Ordre maçonnique. Au devoir d'assiduité s'ajoute celui de la discrétion et du travail. Le mythe fondateur de la franc-maçonnerie, constitue un enseignement sur la valeur fondamentale du devoir. Hiram, gardien du secret, homme d'honneur et de devoir, nous montre l'exemple de la forme la plus élaborée du devoir, en sacrifiant sa vie pour le respect des valeurs auxquelles il croit. Ce mythe invite tous les francs-maçons à être des hommes de devoir.

Le devoir, malgré une connotation religieuse, qui a longtemps dévalorisé son sens dans une société désacralisée, rend à la notion de droit toute sa valeur. Car il y a la même dignité à accomplir son devoir qu'à faire prévaloir ses droits.
"Plus l'avenir est incertain, plus les certitudes y prennent du poids ... Plus l'élément de nos actions devient complexe, plus la simplicité de nos devoirs est impérative" ... Alain Etchegoyen - Le temps des responsables.


Maj 19 10 09 - GA - L0

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Published by Eusthènes - dans Société
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