Propos maçonniques
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"Le
bonheur n'est pas au bout du chemin, le bonheur c'est le chemin" ...
C'est dans les religions que l'on trouve les réponses les plus anciennes à la question du bonheur. Une certaine conception de la spiritualité, très courante, fait qu'un nombre considérable de
gens sont persuadés que le bonheur se trouve loin au-delà de notre vie présente et que la vie terrestre n'est destinée qu'à nous y préparer. Nous ne le connaîtrons, ce bonheur, qu'après notre
mort, ou bien lorsque nos pensées atteindront les plus hautes sphères pendant notre vie, si bien que nous serons encore au monde, mais non plus tout à fait de ce
monde.
Il semble bien qu'une telle idée vient de ce que les vérités spirituelles sont décrites, pour des besoins de simplification, en
termes de temps et d'espace. Le ciel et l'enfer sont repoussés dans le temps vers une vie après la mort, ce qui entraîne un dégoût manifeste pour le monde tel qu'il est et ce qui ne peut donc
être une source de bonheur.
Cette réflexion se fonde sur la conviction que le bonheur, dans ce qu'il a de plus profond, se trouve bien
au-delà de la portée de quelque technique ou de quelque croyance que ce soit. Aucun conseil ne sera donc donné ici sur ce qu'il convient de faire pour devenir
heureux.
En tout premier lieu il faut distinguer l'eudémonisme, qui est la doctrine philosophique du bonheur et
l'Hédonisme, qui est un système philosophique qui définit le plaisir comme le but ultime de la vie. Et comme il est possible de prendre du plaisir à faire du mal aux autres, il est tout
à fait essentiel de bien définir le bonheur dont il sera question ici.
La morale d'Epicure tient le bonheur comme le
souverain bien et la fin ultime de l'homme. Le bonheur consiste dans la volupté, mais la volupté liée à la raison et à la modération, une sorte d'hédonisme moral. Le résultat de la
critique de Kant est le scepticisme métaphysique et le dogmatisme moral. La morale ne peut être fondée sur le désir d'atteindre le bonheur, mais sur le Devoir. On doit
donc se rendre digne du bonheur en subordonnant sa quête au respect des lois morales dictées par la raison. Nous laisserons enfin aux stoïciens l'art d'être heureux quand le malheur leur
tombe sur la tête.
On pourrait penser que la notion de bonheur est essentiellement subjective. Ne dit-on pas que le bonheur des uns
fait le malheur des autres, et inversement. Nous devons aussi distinguer la joie et le bonheur. La joie est un état passager qui s'extériorise en général, même s'il existe des joies
intérieures. Mais cet état est d'une durée limitée, souvent provoqué par un événement extérieur ou imprévu, ce qui donne à la manifestation de la joie le caractère spontané que l'on connaît
bien.
Le bonheur est une chose très différente. C'est un sentiment plus intérieur, plus profond, plus intime, qui se fonde
sur une sensation durable de la plénitude de l'existence, d'une harmonie véritable dans le déroulement de notre vie, d'un accord parfait entre nos aspirations les plus profondes et la réalité de
notre existence. Le bonheur enfin, n'est pas le contraire du malheur et il n'y a pas de passage direct mais, au contraire, toute une série d'états pour passer de l'un à l'autre.
D'un côté, il y a ceux qui veulent faire jouer les mécanismes spirituels à leur profit et qui s'efforcent d'imposer leur propre volonté aux choses. De l'autre, ceux
qui s'ouvrent au réel, à ce qui est. Ici se joue l'accès à une véritable liberté intérieure. Etre libre, c'est être capable d'adhérer intérieurement, au-delà de toute nécessité, à tout ce qui
advient. Tel est sans doute le bonheur en question.