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  • : Propos maçonniques
  • : 25/02/2008
  • : Puissent ces quelques propos té-moigner de la permanence de la recherche d'une vérité fuyante et incertaine, accaparée par ceux qui, prétendant la détenir, voudraient l'imposer, même par la tyrannie. Ce blog n'engage que ses auteurs. Il est dédié à tous les frères et soeurs, orphelins d'un projet maçonnique exigeant et cohérent, pour des lendemains à repenser, à rebâtir, à rêver.
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Mercredi 17 septembre 2008 3 17 /09 /2008 10:18

Notre bonheur dépend-t-il de nous ? Notre destin n'est-il pas écrit une fois pour toutes et quelles sont réellement la portée et les limites de notre liberté individuelle ? Le mythe d'Er, le Pamphylien est sans doute l'une des plus belles pages écrites sur la relation du destin et de la liberté. Er est un soldat grec, tué au cours d'un combat, et qui se réveille huit jours après sa mort sur le bûcher de sa crémation. Et il est renvoyé, du séjour des morts, pour raconter aux vivants ce qu'il a vu dans l'au-delà ...

C'est ainsi que Platon raconte qu'un certain Er, qui avait été pris pour mort au soir d'une bataille, revint des enfers, une fois l'erreur reconnue, et raconta ce qu'il avait vu là bas. Les âmes sont conduites dans une grande prairie et on leur jette des sacs, où sont des destinées à choisir. Ainsi choisissent-elles selon leurs désirs ou leurs regrets. Ceux qui ont désiré l'argent plus que tout, choisissent une destinée remplie d'argent. Ceux qui en ont eu beaucoup, en cherchent encore davantage. Les ambitieux cherchent une destinée de roi. Les voluptueux cherchent des sacs pleins de plaisirs. Pour finir, chacun va boire l'eau du fleuve Léthé et s'en retourne, avec un nouveau destin sur l'épaule, afin de vivre sur la terre des hommes, selon son choix.

Voici une singulière épreuve et une bien étrange punition, beaucoup plus redoutable qu'elle n'en a l'air. Car il se trouve peu d'hommes qui réfléchissent sur les véritables causes du bonheur et du malheur. Ceux-là remontent jusqu'à la source, c'est à dire jusqu'aux désirs tyranniques qui mettent la raison en échec. Ils se défient des richesses, car elles rendent sensibles aux flatteries et sourds aux malheureux. Ils se défient de la puissance, car elle rend injuste, plus ou moins, tout ceux qui en ont. Ils se défient des plaisirs, parce qu'ils obscurcissent et éteignent enfin la lumière de l'intelligence. Ces sages là retourneront prudemment plus d'un sac de belle apparence, toujours soucieux de ne point risquer de perdre, dans une brillante destinée, le peu de sens droit qu'ils ont acquis et conservé avec tant de peine. Sans doute choisiront-ils quelque destinée obscure dont personne ne voudrait.

Mais les autres, qui ont galopé toute leur vie après leurs désirs, sans regarder plus loin que l'écuelle, ceux-là, que voulez-vous donc qu'ils choisissent, sinon encore plus d'aveuglement, plus d'ignorance, plus de mensonge et d'injustice ? Ainsi se punissent-ils eux-mêmes et bien plus durement qu'aucun juge ne les punirait. Sans aucune expérience d'une vie future, qui suive la mort, c'est trop peu dire que l'on n'y croit pas, on ne peut rien en penser du tout. Mais la vie future, où nous sommes punis selon notre propre loi et même selon notre propre choix, n'est-ce pas plutôt cet avenir même où nous glissons sans arrêt et où chacun développe la destinée qu'il a choisie. Rapporté à la mort symbolique du processus initiatique de l'Initiation maçonnique, le mythe d'Er le Pamphylien est proprement fulgurant.

Dans la relation entre le destin et la liberté, l'enjeu capital est de savoir qui préside aux destinées de chacun. Chez Hésiode, le destin est trinité : Clotho, la fileuse, dont la quenouille déroule le fil de la vie, Lachésis, dispensatrice du sort, qui assigne à chacun sa destinée, Atropos, l'inflexible, qui de ses terribles ciseaux, tranche sans pitié le fil des existences. Le destin est avant tout ce qui donne à chacun son lot, sa part, sa place.

Dans le stoïcisme, il est comparé à un metteur en scène, distribuant à chacun son rôle, ou à un maître de banquet, assignant à chacun sa place.=Platon se démarque d'une conception exclusivement fataliste du destin en intégrant la capacité de l'homme à choisir, à se choisir, au travers d'une réflexion informée et responsable. Des lots existent, des modèles sont tracés, écrits, filés, les destinées rédigées. Mais elles sont proposées comme des possibilités d'existences et non imposées comme des existences obligées. L'être est à la fois informé et libre, sans pression ni entrave dans sa décision, responsable enfin des conséquences de son choix, des tous ses choix, sa vie durant.

Ainsi, tout repose sur la qualité de la réflexion de chacun et certains paieront très cher d'avoir pensé si peu, si vite, si mal. Il est d'ailleurs très significatif de retrouver dans le mythe d'Er, la trilogie : pouvoir, argent, sexe. A cette trilogie, qui constitue la voie la plus sure pour l'aliénation morale et sociale de l'homme, répond la devise de la franc-maçonnerie : liberté, égalité, fraternité, mise en oeuvre dans l'itinéraire initiatique du franc-maçon.

Bien choisir, voilà l'enjeu, mais bien choisir n'est pourtant pas tout, car l'essentiel est de bien vivre. Même le dernier venu, s'il choisit avec intelligence et s'efforce de bien vivre, peut ramasser une condition convenable et bonne. Nos destinées, ces "patrons" d'existences, ensembles définis de "compossibles", selon la terminologie de Leibniz, ne portent en effet que sur les événements, les péripéties, d'une vie. Le scénario est écrit, mais non la manière de le jouer. La vertu, cet unique nécessaire, dans nos actes et nos comportements, décidera, sinon du contenu, du moins de la qualité de la vie menée ici-bas.

La déclaration de l'hiérophante est formelle : "La vertu n'a point de maître. Chacun en aura plus ou moins selon qu'il l'honorera ou la négligera". Une chose est de se voir attribuer une destinée, une autre est de gérer l'emploi, vertueux ou non, de sa situation. Le destin détermine le schéma d'une vie, non sa qualité spirituelle, qui relève, elle, de la seule liberté et de la seule responsabilité individuelle.

En tous lieux dans le monde, la cité ou les âmes, ainsi qu'en tous temps, la pensée réfléchie règne en souveraine. Le bonheur est à ce prix.


Maj 19 10 09 - GA - L0
Par Eusthenes - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
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