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  • : Propos maçonniques
  • : 25/02/2008
  • : Puissent ces quelques propos té-moigner de la permanence de la recherche d'une vérité fuyante et incertaine, accaparée par ceux qui, prétendant la détenir, voudraient l'imposer, même par la tyrannie. Ce blog n'engage que ses auteurs. Il est dédié à tous les frères et soeurs, orphelins d'un projet maçonnique exigeant et cohérent, pour des lendemains à repenser, à rebâtir, à rêver.
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Dimanche 19 octobre 2008 7 19 /10 /2008 10:14

Au commencement, l'homme s'étonna de toutes choses et il adora la puissante nature, le soleil, le feu, les moissons, les animaux et dans le même temps, il essaya d'agir comme les plantes poussent, ce qui fut magie. J'appellerai religion de la nature cette religion mère, où la nature paraît comme invincible et impénétrable.

Vint ensuite la religion olympienne, où la forme humaine est seule adorée et où le monde est gouverné comme un royaume. J'appellerai religion politique cette religion des conquérants. Je l'appellerai aussi bien religion urbaine, par opposition à la première qui est évidemment agreste.

Et quant à la troisième religion, qui est devenue dans notre occident non moins populaire, sous le nom de christianisme, on ne peut s'y tromper d'après les nouvelles valeurs qu'elle enseigne, je la nommerai religion de l'Esprit. Et je n'en vois point d'autre. Telles sont, en fait, les étapes de l'Homme.

Je ne puis dire au juste à quel moment je suis sorti du catholicisme. Sans doute lorsque j'ai compris que la tristesse n'est ni grande, ni belle et que la sagesse ne consiste pas à méditer sur la mort en creusant sa propre tombe comme les trappistes. J'ai pensé qu'il n'était pas possible que ce soit là le vrai secret de la vie et je me suis délivré de cette religion comme d'une maladie ... J'ai tout de même l'empreinte. Nous l'avons tous ...

Ainsi, j'appellerai religion de la nature cette religion mère. Et le dieu Pan figure très bien pour moi ce panthéisme naïf, où le dieu Tout se change en une poussière de dieux. Les saisons, le réveil périodique de la végétation, le changement et le retour des astres qui annoncent ou accompagnent tous les autres changements, les mœurs et les migrations des animaux, le tonnerre, la foudre, l'orage, les comètes, les éclipses, les cyclones, les volcans, toutes les terrifiantes exceptions, les sources aussi, les images reflétées, l'écho - autre reflet - l'obscurité et le silence des bois, tout cela ensemble est l'objet d'un culte et l'occasion de fêtes.

Et ce paganisme, ou religion des paysans, subsiste encore sous mille formes. Mais il faut être paysan pour sentir pleinement cette religion du soleil et des saisons. Les citadins qui ne sont qu'usuriers et emprunteurs, comptent par échéances et par semaines.

L'idée qui me semble exprimée dans toutes ces fêtes paysannes : Pâques, qui est la fête du printemps ou de la résurrection, la fête-Dieu, qui est la fête des fleurs, la célébration des morts au moment de l'année où toutes choses commencent à mourir, c'est qu'il faut attendre la nature, faire comme elle veut, ne pas discuter, ne pas souhaiter d'autres cieux et un autre monde, ni une condition surhumaine, ni un progrès selon nos préférences. Mais j'y vois aussi un espoir ou une confiance. Car l'homme qui se plaint de sa condition humaine
et qui accuse la nature est un homme qui commence à mourir et même qui souhaite mourir.

A cette religion agreste, s'oppose la religion urbaine. Les forces naturelles sont remplacées ici par le veilleur de nuit, le boulanger, le magistrat, le médecin, le prêtre. Une autre nature se montre ici toute humaine, et l'on voit apparaître alors la religion politique, qui est l'olympique. La religion politique est toute de commémorations. C'est une religion du foyer et des ancêtres. Ce culte est universel.

La piété, en son sens le plus positif, veut que l'on fasse société avec les morts et qu'on leur rende ainsi une sorte de vie ... La piété s'appuie sur les signes et les anniversaires. Elle se donne des devoirs contre l'oubli. Mais chacun sait bien que l'oubli est plus fort que la piété et que c'est un peu la faute des morts et un peu la nôtre. C'est un peu la faute des morts s'ils n'ont guère valu par leurs conseils et par leur exemple. La religion s'amincit alors jusqu'à une politesse de forme, et sans promesse de durée. Mais c'est aussi notre faute à nous si les morts meurent une seconde fois.

Jupiter est un homme, mais il n'arrive pas encore à être un dieu. Jupiter n'est pas assez dieu. Il n'est pas non plus tout à fait homme. Et c'est parce qu'il n'est pas assez homme qu'il n'est pas encore digne d'être dieu. Jéhovah, au contraire, n'est plus homme du tout. Et sa façon d'être incompréhensible est celle de l'indescriptible qui se cache derrière un nuage. Ce pur esprit ne peut plus s'incorporer. Il est coupé de l'homme ...

Il fallait donc revenir plus près de l'homme vrai. La religion s'est donc incarnée. Et ce n'est pas peu de chose, que d'avoir reconnu et commémoré le modèle spirituel de l'homme, couronné d'épines, non seulement jugeant mieux que nous, mais souffrant mieux que nous. Tel est le second mouvement de l'esprit qui nous ramène du pur esprit à l'esprit fraternel.

Ce dieu nouveau, qui enfin est homme, termine un long tâtonnement d'idolâtrie errante. Mais le plus divin, en ce Dieu-Homme, c'est la conscience élevée jusqu'à l'Esprit, et qui propose une autre société et une autre vie. Voilà donc l'Esprit, que le culte cherche et espère, comme l'enfant Dieu le signifie assez.

Les images de Noël sont étonnantes et même à bien regarder, subversives. Il y a lèse-majesté dans ce vieux mythe et j'admire comment la pensée populaire tient ferme depuis tant de siècles. Cet enfant dans la crèche, entre le bœuf et l'âne, et ces rois mages adorant, cela ne signifie pas que les pouvoirs vaillent un seul grain de respect. Il me semble aussi que le bœuf et l'âne, dans cette puissante image, figurent les dieux de l'Inde et de l'Egypte, déchus mais encore participants.

Il faut que l'Esprit, en chacun de nous, réalise l'unité entre la loi du Père qui demeure, et la loi du Fils, qui est éternelle …

II nous reste donc, après avoir écarté les mensonges des prêtres, à prendre la vie noblement et à ne point nous déchirer nous-mêmes et les autres par contagion. Etre bon avec les autres et avec soi-même, les aider à vivre, s'aider soi-même à vivre, voilà la vraie Charité. La bonté est joie. L'amour est joie. Voilà par quelles vérités on sauve ce qui est à sauver, et que la religion a perdu, j'entends la belle Espérance …

Car il n'est pas sur que les chemins s'ouvriront si on a la Foi. Mais il est certain que tous les chemins resteront fermés si on n'a pas d'abord la Foi. Si l'on y regarde bien, la Foi ne peut aller sans l'Espérance. Et il y a un genre d'Espérance et un genre de Foi qui conviennent à tous les hommes et dont le vrai nom est Charité ...

Et voici l'évangile nouveau : la paix sera si les hommes la font, la justice sera si les hommes la font ; nul destin, ni favorable, ni contraire n'est écrit ; les choses ne veulent rien du tout ; nul dieu dans les nuages, mais le héros, seul sur sa petite planète, seul avec les dieux de son cœur, Foi, Espérance, Charité …
 

                                                                                                                                    Sources : Alain - Propos


Maj 19 10 09 - GA - L0
Par Eusthenes - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
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