Propos maçonniques
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Plotin, une intense
expérience initiatique -
Parmi les sources de la franc-maçonnerie - ensemble ouvert de rites et de symboles proposés à la méditation, on cite d’abord, habituellement, les traditions pythagoriciennes des maçons
"opératifs" du moyen âge. Ces traditions se retrouvent également dans le Compagnonnage. Les historiens, et les auteurs plus spécifiquement maçonniques, citent aussi d’autres sources plus ou moins
anciennes : les unes remontent à l’hermétisme gréco-égyptien, les autres à certains courants de la mystique juive, notamment la kabbale.
Ils ont un peu plus de mal à considérer de façon consensuelle dans les sources de la franc-maçonnerie certains courants de la mystique chrétienne - en particulier la "théologie négative" -
quoique la chose soit particulièrement constatable en certains degrés de l’Ecossisme ou dans certains rites. Cela se comprend.
Plus étonnant est le fait que les spécialistes des sources maçonniques ne font que rarement mention de Plotin qui vécut au troisième siècle, entre 205 et 270, alors que sa pensée, sa morale et la
conduite de sa vie peuvent être authentiquement considérées comme pré-maçonniques. On les connaît par cinquante quatre traités (regroupés par neuf, en six Ennéades) et par la vie de
Plotin que rédigea son disciple Porphyre.
Parler de Plotin, c’est prendre le risque de faire d’abord étalage d’érudition philosophique. Risque à prendre, car remonter à une source "plotinienne" de la franc-maçonnerie ouvre à bien
davantage pour le franc-maçon qu’au plaisir vain de jouer à l’érudit. On y découvre une intense expérience initiatique. Comme la plupart des philosophes de l’Antiquité - comme Socrate, Diogène ou
Sénèque - Plotin voulait en effet que sa propre vie soit le premier témoin de la vérité et de la cohérence de ses pensées. Il vécut à une époque d’intense
compétition religieuse et spirituelle, au sein d’un empire romain déjà largement menacé à ses frontières et qui voyait s’affronter quantité de sectes religieuses dont l’une allait s’imposer, un
siècle plus tard, comme l’alliée exclusive du pouvoir impérial finissant.
Dans ce monde prêt à se disloquer, Plotin était hanté par la pensée de "l’Un". Voulant être cohérent en lui-même, recherchant en lui l’unité de la pensée et de l’action, mais laissant librement
sa pensée aller jusqu’à vouloir rendre compte de ce qui est le plus grand bonheur à vivre - l’extase amoureuse - il fait assurément partie des auteurs à propos desquels on peut parler de
"maîtrise" …
Les commentateurs de Plotin l’ont rangé, par commodité raisonnable, parmi les néo-platoniciens. Rangement sans doute trop réducteur. Si la doctrine platonicienne est la base sur laquelle Plotin a
construit le temple de sa pensée, on a également établi chez lui la trace profonde d’influences plus orientales - du côté de l’Inde et autour - sans doute venues de ce qui préparait alors
l’enseignement du Vedanta. Influences ou intuition ? La question demeure marginale, ce d’autant plus qu’il y eût sans doute convergence d’influences et d’intuitions.
Plotin parle d’un Dieu unique, ou plutôt de "l’Un". Impersonnel. Inconnaissable. Il n’était pas chrétien. Disciple d’un certain Ammonius dont on ne sait presque rien, il laisse pressentir la
profondeur des traditions spirituelles qui s’étaient formées depuis des siècles dans l’Egypte hellénistique. Traditions perdues, les unes parce qu’elles étaient strictement orales, les autres
parce que leurs rares écrits ont disparu dans les saccages successifs de la bibliothèque d’Alexandrie.