Propos maçonniques
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D'où vient que l'idée que l'on a de soi, tantôt se limite à une pensée machinale,
cyborg soumis à ses déterminismes, tantôt au contraire se met à répondre à une identité souveraine, fondée sur elle même et se
reconnaissant au delà du temps, à la fois une et multiple, changeante et non changeante à chaque rencontre où finalement, on réussit à sortir de soi pour s'unir à quelque chose ou quelqu'un
d'autre, réalisant à sa façon, le Simorg de la légende ? A partir de souvenirs personnels et de réflexions plus
philosophiques, ce livre tente de traduire cette expérience du temps et de l'instant, du réel et de l'imaginaire, de soi et de l'autre. Expérience de l'ange, de l'amour, de l'art, de l'engagement
vital qui, par la coïncidence des opposés, est celle de la double présence.
Extraits :
Les rituels sont discriminants ; ils créent - mais seulement dans le secret - la différence entre ceux qui larguent les amarres et ceux qui restent à quai. Par exemple, en Maçonnerie, cette
question posée à l'apprenti : "Avez-vous quelque chose à me communiquer ?". Pendant vingt ans, je n'y ai rien vu de notable et je ne suis pas "parti" avec elle.
Maintenant, je commence à comprendre en quoi elle est centrale en toute vie, dont la mienne, ayant vu, dans la rue, un couple s'arrêter pour s'embrasser. Rien de plus banal. Pourtant, ce geste
ordinaire montre à l'évidence quelque chose à se communiquer, ce qui n'est pas le cas de tous les instants où l'on croit vivre.
En fait, chacun étant être-avec-l'autre, nous ne vivons pleinement que lorsque nous avons quelque chose à communiquer. Y compris à soi-même. Seul, l'esprit se communique. Ce couple m'a aussi
éclairé sur la raisson pour laquelle, la plus profonde communication commence rituellement par un geste, non par des mots.
Nous avons besoin de nourriture pour le corps et d'une double nourriture pour l'esprit : intellectuelle et spirituelle. Suivre en soi un chemin spirituel vers "le témoin" ou "l'ange" révélant
"qui" nous sommes, ce n'est pas renoncer aux avancées de la connaissance intellectuelle. Au contraire.
La réalité du monde et de soi, au profond de ce que nous pouvons en savoir, nous informe que l'esprit est l'image où le réel se reconnaît comme tel puis se reconnaît comme autre. Et ainsi avance.
Démarche spirituelle d'image en image équilibrant les avancées, et maîtrisant les reculs sur le chemin de la connaissance.
Même les axiomes sur quoi se fondent les sciences en dépendent : ils marchent comme les mots substitués du maître franc-maçon, permettant de passer outre les énoncés indécidables. L'indécision
manifestée par le spectacle du monde quant à nos propres destinées - l'universalité de la mort - ne signifie donc pas que nous ne pouvons pas décider.
Sartre eut le courage de l'affirmer sans nul mysticisme. Il a forcé le paradoxe jusqu'à dire que l'homme est condamné à être libre dans un monde où "l'existence précède l'essence" ; que nous ne
serons quelque chose qu'une fois morts. Avant, nous ne sommes pas, nous existons sans savoir ce que nous serons.
La démarche initiatique résout le paradoxe : elle associe de façon égale l'engagement et la connaissance, la foi axiomatique par les mots substitués et le doute rationnel ; la parole et le
silence ; l'existence fraternelle et l'essence de l'amour.
Pierre Auréjac - Une initiation entre image et réalité
Véga - Collections Horizons initiatiques