Propos maçonniques
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3 - Temps profane et temps
sacré
Ainsi, tandis que certains se réclament des discours sur le Nouvel Age, l'Age du Verseau, les utopies millénaristes et la vision cyclique de l'histoire, la Franc-Maçonnerie, elle, évolue, et ses
adeptes y apportent l'esprit du temps en le confrontant aux idées d'autrefois.
Les soirées privilégiées, connues des maçons, ne peuvent se produire que dans les Loges qui, au moyen d'un rituel, pratiquent l'art d'ouvrir une porte sur un monde hors du temps et libéré de
toute limite. Ce monde, à l'intérieur d'un temple "orienté", couvert de sa "voûte étoilée", devient d'autant plus réel qu'il est imaginaire. Ainsi, par le moyen du Rite, le franc-maçon peut
passer de la durée temporaire ordinaire au temps sacré.
Le temps sacré est, par sa nature même, réversible dans le sens qu'il est un temps mythique primordial, rendu présent. Le franc-maçon vit ainsi dans deux sortes de temps : le temps profane et le
temps sacré, qui se présentent à lui sous l'aspect paradoxal d'un temps circulaire, réversible et récupérable, une sorte d'éternel présent mythique, qu'il est possible de réintégrer par le Rite.
Ce temps sacré, périodiquement réactualisé, est bien un temps mythique, primordial, non identifiable au temps historique : un temps originel, dans le sens qu'il n'est précédé d'aucun autre temps,
parce qu'aucun temps ne peut exister avant l'apparition de la réalité racontée par Le Mythe.
Le Temple de Jérusalem
Un symbolisme temporel analogue est intégré dans le symbolisme cosmologique du Temple de Jérusalem. Ce Temple est une "Image du Monde", se trouvant au "Centre du Monde" et il sacralise non
seulement le Cosmos tout entier, mais aussi la Vie Cosmique, c'est à dire "le Temps".
Hermann Usener a, le premier, expliqué la parenté étymologique entre "le Temple" et "le Temps". Le Temple désigne l'aspect spatial et le Temps l'aspect temporel du mouvement de l'horizon dans
l'espace et dans le temps. Le Temple que chaque maçon doit construire en lui-même représente l'édifice idéal que chacun de nous est appelé à réaliser et le Temple de Jérusalem est une image de
l'univers destiné à satisfaire notre raison, une conception philosophique traduisant autant qu'il est possible une approche de la vérité. Et cela quel que soit le Rite que chacun peut choisir
librement.
Salomon, Hiram, Zorobabel, n'ont ni construit, ni rebâti le Temple. Ils nous ont légué son modèle, caché sous une image. Ils nous indiquent le chemin vers ta Cité idéale où il s'élèvera dans
l'harmonie.
La recherche de la parole perdue
Le thème de la parole perdue à retrouver s'inscrit naturellement dans le mythe de l'éternel retour, lui-même porteur d'un sens qui demande à être interprété. La théorie des Ages l'interprète au
premier degré. Mais d'autres interprétations restent à faire ...
Toutes les traditions font allusion à un bien perdu ou disparu. Paradis ou parole, quelle que soit sa symbolisation, ce bien est toujours porteur du même réseau de significations : une rupture
nécessaire à l'accomplissement du cycle mort et renaissance.
La recherche de la parole perdue, à laquelle est associée la prononciation de cette parole constitue l'essence même de la démarche initiatique proposée par la franc-maçonnerie. Et cette démarche
est pratiquement commune à toutes les pédagogies initiatiques, quelles que soient les traditions.
Mais dès le départ, au commencement du voyage, le franc-maçon doit savoir que la parole retrouvée ne pourra se dire. Elle sera montrée, sortie d'une boîte, sous l'égide de la rose, sous forme de
lettres, qui sont les initiales du Mot et non le Mot lui-même, enfin retrouvé. Cela veut dire que la "vision suprême", révélatrice de l'ultime réalité, ne peut être dite et que la révélation
s'efface.
Une vérité dite devient un mensonge
Selon l'Art, il convient d'interroger cette idée d'illumination suprême et, par un désir d'ordre spirituel, de dépasser les limites de ce qui est mesurable. Les commentaires que l'on trouve sur
ces expériences font état d'un retour à l'unité, d'une dissociation, d'une fusion de l'Etre dans le Tout, vécus lors d'instants fugitifs ou lors d'extases prolongées. Cette forme de vécu du Sacré
est-il illusion ou réalité au-delà ?
Résistons prudemment à la tentation de répondre à cette question, sans être dupes de notre parti pris de ne pas répondre. Car nous refusons sans doute de le faire parce que nous voulons croire
qu'il y a une fin au voyage autre que le néant, sachant qu'une vérité dite devient un mensonge, parce qu'elle ne rend compte que d'une interprétation et que seuls peuvent se dire des mots
substitués, qui ne sont jamais que des mots utiles "pour mémoire".