Propos maçonniques
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Comment Panurge, Carpalim,
Eusthènes et Epistémon,
Compaignons de Pantagruel,
déconfirent six cents soixante
Chevaliers bien subtilement.
Rabelais - Pantagruel Ch. 25.
En Angleterre
Il y a bientôt trois cents ans, quatre loges londoniennes, habituées à se réunir dans des tavernes - "A l'Oie et au Gril", "Au Pommier", à "La Couronne" et à "La
Grappe de Raisin" - se réunissent en assemblée générale et se fédèrent. Le meeting de ces quatre loges permet d'accrocher une date précise, de poser un jalon, dans l'histoire de la
Franc-maçonnerie : la création de la Grande Loge d'Angleterre, le 24 juin 1717.
Trente ans plus tôt, à la suite de la Révocation de l'Edit de
Nantes par par Louis XIV, le 18 octobre 1685 - ce qui a pour conséquence de faire disparaître en France les églises
réformées et de contraindre les protestants à la clandestinité ou à l'exil - un enfant de huguenots français, avait dû s'enfuir à bord d'un vaisseau anglais.
Cet enfant, devenu le pasteur Jean Théophile
Desaguliers, allait être le théoricien et le metteur au point d'une conception nouvelle de la société qui allait faire
lentement son chemin, aidée par des esprits généreux, des philosophes, des mécontents : Echec au Roi.
Avec la collaboration du vieux maçon Anderson, Desaguliers rédige les Constitutions des Francs-maçons, contenant l'histoire, les devoirs, les règles, de cette authentique et vénérable fraternité. La Franc-maçonnerie, Société de
Pensée, possède alors sa charte spirituelle et Desaguliers, esprit universel et ami de Newton, est élu Grand maître de la Grande Loge d'Angleterre. Faite à l'usage des loges, la nouvelle "bible",
dédiée au Grand
Architecte De L'Univers, est publiée en
Angleterre en 1723, puis en Irlande, en Amérique - par les soins de Franklin. Elle est ensuite traduite en allemand, puis en français en 1745.
Ainsi, soudée au passé légendaire et religieux, afin de ne pas effaroucher les candidats, la franc-maçonnerie devient, en fait, une école nouvelle, scientifique, universelle et surtout
indépendante des religions et de l'état. Mais les savants cuisinent, en secret, le dogme libéral, rationaliste, philanthropique et pour tout dire, républicain, ce dogme nouveau qui va faire la
conquête du monde.
En France
Il est probable, qu'avec ou sans la maçonnerie, l'explosion libératrice du XVIIIème siècle aurait eu lieu, car l'idée "était dans l'air". Mais la Franc-maçonnerie anglaise a sans doute
été le laboratoire antipapiste et antilatin qui allait fournir aux français et à l'Europe les explosifs nécessaires à leur émancipation.
De nouvelles loges se créent, non seulement en Angleterre, mais partout dans le monde où résident des anglais. La grande bourgeoisie, annonciatrice du grand capital du XIXème siècle, s'enrôle
d'enthousiasme dans les loges. Les professions libérales y discutent librement d'idées quasi subversives. Bourgeois et marchands coudoient avec quelque vanité les frères de la noblesse. La
Franc-maçonnerie les met de pair à compagnon avec des gens qui, dans la rue, les feraient bâtonner.
Les aristocrates, qui éprouvent alors le besoin de "se garer un peu", créent le grade de
maître, qu'ils se réservent - discrètement - en sus des autres grades opératifs d'apprenti et de compagnon. Cela ne change rien à
la fraternité de principe, mais remet toutefois chacun à sa place.
L'absence de textes précis ne permet pas de connaître les origines exactes de la Franc-maçonnerie qui est, à quelques années près, aussi ancienne en France que la maçonnerie anglaise. Il est
pratiquement impossible, à travers les légendes et les traditions, de savoir où, quand et comment fut créée la première loge maçonnique française. On sait qu'en 1736 le Conseil du Roi supprime
les réunions de "Frimaçons" sur les conseils de la police et qu'en 1738, le Duc d'Antin est élu Grand Maître, ce qui rassure la police et le Roi.
"Hauts" Grades
L'idée de faire élire un Grand Maître est due à un maçon écossais, naturalisé français, le Chevalier
Ramsay, qui fut pour la maçonnerie française, un
réformateur analogue à Desaguliers. Ramsay écrivit un un discours célèbre, bien qu'il ne fut jamais prononcé. Il recommandait la philanthropie, la morale, la pratique des sciences et des arts ainsi
que la discrétion - au titre de laquelle il écartait toute idée d'admission des femme dans la Franc-maçonnerie. On
ne peut préjuger de l'opinion qu'il pourrait exprimer aujourd'hui.
En réaction contre la frivolité des "loges de table" où aucun travail sérieux ne pouvait être réalisé et sous l'impulsion d'aristocrates, importunés par la fréquentation confraternelle
de roturiers, on décide alors de créer une Franc-maçonnerie "supérieure", un cénacle choisi. Et l'on adjoint aux trois grades symboliques de la Franc-maçonnerie opérative, un ensemble
de "Hauts Grades", appelés écossais, bien que la
maçonnerie écossaise ne soit absolument pour rien dans leur invention.
Ainsi, vers les années 1750, les Loges Ecossaises fleurissent avec des titres éblouissants : Ecossais Fidèles de la Vielle Bru de Toulouse, Mère Loge Ecossaise de Marseille, Sublime Mère Loge
du Grand Globe Français, Cour des Souverains Grands Commandeurs du Temple de Carcassonne… Et les "Maîtres de Loges" s'empressent d'adhérer à cette nouvelle
aristocratie.
Roger Dachez : Les origines du
régime écossais
Entretien accordé au site www.baglis.tv,
On discutera longtemps du rôle de la
Franc-maçonnerie dans la préparation et la réalisation de la Révolution française. La Franc-maçonnerie est alors une association
puissante qui compte près de sept cents Ateliers. Elle est entrée dans les mœurs et fait partie intégrante de la société à tous les niveaux ou presque. Elle constitue, avec la religion
catholique, le seul trait d'union libre de toute entrave fiscale ou administrative, entre les provinces françaises.
Les idées s'échangent, se confortent. On émet des propositions hardies. On prône la Sagesse, la Morale, la Liberté, la Fraternité, l'Egalité, l'Emancipation. La Franc-maçonnerie peut être
fière, à bon droit, de son rôle important dans le drame qui se prépare.
Mais lorsque la tempête
explose, la Franc-maçonnerie se volatilise brusquement. La Grande Loge suspend
ses travaux en 1791. Le Grand Orient fait de même en 1792. "On n'avait pas voulu ça"… Les aristocrates filent directement à Coblence. Et les gros bourgeois libéraux soutiendront
Thermidor qui sauvera leurs biens. La bourgeoisie égalise contre la noblesse et le score est alors de un à un.
L'Empire
Napoléon, qui domestique les institutions avec le brio particulier des dictateurs, case
ses militaires athés dans la Franc-maçonnerie, ce qui a pour résultat imprévu de la rendre anticléricale. Et avec l'Empire apparaît, importé d'Amérique, le Rite Ecossais Ancien Accepté. Ainsi, aux trois grades opératifs du début des loges bleues s'ajouteront désormais et les "Hauts" Grades des Ateliers
Ecossais et tous les grades du Rite Ecossais Ancien Accepté.
De 1848 à la Commune
La Révolution de 1848, inspirée par la bourgeoisie libérale, est exécutée par le peuple, suivant l'usage. La franc-maçonnerie l'acclame. Trois membres du gouvernement provisoire,
revêtus de leurs insignes maçonniques, reçoivent officiellement une délégation du Grand Orient De France. Mais malgré le bulletin de vote accordé aux travailleurs, l'âge d'or est, en réalité,
pour le grand capitalisme en plein épanouissement.
Napoléon III veut une maçonnerie obéissante. Il nomme, comme Grand Maître, le Maréchal Magnan, qui décide la fusion des deux obédiences rivales, en y incluant le Rite dit de Misraïm,
avec ses quatre vingt dix neuf grades, record absolu.
Vient l'heure de la Commune, dont on accuse, bien sur, la Franc-maçonnerie d'être responsable. loges ont un rôle de conciliation. Elles multiplient les démarches auprès de Thiers. Mais la froide férocité du petit
homme effare les délégués et les maçons du camp Versaillais, impuissants devant la répression qui s'annonce. Car il y a des frères maçons des deux côtés des barricades.
Le Grand Orient De France modifie alors sa Constitution. La Grande Maîtrise est supprimée. Elle est remplacée par un Conseil de l'Ordre,
élu par les délégués des Ateliers regroupés par régions. Le Conseil élit ensuite son Président, ses Vice-Présidents et ses Officiers. Une procédure qui est encore actuellement en vigueur et qui
est une leçon de civisme républicain au moment même où l'Assemblée Nationale, à Versailles, prépare le retour à la Monarchie. Echec et Mat : Vive la République Sociale
…
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