Propos maçonniques
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2 - La guerre, enfin de
l'ordre !...
La Grande Révolution et Napoléon.
Au XVIIIème siècle, la bourgeoisie prend le pouvoir politique, qu'elle arrache des mains de l'aristocratie, avec le concours du peuple qu'elle arme pour l'occasion. Installée au pouvoir, la
bourgeoisie craint maintenant les revendications du peuple en arme. Elle n'a de cesse que de le "renvoyer dans ses foyers". "Le peuple est fait pour servir la révolution, mais quand elle est
faite il doit rentrer chez lui et laisser à ceux qui ont plus d'esprit que lui la peine de la diriger" (Brissot). Il s'ensuit un quart de siècle de guerres sur le champ de bataille européen,
guerres qui apparaissent provoquées délibérément pour résoudre ce problème de politique intérieure.
On voit d'abord le roi des français, Louis XVI, susciter une guerre de l'Europe monarchique contre la France, en escomptant que la défaite de la France lui offrira l'occasion de recouvrer son
pouvoir absolu. Il ne s'agit pas là de l'intérêt du pays. Il s'agit là de l'intérêt de sa caste et de sa personne. "Au lieu d'une guerre civile, ce sera une guerre politique ... L'état physique
et moral de la France fait qu'il lui est impossible de soutenir une demi campagne mais il faut que j'aie l'air de m'y livrer franchement... Il faut que ma conduite soit telle que, dans le
malheur, la nation ne voie de ressources qu'en se jetant dans mes bras" - (Louis XVI).
On voit en 1792 la bourgeoisie qui s'installe au pouvoir déclarer la guerre à l'Europe dans le but énoncé d'y exterminer les éléments les plus dérangeants du peuple français qui l'a mise au
pouvoir et qui maintenant se révèle dangereux pour elle. Une guerre étrangère pour rétablir la "tranquillité intérieure" !...
"La guerre est indispensable à l'état de nos finances et à la tranquillité intérieure" (Brissot ministre, décembre 1791) ou " Le sort des créanciers de l'Etat dépend de la guerre." (Narbonne,
ministre de la guerre en 1791). Une guerre étrangère pour éliminer le peuple en colère qui, trompé, leurré et manipulé par le bourgeois, menacerait de lui "couper la gorge" …"II faut faire
marcher les milliers d'hommes que nous avons sous les armes aussi loin que les porteront leurs jambes, ou bien ils reviendront nous couper la gorge." (Roland, ministre).
Commentaire : en avril 1792, la France révolutionnaire déclare la guerre à l'Europe monarchique qui craint la contagion révolutionnaire. Le Roi espère redevenir, grâce à une défaite de son pays,
le monarque absolu qu'il était. Les révolutionnaires espèrent, sous couvert d'une "Croisade de la Liberté" en Europe, purger la France des éléments du peuple armé les plus agressifs en les
expédiant sur le front.
La prétendue "Croisade de la Liberté" que la France mène en Europe n'est, de ce point de vue, qu'un leurre qui active les passions et mobilise les troupes napoléoniennes. Il faut de grands
desseins pour couvrir des tactiques politiques si égoïstes …
Quant à Napoléon, on sait que sa mission historique est d'avoir "donné à la bourgeoisie le temps et les moyens de s'établir au pouvoir" (Mandrou) en purgeant fermement et radicalement la société
française de ses éléments les plus dangereux pour le nouvel ordre social.
Le XIXème siècle
Le XIX siècle génère régulièrement les mêmes menaces pour la bourgeoisie qui gouverne maintenant. L'explosion démographique et l'industrialisation multiplient le prolétariat, contraint à une
misère sans précédent et font monter chez les classes possédantes la peur des "classes dangereuses". "Les barbares qui menacent la société ne sont pas - dit-elle - dans les steppes de Tartarie,
ils résident dans les banlieues de nos villes industrielles." (Journal des débats - Lyon).
Les purges sanglantes se multiplient à intervalles réguliers, de répressions en répressions : 1830 - 1832 - 1848 - 1871 … Mais elles ne produisent à chaque fois que quelques milliers de
morts. C'est nettement insuffisant pour assurer la tranquillité des possédants. On recourt donc systématiquement à la guerre pour purger le pays de ses trublions. "Parmi les moyens propres à
dissoudre l'accumulation des prolétaires, que des promesses exaltent et à qui le travail répugne, beaucoup de personnes mettent au premier rang l'avantage qu'on aurait à déverser dans une guerre
étrangère le trop plein de la population industrielle." (Le Correspondant - 17 mai 1848).
On part donc en guerre en Algérie (1830), en Crimée (1854), au Mexique. Et pour comble, dans la défaite de la guerre de 1870, face aux Allemands qui occupent en vainqueurs une bonne partie de la
France, on jette aux orties et l'honneur et le patriotisme. La bourgeoisie de Monsieur Thiers s'entend avec l'ennemi allemand pour pouvoir mater le peuple de Paris insurgé dans la Commune.
Celle-ci est exécutée militairement par les Versaillais en une "semaine sanglante" de mai 1871. La défense de la patrie, face à l'ennemi, passe au second plan, devant l'urgence de régler le
problème social et de politique intérieure qui menace la classe dirigeante.
Le XXème siècle
Le XX° siècle ne manque pas à l'appel. La "Grande Guerre" de 14 - 18, dans ses horreurs et abominations, universellement agonies par les bonnes âmes patentées, joue délibérément de cette fonction
de purge de société, pléthorique en hommes et en révolutionnaires dangereux, pour l'ordre social dominant. La Russie qui s'industrialise rapidement voit se former une classe de prolétaires qui
s'organisent, s'agitent et mettent en cause l'ordre social qui produit leur misère. Le Tsar est poursuivi à coups de revolver par les anarchistes. Devant le danger qui se précise, on cherche une
"petite guerre pour arrêter la marée révolutionnaire" en 1904 … On trouve la guerre avec le Japon. Comme dans cette autocratie tsariste l'opinion publique n'a aucun impact sur la vie politique,
on ne s'en soucie pas et l'on peut, sans ambages, énoncer le vrai propos de la guerre.
Rebelote en 1914, la Russie se lance dans la guerre européenne en espérant à nouveau y trouver le moyen de mater le mouvement révolutionnaire qui a repris de l'ampleur. "Si la guerre doit être
victorieuse, il nous sera facile de dompter le mouvement révolutionnaire." - (Stolypine, ministre de l'intérieur - 1914). Pour l'Autriche-Hongrie, l'évidence s'impose d'elle-même. Ce patchwork de
nationalités diverses, soumis tant bien que mal à l'autorité de l'Autriche et de la Hongrie, menace de se déchirer sous la pression des nationalismes serbes excités par le petit royaume
indépendant de Serbie. Cet empire, "l'homme malade de l'Europe", selon l'expression d'alors, est miné de l'intérieur et pense trouver la solution à son problème en 1914, en profitant de
l'attentat de Sarajevo pour mettre la main sur le royaume serbe. Par la guerre qu'elle déclenche, l'Autriche-Hongrie pense assurer sa survie en contrôlant tout le mouvement serbo-slave. Un
problème de politique intérieure délibérément résolu par une guerre extérieure.
Pour L'Allemagne, en 1914, il suffit d'évoquer l'angoisse de la classe dirigeante du pays, bourgeoisie industrielle et financière, alliée à l'aristocratie terrienne, administrative et militaire,
devant la montée en puissance de la classe ouvrière travaillée par les mouvements révolutionnaires. Les élections de 1912 donnent 110 députés aux socialistes qui deviennent le parti le plus
important du Reichstag, même s'il n'a pas la majorité absolue. La menace du "Grand soir " se précise et le discours de l'Internationale Socialiste angoisse les dirigeants qui cherchent la
solution : la guerre est bien venue. Les pangermanistes en cultivent l'idée de façon outrancière : " La guerre est le seul jugement équitable. Elle est la solution naturelle".
La France ne saurait être absente d'un si trouble débat, mais la preuve est plus difficile à administrer car plus rare. Cependant elle existe … En France, où le système politique fait appel à une
démocratie de type parlementaire conservateur, reposant sur un suffrage "dit" universel, quoique inégalitaire et restreint aux hommes, l'opinion publique intervient en partie dans la vie
politique à l'occasion des élections. La classe dirigeante ne peut pas être aussi explicite que celle de Russie, mais elle a peur de la montée des forces politiques populaires que
l'Internationale socialiste agite et qui gagne des parts de la représentation nationale à chaque élection, jusqu'à gagner celles de 1913. La bourgeoisie française qui voit dans ses prolétaires
des faubourgs urbains des barbares menaçants, pense qu'une guerre serait bien utile pour la sauver d'une révolution. "L'accord des révolutionnaires vient d'être scellé ... Acceptons le défi et
sachons y répondre. La révolution nous déclare la guerre. Seule la guerre nous en gardera. Il nous faut une guerre pour nous sauver d'une révolution" - (Un député en 1914. In Billiet, II leur
fallait une guerre).
Vue intelligente certes, puisque la guerre, sous prétexte de récupérer l'Alsace-Lorraine, permit au moins de réaliser l'Union sacrée avec les socialistes, face au danger dans lequel on avait jeté
la patrie, outre qu'elle provoqua une ponction de plus d'un million de morts … De surcroît avec la guerre et ses épreuves, l'Ordre revient, et même l'ordre moral chrétien, qui remet en pratique
les vraies valeurs inspiratrices de la tranquillité intérieure.
La Guerre, enfin de l'ordre ! ...
S'il subsistait un dernier doute, quant à l'utilisation de la guerre comme régulateur de l'ordre social établi, il suffirait d'en appeler à son Eminence le Cardinal Mercier,
archevêque de Malines qui, dans sa candeur insane, ne peut cacher son émerveillement devant l'efficacité du remède administré à une société qui devenait la proie de l'anarchie, de l'irrespect, de
l'athéisme ...
"Le vrai dieu était relégué dans l'oubli, méconnu, blasphémé parfois avec éclat par ceux-là mêmes que leur situation chargeait de donner à autrui l'exemple du
respect de l'ordre et de ses assises. L'anarchie pénétrait les couches inférieures …
Un coup de foudre ! l'Europe entière tremble sur un volcan (la guerre !) … Des hommes déshabitués depuis longtemps de la prière, se retournent vers Dieu ... Dans l'armée, dans le monde civil, en
public, dans le secret des consciences, on prie. Et la prière monte du fond de l'âme et se présente, devant la majesté souveraine, sous sa forme sublime de l'offrande de la vie.
C'est tout l'être qui s'immole à Dieu. C'est l'adoration … La guerre est pour les âmes un agent de purification, un facteur d'expiation, un levier qui les aide à gravir les hauteurs du
patriotisme et du désintéressement chrétien".
Son Eminence le Cardinal Mercier, archevêque de Malines,
in Lettre pastorale de Noël - 1914.
Maj 28 12 09 *