Dimanche 7 mars 2010
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Le Masque
Les revêtements du visage peuvent apparaître comme les premiers balbutiements d'un discours qui n'avoue pas encore sa réalité. Le masque
primitif semble moins être un objet posé dans le social que créé dans la psychose et les pulsions. La Couronne se situerait dans une autre problématique en contribuant à la manifestation du
moi et en substituant aux pulsions, la promotion du surmoi. Le Voile, enfin, interviendrait pour nier le moi, en le renvoyant à l'a-signifiance des individus, non concernés par le discours.
Avec sa bouche bée et ses yeux sans regard, le masque peut jouir, au cœur du système primitif, de significations différentes selon qu'il est le visage d'un esprit, d'un défunt, d'un animal, même
si ces significations cachent un sens unique plus profond. Plusieurs mythes sur l'origine des masques rattachent la naissance ou la décou-verte du masque à la consommation ou à l'interdit de
l'inceste. Cette fusion culturellement impossible d'un autre à l'autre est ainsi souvent présentée comme l'origine du masque.
A de rares exceptions près, le masque est fabriqué, porté et interprété par les hommes. Il s'oppose par là aux phénomènes de possession, qui seraient plutôt féminins. Selon de nombreux mythes,
les masques auraient été inventés par des femmes, à qui les hommes les auraient achetés, puis confisqués ou tout simplement interdits.
Le masque jaillit du vide qui sépare le sujet de l'objet. Mais il prend, en sortant de ce vide, deux visages différents tout aussi figés l'un que l'autre dans la mort. Le premier de ces visages
est d'ordre psychotique, comme s'il avait plongé dans le vide, à la recherche de l'autre, perdu et en revenait les yeux hagards et la bouche bée.
Le second visage du masque est celui du discours social qui ne plonge pas dans
le vide, mais qui a peur. Voici que le corps se sent mal dans sa peau et cherche à se couvrir de la peau des autres ...
Le
voile
Le voile intervient pour nier le moi et
le renvoyer à l'a-signifiance des individus non concernés par le discours. (Celui à qui son corps n'appartient pas est un esclave).
Le voilement des femmes, largement diffusé par l'Islam, est caractéristique du système primitif. La société occidentale n'a d'ailleurs abandonné que très récemment l'usage du voile de la mariée,
du voile de deuil, ou celui de la voilette souvent substituée au voile. Dans la liturgie chrétienne, les femmes doivent porter un voile, alors que les hommes doivent rester
découverts.
Il ne s'agit donc pas du voile traditionnel des épouses ou des veuves.
Car c'est bien la condition féminine elle-même qui est concernée. Et le voile de la religieuse, symbole de la mort au monde, se présente comme l'héritier du voile primitif, dont l'a-signifiance
cache tout le possible de l'autre. Ainsi, les communautés chrétiennes construisent-elles leur identité sur l'a-signifiance de la femme.
L'affirmation du discours masculin est ainsi obtenu par le renoncement de la femme à son propre discours. Et derrière le voile de l'a-signifiance, caution du silence féminin, le discours masculin
cache son reflet, en l'occurrence le corps de la femme, en se préservant ainsi d'une douloureuse remise en question.
Mais l'obsession du discours masculin doit être tenace, pour que, de nos jours, on impose encore le voile, miniaturisé en mouchoir, aux touristes féminines, qui moyennant cette soumission, ont
ainsi le droit de circuler dans les basiliques italiennes.
Avec la disparition progressive du voile, c'est sans doute la ritualité de l'a-signifiance qui meurt peu à peu. En fait, ce n'est pas la
femme qui se dévoile, c'est plutôt la société civilisée qui incorpore à son discours, les laissées pour compte du discours primitif.
Cette obsession n'a toutefois pas encore totalement disparu de certaines sensibilités ni de certains discours maçonniques. La non reconnaissance des femmes par les loges pratiquant le Rite
Ecossais Anciens et Accepté peut d'ailleurs apparaître d'autant plus déconcertante, que ces loges reçoivent dans leurs travaux, sans que cela semble leur poser problème, des frères affiliés à des
obédiences mixtes et donc initiés par des femmes !
Au Grand Orient De France, l'initiation des femmes et leur participation aux fonctions électives de l'obédience, dans une société plus juste et plus éclairée, dont la franc-maçonnerie revendique
la construction, se situerait désormais au niveau du simple bon sens.
Le miroir -
L'émergence du moi.
Le "stade du
miroir", décrit par Freud et repris par Lacan, définit l'expé-rience par laquelle se constitue un sujet. Il représente le moment de l'acquisition d'un processus d'identi-fication de son propre
corps. Mais cette expérience préfigure l'oppo-sition du sujet et du moi. Dans le "stade du miroir", le moi se constitue en assumant l'image de lui-même qu'il ne trouve plus dans
l'autre. Cette image lui est donnée par le miroir où il appréhende la forme de son corps dans un mirage, image fictive qui constituera, par la suite, le fond, la trame, sur laquelle
s'établira tout ce qui sera, pour le sujet, sa relation avec la réalité.
En appliquant la philosophie Hége-lienne à la psychanalyse, Lacan a démontré que pour se reconnaître, en tant qu'être humain, l'homme a besoin de se reconnaître dans un miroir. C'est ce qui
donne une valeur symbolique au "stade du miroir" dans l'évolution psychique de chacun. Car il nous oblige à prendre conscience de notre différence avec l'autre, de nos propres limites ainsi que
de la distinction entre ce qui est intérieur et extérieur, moi et autre.
Qu'il soit jubilation de l'appropriation de l'image de son corps devant le miroir, selon Lacan, ou bien épreuve douloureuse, pour Dolto, de la découverte de la différence qui existe entre l'image
que lui renvoie le miroir et ce qu'il est (ou voudrait être) réellement, le stade du miroir a bien une valeur décisive dans le développement de la
personnalité.
L'autre, miroir de soi.
L'accession à la conscience de soi est tributaire du contact avec un
autre être conscient de lui-même. Car la conscience de soi ne peut naître sans l'image qui est renvoyée par le regard de l'autre. Elle ne relève pas du domaine du réel, mais du domaine du
symbolique, car elle n'existe pas "en" et "par" soi, mais bien dans la relation à l'autre.
Le regard va constituer un concept fondamental puisque c'est lui qui va permettre l'identification au semblable. L'image de mon corps passe par celle, que j'imagine dans le regard de l'autre, ce
qui fait que ce regard touche à ce que j'ai de plus cher en moi, donc de plus narcissique. Ainsi, j'ai besoin de l'autre pour me reconnaître, car ce que l'autre veut voir en moi, dépend de ce
qu'il accepte ou refuse d'y voir un autre lui-même.
La loge maçonnique est un miroir dans lequel chacun est "reconnu comme tel". Mais paradoxalement, ce miroir montre à chacun ce qu'il est, ce qu'il ne veut pas être, ou même ce qu'il
voudrait ne pas être.
Dans le cabinet de réflexion, éclairé par une simple bougie, le candidat se trouve face à un miroir (et un crâne - autre miroir) porteurs de l'injonction : "regarde-toi tel que tu es" (et tel que
tu seras). Et le second miroir, qui lui est présenté à la fin de la cérémonie de réception, dans la loge illuminée, lui renvoie successivement sa propre image, "émergence du moi", puis le regard
de son parrain, "reconnaissance par l'autre", renouvelant ainsi, dans le processus de l'initiation maçonnique, l'expérience fondamentale du "stade du miroir".
MAJ 24 04 2010 GA
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