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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 22:05

PINOCCHIO, mon frère,

Un livre pour enfants ou un conte initiatique ?

   

Références et symbolisme maçonniques dans "les aventures de Pinocchio"

Avec l'autorisation du Blog  La Imprenta de Benjamin - (Blogspot.com)

Titre : PINOCHO, HERMANO MÍO  

Auteur : H.: Giovanni Malevolti

Título original: Pinocchio, mio fratello.

http://www.freemasons-freemasonry.com/pinocchio.html

 

  Pour lire le livre, cliquersur la couverture

PinnochioJ'ai passé les onze premières années de ma vie à Pescia, un village près de la ville de Collodi. C'est pourquoi je peux vous dire que j'ai vécu, au sens littéral du terme, dans "l'atmosphère de Pinocchio". Collodi a été non seulement pour moi le lieu de fréquentes promenades à pied, en montant tout droit au sommet des collines pour en redescendre l'autre versant moins d'une heure après, mais les "aventures de Pinocchio" étaient au programme des classes primaires, avant l'arrivée des soi-disant poètes ou des chinois anonymes qui ont investi les livres de lecture et ceux des bibliothèques pour enfants … Dans mon quotidien d'enfant, Pinocchio est devenu un personnage omniprésent, non seulement à l'école, mais également à la maison, lorsque mes parents me disaient : "Travaille, sinon tes oreilles vont grandir et devenir poilues" … Ou lorsque ma mère m'avertissait : "Prends tes médicaments, sinon les lapins noirs vont t'emporter" ou encore, les sombres et froides soirées d'hiver : "méfie-toi du feu pour ne pas te brûler les pieds, comme Pinocchio qui les avait en bois" ...

 

Puis les années passèrent. Je quittai Pescia pour aller vivre à Livourne. Les thermosiphons remplacèrent les bassinoires, apparurent les médicaments au goût de prune ou de cerise, et si je ne travaillais pas à l'école, ce n'étaient pas mes oreilles qui s'allongeaient, mais le nombre de mes mauvaises notes qui augmentait dans mon cahier d'écolier. Pinocchio, mon vieux complice de vadrouille, ne m'avait toutefois pas totalement quitté, lors de nos batailles de pierres au bord de la rivière ou quand nous allions voler des raisins dans les vignes, ou encore lorsque nous restions pensifs et désargentés devant un carrousel, en rêvant du Pays des Jouets et d'arbres couverts de pièces d'or. Mais j'étais bien trop imprégné du personnage de Pinocchio pour pouvoir l'oublier. Puis les aléas de la vie nous séparèrent pendant des dizaines d'années, jusqu'à ce que, très récemment, parcourant par hasard le livre de Giuseppe Prezzolini, je lus : "Pinocchio est le plus grand chef d'œuvre de la littérature italienne".

 

 

Pinocchio00Me souvenant alors de mon amie la Marionnette je fus pris de l'envie de relire ses aventures. Je suis alors allé dans une librairie et j'y ai acheté une édition ordinaire qui était très proche du vieux livre de mon enfance. Et j'ai commencé ma lecture, presque honteux, en me cachant et à l'insu de mes enfants, avec une crainte toute personnelle, de ne pas réussir à terminer la lecture d'un livre aussi léger, futile et désuet. Mais je m'étais trompé, car les pages défilaient très rapidement, et je m'arrêtais souvent pour réfléchir et reprendre attentivement la lecture, afin de méditer sur le sens cette histoire, comme si je lui trouvais un sens nouveau que je n'avais pas réussi à comprendre cinquante ans plus tôt. Et lorsque, arrivé à la fin de l'histoire, j'ai finalement fermé le livre, j'ai pensé intimement : "Pinocchio, tu es mon frère".

 

A mon avis, il y a deux manières de lire "Les aventures de Pinocchio". La première, que l'on peut appeler "profane", est celle où le lecteur, souvent un enfant, prend conscience de ce que j'appellerai "les mésaventures", plutôt que "l'aventure" de la pauvre Marionnette en bois. La seconde est une lecture d'un point de vue maçonnique où une forte connotation symbolique complète, sans s'y substituer, le seul récit de la série d'aventures. L'appartenance à la franc-maçonnerie de Carlo Collodi (Carlo Lorenzini) ne fait aucun doute et même si elle n'apparaît dans aucun document officiel, les références y sont nombreuses. Aldo Mola, qui n'est pas maçon, mais unanimement considéré comme l'historien officiel de la franc-maçonnerie, exprime sa conviction de l'appartenance de l'écrivain à la fraternité maçonnique. Et plusieurs notes biographiques semblent bien confirmer cette thèse : la création en 1848 d'un périodique intitulé "Il Lampione" (La lanterne) qui, comme le disait Lorenzini, devait "illuminer tous ceux qui tâtonnaient dans les ténèbres" ; la participation aux deux premières guerres d'Indépendance, aux côtés des volontaires Toscans (en 1848) et, en qualité d"engagé volontaire, dans l'armée du Piémont (en 1859) ; enfin, son extrême proximité idéologique avec Mazzini qui le poussait à se définir comme un "disciple passionné de Mazzini".

 

PenduMais alors, quel était le plan primitif de Collodi ? Composer une histoire pour les enfants ou un conte maçonnique ? Il est difficile de répondre à cette question, parce que même si nous pensons que la première rédaction du livre "Histoire d'une Marionnette" qui, rapprochée des trente six chapitres de l'œuvre définitive, se terminait au chapitre XV, par la mort de Pinocchio, pendu au Grand Chêne, ne permet pas parler d'un conte pour enfants, dans la mesure ou elle n'est ni amusante ni didactique du fait de son extrême cruauté, on ne peut y trouver aucun élément de l'ésotérisme maçonnique, parce que les fondements de cette idéologie y sont absentes. La réponse à cette question se trouve peut-être dans les vingt centimes par ligne que l'éditeur consentait à l'écrivain. Mais en 1881, Collodi reprend son texte original, lui apporte des modifications, lui ajoute des chapitres et produit finalement l'œuvre que tout le monde connaît aujourd'hui. L'auteur y a modifié son projet : d'un récit stérile, sombre et sans espoir est issue en quelques années une histoires devenue l'une des plus célèbres du monde.

 

Nous posons alors une nouvelle fois la question : Collodi a-t-il écrit une histoire pour les enfants ou un conte maçonnique ? Je considère la première hypothèse comme vraisemblable et assez évidente. Mais il est toutefois également certain que l'auteur a voulu tracer une image critique de la société de son époque. Enfin, il est naturel qu'il ait inclus dans la narration de son histoire des éléments symboliques et ésotériques de la culture de l'institution dont il était membre, en réussissant ainsi à mêler les deux éléments si intimement que ces derniers ne peuvent être évidents que pour les lecteurs qui, comme l'auteur, ont été formés pour concevoir et interpréter les choses en les considérant d'un point de vue particulier.

   

ef157c4acePendant des années, de nombreux critiques ont donné à ce récit une interprétation religieuse teintée de catholicisme. La dernière de ces interprétations a été proposée par le cardinal Giacomo Biffi. Je ne partage pas cette opinion, à moins de considérer, comme des concepts religieux, des valeurs telles que la bonté, la générosité, le pardon, la famille, qui sont les fondements mêmes de toute morale laïque. On ne trouve, dans cette histoire, aucun personnage lié au monde de la religion. Pourtant,  nous connaissons tous l'importance non seulement spirituelle mais aussi politique de l'Eglise au XIXème siècle et combien elle tentait à l'époque d'influencer la culture et l'éducation. Il aurait donc semblé normal, dans une histoire qui met en scène une Marionnette-enfant qui habite dans un petit village de campagne, qu'il y ait un prêtre ou même de simples références à la religion officielle. On ne trouve, au contraire, dans le récit aucune allusion au clergé, à l'église, aux images saintes, aux fêtes ou aux cérémonies religieuses. Et je dirai même que cela a été expressément voulu parce que Lorenzini avait une réelle connaissance du culte et de l'idéologie religieuse, ayant fait plusieurs années d'études chez les Scolopes. En examinant soigneusement l'architecture du livre,  il apparaît que les fondements de l'histoire reposent sur trois valeurs : La Liberté, parce que Pinocchio est un être libre qui aime la liberté ; l'Egalité, parce que la seule aspiration de Pinocchio est d'être l'égal des autres et parce que nul n'est supérieur aux autres, ni plus important ; la Fraternité enfin, parce qu'elle est le moteur de l'action des personnages, dans les diverses  situations du récit.

 

Saul - La Plata,18 septembre 2010           

  Traduction par Eusthènes                   

 

       

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Published by Saul - dans Symbolisme
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