Présentation

  • : Propos maçonniques
  • : 25/02/2008
  • : Puissent ces quelques propos té-moigner de la permanence de la recherche d'une vérité fuyante et incertaine, accaparée par ceux qui, prétendant la détenir, voudraient l'imposer, même par la tyrannie. Ce blog n'engage que ses auteurs. Il est dédié à tous les frères et soeurs, orphelins d'un projet maçonnique exigeant et cohérent, pour des lendemains à repenser, à rebâtir, à rêver.
  • Contact

Images du blog

  • Les trois Lumieres

Liste d'articles

  • Le moment fraternité
      Liberté, égalité, fraternité : "Les trois marches du perron suprême" disait Victor Hugo. Peut-on encore accéder à la marche d'en haut sans retomber dans la terreur ou bien...
  • Lettre pastorale ...
    "La guerre est pour les âmes un agent de purification, un facteur d'expiation, un levier qui les aide à gravir les hauteurs du patriotisme et du désintéressement chrétien". Son Eminence le...
  • Spiritualité maçonnique *
    1 - Des sensibilités très éloignées ...  Spiritualité et matérialité -  Les formules mathématiques sont "univoques". C'est à dire qu'elles n'ont qu'une seule...
  • Cathédrale - **
    Une invitation au voyage -   Au XIIIème siècle, dit Louis Gillet, la cathédrale toute entière devient un immense bas-relief, une prodigieuse cristallisation d'idées, une...
  • Le colloque singulier
    En mémoire de mon frère Jean, médecin - Les médecins, comme tout un chacun et comme les francs-maçons eux-mêmes, sont grands pourvoyeurs de colloques. Ils colloquent sur tout, sur rien et...
  • Fantasmes, symboles et illusion maçonniques
    Fondé le 1er janvier 1983 par des Frères et Sœurs de diverses obédiences, sans aucune exclusive, la revue Le maillon de la chaîne maçonnique remplit, depuis, son but premier d’apporter aux...
  • "Hauts grades" ...
    (Il est inutile de présenter) une liste complète des Grades prétendus maçonniques ou plutôt des aberrations de toute nature, pratiquées, pendant un siècle et demi, par des hommes dits...
  • Le mythe de l'éternel retour *
    1 - Aspects du mythe Aujourd'hui, tout le monde, ou peu s'en faut, s'intéresse aux mythes. Pourtant la notion de mythe est loin d'être élucidée de même que la question sur le sens et...
  • Le cabinet de réflexion
    Ecouter l'article                      Toute initiation maçonnique commence dans...
  • Esotérisme vs exotérisme
    Voici un article de mon ami Candide ... "J’hésite à employer le terme "ésotérique", il est tellement galvaudé ! On en trouve partout, la moindre boîte d’allumettes est prétexte à...
Liste complète

OverBlog

Symbolisme

Lundi 6 juillet 2009 1 06 /07 /2009 09:19

Chaque mois de juillet, le "Tour de France" ressuscite la grande fête du vélo. Il peut être vu comme un carnaval moderne, qui laisse une place à l’expression mouvante et rituelle des rêves populaires.

Durant cette épreuve, une nouvelle classe d’âge succède à la précédente. Le temps détrône l’ancien monde et couronne le nouveau. Naissance et mort ne sont pas coupées l’une de l’autre et les deux pôles du devenir sont englobés dans leur unité contradictoire.

La course est un temps joyeux, qui interdit à l’ancien temps de se perpétuer et qui engendre le temps nouveau. Les champions qui dominent la course cherchent à acquérir une "maîtrise" de la vie, une forme de perfection humaine où l’imitation des aînés joue un grand rôle.

Cette recherche de la perfection pourrait se définir par trois maximes :

"l’apprentissage, long et difficile, doit être méthodique",
"les chefs-d’œuvre sont marqués par le temps",
"la mort vient toujours à son heure" …

Mais, dans le "Tour de France", on parle de la mort en faisant la fête et en acclamant les nouveaux champions qui viennent pour perpétuer la tradition. Le maillot jaune est un symbole qui fait entrer son détenteur dans la catégorie des hommes dieux qui meurent. Comme dans le cycle du "Rameau d’Or" décrit par James Frazer, "il faut tuer l’homme dieu, dès qu’apparaissent les signes de son déclin et transmettre son âme à un successeur vigoureux".

Ainsi, de maillot jaune en maillot jaune, la course cycliste du "Tour de France" forme une longue chaîne de "meurtres rituels". Héros solaire, le vainqueur conquiert la "Toison d’Or" après une longue lutte et par un acte de rupture : "la mise à mort rituelle et symbolique de son prédécesseur", exécutée au nom de la pérennité des valeurs. Cette mise à mort est réalisée dans un moment d’une "grande sacralité" et le nouvel élu symbolise l’éternelle jeunesse du "monde nouveau"

Ce n'est pas l'usage de parler d'actualité dans ce blog ... Mais observer que l'on peut trouver dans le "Tour de France" certaines analogies avec avec le mythe fondateur de la franc-maçonnerie, c'est souligner que la démarche maçonnique consiste moins à s'envoler ou à se réfugier dans les "nuages théologiques" des rituels et des symboles que de considérer le symbolisme comme une certaine manière de "voir" et de "savoir" qui, en renouvelant le regard intérieur, transfigure la vision de l'homme.

C'est également affirmer que la démarche maçonnique doit intégrer dans sa réflexion les traditions populaires, mythologiques et religieuses, afin d’y rechercher ce qui peut  révéler le sens de la destinée de l’homme et la signification de l’aventure humaine.


Maj 12 12 09 *
Par Eusthenes - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
Ecrire un commentaire - Publié dans : Symbolisme
Lundi 15 juin 2009 1 15 /06 /2009 04:51

Voici un article de mon ami Candide ...

"J’hésite à employer le terme "ésotérique", il est tellement galvaudé ! On en trouve partout, la moindre boîte d’allumettes est prétexte à mettre ses proportions en correspondance avec celles de la Grande Pyramide. Il est devenu, par la force des choses, l’apanage de petits groupes mystérieux qui vous initient, paraît-il, aux arcanes de mystères connus d’eux-seuls et qui sont, bien entendu, hautement ésotériques.


Il faut cependant l’aborder sans préjugés" ...
 
A  lire ... Ainsi que bien d'autres sur le blog de Candide ... 

Illustration :
Dame Alchimie

Les neuf degrés de la sagesse
          Les deux voies de la connaissance
                    Exotérisme : livre ouvert
                    Esotérisme : livre fermé
          Cathédrale Notre Dame de Paris
          Façade Ouest - Trumeau du Portail Central


Maj 12 12 09 *
Par Eusthenes - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
Ecrire un commentaire - Publié dans : Symbolisme
Mardi 28 avril 2009 2 28 /04 /2009 10:18
1 - Des sensibilités très éloignées ... 

Spiritualité et matérialité - 

Les formules mathématiques sont "univoques". C'est à dire qu'elles n'ont qu'une seule signification. Celles du langage ou de la philosophie sont "équivoques" et peuvent en avoir plusieurs. Leur caractère "équivoque" est inhérent à la complexité de la vie. Complexité qu'il est impossible de réduire sans tuer l'essentiel, la substance inséparable de la matière et de l'esprit. "La substance infinie est indivisible", dit Spinoza. Il signifie par là ce qui est "en soi" et "cause de soi" : Dieu, si l'on y croit, ou la Nature, ou comme l'on voudra ... 

"Spiritualité" et "matérialité" s'opposent donc, mais la spiritualité ne peut être confondue ni avec le spiritualisme, ni a fortiori avec le spiritisme. L'adjectif spirituel s’applique lui aux champs de l’esprit : le champ religieux, constitué par un ensemble de croyances métaphysiques réunies au sein d’une foi personnelle, le champ moral, qui est une aspiration à être et à agir selon des valeurs qui dépassent les contraintes matérielles et relèvent d’un domaine que l’on définira comme "sacré", le champ social qui est principalement une qualité d'à propos (ou d'ironie) qui fait dire de quelqu'un qu’il est spirituel.

Toutes ces définitions ne sont pas étrangères à la démarche maçonnique, à condition toutefois de les recadrer dans le référentiel de la franc-maçonnerie. Le Grand Orient de France écarte toute spiritualité religieuse dogmatique comme contraire à la Constitution de l’Ordre. Le principe de la liberté absolue de conscience de la franc-maçonnerie libérale, qui n'interdit à personne de croire, interdit toutefois de faire de la croyance une obligation formelle. Cette position peut même se comprendre d’un point de vue purement théologique (de Boèce à Thomas d’Aquin) : "locus ab auctoritate est infirmissus" (l’argument d’autorité n'est pas recevable). Ainsi, toute véritable spiritualité commence avec la liberté de l’esprit capable de se construire par la raison et l'amour.

L'à propos, n’est pas absent en maçonnerie mais, l'humour, qui est une mise en cause de soi et respect de l’autre, y remplace l'ironie blessante et rejoint ainsi l'aspiration à être et à s’exprimer de façon morale dans le champ social.

Chacun sait bien ce qu'est une aspiration morale, sans toujours avoir des repères très précis sur les définitions du bien commun, de ses fondements, ses limites, ses exigences. Un accord sur ces repères permettrait de résoudre bien des questions sans réponses. Alors intervient l’exigence proprement spirituelle qui consiste simplement à vouloir poursuivre un travail dont on sait qu'il est une quête de l'inaccessible, sur laquelle les maçons s'interrogent et restent encore parfois divisés. Mais pourrait-il en être autrement ?

Si l’on dit par exemple, à propos de l'initiation maçonnique, qu'il existe une spiritualité traditionnelle qu'il convient d'étudier et de proposer, certains francs-maçons opposent que cela revient à se référer à un mythe passéiste et à un mysticisme ambigu. Pourtant les symboles maçonniques et les rituels sont là, non par hasard, mais bien pour inspirer une prise de conscience. Et l'inspiration des rituels (en dépit des différences formelles qui peuvent parfois exister entre eux) témoigne d'une ambition assez claire qui est celle de l'acquisition d’une sagesse, et d’une maîtrise de soi, même si ce fait reste contesté au sein même de la franc-maçonnerie.

Deux formes de pensée

Car la Franc-Maçonnerie, à travers ses diverses obédiences et les différents rites pratiqués par les Loges reflète des conceptions fort diverses et témoigne souvent de sensibilités très éloignées : approche religieuse de la destinée de l’homme et du sens de l’existence pour certains, morale laïque, non dogmatique pour d’autres.

Les travaux présentés en loge relèvent donc de deux formes de pensée. La première concerne les planches consacrées à l'étude des symboles. Celles-ci sont confiées en priorité aux apprentis et aux compagnons, afin de leur permettre une première approche de la spiritualité maçonnique. Elles sont généralement l'expression d'une réflexion personnelle et non, comme cela peut arriver parfois, une compilation de "copiés collés" provenant d'ouvrages "d'un ésotérisme daté" ou d'articles trouvés de façon récurrente à l'aide d'un moteur de recherche célèbre sur l'Internet. On ne récrira pas les causeries initiatiques de Plantagenet qui sont "de leur temps".

Mais des francs-maçons de tous grades s'expriment souvent sur les sujets symboliques, rendant ainsi possible la perception du "secret maçonnique". Car celui qui cherche à s’exprimer du fond de lui-même reçoit alors, dans la loge maçonnique, une écoute privilégiée qui permet des états de conscience incommunicables à l’extérieur. C'est pourquoi la publication de ces travaux ne peut être qu'un simple témoignage pour ceux qui sont eux-mêmes en recherche initiatique.

Pour celui qui entreprend cette démarche, il ne manque pas de textes remarquables dans de nombreux ouvrages dédiés à toutes les formes de recherche spirituelle : religieuse, philosophique, morale et même esthétique. Ces ouvrages, les francs-maçons les consultent pour progresser dans leur labyrinthe intérieur. Ils suivent en ce sens les maximes de l’introspection : la socratique inscrite au fronton du Temple de Delphes "connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux", ou l’alchimique symbolisée par les formules "V.I.T.R.I.O.L." que l'on trouve en entrant dans le cabinet de réflexion ou "I.N.R.I.", le second tétragramme initiatique que l'on découvrira plus tard; sous l'égide de la Rose.

Les rituels et outils symboliques proposés par la franc-maçonnerie deviennent alors des catalyseurs pour une recherche intérieure. Et une perception indicible du "tout autre", initie un nouveau commencement, ouvre un nouveau chemin, dont on prend de plus en plus clairement conscience et qui affecte ce qu'il y a de plus profond en chacun de nous : la connaissance de soi-même, celle des autres, celle du monde, et celle du sens possible de l’existence.

Les frères "pragmatiques" trouvent cette démarche un peu trop abstraite. Francs-maçons vigilants sur le respect des principes de liberté, d'égalité et de fraternité et de laïcité, ils n'ont guère de goût pour les rituels ou les symboles, qu'ils considèrent généralement comme un héritage désuet, encombrant, emphatique, parfois sectaire, surtout lorsqu’ils affichent trop clairement leurs références à telle ou telle tradition. Notamment celles du judaïsme et du christianisme, omniprésents dans nos symboles et nos rituels.

Mais leur tolérance leur permet de s'en accommoder par révérence à l'Histoire. La Loge leur permet alors de se retrouver, d'une façon discrète et fraternelle, entre "frères" qui se sont choisis, et qui peuvent alors échanger sur des sujets qu'ils considèrent plus urgents. Ces frères s'expriment sur un autre registre relatif à l'amélioration de la société, les découvertes scientifiques, les nouvelles technologies, la mondialisation et les mutations sociales qu'elle entraîne, sujets qui n'ont pas un spécifiquement un caractère symbolique.

Ces frères se réfèrent "à la lettre" de la Constitution du Grand Orient De France qui spécifie que "les conceptions métaphysiques relèvent du domaine exclusif de l'appréciation individuelle de ses membres". Ils en déduisent la vacuité de toute méditation sur les symboles, manifestement destinés, selon eux, à l'expression de conceptions métaphysiques de chacun.

Maj 12 12 09 *
Par Pierrick - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
Ecrire un commentaire - Publié dans : Symbolisme
Mardi 28 avril 2009 2 28 /04 /2009 10:06
2 – Une rencontre selon un désir réciproque - 

Symboles
 
Le premier des symboles maçonnique est le "Grand Architecte de l’Univers". C'est au Grand Orient De France que revient l'honneur d'avoir voté la suppression de la référen-ce obligatoire au Grand Architecte de l'Univers. La Franc-maçonnerie n'admet aucune limite à la recherche de la Vérité. Or imposer le déisme, c'est déjà mettre une limite à la recherche de cette Vérité.
 
L'obligation de la référence au Grand Architecte de l'Univers dans les travaux maçonniques a donc été supprimée au Convent de 1877. Depuis lors, le Grand Orient De France est excommunié par la Grande Loge d'Angleterre. Le Suprême Conseil (de la Grande Loge Nationale Française) est depuis lors le seul invité français à ses congrès internationaux, ce qui n'est plus aujourd'hui d'une grande importance. Mais cet acte libératoire du Grand Orient De France marque l'originalité de son action en le plaçant à la pointe du combat de la Franc-maçonnerie française en faveur de la liberté de penser.
 
Un autre symbole maçonnique important est le "Volume de la Loi Sacrée". L'un des critères majeurs de la régularité maçonnique est de travailler sous l'égide des trois grandes lumières de la franc-maçonnerie : équerre, compas et Volume de la Loi Sacrée.
 
A l'origine de la franc-maçonnerie - dans les Loges de Saint Jean - cette loi était symbolisée par le prologue de l'évangile de Jean enluminé sur un parchemin. Puis, il fut remplacé par la "règle aux vingt quatre divisions". Enfin, après l'invention de l'imprimerie, par la Bible, ouverte à la page du prologue de l'évangile de Jean ou au Premier chapitre du Livre des Rois, qui raconte la construction du Temple de Jérusalem par le roi Salomon. C'est sur les trois grandes lumières que le franc-maçon prête solennellement son "obligation", lors de son admission dans la franc-maçonnerie.
 
Le choix de la Bible présentait plusieurs avantages. A l'origine, il ancrait les références de la franc-maçonnerie dans une Tradition immémoriale, permettait de ne pas effaroucher les candidats, et pouvait accessoirement protéger les francs-maçons contre les persécutions.
 
Certains Rites ont conservé cette tradition. Le Grand Orient De France remplace la Bible par le livre de sa Constitution. Certaines loges ont adopté d'autres livres dont l'autorité morale ne peut être contestée (un impétrant de confession musulmane a prêté, dans une obédience chrétienne, son serment sur le Coran - posé sur la Bible, bien sûr …). Quelques loges font même le choix d’un livre dont les pages sont totalement blanches. Mais cette conception de la liberté absolue de conscience peut laisser pour certains, un champ quelque peu appauvri d'une méditation sur le vide en l’absence de toute référence.
 
Une rencontre selon un désir réciproque
 
Le débat sur la spiritualité maçonnique est en fait celui de l’initiation. La maçonnerie peut-elle prétendre avec des épreuves purement symboliques apporter au candidat une réelle initiation personnelle, au sens où peuvent le laisser entrevoir certaines traditions initiatiques africaines qui font réellement franchir aux adolescents, de façon très physique, angoissante et douloureuse, un cap existentiel ? Et les épreuves proposées au candidat franc-maçon sont-elles même réellement nécessaires à son "initiation maçonnique" ?
 
Le rituel de réception au premier degré du Grand Orient De France de 1887 comporte ce propos que le Vénérable adressait au nouveau frère à l'issue de la cérémonie de sa réception :
 
"Frère nouvellement initié, les formes que nous venons d'employer pour votre initiation diffèrent notablement de celles dont nous usions jadis et que vous pourrez encore voir employer dans certaines loges de France ou des pays étrangers. L'initiation se faisait fort simplement dans les loges françaises au dix-huitième siècle. On l'a beaucoup compliquée, au commencement du dix-neuvième, en y mêlant des particularités que l'on croyait empruntées aux initiations de l'ancienne Egypte …
 
On cherchait à éprouver le courage du récipiendaire par des moyens terrifiants … On lui demandait de se soumettre à l'application d'un fer rouge. On réclamait de lui une obligation écrite et signée de son sang. Parfois, on le soumettait à des épreuves plus pénibles encore et plus effrayantes …
 
Vous ne devrez donc pas vous étonner, s'il vous arrive de vous trouver en présence de quelque pratique de ce genre. Vous n'en serez pas troublé, non plus, sachant que le progrès est lent et que l'évolution humaine est complexe".
 
Cent vingt ans plus tard, on peut constater combien ce propos reste d'une étonnante actualité …
 
En réalité, ce n'est pas le fait d’avoir surmonté les "épreuves" de la cérémonie de réception qui fait qu'un profane devient franc-maçon, mais bien la rencontre préalable entre une volonté personnelle d'entreprendre une démarche initiatique et le vote favorable d'une loge en faveur du candidat. A travers une cooptation se manifeste ainsi l’acte fondateur de toute démarche spirituelle : une rencontre selon un désir réciproque.
 
Les rites maçonniques ne sont pas destinés à être des "rites de passage". L’initiation maçonnique propose d’inclure celui le désire réellement, par le silence intérieur et l’écoute des autres, dans une sorte de colloque conduit de façon rituelle, continue et discrète. Une fraternité aussi forte que possible permet d’y développer et d'y construire des échanges entre des personnes qui, sans elle, ne se seraient jamais rencontrées et n'auraient pu ainsi appréhender leurs propres préjugés. Ces "rencontres maçonniques" s’inscrivent dans la longue tradition des entreprises initiatiques collectives. Devenir par soi-même source de réflexion.
 
On trouve une admirable illustration symbolique de cette tradition dans le Mantic Uttaïr "Le Colloque des oiseaux", écrit par le persan Attar. On peut y observer que les trente oiseaux qui, selon Attar, débattent ensemble puis partent, à la recherche du fabuleux Simorg, constituent l’effectif idéal d’une loge. La recherche est à la fois collective et individuelle. Et toute réunion pour un véritable échange de parole est véritablement fondatrice d’une démarche spirituelle personnelle. Le travail en loge se justifie à la fois du point de vue pragmatique quant aux sujets de réflexion traités, mais également du point de vue initiatique, pour que chacun ou chacune puisse se découvrir "inscrit dans une chaîne d'union".
 
Dans cette chaîne, la parole qui circule librement, est comprise selon les multiples résonances qu’elle provoque nécessairement pour les participants et en soi-même. Résonances qui peuvent être aussi bien harmoniques que dissonantes et qui s’achèvent rarement dans un parfait silence. Elles génèrent des ondes qui vont se réfléchir, revenir, poser question, même sur les sujets les plus pragmatiques, les moins métaphysiques.

Prendre conscience de cette réalité permet alors aux frères de toutes les sensibilités de s'exprimer initiatiquement en loge. L’important est qu’ils parlent de ce qu’ils ont "dans le cœur". Ainsi, pourront-ils se "donner lieu" de devenir, par eux-mêmes, source de réflexion.
 
Un enjeu initiatique personnel
 
On peut alors dégager deux niveaux de "synthèses" des travaux en loge. Le premier niveau, notamment sur les "questions renvoyées à l’étude des loges", tend à des compromis laborieux entre des sensibilités souvent très diverses ou des tendances que séparent parfois à peine "quelques nuances de formulations". Il en résulte souvent des productions intellectuelles qui n'ont rien de transcendant et dont l'indifférence générale les condamne rapidement à un oubli définitif. Les "Cahiers de la Liberté" rédigés à l'occasion de la commémoration du Bicentenaire de la Révolution de 1789 en sont un exemple convainquant.
 
Le travail en loge sert davantage à accomplir le second niveau de synthèse, celui qui s’effectue en chaque maçon et ne peut se communiquer qu’au delà des mots. C’est en cela que s’effectue la transmission du "secret maçonnique", dans un rassemblement entre des personnes "libres et de bonnes mœurs" où chacun a conscience d’un devoir personnel, dans l’exercice de l’échange de la parole et de la recherche du premier niveau de synthèse, celui des mots.
 
L’enjeu du second niveau de synthèse, initiatique et purement personnel, est l’unité instantanée avec soi-même en même temps qu'il permet d'exprimer l’échange et l’égalité avec l’autre. Acceptation de sa différence avec l’autre sans peur d’être soi-même différent ou menacé. Unité et réalité d'une double réconciliation, extérieure et intérieure. Double, et obligatoirement provisoire, comme tout geste de la vie et toute rencontre.
 
C'est en cela que la franc-maçonnerie libérale peut proposer une véritable spiritualité à partir de ses réflexions sur les questions sociales et morales. Spiritualité qui va se montrer selon une conception étendue du devoir qui s'impose à chacun, du seul fait d’être capable de parole et d’échange. Spiritualité dont on peut dire qu'elle est à l’égal de celle des religions, qu’elle est "religieuse" non pas au sens "clérical" du terme, mais au sens "étymologique". Par le lien qu’elle crée tant avec l’autre qu’avec soi-même, lien et dialogue impliquant un travail persévérant, passant par le doute et le détachement de toute certitude trop bien "ancrée". Travail à la mesure de ce principe selon lequel nul n'est initié que par lui-même.
 
A condition d'apprendre à écouter les autres et surtout à les aimer "comme ils sont", selon la formule de Jonathan Livingston à Fletcher le Goéland : "Ne les juge pas trop sévèrement. En te rejetant, les autres goélands n’ont fait de tort qu’à eux-mêmes et un jour ils le comprendront … Pardonne-leur et aide-les à y parvenir" -  Richard Bach – Jonathan Livingston le goéland.

Maj 12 12 09 *
Par Pierrick - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
Ecrire un commentaire - Publié dans : Symbolisme
Mercredi 5 novembre 2008 3 05 /11 /2008 16:18

On ne dit rien d'essentiel sur la cathédrale, si on ne parle que des pierres ...

Un livre de pierre et de lumière -


L'ère romane se termine. On croit encore à la fin du monde. Mais la grande peur de l'An mille passée, le siècle de saint Louis s'ouvre plein de promesses. Entre 1170 et 1270 on édifie en France environ cinq cents grandes églises gothiques et l'art du vitrail, auquel ce style d'architecture offre, dès 1140, un inégalable champ d'expression, atteint son apogée un demi-siècle plus tard. A cette époque les livres sont rares. Ce sont des manuscrits que seuls possèdent les rois, les chapitres, les couvents. Les livres d'heures sont la propriété des riches. Aussi, le nombre des illettrés est-il considérable. L'enseignement populaire est purement oral et le Peuple ne dispose que de ce livre, pour lui sculpté dans la pierre. Ces chaos de sculptures et de vitraux qui peuvent sembler de prime abord issus d'imaginations aussi débridées qu'inco-hérentes ne sont toutefois pas le fruit du hasard. Ils attestent au contraire d'une création de génie par un esprit raisonné procédant avec toute la logique et la méthode du Moyen Age et de la réalisation, suivant un programme univer-sellement admis, d'une œuvre d'éducation par l'image exprimant toutes les connaissances, toutes les idées, toute la poésie d'une époque. Chartres - Porche Nord - Saint Jean-Baptiste au couchant du solstice d'été.
Pendant plus de deux siècles et jusqu'à l'avènement de l'imprimerie, ces portails, ces porches, ces jubés, ces verrières et ces roses, seront le seul ouvrage ouvert aux humbles. Cessant ensuite d'être compris, tous ces symboles n'intéresseront pratiquement plus personne et seront désormais considérés comme une décoration artistique, sans signification pour le Peuple, à l'intention de qui ils furent jadis créés. Ce jour-là, dit Victor Hugo,
"le soleil gothique se couche derrière la presse gigantesque de Mayence".

Un livre de pierre et de lumière

"Ce que les illettrés ne peuvent saisir par l'écriture leur doit être enseigné par la peinture et la sculpture" avaient décrété, dès le XIème siècle, les membres du synode d'Arras. De là ce nouvel essor de l'art sacré qui devait atteindre son apogée à la fin du XIIIème siècle. Toutefois, l'initiative individuelle s'exprimait dans le cadre d'un programme strictement imposé par les maîtres d'œuvre. Chaque statue, chaque personnage, par leur place, leurs proportions et à l'origine leurs couleurs, n'avaient pour but un quelconque désir de plaire. Chaque figure avait sa signification propre et était en même temps une évocation. Elle témoignait d'une connaissance qu'elle était chargée de transmettre, elle enseignait …

Dans l'esprit des auteurs des cathédrales, quiconque devait pouvoir lire sans effort les histoires et les légendes en reconnaissant - aux attributs distinctifs qui étaient toujours placés auprès d'eux - chacun des personnages sculptés sur les façades ou peints sur les vitraux. D'où cette coutume et cette méthode de représenter de la même manière et selon la même distribution, les mêmes sujets d'un bout à l'autre de la France. Amiens, Chartres, Arles et Reims présentent, à quelques détails près, une étrange analogie de facture et toutes leurs statues, dont la forme peut légèrement varier dans le détail, sont profondément semblables.

Partout on retrouve les scènes principales de l'Ancien et du Nouveau Testament ainsi que les vertus et les faiblesses de l'homme. Les faits historiques, les connaissances géographiques, les idées et les mystères exprimés par des légendes, des récits de voyages et des symboles, font des portails et des fenêtres des cathédrales tout à la fois les feuillets d'une Bible, d'un livre d'histoire et d'un livre de morale. Il y a là, devenue visible, toute la pensée du Moyen Age, à laquelle il ne manque rien d'essentiel et qui constitue, écrite dans la pierre et le vitrail, une véritable encyclopédie dont les pages, toujours ouvertes, peuvent être lues par tous.

Un livre de symboles

Ainsi, pendant des siècles, des hommes ont sculpté la pierre, taillé le bois, fondu les vitraux de centaines d'églises et de cathédrales, en y sacrifiant parfois leur vie entière, dans l'anonymat le plus absolu. Est-il réellement possible de concevoir qu'ils aient accompli un travail aussi gigantesque pour nous transmettre quelque légende issue d'une mythologie futile ? Ou bien, quel enseignement capital, quel message fondamental ont-ils voulu nous léguer ?

En fait, dès que se manifeste le contact avec "l'Inconnu" par excellence, l'homme qui désire témoigner d'une réalité qu'il ne peut nier, mais dont il ne peut rien affirmer de contingent, se trouve dans l'obligation de la voiler par des symboles qui, à leur tour, couvrent autant qu'ils découvrent ce qu'ils doivent transmettre. Le symbole est d'ailleurs d'autant plus riche qu'il est insaisissable et par son ambivalence naturelle, il échappe aux critères habituels de notre analyse scientifique, rationnelle et logique.

Car le symbolisme n'est pas une doctrine ni une méthode. Il constitue plutôt une certaine manière de "voir" et de "savoir". Il est essentiel d'en être convaincu pour parvenir à en pénétrer l'essence. Sans en discerner le sens profond, les Francs-Maçons restent cependant épris de la profonde cohésion du monde symbolique. Ils perçoivent d'instinct, qu'il s'agit bien moins de classer des notions et d'étiqueter des personnages que de s'engager, à la suite des maîtres d'œuvre d'autrefois, dans une véritable aventure personnelle et vivante qui, en renouvelant le regard intérieur, transfigure la vision de l'Homme. Il faut savoir lire ce livre et faire son choix, c'est dire ses pouvoirs et sa richesse.


                                         Article publié dans HUMANISME N° 131-132 
                                            Septembre - Octobre 1979 – pp. 55-57 


Maj 19 10 09 - GA - L0
Par Eusthenes - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
Ecrire un commentaire - Publié dans : Symbolisme
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés