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  • : Propos maçonniques
  • : 25/02/2008
  • : Puissent ces quelques propos té-moigner de la permanence de la recherche d'une vérité fuyante et incertaine, accaparée par ceux qui, prétendant la détenir, voudraient l'imposer, même par la tyrannie. Ce blog n'engage que ses auteurs. Il est dédié à tous les frères et soeurs, orphelins d'un projet maçonnique exigeant et cohérent, pour des lendemains à repenser, à rebâtir, à rêver.
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Société

Lundi 14 juin 2010 1 14 /06 /2010 10:00

Une leçon de politique ...

 

Dialogue imaginaire entre Colbert et Mazarin 

 


 

Vidéo visible sur Daylymotion

 

Colbert

 

Pour trouver de l'argent, il arrive un moment où tripoter ne suffit plus.

J'aimerais que Monsieur le Surintendant

m'explique comment on s'y prend

pour dépenser encore quand on est déjà endetté jusqu'au cou.

 

 Mazarin

 

Quand on est un simple mortel, bien sûr, et qu'on est couvert de dettes, on va en prison.

Mais l'Etat, l'Etat, lui, c'est différent. On ne peut pas jeter l'Etat en prison.

Alors, il continue, il creuse la dette !

Tous les Etats font ça.

 

 Colbert

 

Ah oui ? Vous croyez ? Cependant, il nous faut de l'argent.

Et comment en trouver quand on a déjà créé tous les impôts imaginables ?

 

 Mazarin

 

On en crée d'autres.

  

 Colbert 

 

Nous ne pouvons pas taxer les pauvres plus qu'ils ne le sont déjà ...

 

Mazarin

  

Oui, c'est impossible.

 

Colbert

 

Alors, les riches ?

  

Mazarin

  

Les riches, non plus. Ils ne dépenseraient plus.

Un riche qui dépense fait vivre des centaines de pauvres.

 

Colbert

 

Alors, comment fait-on ?

 

Mazarin

 

Colbert, tu raisonnes comme un fromage !

Il y a quantité de gens qui sont entre les deux, ni pauvres, ni riches.

Des Français qui travaillent, rêvant d'être riches et redoutant d'être pauvres !

C'est ceux-là que nous devons taxer, encore plus, toujours plus !

 

Ceux-là !

Plus tu leur prends, plus ils travaillent pour compenser.

C'est un réservoir inépuisable.

 

 

Extrait du "Diable Rouge"

 

Le Diable rouge est une pièce de théâtre écrite par Antoine Rault et mise en scène par Christophe Lidon. Cette pièce a reçu sept nominations aux "Molière 2009".

 

La pièce retrace les derniers mois de la vie de Mazarin, principal ministre du jeune Louis XIV dont il achève la formation de souverain. Assisté de Bernouin, son fidèle premier valet, le cardinal souhaite achever son œuvre en signant la paix avec l'Espagne, contre laquelle la France est en guerre depuis trente ans, et qui a ruiné les finances du royaume. La reine-mère Anne d’Autriche (1601-1666) tente de convaincre le roi de choisir le mariage de raison avec l'infante d'Espagne, ce qui mettrait fin à la guerre, contre un mariage de passion avec Marie Mancini, la nièce de Mazarin. Jean-Baptiste Colbert use de son influence pour préparer son accession à la surintendance des finances à la mort du cardinal.

 

     

MAJ 30 06 2010 * 

Par Eusthenes - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
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Vendredi 4 juin 2010 5 04 /06 /2010 00:11

A la différence de la vision, le regard désigne l'attention que l'on attache à une personne ou à une chose, en portant sa vision sur elle. Du sculpteur, qui redevient celui qui regarde, au sidéen qui souffre plus du regard des autres que de la solitude, notre regard sur le handicap n'est-il pas trop souvent comme un brouillard froid et épais qui se glace en niant l'autre comme individu, le privant ainsi de sa légitimité.

 

L'espoir résiderait sans doute dans cette injonction d'Albert Lantoine : "Tolérez non seulement que l'on ne pense pas comme vous, mais surtout que l'on ne vous ressemble pas".

 

Du bandeau de son audition qui lui a permis, plus que de répondre aux questions posées, de se regarder au fond du coeur en se parlant en quelque sorte à lui-même, en passant par le cabinet de réflexion - épreuve de descente en soi qui s'est traduite par une sorte de confrontation avec son double - et jusqu'aux épreuves rituelles de la cérémonie de réception, l’un des éléments fondamentaux et inexplicables de l'Initiation est qu'elle se vit essentiellement avec un regard tourné vers l'intérieur et que c'est sans doute pour cela qu'elle est inexplicable.

 

Ne devrions-nous pas, en mémoire de notre réception et afin d'essayer d'y voir plus clair, conserver toujours à portée de la main le bandeau de notre initiation, symbole de l'aveuglement de la vie profane, de notre ambition, de notre orgueil, de nos passions ?

 

Certes, tout ce qui peut être appris ne mérite pas d'être su, mais la Lumière n'éclaire pas tous ceux à qui elle a été proposée. Et il faut nous regarder loyalement dans le miroir où se dissipent toutes nos illusions.

 

L'Illumination de la loge est révélation de la lumière intérieure. Le vécu du rituel devient sentiment d'exister collectivement dans un espace-temps sacralisés. Les symboles maçonniques n'acquièrent un sens que si ils sont regardés avec les yeux de l'esprit. La pierre brute est le produit grossier de la nature que l'Art doit polir et transformer. Pour y parvenir, il est nécessaire de bien voir et donc de savoir bien regarder. Le regard ne pourrait-il pas alors devenir un "je ne sais quoi de subtil" inhérent à notre comportement.

 

Vouloir être plus responsables de ce que nous sommes, est sans doute la condition de la Liberté de notre regard, de notre Egalité devant le regard des autres, de la Fraternité d'un regard plus tolérant, plus humaniste, plus charitable envers les autres, tous les autres ... des deux côtés de la porte du temple.

 

Le véritable sens du voyage, disait Charles Péguy, "ce n'est pas de découvrir d'autres paysages, mais bien de les regarder avec des yeux différents". Car l'apparent n'exclut pas le caché. Les hommes l'ont pressenti depuis toujours. Et les meilleurs d'entre eux - et les plus sages - ont compris que l'acte de voir ne se réduit pas seulement à ouvrir les yeux, mais qu'il nous oblige parfois à les fermer, afin de contempler l'être que nous sommes.

De là sont nées deux langues différentes : celle du "visible" et celle de "l'invisible", celle des objets extérieurs et de leurs signes et celle du sujet intérieur et de ses symboles, celle des collectivités et celle des communautés, celle de l'Education et celle de l'Initiation.
 

 

MAJ 06 06 2010 *

Par Eusthenes - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
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Mercredi 2 juin 2010 3 02 /06 /2010 21:43

Etre Laïc,

 

Ce n'est point interdire à l'homme le rêve

Et la perpétuelle recherche de Dieu,

 

C'est revendiquer, pour la vie présente, l'effort du devoir,

 

Ce n'est pas vouloir violenter,

Ce n'est point vouloir mépriser les consciences,

(Chacun a le droit à ses croyances),

 

C'est refuser aux religions qui passent

Le droit de gouverner l'humanité qui dure,

 

Ce n'est pas consentir la soumission à un dogme immuable,

Ni admettre l'abdication de l'esprit devant l'incompréhensible,

 

C'est ne prendre le parti d'aucune ignorance, ni d'aucune misère,

 

Ce n'est point de s'en remettre à un juge siégeant par delà la vie,

Du soin de rassasier ceux qui ont faim,

De donner à boire à ceux qui ont soif,

De réparer les injustices,

Et de consoler ceux qui pleurent,

 

C'est livrer bataille au nom de la justice.

 

 

Etre Laïc,

C'est avoir trois vertus :

 

La charité,

  

C'est à dire l'amour de l'Homme,

 

L'espérance,

 

C'est à dire le sentiment bienfaisant

Qu'un jour viendra, dans la postérité lointaine,

Où se réaliseront les rêves de justice, de paix et de bonheur,

Que faisaient, en regardant le ciel, nos anciens ancêtres,

 

La foi,

 

C'est à dire la volonté de croire

A la victorieuse utilité de l'effort perpétuel.

 

 

                                      Ernest Lavisse

 

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Dimanche 7 mars 2010 7 07 /03 /2010 09:22
 
Le Masque


masqueLes revêtements du visage peuvent apparaître comme les premiers balbutiements d'un discours qui n'avoue pas encore sa réalité. Le masque primitif semble moins être un objet posé dans le social que créé dans la psychose et les pulsions. La Couronne se situerait dans une autre problématique en contribuant à la manifestation du moi et en substituant aux pulsions, la promotion du surmoi. Le Voile, enfin, interviendrait pour nier le moi, en le renvoyant à l'a-signifiance des individus, non concernés par le discours.

Avec sa bouche bée et ses yeux sans regard, le masque peut jouir, au cœur du système primitif, de significations différentes selon qu'il est le visage d'un esprit, d'un défunt, d'un animal, même si ces significations cachent un sens unique plus profond. Plusieurs mythes sur l'origine des masques rattachent la naissance ou la décou-verte du masque à la consommation ou à l'interdit de l'inceste. Cette fusion culturellement impossible d'un autre à l'autre est ainsi souvent présentée comme l'origine du masque.

A de rares exceptions près, le masque est fabriqué, porté et interprété par les hommes. Il s'oppose par là aux phénomènes de possession, qui seraient plutôt féminins. Selon de nombreux mythes, les masques auraient été inventés par des femmes, à qui les hommes les auraient achetés, puis confisqués ou tout simplement  interdits.

Le masque jaillit du vide qui sépare le sujet de l'objet. Mais il prend, en sortant de ce vide, deux visages différents tout aussi figés l'un que l'autre dans la mort. Le premier de ces visages est d'ordre psychotique, comme s'il avait plongé dans le vide, à la recherche de l'autre, perdu et en revenait les yeux hagards et la bouche bée.


Le second visage du masque est celui du discours social qui ne plonge pas dans le vide, mais qui a peur. Voici que le corps se sent mal dans sa peau et cherche à se couvrir de la peau des autres ...
 
 
Le voile
 
 
Le voile intervient pour nier le moi et le renvoyer à l'a-signifiance des individus non concernés par le discours. (Celui à qui son corps n'appartient pas est un esclave).

Le voilement des femmes, largement diffusé par l'Islam, est caractéristique du système primitif. La société occidentale n'a d'ailleurs abandonné que très récemment l'usage du voile de la mariée, du voile de deuil, ou celui de la voilette souvent substituée au voile. Dans la liturgie chrétienne, les femmes doivent porter un voile, alors que les hommes doivent rester découverts.

 

 

voile
   

Il ne s'agit donc pas du voile traditionnel des épouses ou des veuves. Car c'est bien la condition féminine elle-même qui est concernée. Et le voile de la religieuse, symbole de la mort au monde, se présente comme l'héritier du voile primitif, dont l'a-signifiance cache tout le possible de l'autre. Ainsi, les communautés chrétiennes construisent-elles leur identité sur l'a-signifiance de la femme.

L'affirmation du discours masculin est ainsi obtenu par le renoncement de la femme à son propre discours. Et derrière le voile de l'a-signifiance, caution du silence féminin, le discours masculin cache son reflet, en l'occurrence le corps de la femme, en se préservant ainsi d'une douloureuse remise en question.

Mais l'obsession du discours masculin doit être tenace, pour que, de nos jours, on impose encore le voile, miniaturisé en mouchoir, aux touristes féminines, qui moyennant cette soumission, ont ainsi le droit de circuler dans les basiliques italiennes.
 
Avec la disparition progressive du voile, c'est sans doute la ritualité de l'a-signifiance qui meurt peu à peu. En fait, ce n'est pas la femme qui se dévoile, c'est plutôt la société civilisée qui incorpore à son discours, les laissées pour compte du discours primitif.

Cette obsession n'a toutefois pas encore totalement disparu de certaines sensibilités ni de certains discours maçonniques. La non reconnaissance des femmes par les loges pratiquant le Rite Ecossais Anciens et Accepté peut d'ailleurs apparaître d'autant plus déconcertante, que ces loges reçoivent dans leurs travaux, sans que cela semble leur poser problème, des frères affiliés à des obédiences mixtes et donc initiés par des femmes !

Au Grand Orient De France, l'initiation des femmes et leur participation aux fonctions électives de l'obédience, dans une société plus juste et plus éclairée, dont la franc-maçonnerie revendique la construction, se situerait désormais au niveau du simple bon sens.
 



Le miroir -

 

L'émergence du moi.


moiLe "stade du miroir", décrit par Freud et repris par Lacan, définit l'expé-rience par laquelle se constitue un sujet. Il représente le moment de l'acquisition d'un processus d'identi-fication de son propre corps. Mais cette expérience préfigure l'oppo-sition du sujet et du moi. Dans le "stade du miroir", le moi se constitue en assumant l'image de lui-même qu'il ne trouve plus dans l'autre. Cette image lui est donnée par le miroir où il appréhende la forme de son corps dans un mirage, image fictive qui constituera, par la suite, le fond, la trame, sur laquelle s'établira tout ce qui sera, pour le sujet, sa relation avec la réalité.

En appliquant la philosophie Hége-lienne à la psychanalyse, Lacan a démontré que pour se reconnaître, en tant qu'être humain, l'homme a besoin de se reconnaître dans un miroir. C'est ce qui donne une valeur symbolique au "stade du miroir" dans l'évolution psychique de chacun. Car il nous oblige à prendre conscience de notre différence avec l'autre, de nos propres limites ainsi que de la distinction entre ce qui est intérieur et extérieur, moi et autre.

Qu'il soit jubilation de l'appropriation de l'image de son corps devant le miroir, selon Lacan, ou bien épreuve douloureuse, pour Dolto, de la découverte de la différence qui existe entre l'image que lui renvoie le miroir et ce qu'il est (ou voudrait être) réellement, le stade du miroir a bien une valeur décisive dans le développement de la personnalité.

L'autre, miroir de soi.

L'accession à la conscience de soi est tributaire du contact avec un autre être conscient de lui-même. Car la conscience de soi ne peut naître sans l'image qui est renvoyée par le regard de l'autre. Elle ne relève pas du domaine du réel, mais du domaine du symbolique, car elle n'existe pas "en" et "par" soi, mais bien dans la relation à l'autre.

Le regard va constituer un concept fondamental puisque c'est lui qui va permettre l'identification au semblable. L'image de mon corps passe par celle, que j'imagine dans le regard de l'autre, ce qui fait que ce regard touche à ce que j'ai de plus cher en moi, donc de plus narcissique. Ainsi, j'ai besoin de l'autre pour me reconnaître, car ce que l'autre veut voir en moi, dépend de ce qu'il accepte ou refuse d'y voir un autre lui-même.

La loge maçonnique est un miroir dans lequel chacun est "reconnu comme tel". Mais paradoxalement, ce miroir  montre à chacun ce qu'il est, ce qu'il ne veut pas être, ou même ce qu'il voudrait ne pas être.

Dans le cabinet de réflexion, éclairé par une simple bougie, le candidat se trouve face à un miroir (et un crâne - autre miroir) porteurs de l'injonction : "regarde-toi tel que tu es" (et tel que tu seras). Et le second miroir, qui lui est présenté à la fin de la cérémonie de réception, dans la loge illuminée, lui renvoie successivement sa propre image, "émergence du moi", puis le regard de son parrain, "reconnaissance par l'autre", renouvelant ainsi, dans le processus de l'initiation maçonnique, l'expérience fondamentale du "stade du miroir".

 

MAJ 24 04 2010 GA *

 

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Jeudi 7 janvier 2010 4 07 /01 /2010 10:00

 - Le Décret n°2005-1726 du 30 12 2005

 

Comment j'ai perdu mon identité nationale, par Michka Assayas 
  
           Avez-vous lu cette tribune publiée dans le Monde du 30 Décembre 2009 ?
           Non, on ne fait pas un cauchemar, c'est bien la réalité d'aujourd'hui ....


LE MONDE | 30.12.09 | 14h20  •  Mis à jour le 30.12.09 | 14h20   Lire l'article

Extraits

Nicolas Sarkozy écrit que "le sentiment de perdre son identité peut être une cause de souffrance profonde" (Le Monde du 9 décembre). Il ne croit pas si bien dire. L'histoire que j'ai vécue n'a rien d'exceptionnel. Depuis environ quatre ans, elle a touché des dizaines de milliers de nos concitoyens. Le mécanisme est simple. Vous êtes français de naissance. Votre passeport délivré avant 2005 arrive à échéance, vous l'avez perdu, abîmé ou encore vous vous l'êtes fait dérober.

Muni du titre d'identité périmé ou de la déclaration de perte, vous allez à la mairie ou à l'antenne de police de votre arrondissement. Vous remplissez un formulaire. Il vous faut indiquer l'état civil et le lieu de naissance de vos deux parents. Un fonctionnaire vérifie qu'ils sont bien nés en France. Si c'est le cas, il applique la procédure susceptible de vous faire obtenir, après vérifications, un nouveau passeport dit "sécurisé". Dans le cas contraire, il la bloque.

Il y est obligé par le décret n° 2005-1726 relatif aux passeports : vous avez beau être français, né en France, y avoir toujours vécu, travaillé et voté, vous y être marié, y avoir eu des enfants, avoir régulièrement reçu des papiers d'identité, cela ne vous autorise en rien à obtenir un nouveau titre "sécurisé". Si l'un de vos deux parents au moins est né à l'étranger, une nouvelle contrainte vous incombe : fournir la preuve qu'il est (ou était) bien français.

Mais ne croyez pas que, si vos parents se sont mariés en France, qu'on leur y a délivré un livret de famille et des cartes d'identité, cela suffise. Selon les nouvelles règles, cela ne préjuge en rien de leur nationalité ni, à plus forte raison, de la vôtre. Peut-être les administrations anciennes ont-elles fait une erreur ...

Il vous appartient donc de produire un acte d'état civil établissant la source de leur nationalité. Sinon, vous n'obtiendrez pas de "certificat de nationalité française", le seul acte permettant la délivrance d'un titre d'identité "sécurisé". Telle est la situation faite aux Français dont un parent est né à l'étranger : on les met en demeure de prouver par leurs propres moyens que l'administration française ne s'est pas trompée en conférant la nationalité française à ce parent. Sinon, interdit de quitter le pays.

Et ce, en vertu du décret d'application d'une loi que le gouvernement Villepin, dont
Nicolas Sarkozy était le ministre de l'intérieur, a fait voter en 2005 par l'Assemblée nationale. Une loi grâce à laquelle les responsables de l'administration ont enfin la possibilité de remettre droit ce que leurs prédécesseurs, depuis un siècle, voire plus, avaient laissé tordu. Je ne vais pas m'étendre sur mon cas … (Il) est loin d'être le pire.

Des dizaines de milliers de Français ont été mis en demeure de prouver qu'ils étaient français. Des témoignages comme le mien abondent depuis deux ans dans les journaux ou sur Internet : retraitées de l'éducation nationale à qui l'on interdit de rendre visite à des frères et sœurs malades à l'étranger, militaires risquant leur vie pour la France, dont les parents ont eu la mauvaise idée de naître en garnison à l'étranger, considérés comme apatrides, employés d'entreprise que l'on empêche de partir pour l'étranger où un travail les appelle, étudiants qui ne peuvent se présenter à des examens, avocats qui ne peuvent prêter serment.

A tous, tous les jours, on refuse des papiers. On leur interdit de circuler, de travailler, en un mot de vivre, comme tous les Français. Certains voient leur situation débloquée au bout de six mois ou un an, d'autres jamais …

Je ne suis pas juriste. Cela ne m'empêche pas de savoir lire le code civil : selon son article 2, "la loi ne dispose que pour l'avenir ; elle n'a point d'effet rétroactif". Or l'application de cette loi, dont le décret n° 2005-1726 est l'expression, est, de fait, rétroactive. Vous êtes né français, vous l'avez toujours été et, un jour, crac : un service administratif vous notifie que vous ne l'êtes plus, et que, donc, vous l'avez été à tort, et vos parents aussi. Alors que vous n'avez commis aucun crime ou délit. Ce n'est peut-être pas l'esprit de la loi, mais c'est un effet mécanique de son application. Ce déni d'un principe ancestral du droit français ne semble pas troubler certains fonctionnaires …

Dernière question : la loi de 2005 prévoit des exceptions. C'est ce qu'on appelle "la preuve par la possession d'état de Français". En clair, s'il est avéré que votre père ou votre mère ont été français "de façon constante", la loi permet à l'administration de vous délivrer, à titre exceptionnel, un titre d'identité "sécurisé".

Interrogé par des députés de l'opposition comme de la majorité sur cette question, le ministère de l'intérieur semble encourager ces exceptions et des circulaires rappellent aux fonctionnaires qu'ils peuvent user d'un droit d'appréciation personnel et faire preuve de souplesse et de compréhension. Dans les faits, les administrations n'appliquent pas ces recommandations. Elles se montrent d'une rigidité inflexible. Cela mène à une impasse injustifiable ….

Dans les faits, cela équivaut à une forme inédite de ségrégation. Il ne reste donc qu'une solution : faire amender cette loi. Je ne peux pas croire qu'un seul des députés et sénateurs, de tous bords politiques, qui ont voté ce texte ait souhaité instaurer une situation aussi inique au seul nom de la "sécurisation" des passeports. Je ne doute pas qu'ils auront à cœur de la corriger.

Michka Assayas
, écrivain et producteur à France Musique


Décret n°2005-1726 du 30 décembre 2005 - Détail d'un texte.


Maj  07.01.10 *

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