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  • : Propos maçonniques
  • : 25/02/2008
  • : Puissent ces quelques propos té-moigner de la permanence de la recherche d'une vérité fuyante et incertaine, accaparée par ceux qui, prétendant la détenir, voudraient l'imposer, même par la tyrannie. Ce blog n'engage que ses auteurs. Il est dédié à tous les frères et soeurs, orphelins d'un projet maçonnique exigeant et cohérent, pour des lendemains à repenser, à rebâtir, à rêver.
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Itinéraire maçonnique

Samedi 10 octobre 2009 6 10 /10 /2009 10:09

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       Réflexions sur les modalités du vote en loge ...


En complément aux propos sur "le bandeau" et sur "le cabinet de réflexion", qui sont les plus consultés sur ce blog, voici un propos sur les modalités du vote en loge, notamment pour l'admission d'un candidat.

Il s'agit de simples considérations, visant à une meilleure évaluation d'une pratique importante, en envisageant les dérapages qui peuvent en dévier gravement l'esprit et les résultats.

Ces modalités varient selon qu'il s'agit d'une discussion en loge, des élections du Collège des Officiers (Conseil d'Administration de la loge), et surtout pour de l'admission d'un candidat.

Les conclusions de l'orateur

Selon les disposition des règlements, lorsqu'une discussion est close ou avant toute consultation de la loge, l'orateur donne ses conclusions sans les motiver pour fixer le sens du vote, après quoi il ne peut être demandé la parole par aucun frère.

Le Vénérable met ces conclusions aux voix et la formulation : "que ceux qui sont favorables aux conclusions de l'orateur le manifestent en levant la main à mon coup de maillet, prend tout son sens et chacun sait pour ou contre quoi il vote, ce qui lève toute ambiguïté.

Le respect de ce protocole suppime le désarroi qui apparaît trop souvent avant un vote de la loge, lorsque le vénérable invite les frères  à voter après que l'orateur ait déclaré : "je suis favorable au passage au vote", sans fixer les sens du vote.

Dispositions générales pour les votes

Pour les discussions, l'atelier vote à main levée ou au scrutin secret par boules blanches et noires. Tout scrutin portant sur une personne (profane ou maçon) est, à deux exceptions près, obligatoirement secret. Toutes les délibérations sont prises à la majorité des suffrages. L'abstention n'est pas permise et en cas de partage des voix, celle du vénérable (à une exception près) est prépondérante.

Pour les élections, la règle générale est celle du scrutin uninominal par bulletins secrets. Pour le vénérable, ce scrutin est à la majorité absolue aux deux premiers tours et à la majorité relative au troisième tour, s'il y a lieu. Pour les autres officiers, ce scrutin est à deux tours, le premier à la majorité absolue et le second à la majorité relative. Toutefois, l'élection du collège des officiers peut être effectuée au scrutin de liste, à la majorité absolue des voix.

Les élections du maître des cérémonies, de l'hospitalier et du couvreur, peuvent être effectuées par acclamations, - ce qui constitue la première exception au au secret du vote sur les personnes.

Admission d'un candidat

L'admission d'un candidat qui a demandé sa réception dans une loge maçonnique est soumise à trois tours de scrutins.

Au premier tour, l'Atelier se prononce simplement au scrutin secret et à la majorité simple sur l'opportunité de la prise en considération de la demande et, sauf exception pour motif grave, ce premier tour est souvent une simple formalité.

Un deuxième tour de scrutin circule après l'audition du profane sous le bandeau.

Enfin, lorsque ce deuxième tour a donné un résultat favorable, un troisième tour, simple confirmation des deux premiers, est donné à main levée, au cours de la tenue de réception, ce qui constitue la seconde exception au secret du vote sur les personnes, si rarement respecté !

On voit donc en fait, que le deuxième tour de scrutin, après l'audition du profane sous le bandeau, revêt une importance capitale, car c'est ce tour de scrutin, et pratiquement lui seul, qui décide de l'admission du candidat.

Cette admission est prononcée si le scrutin rapporte un nombre de boules noires inférieur au quart du nombre des votants. Il semble donc qu'il convient d'insister sur le sens de la responsabilité que nous devons manifester, afin d'envisager lucidement les dérapages qui peuvent défigurer ce scrutin important.

En effet, ce scrutin s'exprime obligatoirement par oui ou par non - un "non" primant trois "oui" - ce qui interdit formellement de le transformer en un vote banal, qui peut lui s'exprimer tout autrement, dans toutes les autres consultations de l'Atelier.

Le consentement unanime et la justification des boules noires n'a pas subsisté dans la franc-maçonnerie moderne et l'on peut penser que c'est dommage. Que notre droit d'interroger un profane sous le bandeau et que nos votes s'exercent donc avec courage, honnêteté, confiance et responsabilité et qu'ils ne servent pas, comme cela peut arriver parfois, à dissimuler nos insuffisances.


Maj  12 12 09 *

Par Eusthenes - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
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Mercredi 3 décembre 2008 3 03 /12 /2008 08:44

Quelle que soit l'obédience, il y a une cérémonie d'initiation (avec un i minuscule) qui n'est pas forcément cette "Initiation" (avec un I majuscule) à laquelle aspire tout franc-maçon et qui a comme finalité une absence totale de sectarisme, une large tolérance, qui ne soient nullement une faiblesse ou un abandon, un désir d'action qui se traduise autrement que par la déclaration : "la Maçonnerie a un rôle à jouer" (sans qu'on sache si c'est un rôle tragique, comique, ou d' "oseille", dans "l'ample comédie de la vie".

 

Il est inutile ici de s'étendre sur cette cérémonie d'initiation décrite abondamment dans de multiples publications qui se recopient les unes les autres, mais dont le sens profond doit être médité. Les détails diffèrent selon les rites. Comme le montre ce propos que le Vénérable adressait au nouvel apprenti, en 1887, à la fin de la cérémonie de réception au premier degré, ils ont également évolué au cours du temps :

"Frère nouvellement initié, les formes que nous venons d'employer pour votre initiation diffèrent notablement de celles dont nous usions jadis et que vous pourrez encore voir employer dans certaines loges de France ou des pays étrangers. L'initiation se faisait fort simplement dans les loges françaises au dix-huitième siècle. On l'a beaucoup compliquée, au commencement du dix-neuvième, en y mêlant des particularités que l'on croyait empruntées aux initiations de l'ancienne Egypte. On cherchait à éprouver le courage du récipiendaire par des moyens terrifiants.

On simulait la quadruple purification par les quatre éléments des anciens, c'est-à-dire par la terre, l'air, l'eau et le feu. Le récipiendaire était à moitié dévêtu. Parfois, il était introduit dans le temple, couché dans un cercueil, parfois, on le faisait passer au travers d'un diaphragme en papier, pour symboliser son passage à une vie nouvelle. Dans le temple, il entendait des clameurs sourdes, des chocs violents, des bruits imitant la grêle et le tonnerre, des cliquetis d'épées. Il rencontrait des obstacles sous ses pieds. Il était précipité d'un lieu élevé, mais retenu par des mains secourables. On lui trempait les mains dans l'eau, quelquefois le bras jusqu'au coude. On lui faisait vider un calice d'amertume. On le faisait passer au milieu des flammes. On lui demandait de se soumettre à l'application d'un fer rouge. On réclamait de lui une obligation écrite et signée de son sang. Parfois, on le soumettait à des épreuves plus pénibles encore et plus effrayantes.

Vous ne devrez donc pas vous étonner, s'il vous arrive de vous trouver en présence de quelque pratique de ce genre. Vous n'en serez pas troublé, non plus, sachant que le progrès est lent et que l'évolution humaine est complexe". - Rituel de réception au premier degré du Grand Orient De France de 1887.

Cent vingt ans plus tard, on constate combien ce propos reste d'une étonnante actualité …


D'abord, le silence, moyen parfait, puisqu'il ne donne que le désir. Ainsi commence de s'établir l'ordre, l'harmonie, la paix intérieure, l'attente, l'attention, la parfaite réserve. Grâce à ce silence auquel nous sommes contraints, la moindre bonne volonté, le moindre bon mouvement de notre part, sont tournés à notre profit. Si loin que nous soyons de la parfaite connaissance, abandonnons-nous un moment à ce silence, profitons-en l'éclair d'un instant pour descendre en nous-mêmes.

 

Ensuite, l'accord, qui est le signe le plus ancien du vrai et le premier de tous. Lorsque les hommes reconnaissent les signes et s'accordent sur les signes, ils goûtent quelque chose du bonheur de penser. Ne leur demandez pas à quoi ils pensent ni sur quoi ils s'accordent. Car puisqu'il faut d'abord apprendre les signes, chacun commence par s'accorder aux autres de tout son corps et par répéter ce que les autres signifient, jusqu'à ce qu'ils les imitent bien. Et selon la nature, imiter un signe, ce n'est rien d'autre que le comprendre.

 

Mais surtout, ma sœur, mon frère, sache que tu ne communiques vraiment qu'à travers le cérémonial. Car si tu es distrait pour écouter cette musique et pour considérer ce Temple, il ne naîtra rien en toi. C'est pourquoi il n'y a pas d'autre moyen de t'expliquer la vie à laquelle tu es convié, que de t'y engager par le cérémonial. Comment t'expliquerai-je cette musique quand l'entendre ne te suffit pas? Si tu n'es point préparé pour t'en faire combler, te voilà refusé. Te voilà, assis sur ton seuil, avec en arrière ta porte close, totalement séparé d'un monde qui n'est plus qu'objets vides.

 

Car tu ne communiques point avec les objets, mais avec les nœuds qui les nouent. D'où l'importance du cérémonial. Car il s'agit en fait de te sauver de tout détruire, quand tu es  assis sur le seuil à la porte de chez toi.


Maj 19 10 09 - GA - L0
Par Eusthenes - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
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Mercredi 3 décembre 2008 3 03 /12 /2008 08:36

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Toute initiation maçonnique commence dans le cabinet de réflexion, qui correspond à une partie des rites initiatiques pratiqués en tous temps et en tous lieux. En effet, l'isolement du néophyte dans une cabane ou une caverne est pratiquée depuis la nuit des temps. Il s'agit de séparer le néophyte de sa famille, de figurer, par son isolement dans un lieu fermé, la mort, une rupture, pour préparer un changement essentiel, comme la chrysalide dans son cocon. Le cabinet de réflexion, pour l'essentiel, est la forme moderne et adaptée à nos mœurs de la cabane antique. 
Le non-initié vit dans la peur : peur de mourir, expression de la peur de vivre, peur de l'avenir, du changement, des autres, etc ... Ces peurs dérivent d'une seule : la peur de lui-même. Confronté à la nécessité de l'introspection, le non-initié recule. Il sait qu'il faut mettre de l'ordre dans son MOI. Alors, il demande son admission dans une société initiatique. Celle-ci propose une pédagogie fondées sur l'introspection dirigée.

Les principaux symboles du cabinet de réflexion : VITRIOL, la devise, le coq, le sablier, le crâne et la faux, le pain et l'eau, le soufre et le sel.

Le cabinet de réflexion s'inscrit dans le programme de cette pédagogie. 
Le postulant y trouve la solitude, l'obscurité, le silence, l'immobilité et parfois le froid. Ces états privilégient la confrontation avec lui-même et cette confrontation est généralement difficile pour le profane. Ce que le passage dans le cabinet de réflexion lui impose de vivre est le traitement de sa peur, par la stimulation de sa propre peur. La compagnie muette du crâne illustre le passé et son propre futur. C'était un homme, je serai ainsi.

 

Dans le cabinet de réflexion, le candidat doit répondre par écrit à des questions et rédiger son testament moral et philosophique. Le nombre et le libellé des questions ont varié selon les époques. Actuellement, ces questions concernent les devoirs de l'homme envers lui-même, sa famille, sa patrie, l'humanité. Dans la Franc-Maçonnerie libérale, la question des devoirs envers Dieu a été supprimée depuis longtemps.

 

Les questions rituelles posées à Proudhon le 8 janvier 1847, à la loge de Besançon furent les suivantes : Que doit l'homme à ses semblables ? Réponse : Justice à tous les hommes. Que doit l'homme à son pays ? Réponse : Le dévouement. Que doit l'homme à Dieu ? Réponse : La guerre.

 

Mieux averti de la Franc-Maçonnerie, Proudhon écrira : "Le Dieu des Maçons n'est ni Substance, ni Cause, ni Ame, ni Monade, ni Créateur, ni Père, ni Verbe, ni Amour, ni Paraclet, ni Rédempteur, ni Satan, ni rien de ce qui correspond à un concept transcendantal : toute métaphysique est ainsi écartée. C'est la personnification de l'équilibre universel : Dieu est architecte ; il tient le niveau, l'équerre, le marteau, tous les instruments de travail et de mesure. Dans l'ordre moral, il est la Justice. Voilà toute la théologie maçonnique"…

 

La rédaction du testament moral et philosophique permet au candidat de faire le point sur lui-même et sur ce qu'il estime essentiel. Quelle que soit la qualité de ce qu'il rédige, cette démarche est fondamentale dans le processus de l'initiation maçonnique. En sortant du cabinet de réflexion, le candidat sera considéré comme ayant subi l'épreuve de la terre. Tous feront semblant d'y croire et toute la cérémonie initiatique se déroulera comme si le candidat avait été transformé par cette épreuve.

 

"Ici, tout est symbole". Ce "comme si" n'est mensonge que si l'on refuse de jouer correctement le jeu. Se prendre au jeu, c'est à dire ignorer que l'on joue, ou bien ne pas vouloir l'admettre, est éminemment dangereux parce que le comportement peut dériver vers la schizophrénie. Alors adieu l'éveil, tout ne sera qu'illusion. Ce "comme si" est vérité et clé d'une pédagogie qui a fait ses preuves, à condition d'être vécu en toute simplicité, en toute humilité, pour ce qu'il est et rien de plus. Comme cela et seulement comme cela pourra peut-être surgir l'éveil, par la suite.

 

Comment en effet prétendre sérieusement que les épreuves rituelles transforment réellement, immédiatement ou à terme, celui qui les subit ? Le cabinet de réflexion est un décor de théâtre. Il suggère ce qu'il ne peut être réellement. Ce petit cagibi, dans le meilleur des cas, ce coin de cave, décoré avec des figures symboliques est tout à fait dérisoire relativement aux prétentions affirmées par le rituel. Mais c'est justement là que réside sa signification essentielle.

 

Fermer les yeux sur l'aspect dérisoire, procède d'une attitude "bigote" à l'égard du rituel. Ouvrir les yeux sur le "dérisoire" pour en pénétrer la signification, là est la voie de l'éveil. Ce n'est souvent pas simple. Cela implique une remise en question des réflexes mentaux acquis. Comment prendre au sérieux ce qui ne l'est pas en apparence. Et comment ne pas prendre au sérieux ce qui semble l'être ? Tant de gens ne parviennent pas à répondre à ces questions.

 

Pourtant ces questions ne restent sans réponses que dans le contexte d'une sémantique déterminée. Changez le contexte, posez de nouveaux repères et elles ne se poseront même plus.

Les rituels et la franc-maçonnerie répètent qu'ils sont à la recherche de la vérité, sans d'ailleurs la définir. Des mandarins de l'intelligentsia maçonnique, il y en a, ont décrété que cette vérité était inaccessible, ce que dément formellement l'expérience vécue des sages et des saints de tous les temps.

 

Forts de cette affirmation des autorités officielles de l'Ordre, certains maçons sont à la recherche d'une vérité inaccessible et par ailleurs sans contenu, ce qui les sécurise indiscutablement. Et c'est très bien ainsi, car hélas, la vérité est incurablement sacrilège. Elle inquiète, bien plus, elle dérange ...

 

Dire qu'en maçonnerie il n'y a ni initiation réelle, ni processus initiatique authentique, mais seulement une incitation, c'est subversif et pour beaucoup, inacceptable. Pourtant, l'histoire est là, qui rappelle brutalement le vécu de l'expérience humaine depuis ses origines.

 

Il n'est donc pas sacrilège de dire ce qu'est la vérité initiatique, à quoi elle répond, sa finalité, ni d'aborder la spiritualité qui découle d'un processus aboutissant à l'initiation. Et il n'est pas blasphématoire de souligner que c'est de ce processus initiatique que naquirent les dieux et les religions; et que le christianisme lui-même est issu des mythologies qui le précédèrent.

 

Ces religions explicitaient, parfois maladroitement, ce qu'avait révélé l'expérience psychique fortuite subie par l'homo sapiens et qui, renouvelée volontairement puis organisée, était devenue l'initiation.

 

Au travers de sa conscience considérablement élargie, l'homme y avait trouvé compréhension de son propre univers et apaisement de l'angoisse qui l'étreignait devant les forces incontrôlables de la nature. Il en fit donc rapidement une institution qui dégagea une élite : les initiés. Ainsi s'établit la tradition initiatique, véhicule des moyens essentiels qui conditionnent l'épanouissement complet de l'individu qui est, en tant que tel, le devenir de l'espèce.

 

Ceci est la vocation de l'Ordre maçonnique, porteur des symboles fondamentaux qui expriment les désirs et les espoirs de l'homme, depuis qu'il s'est révélé à lui-même être une personne. Chacun de nous est donc le seul artisan de son évolution possible et nul secours ne peut être attendu de l'extérieur.

MAJ - 16 12 2009
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Par Eusthenes - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
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Mardi 2 décembre 2008 2 02 /12 /2008 06:04

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L'itinéraire de l'admission dans la Franc-Maçonnerie est jalonné d'épreuves symboliques. La première de ces épreuves est le "passage sous le bandeau". 
Quel est donc le sens du bandeau et que signifie cette cécité temporaire et imposée au candidat pour son "passage sous le bandeau" et pour la "cérémonie de sa réception" ? 

Avant d'être présenté à une loge, le postulant est enquêté par trois frères, qui ont avec lui un entretien indépendant des autres et qui ignorent les noms des autres enquêteurs. Chacun adresse ensuite un rapport au Vénérable qui en donne lecture à la loge avant l'audition du candidat.
 Le candidat maçon sait bien que ce "passage" est incontournable. Il l'a vu sur toutes les couvertures de magazines comme symbole du secret maçonnique. Il a lu que, depuis l'antiquité, cet "accessoire" est unanimement utilisé pour symboliser le passage d'un monde à un autre.

                      Voir la vidéo 


Le bandeau n'est pas un masque, ni un bâillon. Il porte le symbole de celui qui a momentanément tout perdu, sauf la tête, qu'il soit condamné ou postulant aux mystères de la franc-Maçonnerie.

Qu'on le veuille ou non, même en dédramatisant la situation et même avec la présence amie du parrain qui l'a conduit jusqu'ici, le bandeau renvoie le candidat (candide, candidat) à des peurs viscérales et notamment à des scènes d'exécution.
  Il y a ensuite le feu nourri des questions qui sont autant de tirs précis dirigés vers le candidat. Les peurs liées au bandeau viennent d'abord de l'abandon de soi à un groupe d'inconnus et de phantasmes incontrôlables de magie, de dégradation possible de soi, du ridicule d'être bringuebalé dans une sorte de "colin-maillard", chahuté, humilié, réduit et même "consommé". Car ces peurs ont un fonds "cannibale".               
   
                  
Pour la loge, la discrétion est la première fonction du bandeau. Il permet que le candidat, toujours libre de se retirer, ne puisse pas voir le visage des membres de l'atelier. Mais comme, très souvent, le candidat a pu assister à des conférences publiques, des tenues blanches ouvertes ou participer à des réunions festives de la loge, cette fonction du bandeau n'est plus primordiale.

 

Le bandeau ne permet pas de voir l'entier du visage du candidat et masque le miroir de son regard (trahison de lui-même et de nous-mêmes) en évitant d'être influencé par une sentimentalité oculaire. Enfin, en dépit des préventions d'usages de courtoisie, le bandeau restitue au groupe un pouvoir, une assurance, une satisfaction, d'avoir dépassé, à son profit, la situation dans laquelle se trouve le candidat et que tous ont connue.

 

Pour le candidat, le bandeau l'oblige à plonger en lui-même en visualisant, dans un "psyché" conscient, sa propre figure. En ce sens, le bandeau éclaire l'âme comme une lumière. Le bandeau permet également au candidat de ne pas être vu entièrement par le groupe. Le cache, sur son regard, sera sa protection, son ultime intimité. Mais la justification suprême du bandeau réside dans son "enlèvement" et l'éblouissement final par la lumière.

 

Le bandeau exige l'humilité du candidat, sa mise à disposition, sa gratuité, sa crédulité. Il renvoie à Thémis, la justice, représentée les yeux bandés. Le candidat ne pourra s'en remettre qu'à lui-même pour élaborer sa décision. Il met enfin les sens en éveil, notamment l'ouÏe (voix des interrogateurs, bruits de la loge, écoute surprenante de sa propre voix), le goût (recherche de sa salive et coupe d'amertume) et la vue (reconstitution par l'imagination de l'espace-temps).

 

Premier "outil" maçonnique proposé au candidat, le bandeau n'est pas un accessoire futile ou anachronique. Il est le premier symbole du travail sur soi. On imagine mal l'inversion du système, qui proposerait une audition du candidat les yeux ouverts par une loge de mystérieux cagoulés. On peut y voir la différence entre une société secrète et une société discrète et le fait que la loge est un lieu de clarté alors que le candidat se trouve dans les ténèbres.

 

Le véritable sens du voyage, disait Charles Péguy, "ce n'est pas de découvrir d'autres paysages, mais bien de les regarder avec des yeux différents. Car l'apparent n'exclut pas le caché. Les hommes l'ont pressenti depuis toujours. Et les meilleurs d'entre eux - et les plus sages - ont compris que l'acte de voir ne se réduit pas seulement à ouvrir les yeux, mais qu'il nous oblige parfois à les fermer, afin de contempler l'être que nous sommes. De là sont nées deux langues différentes : celle du "visible" et celle de "l'invisible", celle des objets extérieurs et de leurs signes et celle du sujet intérieur et de ses symboles, celle des collectivités et celle des communautés, celle de l'éducation et celle de l'initiation.


Maj 27 04 2010 - GA - L0

Par Eusthenes - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
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Mardi 25 novembre 2008 2 25 /11 /2008 07:12

Assurément, la direction supérieure de la Maçonnerie n'appartient pas aux dignitaires qui sont élus annuellement. Ces chefs de Loges ou de Grandes Loges dirigent en petit et trop souvent avec mesquinerie : parfois ils manient en mauvais "Compagnons" le Maillet qui leur est confié ; en dépit de leurs titres et de leurs chamarrures, ils ne sont pas … les véritables Maîtres.

La vraie Maîtrise est discrète : indifférente aux honneurs, elle peut les accepter, mais préfère les fuir. Son action est silencieuse, car le vrai Maître laisse parler et se contente d'agir ; il œuvre modestement dans sa sphère, sans se laisser troubler par l'agitation de profanes déguisés en initiés. Fidèle à son idéal, il s'attache à vivre exemplairement. S'appliquant à bien travailler, par pur amour de l'Art, il n'est pas abandonné à lui-même.

Inconnu des agités qui se démènent sous l'aiguillon de convoitises égoïstes, il attire l'attention et les sympathies des Maîtres effectifs, inconnus eux aussi : leur aide fraternelle ne lui manque pas ; elle se traduit en collaboration intime et constante, si bien que le vrai Maître travaille supérieurement. Quand il se penche sur la planche à tracer, il n'est pas seul à combiner le plan selon lequel doit se construire l'avenir. S'il est alors lucide, n'en est-il pas redevable à la collaboration d'intelligences libérées des liens du corps ?  

Sans tomber dans les puérilités du spiritisme évocateur de fantômes, il est permis d'envi-sager que rien ne se perd dans le domaine des idées. La pensée vit et reste vivante, indépendamment des cerveaux qui vibrent sous son action. Inaccessible en sa subtilité transcendante, elle se particularise, se condense et se coagule à l'appel des penseurs ; en méditant, nous l'attirons à nous pour lui prêter une forme expressive : c'est là le travail sur la planche à tracer ...

 

 

Bonnes pages -
Oswald Wirth
- Les mystères de l'Art Royal – Le Symbolisme – pp. 243-245.

 

N. B. - Nous complétons cette catégorie "Bonnes pages" par ce texte d'Oswald Wirth, dont on ne récrira pas les causeries initiatiques. Non parce qu'elles ont atteint l'absolu de la perfection, mais parce qu'elles sont les filles de leur temps. "Philosophie, fille du temps" ... Ce propos nous semble particulièrement "éclairant"  ...


Maj 19 10 09 - GA - L0
Par Eusthenes - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
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