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  • : Propos maçonniques
  • : 25/02/2008
  • : Puissent ces quelques propos té-moigner de la permanence de la recherche d'une vérité fuyante et incertaine, accaparée par ceux qui, prétendant la détenir, voudraient l'imposer, même par la tyrannie. Ce blog n'engage que ses auteurs. Il est dédié à tous les frères et soeurs, orphelins d'un projet maçonnique exigeant et cohérent, pour des lendemains à repenser, à rebâtir, à rêver.
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Philosophie

Mardi 6 avril 2010 2 06 /04 /2010 21:00

A six heures douze, Jean P 37 CVE 78 se réveilla de lui-même. Avant de quitter son lit, JP 37, abréviation admise de l’immatriculation officielle, exécuta les dix sept mouvements de récupération qui lui avaient été prescrits, puis il prit sa douche. Le repas du matin l’attendait sur la table de l’office.

L’alimentation que chacun devait absorber était rigoureusement calculée et sévèrement contrôlée. Car, après la disparition de toutes les maladies d’origine infectieuse, traumatique, climatique et toxique, il avait bien fallu se rendre à l’évidence : les hommes se rendaient malades eux-mêmes, en mangeant. Les régimes étaient donc programmés très rigoureusement et constamment actualisés. Ce traitement, réservé naguère aux sportifs de haut niveau, avait été généralisé à l’ensemble de la population.

Les enfants de JP 37 jouissaient en paix de leurs dents fluorées et d’un développement parfaitement normal. Seule Simone B 75 GMA 75 (SB 75) manifestait étrangement quelques symptômes inquiétants. JP 37 l’avait surprise entrain de lire un livre de cuisine qu’elle cachait soigneusement … Dans chaque bloc, chaque famille disposait d’un appartement, mais les activités communes se déroulaient au SAC. (Siège des Activités Communes). C’est ainsi que la vie était organisée dans la nouvelle société optimiste, régie et gérée par les ordinateurs …

Ayant envisagé leur propre disparition, les ordinateurs avaient adopté, en Assemblée Générale, une solution de compromis à propos de l’intelligence. On continuerait donc à favoriser la reproduction des plus intelligents, mais on procéderait à l’élimination des QIP (Quotient Intellectuel Perfectionné) inférieurs à 120. En même temps, on neutraliserait, aussi longtemps que les ordinateurs fonctionneraient normalement, ceux dont le QIP dépassait 150.

Et en attendant une hypothétique panne des ordinateurs, l’Ordinateur National ( "ON" ) avait décidé que ceux-ci ne travailleraient que sous le contrôle direct et au service des ordinateurs. (Dans ce récit, le mot "ON" ne sera donc pas utilisé en tant que pronom indéfini, mais comme abréviation de Ordinateur National – "ON" ) …

Tandis que JP 37 approchait de la chambre de SB 75, il ressentit un certain trouble. Peut-être était-il malade ? Il n’eut pas besoin de réveiller SB 75. Elle lui sourit, il lui sourit, ils n’avaient rien à se dire. Ils se turent, ravis, mais gênés, intrigués aussi. Ils ne comprenaient pas bien ce qui arrivait ...

Dans le secteur où habitaient JP 37 et SB 75, la vigne était l’activité agricole la plus pratiquée. On ne faisait certes plus de vin depuis longtemps et on mangeait peu de raisin, trop riche en sucre. Le raisin était donc utilisé comme source exceptionnelle d’énergie, mais la fermentation s’effectuait en circuit fermé, sans aucune intervention humaine, dans des centrales totalement automatisées. Il n’y avait donc plus aucun risque de voir les travailleurs goûter au liquide résultant de l’opération et seuls quelques vieillards se souvenaient de ce que les vieux manuels appelaient vin, eau de vie, etc …

Les livres parlaient parfois du temps passé, de ses erreurs, des folies de ce temps où les hommes fumaient, buvaient des boissons alcoolisées, mangeaient ce qui leur plaisait, faisaient des enfants au petit bonheur, vivaient dans un monde qu’ils polluaient à plaisir, souffraient de maladies qu’ils contractaient par leur propre faute et mourraient bêtement alors qu’ils auraient pu l’éviter.

Toutefois, dans cette nouvelle société optimiste, régie et gérée par les ordinateurs, "ON" (l’Ordinateur National) avait buté sur le problème de la mort. En effet, aucun être organisé ne peut vivre éternellement. "ON" avait d’abord décidé que l’on mourrait de vieillesse. Puis "ON" avait ensuite songé à définir un état de santé à partir duquel on ne devait plus vivre. Mais du même coup, la peur de la mort réapparut.

Le verdict de l’ordinateur chargé de la résolution des problèmes de logique pure avait été simple et clair. En ce qui concerne la mort, la seule nécessité était celle du hasard. Et à partir de cette date, "ON" avait décidé que l’on devait pouvoir mourir à tout âge. Aussi, à des dates fixées par le hasard, le hasard décidait de qui devait mourir. On était donc victime du hasard comme avant, mais d’un hasard décidé, ce qui changeait tout. Mais l’Ordinateur Balthazar ne s’en était pas tenu là. JP 37, qui le servait, savait qu’il avait prévu les modalités de sa mort, mais il n’en savait pas davantage.

Personne, en fait ne savait que dans les mois, les jours, qui précédaient leur mort, les condamnés goûtaient un bonheur étrange, un sens de l’aventure, des sentiments inconnus, tendresse, amour, qui donnaient tout à coup à la vie un goût inconnu, suscitant une joie nouvelle. Chacun mourait dans l’élan de cet étrange bonheur, que rien ne permettait de reconnaître et qui était si nouveau que personne ne songeait à s’en ouvrir à qui que ce soit. Chacun s’en allait donc ainsi avec son propre secret…

JP 37 regarda par la fenêtre, la campagne lui semblait particulièrement belle … Il regarda SB 75 avec attendrissement  … Il eut envie de chanter. Il se sentait  "inexplicablement heureux" ...

 

          C'est alors que JP 37 se réveilla,

          dans la chambre 31 du Service de Réanimation Médicale Polyvalente,

          Unité de Surveillance Continue, de l'Hôpital Bretonneau - CHRU de Tours.

 

                                                                                                           A suivre ( ? ) ...

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Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /2010 16:50

1 - Paroles dégelées

RabelaisLa tradition fait naître François Rabelais en 1394 à la Devinière, à une portée de fusil de l'Abbaye de Seuilly, où il acquiert les premiers rudiments scolaires. Il trace dans Gargantua une joyeuse satyre de ses  premières études et de la théologie scolastique qui lui a été infligée au cours de son noviciat de moine franciscain.

Après avoir jeté son froc de moine pour prendre celui de prêtre séculier, Il se fait inscrire à la faculté de Médecine de Montpellier. Puis il part à Lyon, comme médecin, à l'Hôtel Dieu de Notre Dame de la Pitié du Pont du Rhône.
Mais son poste de médecin et ses recherches de savant lui rapportent peu. Il n'est donc pas riche.

En lisant les Chroniques du Grand et Enorme Géant Gargantua, il songe alors qu'il s'est vendu en deux mois plus d'exemplaires de ce petit livre qu'il ne sera acheté de Bibles en neuf ans et qu'il écrirait lui-même sans grande peine un ouvrage du même billon. Il prend donc comme héros le fils même de Gargantua, qui vient d'avoir tant de succès. Ainsi naît Pantagruel ...

Paroles dégelées

"J'ai lu quelque part, qu'un philosophe nommé Pétron pensait que plusieurs mondes se touchaient entre eux et formaient un triangle équilatéral au centre duquel se trouvaient le séjour de la Vérité, ainsi que les représentations de toutes les choses passées et futures ... Il me souvient aussi qu'Aristote pensait que les paroles volent et sont donc animées. Aussi, lorsqu'elles sont prononcées par un rude hiver, elles gèlent, se transforment en glace, et personne ne les entend plus. Ainsi, ce que Platon enseignait aux jeunes gens le comprenaient-ils à peine au soir de leur vie ... Il conviendrait donc de nous demander si nous nous trouverions ici dans un lieu où de telles paroles peuvent dégeler".

C'est ainsi que Rabelais nous raconte, au chapitre LV du Quart Livre, comment Pantagruel entendit en haute mer diverses paroles dégelées ... Voici donc un livre qui n'est pas l'œuvre d'un bouffon, ni d'un farceur trivial, mais bien celle d'un génie raffiné qui raillait le genre humain et la crédulité de ses espérances. Un génie, qui pour découvrir l'idéal humaniste, avait affranchi sa conscience du pouvoir millénaire de la pensée médiévale, en prenant délibérément position sur la rive opposée de la culture officielle, en se mettant toutefois à couvert sous le masque du carnaval et de la folie, comme il le fait assez bien comprendre lui-même dans son prologue :

"Les Silènes étaient jadis de petites boîtes comme on en voit à présent dans les boutiques des apothicaires et sur lesquelles étaient peintes des figures amusantes et frivoles et autres images semblables, pour inciter les gens à rire, à l'instar de Silène, maître du bon Bacchus. Mais à l'intérieur, on conservait de précieux ingrédients comme le baume, l'ambre gris, l'amome, le musc, la civette, les pierreries et d'autres choses de grande valeur ... A votre avis, pourquoi ce coup d'envoi ... C'est (parce) qu'il faut ouvrir ce livre et peser soigneusement ce qui y est exposé. Vous verrez alors que ce que ce que vous y découvrirez, est bien d'autre valeur que ne le promettait la boite ...". - Prologue de Gargantua.


Là où il ne trouve pas encore, Rabelais entrevoit, promet, dirige. Il est l'un des créateurs de la Nouvelle Littérature et probablement le plus démocratique de ses chefs de file, visant à un rejet de toute forme d'intolérance et à la primauté essentielle de l'Homme, par le respect de son éminente dignité et de sa féconde Liberté.

Un géant du rire

Mais, que peut-on dire de sérieux sur Rabelais dans notre langage sérieux ? On ne saurait parler de lui quand on ne parle pas comme lui. Et seul Coluche aurait osé dire quelle partie de lui-même Grandgousier se chauffait à un clair feu de bois, ou celle que Gargantua avait inventé de se torcher d'une manière révélatrice. Alors, que faire d'un géant du rire, dont le langage est la substance et l'ivresse ? Que faire de celui par qui le scandale arrive, mais qui seul, avec Molière peut-être, soutient la comparaison avec quelques géants étrangers ? Et surtout, comment aborder une réflexion sur Rabelais avec un regard résolument tourné vers le futur ?

Peut-être en se demandant pourquoi il est impossible d'éviter de réfléchir son propre portrait dans le miroir qu'est par définition un chef-d'œuvre. Car il n'existe aucun lecteur sérieux qui n'ait trouvé, dans les silènes, autre chose que sa propre image. Voilà qui place l'œuvre de Rabelais au cœur du véritable étonnement philosophique, au chapitre des miroirs...

Et l'on peut se demander si la question du miroir n'est pas précisément la question fondamentale de la littérature.  Car la véritable question est bien de savoir comment est construit un chef-d'œuvre, en forme de miroir. Et l'on essayera donc d'observer comment le miroir est construit, en tant que lieu spéculaire des métamorphoses de notre propre moi symbolique.

Je ne bâtis que pierres vives

Ainsi Rabelais décrit-il lui-même ceux à qui ses livres sont dédiés : "Les beaux bâtisseurs de pierres mortes ne sont pas écrits dans mon livre de vie. Je ne bâtis que pierres vives, ce sont les hommes" ... Ainsi le rôle de l'œuvre est-il d'engendrer ses propres lecteurs. Et Pantagruel, géant de la soif, engendre une soif inextinguible :

"Et n'ayez pas peur que le vin manque, comme aux noces de Cana en Galilée, autant vous en tirerez au fausset, autant j'en entonnerai par la bonde. Ainsi le tonneau restera-t-il inépuisable. Il possède une source vive et un courant intarissable ..."
- Prologue du Tiers Livre.


Portrait de Rabelais par un peintre anonyme, 
D'après un portrait du XVIIème siècle de Ecole française - Musée des Beaux-Arts d'Orléans.

                                                                                                                              
 
Maj 18 01 10 *

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Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /2010 16:45

2 - L'oracle de la Dive Bouteille

deviniereThélème, l'utopie humaniste

Le long de la Loire, passés Langeais et Bréhémont, à deux lieues de la grande forêt de Port-Huault, se trouve le Pays de Thélème. Thélème ! L'allégorie qui termine le récit de Gargantua, l'Utopie Humaniste qui peut apparaître comme un retour possible à l'âge d'or. Toute la vie (des Thélémites) était régie non par des lois, des statuts ou des règles, mais selon leur volonté et leur libre arbitre. Et leur règlement se limitait à cette clause : 

                     FAIS CE QUE TU VOUDRAS.

Et grâce à cette liberté, ils rivalisaient d'efforts pour faire tous ce qu'is voyaient plaire à un seul.
Mais toute grande pensée, tout grand effort se concluent nécessairement par un échec. Sinon, ce serait le signe d'ambitions bien modestes et bien confortables.

Je ne vous citerai pas la liste de tous ceux qui ne sont pas invités à entrer dans l'Abbaye de Thélème. Elle sert en effet trop souvent à ceux qui veulent se donner l'air, sans en avoir l'air, de jouer les coquins affranchis des bons usages en loge et qui démontrent même parfois, par le tracé géométrique du théorème de Pythagore, que la loge est bien un microcosme où tout se passe, sans que rien ne se passe.

Je vous citerai plutôt ceux qui sont invités à y entrer par l'inscription qui se trouve sur la grande porte de l'abbaye :

"Entrez ici, vous qui prêchez le Saint Evangile d'un esprit non débile... En ce lieu sont accueillis les Grands de ce monde et les gens simples du Peuple. Vous y serez mes intimes, mes familiers, mes aimables compagnons. Entrez aussi, Dames de Haut Parage, en ce lieu est le séjour d'honneur" ...

Deux siècles plus tard, à l'aube de la Révolution, Condorcet dira :

"Il faut accorder aux femmes une éducation semblable à celle que l'on dispense aux hommes. Le génie féminin ne se borne pas à la maternité. La femme peut accéder à toutes les fonctions. Seule l'injustice et non la nature lui interdit le savoir et le pouvoir" ...

Mais malgré le droit de vote et les déclarations d'intention, il sera sans doute nécessaire, même en franc-maçonnerie, d'attendre encore un certain temps, avant de constater une réelle évolution de certaines mentalités.

L'oracle de la Dive Bouteille.

Je veux me marier, dit un jour Panurge à Pantagruel. Mais faut-il se marier au risque d'être cocu ? Pour le savoir, les deux compères font appel à la divination. Mais ni les dés, ni la Sibylle de Panzoult, ni l'astrologie, la théologie, la philosophie, ni même les fous ne sont en mesure de leur apporter une réponse satisfaisante.

C'est donc en désespoir de cause que les deux amis décident d'aller consulter l'Oracle de la Dive Bouteille. Après de longues navigations, racontées dans le Quart et le Cinquième Livres, ils arrivent enfin à l'île désirée. Là, ils descendent sous terre par quatre niveaux et découvrent à la porte du Temple deux plaques portant les inscriptions suivantes :

               "La Destinée mène celui qui consent, tire celui qui refuse" 
               "Toutes les choses se meuvent à leur fin"
...


Dans le Temple, éclairé par une Lanterne admirable, ils sont conduits par la Vénérable Pontife Bacbuc vers une belle fontaine dont l'eau a le goût de vin, selon l'imagination des buveurs. Puis Panurge est présenté devant la Dive Bouteille et c'est alors qu'il reçoit le MOT : "Trinch !".

"Tel est, dit Rabelais, le mot le plus joyeux et le plus divin que l'on puisse entendre : "Buvez !" Car boire est le propre de l'Homme. Mais non pas boire simplement et absolument, car les bêtes boivent aussi bien. Car dans ce vin là est caché la vérité et il a ainsi le pouvoir de remplir l'âme de toute vérité, de tout savoir et de toute philosophie".

Le Grand Pan

Leur voyage terminé, les deux amis sont invités à : "Aller, sous la protection de cette sphère spirituelle, dont le centre est partout et la circonférence nulle part, que nous appelons Dieu" - fin du voyage et du Cinquième Livre.

"C'est le Grand Pan, le Bon Pasteur, qui éprouve non seulement de l'affection pour ses brebis, mais aussi pour ses bergers. A sa mort, il y eut des plaintes et des lamentations dans toute la machine de l'Univers. Car selon l'interprétation qui est la mienne ce Pan, très bon et très grand, notre unique Sauveur, mourut près de Jérusalem, sous le règne de Tibère César" - Quart Livre, chapitre XXVIII.

Ainsi, le Grand Pan est mort et il a emporté La Parole. C'est Rabelais qui le dit. Nous pouvons donc le croire sur Parole.

Prenez et buvez …

La Devinière - Maison natale de Rabelais
Maj 18 01 10 *

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Jeudi 3 septembre 2009 4 03 /09 /2009 10:27

1 - Aspects du mythe

Aujourd'hui, tout le monde, ou peu s'en faut, s'intéresse aux mythes. Pourtant la notion de mythe est loin d'être élucidée de même que la question sur le sens et la signification des mythes. Deux thèses principales s'affrontent. Pour la première, la vérité des mythes n'est qu'un effet de signification. Pour la seconde, le mythe dît quelque chose à quelqu'un sur quelque chose.

Le passage du mythos au logos, du discours imagé au discours raisonné, du discours mythique au discours conceptuel, témoigne pour les deux théories, sans toutefois les départager réellement. Pourquoi croit-on aux mythes? Probablement pour trois raisons principales.

Tout d'abord, parce que s'ils semblent absurdes au plan rationnel, les mythes dissimulent, sous le voile du fantastique, des vérités profondes. Ensuite, parce qu'il n'est pas rare que les mythes se fondent sur des faits ou des événements historiques réels, déformés par l'imagination populaire ou par nécessité. Enfin, comme le souligne Julien Gracq, dans la préface du Roi Pêcheur, parce qu'on ne nous laisse plus ignorer aujourd'hui que ce dont il est question dans les mythes, c'est essentiellement de notre époque avant toute autre.

L'Age d'Or

Moment mythique de l'humanité, décrit comme étant celui de l'abondance, de la concorde et de la paix, le thème de l'Age d'Or fournit la trame de nombreux mythes et utopies et on peut le retrouver pratiquement dans toutes tes civilisations. Dans l'antiquité, l'Age d'Or est un mythe lié au temps cyclique. Les révolutions des astres et leur retour régulier suggèrent une succession d'âges dont Hésiode a été le premier témoin. L'Age d'Or est synonyme de liberté, de vie facile, de paix et de longévité.

Mais la littérature présente également une autre vision de l'Age d'Or, celle d'un paradis pour plus tard qui caractérise l'utopie. Celle-ci n'est plus liée à un temps cyclique, mais à un temps ouvert sur un avenir linéaire, infini dans son déroulement et aboutissant à un autre monde. A moins que la machine n'écrase l'homme ou que ta science ne le conditionne dès l'œuf et que l'Age d'Or, définitivement perdu, ne devienne alors mémoire interdite.

Platon et le mythe du politique

Au huitième siècle avant notre ère, Hésiode raconte dans l'un de ses mythes, la succession des diverses races d'hommes qui sont apparues sur la terre. Les cinq races qu'il énumère semblent s'ordonner d'après une échelle de valeurs représentée par des métaux (or, argent, bronze, fer). Seule, la race des Héros, qui précède la race de fer des hommes d'aujourd'hui, ne correspond à aucun métal.

Platon reprendra, dans le Mythe du Politique, cette vision cyclique de l'histoire. Mais le mouvement cyclique n'est plus continu et la mécanique s'efface alors devant la croyance. Tantôt le dieu guide la marche de l'univers, tantôt il l'abandonne à son propre mouvement. Lorsque l'univers suit la marche divine, c'est l'époque des "fils de la terre", celle du rajeunissement continuel. Lorsque l'univers rétrograde, c'est le cycle que nous connaissons actuellement, celui de la dégradation progressive.

Monde guidé, monde abandonné, temps de Cronos, temps de Zeus, âge d'or idyllique, âge de conflits et de malheurs, tout se passe comme si l'humanité devait osciller entre deux pôles, chaque fois pour le meilleur ou pour le pire, selon qu'elle est dirigée ou non par la divinité. Mais il existe sans doute une autre lecture du mythe, A supposer que la " divinité-pilote " se confonde avec la rationalité, tout peut s'éclairer autrement.

Car l'œuvre de Platon ne nous le laisse pas ignorer que tout va à vau-l'eau quand la raison nous lâche. Dans le contexte du mythe, le politique retrouve sa place. Il sera un soigneur d'hommes plus qu'un pasteur d'hommes. Mais il lui revient, par la vertu d'une raison efficace, au service du gouvernement, d'enrayer les progrès du mal et de freiner la décadence. Ainsi, au pessimisme de la Philosophie de l'Histoire, répond et fait échec la foi platonicienne dans la Rationalité au service du Bien.

La perception cyclique de l'histoire

L'éternel retour est un mythe fondamental qui, comme l'a montré Mircéa Eliade - voir les deux liens - contamine de nombreux autres mythes et fonde de nombreux rites. L'éternel retour est figuré par un cercle. Il représente le mouvement, la roue qui tourne. Et cette image suggère une représentation métahistorique de l'histoire, une sorte de philosophie sacrée de l'histoire.

La théorie des âgespopularisée en France par René Guénon, - voir les trois liens - prétend qu'il y aurait eu un âge d'or, puis un âge d'argent, puis un âge d'airain et enfin un âge de fer. Cette progression serait une régression, une dégénérescence. Mais parvenue à un point avancé, ce "pourrissement" générerait un retour à l'âge d'or. La vision cyclique de l'histoire permet d'imaginer une méta-histoire où le passé cesse d'être irréparable, car ce qui a été peut être revécu. Il reste donc toujours une autre chance et le monde peut se ré-enchanter.

Le New Age et l'historicisme

Selon le New Age, l'humanité s'apprête à entrer dans une nouvelle phase de son histoire, l'Age du Verseau, qui durera 2.146 ans. Cette mutation astrologique est au coeur de la philosophie du New-Age. Les astrologues, qui ont mis en parallèle les phases de la précession des équinoxes avec l'évolution des civilisations humaines, ont été suivis par le New Age. Le résultat est une forme de discours assez singulier que l'on pourrait appeler "astro-histoire".

Le principe de l'astro-histoire est que les grands stades de l'évolution humaine correspondent aux grandes années astrologiques. Toute l'évolution historique est rythmée par une horloge cosmique battant à ta cadence de 2.146 ans. De plus chacune des ères zodiacales possède des propriétés morales spécifiques (individualisme, agressivité, harmonie).

La critique du philosophe Karl Popper récuse, au nom de la logique, toute forme de philosophie de l'histoire invoquant des lois macro-historiques. Selon Popper, on ne peut présenter le devenir humain comme entraîné par des forces supra-individuelles dont les hommes seraient les esclaves. Une histoire théorique, équivalente à la physique théorique, sur laquelle se fonderait une prédiction historique est donc impossible, ce qui invalide le projet même de l'astro-histoire.


                                                                                                                              
Maj 12 12 09 *

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Mercredi 2 septembre 2009 3 02 /09 /2009 09:29

2 - La perversion totalitaire

La double fonction du mythe, montrer et rassurer, constitue son ambivalence et son ambiguïté. Notre imaginaire nous procure le mythe du paradis perdu : explication de la douleur causée par une
rupture (autrefois, nous étions heureux dans un temps et un lieu privilégiés). Nos ancêtres ayant commis une faute, nous avons été rejetés de ce paradis et nous portons en nous cette faute, "le péché originel".

Mais, cela n'est pas obligatoirement irrémédiable, car nous pouvons sortir de cette situation par la "Rédemption". Pour certains, la Rédemption s'accomplit par l'intercession d'un Sauveur. Pour d'autres, la Rédemption - ou réparation - s'effectue par un retour à l'unité primordiale en rassemblant les éclats dispersés du miroir brisé d'Aphrodite (en rassemblant ce qui est épars).

Mais les fascistes et les intégristes ne partagent ni cette démarche, ni cette vision des choses. Pour eux, les mythes expriment une vérité absolue, d'essence divine, ou cosmique. Le totalitarisme voit dans les mythes un support - un vecteur - destiné à véhiculer des principes. Il vide ainsi les mythes de toute poésie, de tout imaginaire, et leur refuse alors la possibilité d'en dire plus.

Un ordre éternel

Car l'ésotérisme n'intéresse le totalitarisme que dans la mesure où il est possible de l'utiliser pour construire des idéologies et des théologies. Ces idéologies renvoient à l'idée de Tradition, mais une tradition " pure ", à défendre contre la subversion démoniaque d'autres communautés comme la nôtre, qui se veulent, elles aussi, " traditionnelles".

Les idéologies totalitaires veulent installer un éternel présent et en finir avec le devenir. Leur âge d'or, quelle que soit sa forme, arrête et fige pour toujours une histoire pour laquelle il n'y a pas de plus loin où il faut arriver. Ce désir d'éternel présent est associé à une condamnation radicale du monde moderne. Le traditionalisme des fascistes et des intégristes, voit le système social fondé sur un " Ordre Social " qui subordonne l'individu.

Il intègre le système de pensée de deux francs-maçons célèbres : Joseph de Maistre et Bonald et il s'enrichit des doctrines de Barrés, Maurras et Léon Daudet. Il s'agit là d'une pensée qui adhère à une représentation statique du monde. Cette pensée défend un Ordre Eternel, contre une représentation dynamique, pour laquelle tout état est transitoire.

La vision cyclique de l'histoire, par les partisans de l'Ordre Eternel, admet le changement, mais à la condition de le concevoir dans un cycle qui promet son retour. Car l'Ordre Eternel est sacré. Il s'inscrit dans un plan divin - ou cosmique - et il faut donc y croire, en le considérant comme intangible. Ceux qui subvertissent le plan divin sont donc des matérialistes qui nient le sacré.

Telle est la pensée des thuriféraires des vieilles valeurs qui rejettent l'idée de progrès. Il n'est pas demandé à la vérité d'être vraisemblable. Il lui est simplement demandé de convenir. Il n'est pas demandé à la vérité d'être vraie, il lui est demandé d'être satisfaisante. Pour cela, il faut la réviser. Alors, s'installe une vérité ou une parole de substitution, confortées par l'idéologie dominante.

L'âge d'or à venir est celui de la fin des démocraties, du retour des monarchies, de l'abandon des droits de l'homme au profit des droits de dieu, en un mot, celui du triomphe de l'église catholique romaine (même si, pour certains, l'église de Jean doit triompher de celle de Pierre).

Il faut donc opposer à nos mystères d'autres mystères, à nos références antiques pré-chrétiennes, d'autres références aussi anciennes. D'où l'émergence d'ésotérismes où "Occident" - ou "le Nord" - sont les lieux de la lumière. A la lumière qui vient de l'Orient s'oppose naturellement celle qui vient de l'Occident. Et même si fascisme et intégrisme ont une vision sensiblement différente de l'âge d'or, cette démarche est commune au fascisme néo-païen, à certaines formes de néo-celtisme, à certains groupements catholiques intégristes et même à une certaine maçonnerie néo-johaniste.

La liberté ou la soumission au destin

"La première caractéristique de la modernité a été en quelque sorte inaugurée par la Révolution française lorsque le Tiers Etat s'est proclamé souverain et a donc dérobé au Roi de droit divin, c'est à dire à Dieu lui-même, la souveraineté. C'est alors que l'individu, concept ignoré auparavant, est né. C'est l'acte révolutionnaire dans son essence suprême et dans sa radicalité absolue. Tout le reste est secondaire. La démocratie est née ce jour là, dans le traumatisme d'une solennelle et éclatante rupture.

L'Islam, on le sait n'a même pas connu une réforme. C'est à dire que la place de Dieu dans la cité, de la religion dans le pouvoir, de l'Eglise (ou de ce qui en tient lieu) dans l'Etat, cette place demeure toujours indiscutée, même lorsque les consultations électorales sont organisées.

La deuxième caractéristique de ce qu'on appelle aujourd'hui la modernité, c'est tout simplement la civilisation industrielle. On sait d'ailleurs que le terme d'"intégrisme" a été pour la première fois formulé pour condamner les incidences de l'industrialisation sur les mœurs.

Ce dont les intégristes ont toujours fait le procès, c'est finalement l'usage d'une liberté abandonnée à l'homme. Abandon blasphématoire à leurs yeux, puisque cette liberté n'appartient qu'à Dieu. Et la philosophie de cet intégrisme islamique rejoint tout naturellement - terrorisme en plus - celle des traditionalistes français du XIXème siècle, lesquels ont dénoncé dans la Révolution, l'optimisme aberrant et irresponsable qui a consisté à faire confiance à l'homme. Islam veut dire : soumission à Dieu ...

Il s'agit du heurt de deux conceptions métaphysiques : celle qui inclut la Liberté et cette autre qui se soumet au destin".

Jean Daniel - Nouvel Observateur du 4.10.2001.
 
                                                                                                                                               
Maj 12 12 09 *

Par Eusthenes - Partager     - Communauté : Franc-maçonnerie
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