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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 11:03

"La morale n'a pas changé ...
"Ce qui a changé, c'est qu'on ne l'enseigne plus"...
 


Ethique et morale

Les termes "éthique" et "morale" désignent ce qui a trait aux mœurs, au caractère, aux attitudes humaines en général et, en particulier, aux règles de conduite et à leur justification. On réserve plutôt, sans qu'il y ait accord sur ce point, le terme "éthique" au problème du fondement de toute morale et à l'étude des concepts fondamentaux, tels que bien et mal, obligation, devoir, et le terme "morale" à l'analyse des phénomènes moraux concrets. La morale apparaît d'abord, et légitimement, comme le système des règles que l'homme suit (ou doit suivre) dans sa vie aussi bien personnelle que sociale.

Vus ainsi, le problème moral et les problèmes de la morale, constituent le centre de toute réflexion, puisque toute entreprise humaine, est soumise à la question de savoir si elle est justifiée ou non, nécessaire, admissible ou répréhensible, en accord avec les valeurs reconnues ou en contradiction avec elles. Mais, puisque ces règles ne sont pas les mêmes pour différents individus, époques, civilisations, sociétés, la question se pose de savoir comment découvrir un vrai bien et une vraie morale, en niant l'existence d'une morale absolument vraie et, partant, universelle, en ce qu'elle obligerait tous les êtres humains.

Nous proposons donc, pour distinguer entre "éthique" et "morale", de réserver le terme d'éthique pour tout le questionnement qui précède l'introduction de l'idée de loi morale et de désigner par morale tout ce qui, dans l'ordre du bien et du mal, se rapporte à des lois, des normes, des impératifs.

La vie morale

Il n’y a pas une morale, mais des morales, l’ensemble des morales constitue la moralité, c'est à dire le champ philosophique de toutes les morales. La première moralité étant d’ailleurs de vouloir et d’accepter une morale. Car le terme de morale fait l’objet de définitions différentes selon le point de vue à partir duquel on envisage les choses. 

D’un point de vue déontologique ou opératoire, une morale est constituée par un ensemble de références qui permettent, tout d’abord, d’opérer la distinction entre le bien et le mal, ensuite de fournir à l’homme des règles de conduite pour sa vie quotidienne, enfin, de mieux vivre ensemble.

La vie morale de l’homme a ainsi trois caractéristiques. Tout d’abord, elle s’exerce à la fois dans les domaines de la réflexion et de l’action : "Agis en homme de pensée et pense en homme d’action" - Henri Bergson. Ensuite, la vie morale concerne l’individu et vise le collectif. Enfin, la vie morale conjugue des règles générales et leur mise en pratique quotidienne. Elle ne se borne pas à la définition de grands principes, mais consiste essentiellement à leur mise en application dans chaque moment de la vie de tous les jours.

La crise morale
 

Face à la double crise morale de notre société : crise des fins (perte des valeurs de référence) et crise des moyens, il serait dérisoire de gémir sur la faillite de nos institutions. La société ne prétend plus à l’éducation. Elle produit et distribue des biens et des services et ne réclame en échange qu’un simple bulletin de vote au citoyen, au moment de la formalité démocratique des élections. Elle ne forme pas, elle désinforme. Les partis politiques sont devenus la forme moderne de l’esclavagisme, un esclavagisme mental. Les religions chôment.

Le constat sur l’école est terrifiant. Un enchaînement de bonnes intentions et de calculs intéressés, a délité, en une trentaine d’années, ce qui fut l’un des meilleurs systèmes éducatifs au monde et qui, de l’aveu même de son ministre actuel, "est devenu un système éducatif qui génère de l’exclusion". Ceux qui sont nés dans la rue, désormais y restent, avec les conséquences que l’on connaît. Les médias, (presse, télévision, Internet), la "jet-set", la mode, sont les vecteurs et les modèles de l’aliénation mentale de l’homme, en démontrant par l’absurde la primauté de l’argent et du pouvoir - Avoir - ainsi que celle de l’apparence - Avoir l’Air, le mannequin brésilien Ana Reston meurt d’anorexie à 18 ans - sur l’existence véritable - Etre

Faut-il proposer une nouvelle morale ?

"La morale laïque, c’est-à-dire indépendante de toute croyance religieuse préalable et fondée sur la pure idée du devoir, existe ; nous n’avons point à la créer. Elle n’est pas seulement une doctrine philosophique ; elle est devenue, depuis la Révolution française, une réalité historique, un fait social, car la Révolution, en affirmant les droits et les devoirs de l’homme, ne les a mis sous la sauvegarde d’aucun dogme. Elle n’a pas dit à l’homme : Que crois-tu ? Elle lui a dit : Voilà ce que tu vaux et ce que tu dois ; et, depuis lors, c’est la seule conscience humaine, la liberté réglée par le devoir, qui est le fondement de l’ordre social tout entier". Jean Jaurès - 1892.
 

A l’existence de Dieu près, la morale enseignée alors par le curé était la même que celle enseignée par l’instituteur socialiste. Elle était alors porteuse de valeurs potentiellement universelles, comme le progrès, la dignité, la solidarité. Elle comportait toutefois une part aveugle, une part d’impensé : l’égalité politique entre les hommes et les femmes, le suffrage universel pour les femmes, la critique à l’égard de l’Etat républicain, la valeur morale suprême de "mourir pour la patrie", qui a servi à gagner une guerre, dont les souffrances qu’elle a suscitées ou permises, ont épouvanté les Français. Aujourd’hui, nous sommes entrés dans une période où la morale n’a pas disparu, mais est devenue une morale d’instinct et d’émotion plus que de raison.

Une première réflexion pourrait être menée du côté d’un élargissement de l’universalisme des connaissances enseignées. Une autre réflexion pourrait être menée à propos de la manière trop rigide avec laquelle on aborde le rapport connaissance - croyance. Il est certain que nous vivons une situation difficile qui tient aussi à la fin des certitudes et à la fin des croyances qui soutenaient l’éducation laïque. S’agissant de l’islam, il semble que nous vivons aujourd’hui une situation de fascination stigmatisante qui nourrit les fantasmes de la peur, d’un côté comme de l’autre. Et la situation du professeur Redeker, montre bien que la société s’est endormie sur l’idée que la liberté était un bien définitivement acquis.

Alors, une Morale Laïque nouvelle ou adaptée est-elle souhaitable ? La réponse est Non ! Si on en fait une Religion Civile. Non ! Si le "droit de l'hommisme" devient une caricature des Droits de l'Homme. Non ! Donc, si la Laïcité devient une orthodoxie, avec ses fonctionnaires installés. Car la Morale Laïque ne peut être un orthodoxisme. Mais, en tant que source morale, libérale et démocratique, elle peut constituer l'une des meilleures chances de solutions à offrir pour l'instauration d'une société ouverte et pluraliste. La réponse est donc : Oui, si la crise actuelle sait déboucher sur un nouveau Pacte Laïque qui permettrait le mariage des différences, tout en préservant l'Unité de la Nation.

Fondements d’une morale laïque

Le concept d’une Morale laïque ne va pas de soi, puisqu’il est défini par deux mots qui sont de nature très différente. Le mot "laïque" est d’ordre institutionnel et juridique. Il se réfère à ce que l’homme fait. Le mot "morale" est d’ordre philosophique et concerne ce que l’homme est derrière ce qu’il fait et qu’il extériorise. Il semble toutefois possible de définir le contenu d’une Morale Laïque qui serait, à partir d’un ensemble de notions institutionnelles et juridiques, un état d’esprit, déterminant les conduites à tenir.

Il deviendrait dès lors possible d’envisager que ces notions et les règles qui en découlent deviennent une Morale. La devise de la République est : Liberté, Egalité, Fraternité. La morale laïque que nous proposons, considérée comme une morale parmi d’autres, se fonde naturellement sur ces trois valeurs essentielles pour distinguer ce qui est bien et ce qui est mal, en permettant la libre existence de l'Individu, tout en assurant la cohésion sociale.

L’Individu

La première valeur de base est l'Individu : "Agis de telle sorte que tu traites l’humanité comme une fin et non comme un moyen" - Kant. Il s’agit bien là d’un fondement commun à toutes les morales contemporaines, où l’individu est considéré comme une fin et non simplement comme un moyen. C'est l'affirmation "du caractère sacré de la Personne humaine, de la primauté absolue de l'Individu" - Emile Durkheim. Tout être humain possède des droits imprescriptibles et sacrés (Constitutions de 1958 - Droits de l’Homme de 1789).

La Morale Laïque est donc un Humanisme, au sens donné par Albert Memmi : "L’Homme d’abord, tout l’Homme, tous les Hommes", mais pas au sens de l’Union Internationale Humaniste et Ethique, pour laquelle l’Humanisme est une attitude de vie non-déiste (Pays Bas). L'Egalité signifiant que nous sommes "Tous uniques, tous différents, tous égaux". Dans la devise républicaine, la primauté de l'Individu correspond au mot : EGALITE.


Le Libre Examen

La deuxième valeur de base est le Libre Examen. L’article X de la déclaration des Droits de l’Homme de 1789 dit que : "Nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi". Chacun dispose donc d'une Liberté absolue de penser. "Contraindre cette Liberté est une injustice, la supprimer est un sacrilège" - Rabaud Saint-Étienne. L’autonomie de chacun constitue un impératif fondamental :
"Agis en toute circonstance de manière à cultiver l’autonomie d’autrui et la tienne se développera en même temps" - Jean-François Malherbe (1987).

Le Libre Examen refuse le principe d'autorité ainsi que tout dogmatisme qui impose une fois pour toute, ce qui est vrai, ce qui est bien, ce qui est beau. Le Libre Examen est la base de la liberté absolue de conscience qui fonde l'autonomie de l'homme. Dans la devise républicaine, il correspond au mot : LIBERTE

"Ce qu'il faut sauvegarder, ce qui est le bien inestimable conquis par l'Homme à travers tous les préjugés, toutes les souffrances et tous les combats, c'est cette idée qu'il n'y a pas de vérité sacrée, c'est à dire interdite à la pleine investigation de l'homme, c'est cette idée que ce qu'il y a de plus grand dans le monde, c'est la liberté souveraine de l'esprit ; cette idée que, dans l'univers, l'humanité est une grande commission d'enquête dont aucune intervention gouvernementale, aucune intrigue céleste ou terrestre ne doit jamais fausser ou restreindre les opérations, cette idée que toute idée qui ne vient pas de nous est un mensonge ; que jusque dans les adhésions que nous donnons, notre sens critique doit toujours rester en éveil et qu'une révolte secrète doit se mêler à toutes nos affirmations et à toutes nos pensées". Jean Jaurès – 1895 – Discours à la Chambre des Députés.

La Cohésion Sociale

La troisième valeur de base est la Cohésion Sociale. La Laïcité a permis de fonder et de cimenter la République Française en créant un lien social qui n’était plus de nature religieuse. Et ce lien devenait beaucoup plus fort si, au-delà d’une valeur législative, il constituait une valeur morale. La Cohésion Sociale se fonde sur la tolérance réciproque et le respect mutuel, instituant la primauté de certaines valeurs du groupe devant lesquelles doivent s'effacer les exigences individuelles.

D’après Régis Debray : "La démocratie est la libre expression de tous les individualismes et de tous les communautarismes. La République est de même nature, mais l’individu s’efface à l’occasion au profit du groupe". Il s'agit donc d'un juste équilibre entre les Droits et les Devoirs de chacun. La Morale Laïque est ainsi une Morale du Devoir. Elle n’est pas une morale du plaisir. La Cohésion Sociale est le fondement du mieux vivre ensemble. Dans la devise républicaine, elle correspond au mot :
FRATERNITE.

Principes d’une Morale Laïque

Une Morale Laïque n'a pas à trancher la question de savoir si la conscience morale de l'homme est d'origine naturelle ou divine. Elle doit être "agnostique". Une Morale Laïque doit être fondée sur la Raison, en se référant au progrès scientifique qu'elle doit intégrer à son profit. Ce qui peut lui permettre de constater l'absurdité du racisme et l'immoralité de l'utilisation des pratiques irrationnelles, notamment lorsqu'elles constituent une violation du Respect de l'Individu. Elle doit être "rationnelle". Tout est en devenir.

Une Morale Laïque doit manifester une large ouverture d'esprit et conserver une grande modestie. Les choses valent ici et maintenant. Leur portée universelle est incertaine. Elle doit être "dynamique". En considérant comme principe l'Egalité des sexes et comme valeur de base le fait que l'être vivant est sexué, l'excision, par exemple, ne peut être admise. Une Morale Laïque s’autorise donc à considérer que toutes les cultures ne sont pas acceptables, puisque certaines ne sont pas objectivement défendables.

Elle doit être "équisexe". Considérant l’Individu et la Paix comme des valeurs fondamentales, une Morale Laïque est non violente. L’absence de laïcité se manifeste largement dans le monde par l’exaspération des communautarismes qui transgresse l’interdiction de l’utilisation de la violence dans les rapports sociaux. Une Morale Laïque doit donc être "pacifiste". Elle se fonde sur la primauté de l'Etre Humain et non sur celle de l’environnement. L’homme s’occupe de la nature, qui passe toutefois après lui-même. " Le sacrifice d’un ours polaire pour nourrir une famille d’esquimaux est légitime. Le sacrifice d’un ours polaire pour vêtir une parisienne est immoral " - Hubert Reeves. Plus qu'écologiste, une Morale Laïque doit donc être "Environnementaliste".

Enfin, une Morale Laïque doit être "tolérante", mais non complaisante : La complaisance consistant à tolérer l'intolérance ou la dialectique des intégristes, qui fondent leur liberté sur la tolérance de leur intransigeance par les autres : "Tout ce qui est à moi est à moi et tout ce qui est à toi est négociable". Une Morale Laïque doit donc être vigilante et fondée sur l'exigence d'une réciprocité. "Pour être ordinairement ouverte et libérale, la Laïcité doit savoir se montrer à l'occasion combative : il n'y a pas opposition mais complémentarité entre ces deux aspects" - Jean Baubérot. Car, la tolérance peut être une arme létale contre l’intelligence.

Conclusion : La morale n’a pas changé

Ce n’est pas la révolution qui est à réinventer. Elle s’accomplit, puissamment, mais pas comme le conçoivent les révolutionnaires : un moment exalté de l’histoire. C’est l’éducation qui est à réinventer. Une éducation qui permette à l’homme de conquérir et d’aimer sa liberté, de découvrir librement les valeurs permanentes qui fondent notre existence et notre société. Au fond, la morale n’a pas changé. Ce qui a changé, c’est qu’on ne l’enseigne plus.

Toute la richesse de la solidarité s’est perdue en la transformant en assistance, avec tout ce que cela peut comporter de paternalisme. Le rapport à la médecine a complètement changé aussi. Elle qui prolongeait la vie est suspecte aujourd’hui de prolonger la mort. Il reste cependant impératif d’éviter que les religions prétendent imposer des normes à la société civile. Il faut conserver une extrême vigilance, notamment au regard de l’Europe, car il y a des pays comme l’Allemagne dans lesquels l’église surplombe la société civile.

Il faut donc que soit clair, pour tous, le principe d’une diversité de réponses possibles aux questions de sens et que les religions ne sont pas les seules détentrices des réponses à ces questions.

 

MAJ 30 11 2010  *

 

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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 05:00

Vous ne toucherez jamais avec trop de scrupules à cette chose délicate et sacrée qu'est la conscience de l'enfant ... " Jean Jaurès - circulaire aux instituteurs -

JeanJauresLe refus par l'Etat de toute sujétion envers les églises équivaut au sens large à la laïcité. La doctrine de la laïcité de l'Etat a pris naissance en France où elle a été élaborée de la manière la plus systématique et la plus  homogène. Elle s'est développée principalement face à l'église catholique à cause de la centralisation et de la rigueur des dogmes de cette église. Mais si l'Etat ne sourait abandonner la sauvegarde de l'ordre public, la conscience personnelle ne saurait, elle, abdiquer devant César. Antigone et Créon en ont témoigné chacun pour son compte.

Le gallicanisme

C'est Jésus Christ qui, le premier, pose le principe de la distinction entre les domaines spirituel et temporel : "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu". Mais César refuse de reconnaître son incompétence en matière spirituelle et les chrétiens sont persécutés pendant trois siècles. En 313, Constantin reconnaît la liberté du culte et en 380, Théodose se convertit au christianisme. Par décret impérial, Jésus est proclamé seul et unique fils de Dieu et le christianisme devient, par l'édit de Thessalonique, la religion officielle de l'Empire …

Devant l'effritement de l'Etat, l'église, seule force de cohésion du Moyen Age, implante alors son emprise sur le temporel. Mais le Prince proteste et l'affrontement est parfois violent. La lutte entre le sacerdoce et l'empire connaît de nombreux épisodes et les conflits entre le pape et le Roi de France commencent en 1300 avec Philippe le Bel.

C'est à partir de cette époque que l'on commence à parler des libertés de l'église "gallicane" dont les règles font que le Roi de France a une autorité de fait, sinon de droit, sur une église elle-même désireuse de s'affranchir de l'autorité pontificale. Les oiseaux de l'Ile sonnante de Rabelais - Papegaut, né des Cardingaux, des Evêgaux, des Prêtregauts, eux-mêmes nés des Clergaux, oiseaux migrateurs venant de l'autre monde - en sont un exemple typique dans la littérature de la Renaissance.

La révolution française, avant d'être irréligieuse, est avant tout gallicane. Le flambeau est vigoureusement repris par Napoléon. Et il faut se replacer dans l'atmosphère du temps pour mesurer ce que comportait de nouveau le concordat conclu par Pie VII avec Bonaparte. Par la reconnaissance du gouvernement consulaire, ce traité rompait l'alliance séculaire de l'église et de la monarchie légitime : Bonaparte, élu par le peuple, se trouvait légitimé, et, par là, étaient consacrés les principes de 1789 sur l'origine de l'autorité de la nation. Pendant tout le XIXème siècle le gallicanisme continue à se manifester.

La séparation des églises et de l'Etat

Dès le XVIème siècle, une réaction de tolérance se manifeste contre les abus de l'église, à qui l'Etat ne refuse pas, à l'occasion, l'appui de son bras séculier. Mais une équivoque marque cette campagne. On y trouve le meilleur et le pire : souci authentique du respect de l'homme, mais aussi irreligion et discrimination entre les hommes. Voltaire proteste courageusement dans l'affaire Callas, mais il veut "écraser l'infâme". On définit d'Alembert comme un fanatique à rebours. La Déclaration des Droits de l'Homme est tolérante et libérale : "nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses" (article 10).

Mais l'irréligion l'emporte assez rapidement. La persécution s'abat sur le clergé. Les massacres de septembre 1792, les cultes de la Raison et de l'Etre Suprême sont une véritable entreprise de déchristianisation qui finit par s'arrêter, par lassitude des uns, écœurement des autres. Le christianisme a survécu. Mais l'irréligion n'est pas morte et l'attitude de la papauté par ses dogmes et ses encycliques, ne cesse de lui fournir des armes.

Suite à la rupture des relations diplomatiques entre la France et le Vatican, et à la dénonciation du concordat, la loi sur la séparation des églises et de l'Etat est votée le 9 décembre 1905. Il n'y a plus, désormais, de cultes "reconnus" avec statut privilégié de droit public et les églises sont soumises au droit commun des activités et institutions privées.

Deux conceptions irréductibles

ClemenceauDès l'installation de la Troisième République, ce sont des "laïques" - le terme commence à être employé - qui conserveront la majorité au Parlement et exerceront longtemps le gouvernement : Gambetta, Jules Ferry, Clemenceau, Waldeck-Rousseau, Combes, Viviani, qui sont en communion d'idées entre eux et avec des penseurs comme Lavisse, Buisson, Littré, Fouillée, Macé.

La franc-maçonnerie, initialement "déiste", se laïcise très largement à cette époque et devient propagandiste de l'idéologie laïque. Sa conception de la laïcité - qu'on appelle aujourd'hui le laïcisme - a pour constante essentielle l'anticlériaclisme avant tout. C'est à dire l'hostilité de principe au clergé avec, chez certains, des nuances rationalistes, positivistes, scientistes et athées.
Mais il ne s'agit pas d'une doctrine personnelle à ceux qui la professent. On veut en faire la doctrine officielle. La République, comme telle, doit être laïque. "L'idée laïque renferme une conception philosophique qui porte sur l'indépendance et la capacité de la raison". Et c'est cette conception que la République doit faire triompher.
Clémenceau
Elle ne peut y réussir qu'au détriment du Christianisme. Viviani dit en 1906 : "Nous nous sommes attachés à une œuvre d'irréligion. Nous avons arraché la conscience humaine à la croyance. Nous avons éteint, dans le ciel, des lumières qu'on ne rallumera pas". Il se trompait sur le résultat mais le but poursuivi était clair. Ainsi, peu à peu, inexorablement, un nouveau dogmatisme s'est substitué à l'ancien et deux conceptions deviendront désormais irréductibles l'une de l'autre.

L'école Laïque

JulesFerry.jpgPour instaurer la laïcité, on se sert des institutions, en instituant la laïcisation de l'école et la séparation des églises et de l'Etat. "La guerre entre nous n'est pas dans les chemins creux. Elle est dans l'école", dit Clemenceau. "La neutralité de l'école a toujours été un mensonge", dit Viviani qui ajoute : "Nous n'avons jamais eu d'autre dessein que de faire une université antireligieuse, de façon active, militante et belliqueuse".

Le père de l'école laïque, c'est Jules Ferry (lois de 1882 et 1886). Il pourchasse les congrégations religieuses et s'écrie : "Il faut choisir, citoyens. Il faut que la femme appartienne à la science ou à l'église". Et il confie à Jean Jaurès : "Mon but, organiser l'humanité sans Dieu". Pourtant, l'école qu'il institue est neutre : "Vous ne toucherez jamais avec trop de scrupules à cette chose délicate et sacrée qu'est la conscience de l'enfant ..." - dit-il dans une circulaire célèbre aux instituteurs qui, dans leur immense majorité, suivent cette ligne de conduite.

Le libre exercice des cultes

La séparation des églises (catholique, en particulier) et de l'Etat, est dans la doctrine de "l'église laïque". Combes voit en elle : "Le terme naturel et logique du progrès à accomplir vers une société laïque, débarrassée de toute sujétion cléricale". Pour Arthur Ranc, cette séparation n'est qu'un moyen. Le but final, c'est la sécularisation complète de l'Etat par l'anéantissement du pouvoir de l'église. Pour Fernand Buisson :
"Il s'agit de détacher de l'église la Nation, les familles, les individus".

L'apogée de l'anticléricalisme français est atteint en 1904, avec Combes qui vient de s'illustrer dans l'application, aux congrégations, de la loi de 1901, avec un sectarisme méprisable et attristant. Cependant, le projet (très combatif) de séparation des Églises et de l'État rédigé par Combes n'aboutit pas. Après son départ du ministère, Aristide Briand est l'artisan de la loi qui est votée, le 9 décembre 1905. Elle contient, au contraire, des dispositions libérales : respect de la liberté de conscience, du libre exercice des cultes et de l'organisation interne des religions (bien que la structure hiérarchique du catholicisme soit considérée par certains laïques comme antirépublicaine), mise à la disposition gratuite des différents cultes, d'édifices religieux publics.

 Mais la République ne reconnaît plus aucun culte, et il n'est plus question que tel ou tel d'entre eux bénéficie de fonds publics (sauf pour de rares exceptions). Et le dialogue, s'il y en a un, sera désormais un dialogue de sourds entre des dogmatismes inconciliables. Car, si le christianisme a survécu, la "foi laïque" n'a pas déposé les armes.

Une idée neuve pour le XXIème siècle

Dans le respect de l'héritage du légitime combat pour la laïcité, la question qui se pose aujourd'hui est la suivante : au début de ce nouveau millénaire, devant l'explosion technologique et les mutations inéluctables de la société, devant le terrorisme intégriste qui menace nos démocraties, la laïcité doit-elle garder le masque de ses meilleurs combattants, dans les aspects les plus caricaturaux de leur intolérance et de leur sectarisme ? La liberté absolue de conscience permet à chacun de bien réfléchir à cette question, avant d'y apporter sa propre réponse, en restant, en tout état de cause, responsable de ses objectifs.

Car la laïcité reste le seul dénominateur commun des différentes conceptions de la Démocratie. Ne pourrait-on alors considérer que le véritable combat ne se situe plus aujourd'hui dans les chemins creux des vieilles querelles de la guerre scolaire ? Que les conciles définissent la foi religieuse, édictent leurs dogmes et proclament leurs excommunications. Que la défense de la laïcité s'attache à définir et à promouvoir les principes qui puissent rassembler toutes les forces vives des démocraties pour la défense des valeurs qui permettent de vivre.

La Laïcité reste donc une idée neuve pour le XXIème siècle. Lorsqu'elle sera vécue comme un humanisme tolérant, généreux, fondé sur l'amour des hommes, de tous les hommes, "Libres, Egaux et Frères", alors, la nouvelle "foi laïque" pourra constituer une réelle espérance pour l'avènement d'un monde meilleur.


 

MAJ 30 11 2010  *

 

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26 février 2008 2 26 /02 /février /2008 09:01
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MAJ.29 10 2014
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26 février 2008 2 26 /02 /février /2008 08:30
 


La situation des apôtres me paraît assez claire … Je ne crois point qu'ils disaient ou savaient tout le vrai ; et eux-mêmes pouvaient bien sentir que ce qu'ils pensaient était encore misérablement confus, incomplet, incohérent. Mais ils avaient reçu le coup terrible ; ils avaient entrevu que rien ne tiendrait contre le vrai, quel que fut le vrai ; ils avaient aperçu la somme de pensées agréables qu'ils leur faudrait peut-être abandonner. Peut-être ce grand doute les dépouillait déjà ! Remettre tout en question. C'est se démettre de toute préfecture. C'est se soumettre à toute vérité mendiante …

Ainsi les apôtres, soudain frappés de pensée, s'en allèrent mendiants. Ils manquaient d'expérience ; et la grande lumière n'éclairait plus rien.
Il y a une vérité de l'ordre, une vérité des pouvoirs, un ajustement, une obéissance ; mais sans aucun tyran. C'est à chercher et à trouver.

Telles sont les pénibles suites de cette première imprudence, penser.

Alain - Octobre 1930 - Propos - Gallimard -
Bibliothèque de la Pléiade (Tome 1 - p. 969).

 

 

MAJ 30 11 2010  *

 

 

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