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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 14:24

Film anti-maçonnique de 1943.

  

FOaffiche

Avec la défaite de 1940 et dès l'entrée des allemands dans Paris, les loges sont perquisitionnées et pillées. Un décret frappe de nullité la Grande Loge de France, le Grand Orient De France et tous les groupes affiliés. Cette interdiction s'accompagne de violentes campagnes dans la presse et le cinéma sur le thème du complot judéo-maçonnique. Les Francs-maçons et les juifs sont désignés comme les responsables de la défaite et le film antimaçonnique "Forces Occultes" sort dans des salles des Champs-Élysées, puis est projeté dans des cinémas, en complément des actualités.

  

Le scénario de ce moyen-métrage de cinquante minutes a été réalisé par deux ex-frères : Jean Marquès-Rivière et Jean Mamy (sous le pseudonyme de Paul Riche). Ces hommes se sont tournés du côté des nazis dès 1941 et se sont dépensés sans compter pour éliminer toute résistance au régime de Vichy. Marquès-Rivière fuit la France dès la fin de la guerre sentant que ses positions ne lui éviteraient pas la peine capitale. En effet, il fut condamné à mort par contumace.

  

 

Le film

 

Un jeune député se fait remarquer par ses interventions fougueuses et patriotiques, par lesquelles il renvoie dos à dos communistes et capitalistes, tous exploiteurs du peuple. Ses collègues maçons lui proposent d'entrer dans leur obédience, il accepte. Mais il comprend vite que la franc-maçonnerie, alliée aux juifs, est un univers de combines obsédé par son pouvoir. Pacifiste et cosmopolite, elle a préparé la victoire de l'Allemagne. Il la quitte, mais la loge lui envoie deux tueurs qui le blessent. Sa femme le soigne et le sauve.

 

Sur cette trame, deux anciens maçons, Paul Riche, metteur en scène, et Jean Marquès-Rivière, scénariste, ont réalisé le seul film entièrement antimaçonnique de l'histoire. Commandité par Vichy, il connut un grand succès face au Tout-Paris, le 9 mars 1943. Des acteurs connus (Maurice Rémy, Boverio, Marcel Vibert) étaient à l'affiche, ainsi qu'une débutante prometteuse, Gisèle Parry. La presse collaborationniste lui assura un retentissement national.

 

Le film se veut réaliste. Il s'agissait de faire vrai en rendant le faux vraisemblable. Des scènes tournées au Palais-Bourbon (fermé) et prétendument au Grand Orient de France (interdit) lui donnent l'air de vérité que ses promoteurs recherchaient. Au peuple humilié par la défaite, on désignait les vrais responsables de l'abaissement de la France. Il fallait les punir.

 

Les physionomies caricaturales et antisémites, les lumières, une séance d'initiation, des parlementaires ridiculisés, font de cet ouvrage l'instrument que les pétainistes souhaitaient pour raviver la thèse du complot judéo-maçonnique, vieux cheval de bataille de l'extrême droite et des conservateurs religieux. Et liquider définitivement la République.

  
                                      

 

  

A propos de Forces occultes

 

Editions Véga - René Le Moal

 

Avec Jean-Louis Coy et Jean Robert Ragache

Images Olivier Moulaï et Maurice Lafourcade

 

 


Forces occultes, le complot judéo-maçonnique au cinéma (DVD)
envoyé par editions-tredaniel. - Regardez les dernières vidéos d'actu.

 

 

Le livre et le DVD

 

Enfin en librairie, cette œuvre devenue historique pourrait figurer au palmarès des outils de propagande utilisés par les régimes totalitaires. Regarder le film et le faire voir est une nécessité pour tout humaniste, même au prix du malaise et de l'indignation qu'il suscite encore. Dans son livre, Jean-Louis Coy démonte les ressorts de la machination et, dans le bonus du DVD, Jean-Robert Ragache évoque avec lui cette période où le mensonge valait vérité.

 

 

 

FOlivreForces Occultes n'est pas et ne sera jamais un film banal ou insigni-fiant. Sulfureuse par son parcours chaotique de 1943 à nos jours, nocive par son idéologie, cette pellicule sans prétention artistique n'a vieilli que par le grain, le format ; son dessein n'a pas changé et porte toujours sa marque de fabrique.

 

Est-ce une particularité cinématographique ou un formidable instrument de propagande, au même titre que les mystifications télévisuelles et les autoroutes de l'information d'aujourd'hui, dont la quotidienneté pesante abolit le sens critique, maltraite l'opinion et barbarise l'esprit ?

 

FOdvd

Et si nous réfléchissons plus avant, à travers la vitrine de l'antimaçonnisme, de l'antisémitisme et de l'antiparlementarisme, données évidentes de Forces Occultes, ne distinguons-nous pas les prémices de l'image manipulée, l'ébauche appliquée des messages subliminaux visuels, autant de phénomènes mass-médiatiques si souvent appelés à réprimer la conscience des citoyens et formater leur opinion ?

 

                                                                  JEAN-LOUIS COY - Paris, Prades, décembre 2008

 

Eusthènes, 30 avril 2010                    

 

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16 avril 2010 5 16 /04 /avril /2010 07:30

Dans son audience du 8 avril 2010, la Section Permanente de la Chambre Suprême de Justice Maçonnique a constaté la régularité des initiations des Sœurs auxquelles les Loges incriminées ont procédé et enjoint le Grand Orient de France de procéder à l'inscription administrative de (ces) Sœurs à l'état J de leurs loges respectives.


Liberté des Loges


Considérant que :


Le Règlement Généra! du Grand Orient de France, dans son article 24, consacre la prérogative de chaque Loge en matière d'initiation, et seulement de la Loge :

 

"... Chaque groupe [de Francs Maçons] constitue l'Atelier bleu ou symbolique fondamental, dénommé Loge, qui initie et permet exclusivement de participer à la vie maçonnique",


L'article 25 dudit Règlement Général consacre pour sa part la souveraineté des Loges du Grand Orient de France à se gouverner librement :

 

"Les loges maçonniques du Grand Orient de France se gouvernent librement. Elles ont droit de discipline sur leurs membres et sur tous les Francs Maçons assistant à leurs travaux. Elles doivent toujours être consultées sur les mesures d'intérêt général maçonnique.",


L'examen des conditions d'admission et d'instruction de la demande (d'admission) est entièrement du ressort de la Loge (articles 76 et 77),


Si (la) souveraineté (de la Loge) s'exerce de façon autonome pour l'appréciation des critères de candidatures, aucune indication ou obligation relative au sexe du profane n'y figure,


Les Loges (incriminées) ont respecté en tous points les dispositions de la Constitution et du Règlement Général du Grand Orient de France,


La Section Permanente de la Chambre Suprême de Justice Maçonnique (a donc) constaté la régularité des initiations des Sœurs auxquelles les Loges incriminées ont procédé.


Le triomphe de l'évidence (? ...)


En conséquence :


La Section Permanente de la Chambre Suprême de Justice Maçonnique a rappelé :


Que la Constitution et le Règlement Général du Grand Orient de France, en l'état actuel de leur rédaction, ne limitent pas la souveraineté des Loges du Grand Orient de France d'initier ou de ne pas initier des femmes,


Et enjoint le Grand Orient de France :

 

De procéder à l'inscription administrative de (ces) Sœurs (régulièrement initiées) à l'état J de leurs loges respectives.

 

Voir :  L'avenir du Grand Orient De France

          Le débat relancé (au GODF)

          Pas de convent extraordinaire (au GODF)

 

A suivre ...

 

Le Conseil de l’Ordre du Grand Orient De France a décidé de faire prochainement appel de la décision du 8 avril (de la Section Permanente de la Chambre Suprême de Justice Maçonnique)

 

Voir :  Je doute

 

"Qu’en est-t-il d’une appartenance à l’Ordre Maçonnique par la voie du Grand Orient de France ? Sans revenir sur les étapes d’un chemin que chaque maçon connaît pour l’avoir parcouru, que penser d’un Ordre qui travaille à la Concorde Universelle et à l’amélioration de l’humanité ? Mais qui consacre l’essentiel de son activité et de son énergie, depuis trois siècles, à secréter des dissensions et des divisions, qu’il s’épuise ensuite à vouloir réduire et résoudre ?

 

Pourquoi faut-il que quelques dogmes, le goût pour certains rigorismes, l’appel de la chicane, le besoin de s’affirmer, le goût du pouvoir, disperse les énergies qui se consument en vain dans l’illusion et la vanité ? Entrant en maçonnerie, on m’a initié dans l’Emotion, déclarant derrière Platon qu’il n’y a rien à enseigner. Mais que l’Amitié et la Fraternité permettaient de franchir les épreuves".
 

Voir :  Du masque au miroir - (Le voile)

 

"Avec la disparition progressive du voile, c'est sans doute la ritualité de l'a-signifiance qui meurt peu à peu. En fait, ce n'est pas la femme qui se dévoile, c'est plutôt la société civilisée qui incorpore à son discours, les laissées pour compte du discours primitif.

Au Grand Orient De France, l'initiation des femmes et leur participation aux fonctions électives de l'obédience, dans une société plus juste et plus éclairée, dont la franc-maçonnerie revendique la construction, se situerait désormais au niveau du simple bon sens".

 

Eusthènes, 16 avril 2010                    

Suite du sujet   

MAJ 20 11 2010

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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 08:22
 
Le Masque

masqueLes revêtements du visage peuvent apparaître comme les premiers balbutiements d'un discours qui n'avoue pas encore sa réalité. Le masque primitif semble moins être un objet posé dans le social que créé dans la psychose et les pulsions. La Couronne se situerait dans une autre problématique en contribuant à la manifestation du moi et en substituant aux pulsions, la promotion du surmoi. Le Voile, enfin, interviendrait pour nier le moi, en le renvoyant à l'a-signifiance des individus, non concernés par le discours.

Avec sa bouche bée et ses yeux sans regard, le masque peut jouir, au cœur du système primitif, de significations différentes selon qu'il est le visage d'un esprit, d'un défunt, d'un animal, même si ces significations cachent un sens unique plus profond. Plusieurs mythes sur l'origine des masques rattachent la naissance ou la décou-verte du masque à la consommation ou à l'interdit de l'inceste. Cette fusion culturellement impossible d'un autre à l'autre est ainsi souvent présentée comme l'origine du masque. A de rares exceptions près, le masque est fabriqué, porté et interprété par les hommes. Il s'oppose par là aux phénomènes de possession, qui seraient plutôt féminins. Selon de nombreux mythes, les masques auraient été inventés par des femmes, à qui les hommes les auraient achetés, puis confisqués ou tout simplement  interdits.

Le masque jaillit du vide qui sépare le sujet de l'objet. Mais il prend, en sortant de ce vide, deux visages différents tout aussi figés l'un que l'autre dans la mort. Le premier de ces visages est d'ordre psychotique, comme s'il avait plongé dans le vide, à la recherche de l'autre, perdu et en revenait les yeux hagards et la bouche bée.
Le second visage du masque est celui du discours social qui ne plonge pas dans le vide, mais qui a peur. Voici que le corps se sent mal dans sa peau et cherche à se couvrir de la peau des autres ...
 
Le voile
 
Le voile intervient pour nier le moi et le renvoyer à l'a-signifiance des individus non concernés par le discours. (Celui à qui son corps n'appartient pas est un esclave). Le voilement des femmes, largement diffusé par l'Islam, est caractéristique du système primitif. La société occidentale n'a d'ailleurs abandonné que très récemment l'usage du voile de la mariée, du voile de deuil, ou celui de la voilette souvent substituée au voile. Dans la liturgie chrétienne, les femmes doivent porter un voile, alors que les hommes doivent rester découverts.

 

voile

 
Il ne s'agit donc pas du voile traditionnel des épouses ou des veuves. Car c'est bien la condition féminine elle-même qui est concernée. Et le voile de la religieuse, symbole de la mort au monde, se présente comme l'héritier du voile primitif, dont l'a-signifiance cache tout le possible de l'autre. Ainsi, les communautés chrétiennes construisent-elles leur identité sur l'a-signifiance de la femme. L'affirmation du discours masculin est ainsi obtenu par le renoncement de la femme à son propre discours. Et derrière le voile de l'a-signifiance, caution du silence féminin, le discours masculin cache son reflet, en l'occurrence le corps de la femme, en se préservant ainsi d'une douloureuse remise en question. Mais l'obsession du discours masculin doit être tenace, pour que, de nos jours, on impose encore le voile, miniaturisé en mouchoir, aux touristes féminines, qui moyennant cette soumission, ont ainsi le droit de circuler dans les basiliques italiennes.
 
Avec la disparition progressive du voile, c'est sans doute la ritualité de l'a-signifiance qui meurt peu à peu. En fait, ce n'est pas la femme qui se dévoile, c'est plutôt la société civilisée qui incorpore à son discours, les laissées pour compte du discours primitif. Cette obsession n'a toutefois pas encore totalement disparu de certaines sensibilités ni de certains discours maçonniques. La non reconnaissance des femmes par les loges pratiquant le Rite Ecossais Anciens et Accepté peut d'ailleurs apparaître d'autant plus déconcertante, que ces loges reçoivent dans leurs travaux, sans que cela semble leur poser problème, des frères affiliés à des obédiences mixtes et donc initiés par des femmes ! Au Grand Orient De France, l'initiation des femmes et leur participation aux fonctions électives de l'obédience, dans une société plus juste et plus éclairée, dont la franc-maçonnerie revendique la construction, se situerait désormais au niveau du simple bon sens.


Le miroir

 

L'émergence du moi


moiLe "stade du miroir", décrit par Freud et repris par Lacan, définit l'expérience par laquelle se consti-tue un sujet. Il représente le moment de l'acquisition d'un processus d'iden-tification de son propre corps. Mais cette expérience préfi-gure l'opposition du sujet et du moi. Dans le "stade du miroir", le moi se constitue en assumant l'image de lui-même qu'il ne trouve plus dans l'autre. Cette image lui est donnée par le miroir où il appré-hende la forme de son corps dans un mirage, image fictive qui constituera, par la suite, le fond, la trame, sur laquelle s'établira tout ce qui sera, pour le sujet, sa relation avec la réalité.

En appliquant la philosophie Hége-lienne à la psychanalyse, Lacan a démontré que pour se reconnaître, en tant qu'être humain, l'homme a besoin de se reconnaître dans un miroir. C'est ce qui donne une valeur symbolique au "stade du miroir" dans l'évolution psychique de chacun. Car il nous oblige à prendre conscience de notre diffé-rence avec l'autre, de nos propres limites ainsi que de la distinction entre ce qui est intérieur et extérieur, moi et autre. Qu'il soit jubilation de l'appropriation de l'image de son corps devant le miroir, selon Lacan, ou bien épreuve douloureuse, pour Dolto, de la découverte de la différence qui existe entre l'image que lui renvoie le miroir et ce qu'il est (ou voudrait être) réellement, le stade du miroir a bien une valeur décisive dans le développement de la personnalité.


L'autre, miroir de soi

 

L'accession à la conscience de soi est tributaire du contact avec un autre être conscient de lui-même. Car la conscience de soi ne peut naître sans l'image qui est renvoyée par le regard de l'autre. Elle ne relève pas du domaine du réel, mais du domaine du symbolique, car elle n'existe pas "en" et "par" soi, mais bien dans la relation à l'autre. Le regard va constituer un concept fondamental puisque c'est lui qui va permettre l'identification au semblable. L'image de mon corps passe par celle, que j'imagine dans le regard de l'autre, ce qui fait que ce regard touche à ce que j'ai de plus cher en moi, donc de plus narcissique. Ainsi, j'ai besoin de l'autre pour me reconnaître, car ce que l'autre veut voir en moi, dépend de ce qu'il accepte ou refuse d'y voir un autre lui-même.

La loge maçonnique est un miroir dans lequel chacun est "reconnu comme tel". Mais paradoxalement, ce miroir  montre à chacun ce qu'il est, ce qu'il ne veut pas être, ou même ce qu'il voudrait ne pas être. Dans le cabinet de réflexion, éclairé par une simple bougie, le candidat se trouve face à un miroir (et un crâne - autre miroir) porteurs de l'injonction : "regarde-toi tel que tu es" (et tel que tu seras). Et le second miroir, qui lui est présenté à la fin de la cérémonie de réception, dans la loge illuminée, lui renvoie successivement sa propre image, "émergence du moi", puis le regard de son parrain, "reconnaissance par l'autre", renouvelant ainsi, dans le processus de l'initiation maçonnique, l'expérience fondamentale du "stade du miroir".

 

Eusthènes, 7 mars 2010                    

 

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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 15:50

1 - Paroles dégelées

RabelaisLa tradition fait naître François Rabelais en 1394 à la Devinière, à une portée de fusil de l'Abbaye de Seuilly, où il acquiert les premiers rudiments scolaires. Il trace dans Gargantua une joyeuse satyre de ses  premières études et de la théologie scolastique qui lui a été infligée au cours de son noviciat de moine franciscain. Après avoir jeté son froc de moine pour prendre celui de prêtre séculier, Il se fait inscrire à la faculté de Médecine de Montpellier. Puis il part à Lyon, comme médecin, à l'Hôtel Dieu de Notre Dame de la Pitié du Pont du Rhône. Mais son poste de médecin et ses recherches de savant lui rapportent peu. Il n'est donc pas riche.

En lisant les Chroniques du Grand et Enorme Géant Gargantua, il songe alors qu'il s'est vendu en deux mois plus d'exemplaires de ce petit livre qu'il ne sera acheté de Bibles en neuf ans et qu'il écrirait lui-même sans grande peine un ouvrage du même billon. Il Les Silènes de Rabelais * Les Silènes de Rabelais ** prend donc comme héros le fils même de Gargantua, qui vient d'avoir tant de succès. Ainsi naît Pantagruel ...

Paroles dégelées


"J'ai lu quelque part, qu'un philosophe nommé Pétron pensait que plusieurs mondes se touchaient entre eux et formaient un triangle équilatéral au centre duquel se trouvaient le séjour de la Vérité, ainsi que les représentations de toutes les choses passées et futures ... Il me souvient aussi qu'Aristote pensait que les paroles volent et sont donc animées. Aussi, lorsqu'elles sont prononcées par un rude hiver, elles gèlent, se transforment en glace, et personne ne les entend plus. Ainsi, ce que Platon enseignait aux jeunes gens le comprenaient-ils à peine au soir de leur vie ... Il conviendrait donc de nous demander si nous nous trouverions ici dans un lieu où de telles paroles peuvent dégeler".

C'est ainsi que Rabelais nous raconte, au chapitre LV du Quart Livre, comment Pantagruel entendit en haute mer diverses paroles dégelées ... Voici donc un livre qui n'est pas l'œuvre d'un bouffon, ni d'un farceur trivial, mais bien celle d'un génie raffiné qui raillait le genre humain et la crédulité de ses espérances. Un génie, qui pour découvrir l'idéal humaniste, avait affranchi sa conscience du pouvoir millénaire de la pensée médiévale, en prenant délibérément position sur la rive opposée de la culture officielle, en se mettant toutefois à couvert sous le masque du carnaval et de la folie, comme il le fait assez bien comprendre lui-même dans son prologue :

"Les Silènes étaient jadis de petites boîtes comme on en voit à présent dans les boutiques des apothicaires et sur lesquelles étaient peintes des figures amusantes et frivoles et autres images semblables, pour inciter les gens à rire, à l'instar de Silène, maître du bon Bacchus. Mais à l'intérieur, on conservait de précieux ingrédients comme le baume, l'ambre gris, l'amome, le musc, la civette, les pierreries et d'autres choses de grande valeur ... A votre avis, pourquoi ce coup d'envoi ... C'est (parce) qu'il faut ouvrir ce livre et peser soigneusement ce qui y est exposé. Vous verrez alors que ce que ce que vous y découvrirez, est bien d'autre valeur que ne le promettait la boite ...". - Prologue de Gargantua.

Là où il ne trouve pas encore, Rabelais entrevoit, promet, dirige. Il est l'un des créateurs de la Nouvelle Littérature et probablement le plus démocratique de ses chefs de file, visant à un rejet de toute forme d'intolérance et à la primauté essentielle de l'Homme, par le respect de son éminente dignité et de sa féconde Liberté.

Un géant du rire

Mais, que peut-on dire de sérieux sur Rabelais dans notre langage sérieux ? On ne saurait parler de lui quand on ne parle pas comme lui. Et seul Coluche aurait osé dire quelle partie de lui-même Grandgousier se chauffait à un clair feu de bois, ou celle que Gargantua avait inventé de se torcher d'une manière révélatrice. Alors, que faire d'un géant du rire, dont le langage est la substance et l'ivresse ? Que faire de celui par qui le scandale arrive, mais qui seul, avec Molière peut-être, soutient la comparaison avec quelques géants étrangers ? Et surtout, comment aborder une réflexion sur Rabelais avec un regard résolument tourné vers le futur ? Peut-être en se demandant pourquoi il est impossible d'éviter de réfléchir son propre portrait dans le miroir qu'est par définition un chef-d'œuvre. Car il n'existe aucun lecteur sérieux qui n'ait trouvé, dans les silènes, autre chose que sa propre image. Voilà qui place l'œuvre de Rabelais au cœur du véritable étonnement philosophique, au chapitre des miroirs ...

Et l'on peut se demander si la question du miroir n'est pas précisément la question fondamentale de la littérature.  Car la véritable question est bien de savoir comment est construit un chef-d'œuvre, en forme de miroir. Et l'on essayera donc d'observer comment le miroir est construit, en tant que lieu spéculaire des métamorphoses de notre propre moi symbolique.

Je ne bâtis que pierres vives

Ainsi Rabelais décrit-il lui-même ceux à qui ses livres sont dédiés : "Les beaux bâtisseurs de pierres mortes ne sont pas écrits dans mon livre de vie. Je ne bâtis que pierres vives, ce sont les hommes" ... Ainsi le rôle de l'œuvre est-il d'engendrer ses propres lecteurs. Et Pantagruel, géant de la soif, engendre une soif inextinguible : "Et n'ayez pas peur que le vin manque, comme aux noces de Cana en Galilée, autant vous en tirerez au fausset, autant j'en entonnerai par la bonde. Ainsi le tonneau restera-t-il inépuisable. Il possède une source vive et un courant intarissable ..." - Prologue du Tiers Livre.
   

 

Sources : Manuel de Dieguez - article Rabelais - Encyclopaedia Universalis                                            

 

Eusthènes, 18 janvier 2010                    


                                                                                                                               

 

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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 15:45

2 - L'oracle de la Dive Bouteille

deviniereThélème, l'utopie humaniste

Le long de la Loire, passés Langeais et Bréhémont, à deux lieues de la grande forêt de Port-Huault, se trouve le Pays de Thélème. Thélème ! L'allégorie qui termine le récit de Gargantua, l'Utopie Humaniste qui peut apparaître comme un retour possible à l'âge d'or. Toute la vie (des Thélémites) était régie non par des lois, des statuts ou des règles, mais selon leur volonté et leur libre arbitre. Et leur règlement se limitait à cette clause : 

                     FAIS CE QUE TU VOUDRAS.

Et grâce à cette liberté, ils rivalisaient d'efforts pour faire tous ce qu'is voyaient plaire à un seul. Mais toute grande pensée, tout grand effort se concluent nécessairement par un échec. Sinon, ce serait le signe d'ambitions bien modestes et bien confortables.

Je ne vous citerai pas la liste de tous ceux qui ne sont pas invités à entrer dans l'Abbaye de Thélème. Elle sert en effet trop souvent à ceux qui veulent se donner l'air, sans en avoir l'air, de jouer les coquins affranchis des bons usages en loge et qui démontrent même parfois, par le tracé géométrique du théorème de Pythagore, que la loge est bien un microcosme où tout se passe, sans que rien ne se passe. Je vous citerai plutôt ceux qui sont invités à y entrer par l'inscription qui se trouve sur la grande porte de l'abbaye :

"Entrez ici, vous qui prêchez le Saint Evangile d'un esprit non débile... En ce lieu sont accueillis les Grands de ce monde et les gens simples du Peuple. Vous y serez mes intimes, mes familiers, mes aimables compagnons. Entrez aussi, Dames de Haut Parage, en ce lieu est le séjour d'honneur" ...

Deux siècles plus tard, à l'aube de la Révolution, Condorcet dira :

"Il faut accorder aux femmes une éducation semblable à celle que l'on dispense aux hommes. Le génie féminin ne se borne pas à la maternité. La femme peut accéder à toutes les fonctions. Seule l'injustice et non la nature lui interdit le savoir et le pouvoir" ...

Mais malgré le droit de vote et les déclarations d'intention, il sera sans doute nécessaire, même en franc-maçonnerie, d'attendre encore un certain temps, avant de constater une réelle évolution de certaines mentalités.

L'oracle de la Dive Bouteille.

Je veux me marier, dit un jour Panurge à Pantagruel. Mais faut-il se marier au risque d'être cocu ? Pour le savoir, les deux compères font appel à la divination. Mais ni les dés, ni la Sibylle de Panzoult, ni l'astrologie, la théologie, la philosophie, ni même les fous ne sont en mesure de leur apporter une réponse satisfaisante. C'est donc en désespoir de cause que les deux amis décident d'aller consulter l'Oracle de la Dive Bouteille. Après de longues navigations, racontées dans le Quart et le Cinquième Livres, ils arrivent enfin à l'île désirée. Là, ils descendent sous terre par quatre niveaux et découvrent à la porte du Temple deux plaques portant les inscriptions suivantes :

               "La Destinée mène celui qui consent, tire celui qui refuse" 
               "Toutes les choses se meuvent à leur fin" ...


Dans le Temple, éclairé par une Lanterne admirable, ils sont conduits par la Vénérable Pontife Bacbuc vers une belle fontaine dont l'eau a le goût de vin, selon l'imagination des buveurs. Puis Panurge est présenté devant la Dive Bouteille et c'est alors qu'il reçoit le MOT : "Trinch !". "Tel est, dit Rabelais, le mot le plus joyeux et le plus divin que l'on puisse entendre : "Buvez !" Car boire est le propre de l'Homme. Mais non pas boire simplement et absolument, car les bêtes boivent aussi bien. Car dans ce vin là est caché la vérité et il a ainsi le pouvoir de remplir l'âme de toute vérité, de tout savoir et de toute philosophie".

Le Grand Pan

Leur voyage terminé, les deux amis sont invités à : "Aller, sous la protection de cette sphère spirituelle, dont le centre est partout et la circonférence nulle part, que nous appelons Dieu" - fin du voyage et du Cinquième Livre.

"C'est le Grand Pan, le Bon Pasteur, qui éprouve non seulement de l'affection pour ses brebis, mais aussi pour ses bergers. A sa mort, il y eut des plaintes et des lamentations dans toute la machine de l'Univers. Car selon l'interprétation qui est la mienne ce Pan, très bon et très grand, notre unique Sauveur, mourut près de Jérusalem, sous le règne de Tibère César" - Quart Livre, chapitre XXVIII.

Ainsi, le Grand Pan est mort et il a emporté La Parole. C'est Rabelais qui le dit. Nous pouvons donc le croire sur Parole. "Prenez et buvez"

 

Eusthènes, 18 janvier 2010                    

 

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7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 09:00

 - Le Décret n°2005-1726 du 30 12 2005

 

Comment j'ai perdu mon identité nationale, par Michka Assayas 
  
           Avez-vous lu cette tribune publiée dans le Monde du 30 Décembre 2009 ?
           Non, on ne fait pas un cauchemar, c'est bien la réalité d'aujourd'hui ....


LE MONDE | 30.12.09 | 14h20  •  Mis à jour le 30.12.09 | 14h20   Lire l'article


Extraits

Nicolas Sarkozy écrit que "le sentiment de perdre son identité peut être une cause de souffrance profonde" (Le Monde du 9 décembre). Il ne croit pas si bien dire. L'histoire que j'ai vécue n'a rien d'exceptionnel. Depuis environ quatre ans, elle a touché des dizaines de milliers de nos concitoyens. Le mécanisme est simple. Vous êtes français de naissance. Votre passeport délivré avant 2005 arrive à échéance, vous l'avez perdu, abîmé ou encore vous vous l'êtes fait dérober.

Muni du titre d'identité périmé ou de la déclaration de perte, vous allez à la mairie ou à l'antenne de police de votre arrondissement. Vous remplissez un formulaire. Il vous faut indiquer l'état civil et le lieu de naissance de vos deux parents. Un fonctionnaire vérifie qu'ils sont bien nés en France. Si c'est le cas, il applique la procédure susceptible de vous faire obtenir, après vérifications, un nouveau passeport dit "sécurisé". Dans le cas contraire, il la bloque.

Il y est obligé par le décret n° 2005-1726 relatif aux passeports : vous avez beau être français, né en France, y avoir toujours vécu, travaillé et voté, vous y être marié, y avoir eu des enfants, avoir régulièrement reçu des papiers d'identité, cela ne vous autorise en rien à obtenir un nouveau titre "sécurisé". Si l'un de vos deux parents au moins est né à l'étranger, une nouvelle contrainte vous incombe : fournir la preuve qu'il est (ou était) bien français.

Mais ne croyez pas que, si vos parents se sont mariés en France, qu'on leur y a délivré un livret de famille et des cartes d'identité, cela suffise. Selon les nouvelles règles, cela ne préjuge en rien de leur nationalité ni, à plus forte raison, de la vôtre. Peut-être les administrations anciennes ont-elles fait une erreur ...

Il vous appartient donc de produire un acte d'état civil établissant la source de leur nationalité. Sinon, vous n'obtiendrez pas de "certificat de nationalité française", le seul acte permettant la délivrance d'un titre d'identité "sécurisé". Telle est la situation faite aux Français dont un parent est né à l'étranger : on les met en demeure de prouver par leurs propres moyens que l'administration française ne s'est pas trompée en conférant la nationalité française à ce parent. Sinon, interdit de quitter le pays.

Et ce, en vertu du décret d'application d'une loi que le gouvernement Villepin, dont
Nicolas Sarkozy était le ministre de l'intérieur, a fait voter en 2005 par l'Assemblée nationale. Une loi grâce à laquelle les responsables de l'administration ont enfin la possibilité de remettre droit ce que leurs prédécesseurs, depuis un siècle, voire plus, avaient laissé tordu. Je ne vais pas m'étendre sur mon cas … (Il) est loin d'être le pire.

Des dizaines de milliers de Français ont été mis en demeure de prouver qu'ils étaient français. Des témoignages comme le mien abondent depuis deux ans dans les journaux ou sur Internet : retraitées de l'éducation nationale à qui l'on interdit de rendre visite à des frères et sœurs malades à l'étranger, militaires risquant leur vie pour la France, dont les parents ont eu la mauvaise idée de naître en garnison à l'étranger, considérés comme apatrides, employés d'entreprise que l'on empêche de partir pour l'étranger où un travail les appelle, étudiants qui ne peuvent se présenter à des examens, avocats qui ne peuvent prêter serment.

A tous, tous les jours, on refuse des papiers. On leur interdit de circuler, de travailler, en un mot de vivre, comme tous les Français. Certains voient leur situation débloquée au bout de six mois ou un an, d'autres jamais …

Je ne suis pas juriste. Cela ne m'empêche pas de savoir lire le code civil : selon son article 2, "la loi ne dispose que pour l'avenir ; elle n'a point d'effet rétroactif". Or l'application de cette loi, dont le décret n° 2005-1726 est l'expression, est, de fait, rétroactive. Vous êtes né français, vous l'avez toujours été et, un jour, crac : un service administratif vous notifie que vous ne l'êtes plus, et que, donc, vous l'avez été à tort, et vos parents aussi. Alors que vous n'avez commis aucun crime ou délit. Ce n'est peut-être pas l'esprit de la loi, mais c'est un effet mécanique de son application. Ce déni d'un principe ancestral du droit français ne semble pas troubler certains fonctionnaires …

Dernière question : la loi de 2005 prévoit des exceptions. C'est ce qu'on appelle "la preuve par la possession d'état de Français". En clair, s'il est avéré que votre père ou votre mère ont été français "de façon constante", la loi permet à l'administration de vous délivrer, à titre exceptionnel, un titre d'identité "sécurisé".

Interrogé par des députés de l'opposition comme de la majorité sur cette question, le ministère de l'intérieur semble encourager ces exceptions et des circulaires rappellent aux fonctionnaires qu'ils peuvent user d'un droit d'appréciation personnel et faire preuve de souplesse et de compréhension. Dans les faits, les administrations n'appliquent pas ces recommandations. Elles se montrent d'une rigidité inflexible. Cela mène à une impasse injustifiable ….

Dans les faits, cela équivaut à une forme inédite de ségrégation. Il ne reste donc qu'une solution : faire amender cette loi. Je ne peux pas croire qu'un seul des députés et sénateurs, de tous bords politiques, qui ont voté ce texte ait souhaité instaurer une situation aussi inique au seul nom de la "sécurisation" des passeports. Je ne doute pas qu'ils auront à cœur de la corriger.

                     

Eusthènes, 7 janvier 2010                      

  

 

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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 07:50

1 - La Guerre, pourquoi ?...

La guerre apparaît comme un fait dominant dans l'histoire des hommes. Elle est la violence par excellence : la mort des hommes, les atrocités, les destructions matérielles suscitent l'horreur, la commisération. Les bonnes âmes la dénoncent, la condamnent et mettent la guerre "hors la loi". Elles cherchent des solutions : la Paix pour arrêter la guerre, des Plans de Paix, des Traités de Paix, des Organisations des Nations Unies ou autres S.D.N. pour "empêcher" la guerre. En vain.

Tant de bonnes volontés et d'intentions bienveillantes pour rien. Reste un mystère. Des guerres éclatent, durent, puis s'arrêtent, ici ou là, ou là-bas, dans le monde. Pourquoi ? Comment ? Car, plutôt que de gloser sur la guerre, ses formes ou ses moyens, il s'agit bien de chercher le pourquoi, au-delà des apparences, des buts avoués, des poudres jetées aux yeux et de se demander si la guerre ne serait pas utilisée comme un moyen de gouvernement.

Sept explications classiques pour comprendre les guerres.

On peut retenir, sept explications généralement avancées pour comprendre les guerres. On nous dit que les guerres auraient des motivations économiques, qu'elles résulteraient de conflits d'intérêts soucieux de contrôler des marchés, des sources de profits, d'accaparer des ressources en matières premières vitales, ou des terres fertiles. On pense aux plaines de la Mésopotamie antique, aux rives de l'Egypte, aux terres de la Palestine, aux petites plaines de la montagneuse Grèce des cités ... Des guerres pour avoir à manger. On pense aux mines de cuivre, d'étain, d'argent ou d'or, que les phéniciens ou la Rome antique s'acharnent à contrôler dans tant de guerres. Notre monde n'est pas en reste sur nos anciens, le fer, le nickel, le cuivre, le pétrole, suite sans fin, justifient quantités de conflits armés. Evidences ? …

On nous dit que les guerres auraient des motivations politiques, telles que la volonté de puissance des uns ou des autres, en citant l'empire d'Alexandre, l'empire romain, l'empire napoléonien, l'empire hitlérien. Un homme, un groupe d'hommes, entraîneraient leur peuple dans l'aventure de la puissance pour la gloire et le pouvoir. Evidences ? …

On prétend qu'il y aurait des guerres à motivations passionnelles où s'affronteraient des nationalismes, des patriotismes exacerbés. Les allemands ont cultivé le pangermanisme, les slaves le panslavisme, les arabes le panarabisme. Au nom desquelles passions, les peuples s'affronteraient sans merci ? …

On avance aussi des guerres à motivations religieuses où s'affrontent des croyants qui veulent imposer et répandre la vraie religion avec son dieu, ses livres, ses dogmes et ses prêtres. Les chrétiens catholiques ou protestants y ont sacrifié beaucoup de sang, de foi et d'intolérance soigneusement cultivées. Les musulmans ont su y tenir leur part …

On prétend aussi à des guerres stratégiques déclenchées par souci de se défendre, par avance, face à la montée en puissance du voisin qui menace d'agression. L'Allemagne, en 1914, a prétendu jouer cette corde, la France n'était pas en reste : il était urgent de faire la guerre, car demain il aurait été trop tard, face aux programmes de réarmement des autres ...

On entend encore qu'il y aurait des guerres psychologiques ou ontologiques qui trouveraient leurs causes dans l'agressivité caractérielle des hommes. Les hommes auraient besoin de dépenser leur énergie instinctive d'agression pour se réaliser, ou simplement pour se calmer. On pourrait, dans ce cas, trouver des remèdes à la guerre par des palliatifs qui consommeraient cette énergie, par exemple le judo et autres arts martiaux, ou encore les sports de compétition, ou le football ? …

N'y aurait-il pas enfin des guerres à motivations surnaturelles, guerres fatalité, punition administrée par des divinités à la santé fragile, ou bien mécontentes des hommes ? Grecs et romains et bien d'autres auraient eu ces crédulités. Sans compter les Aztèques, qui faisaient la guerre pour régénérer le Soleil, ou les catholiques qui envoient leurs paroissiens à la guerre pour s'immoler à Dieu et réparer ainsi "le blasphème" …

Autant d'explications - mais il en est bien d'autres - qui paraissent relever d'évidence tant elles sont cultivées, assenées, par ceux qui ont le contrôle des moyens de formation de l'opinion dans l'histoire. Autant d'explications qui laissent insatisfait, tant elles paraissent oiseuses au regard de la gravité des conséquences. Autant de paravents, de leurres, qui incitent à chercher plus loin, des explications plus satisfaisantes et à poser finalement la question de savoir si la guerre pourrait être employée délibérément comme moyen de gouvernement ?

Les (vraies) raisons du recours à la guerre ?

La guerre n'est-elle pas utilisée comme solution à des problèmes de politique intérieure, par des états, des gouvernements - hommes politiques ou classes sociales - affrontés à des situations graves ? La guerre n'est-elle pas provoquée délibérément par des gouvernants pour résoudre des problèmes insolubles par d'autres moyens : problèmes de l'ordre du social, problèmes de pléthore de populations, problèmes de situation dominante d'une classe ou d’une caste dirigeante menacée par une révolution ?

En effet, ou en définitive, la guerre met en cause des hommes qui la déclarent, qui y combattent, qui y mettent fin. Elle n'est jamais qu'œuvre humaine. Comment la responsabilité des hommes pourrait-elle leur échapper ? Car, nous avons des preuves, on pourrait même dire des aveux, rares peut-être, mais d'autant plus probants.

La guerre est sciemment utilisée par des hommes pour régler les problèmes des sociétés qu'ils gouvernent, en dernière analyse et en désespoir de cause sans doute, lorsque toutes les autres solutions ont été tentées. Mais lorsqu'il ne reste que la guerre, on y recourt délibérément …

Ainsi, dans notre moyen âge européen, on n'hésite pas à employer la force guerrière, à mettre en œuvre la violence exemplaire, non contre un ennemi extérieur au pays, mais contre le paysan asservi qui se révolte, réclame en scandale l'égalité et la liberté et devient l'ennemi de l'intérieur avant la lettre, que les seigneurs doivent mater pour préserver l'ordre social qui leur est si profitable.

Les Croisades en sont une application exemplaire. En des temps d'explosion démographique, relativement aux moyens de production de l'époque, on expédie le trop d'hommes, les plus turbulents, les jeunes évidemment, sur le champ de bataille d'Espagne pour reconquérir - vertueuse motivation - la terre chrétienne, sur l'occupant musulman : chantier de huit siècles, qui soulage les villages d'Europe des éléments les plus énergiques, difficiles à intégrer à l'ordre féodal.

Et si le champ d'Espagne ne suffit pas à consommer ces trublions, on ouvre les grandes croisades vers la Terre Sainte, beaucoup plus loin, plus définitif, plus difficile d'en revenir. Si le projet des Croisades était clair, on aurait dû voir les militaires de métier - chevaliers, seigneurs - organiser, conduire les premiers l'expédition armée. En réalité ce sont les pauvres, les enfants, les femmes, des vieillards qui partent les premiers pour ne pas en revenir. Une purge !...

Ensuite seulement, et avec prudence, la classe dirigeante militaire, seigneuriale, religieuse, se met en route. "II est urgent d'apporter en hâte à vos frères d'Orient l'aide si souvent promise et d'une nécessité si pressante. Les Turcs et les Arabes les ont attaqués ... Si vous les laissez à présent sans résister, ils vont étendre leur vague plus largement sur beaucoup de fidèles serviteurs de Dieu. C'est pourquoi je vous prie et exhorte - le Seigneur vous prie et exhorte - les pauvres comme les riches, de vous hâter de chasser cette vile engeance des régions habitées par nos frères et d'apporter une aide opportune aux adorateurs du Christ... Si ceux qui iront là-bas perdent leur vie pendant le voyage sur terre ou sur mer ou dans la bataille contre les païens, leurs péchés seront remis en cette heure, je l'accorde par le pouvoir de Dieu qui m'a été donné." (Foucher de Chartres - Histoire de Jérusalem).

 "Les comtes et les chevaliers songeaient encore à leurs préparatifs, que déjà les pauvres faisaient les leurs, avec une ardeur que rien ne pouvait arrêter ... Chacun délaissait sa maison, sa vigne, son patrimoine, les vendait à bas prix et partait joyeux … On se hâtait de convertir en argent tout ce qui ne pouvait servir au voyage ... Les enfants, les vieilles femmes, les vieillards, se préparaient au départ. Ils savaient bien qu'ils ne combattraient pas, mais ils espéraient être martyrs ..." ( Guibert de Nogent (1053-1124). Les pauvres dans la croisade).

Et s'il reste quelques énervés qui ne comprennent pas et risquent d'ébranler cet ordre social médiéval si fragile, si tendre, on emploie encore l'épée (qui porte l'épée au moyen âge ?) et la violence armée, radicale, pour éteindre la revendication libertaire, au nom de la Sainte Foi, à l'initiative du Saint roi. "Les laïques, quand ils entendent mal parler de la foi chrétienne, ne doivent pas en prendre la défense, sinon l'épée à la main, qu'ils doivent enfoncer dans le ventre du contradicteur autant qu'elle y peut entrer." Saint-Louis (qui fit brûler le nez et les lèvres à un bourgeois de Paris qui avait blasphémé).

 

Cyrille 27 décembre 2009                    

     

 

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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 07:39

2 - La guerre, enfin de l'ordre !...

La Grande Révolution et Napoléon.

Au XVIIIème siècle, la bourgeoisie prend le pouvoir politique, qu'elle arrache des mains de l'aristocratie, avec le concours du peuple qu'elle arme pour l'occasion. Installée au pouvoir, la bourgeoisie craint maintenant les revendications du peuple en arme. Elle n'a de cesse que de le "renvoyer dans ses foyers". "Le peuple est fait pour servir la révolution, mais quand elle est faite il doit rentrer chez lui et laisser à ceux qui ont plus d'esprit que lui la peine de la diriger" (Brissot). Il s'ensuit un quart de siècle de guerres sur le champ de bataille européen, guerres qui apparaissent provoquées délibérément pour résoudre ce problème de politique intérieure.

On voit d'abord le roi des français, Louis XVI, susciter une guerre de l'Europe monarchique contre la France, en escomptant que la défaite de la France lui offrira l'occasion de recouvrer son pouvoir absolu. Il ne s'agit pas là de l'intérêt du pays. Il s'agit là de l'intérêt de sa caste et de sa personne. "Au lieu d'une guerre civile, ce sera une guerre politique ... L'état physique et moral de la France fait qu'il lui est impossible de soutenir une demi campagne mais il faut que j'aie l'air de m'y livrer franchement... Il faut que ma conduite soit telle que, dans le malheur, la nation ne voie de ressources qu'en se jetant dans mes bras" - (Louis XVI).

On voit en 1792 la bourgeoisie qui s'installe au pouvoir déclarer la guerre à l'Europe dans le but énoncé d'y exterminer les éléments les plus dérangeants du peuple français qui l'a mise au pouvoir et qui maintenant se révèle dangereux pour elle. Une guerre étrangère pour rétablir la "tranquillité intérieure" !...

"La guerre est indispensable à l'état de nos finances et à la tranquillité intérieure" (Brissot ministre, décembre 1791) ou " Le sort des créanciers de l'Etat dépend de la guerre." (Narbonne, ministre de la guerre en 1791). Une guerre étrangère pour éliminer le peuple en colère qui, trompé, leurré et manipulé par le bourgeois, menacerait de lui "couper la gorge" …"II faut faire marcher les milliers d'hommes que nous avons sous les armes aussi loin que les porteront leurs jambes, ou bien ils reviendront nous couper la gorge." (Roland, ministre).

Commentaire : en avril 1792, la France révolutionnaire déclare la guerre à l'Europe monarchique qui craint la contagion révolutionnaire. Le Roi espère redevenir, grâce à une défaite de son pays, le monarque absolu qu'il était. Les révolutionnaires espèrent, sous couvert d'une "Croisade de la Liberté" en Europe, purger la France des éléments du peuple armé les plus agressifs en les expédiant sur le front.

La prétendue "Croisade de la Liberté" que la France mène en Europe n'est, de ce point de vue, qu'un leurre qui active les passions et mobilise les troupes napoléoniennes. Il faut de grands desseins pour couvrir des tactiques politiques si égoïstes …

Quant à Napoléon, on sait que sa mission historique est d'avoir "donné à la bourgeoisie le temps et les moyens de s'établir au pouvoir" (Mandrou) en purgeant fermement et radicalement la société française de ses éléments les plus dangereux pour le nouvel ordre social.

Le XIXème siècle

Le XIX siècle génère régulièrement les mêmes menaces pour la bourgeoisie qui gouverne maintenant. L'explosion démographique et l'industrialisation multiplient le prolétariat, contraint à une misère sans précédent et font monter chez les classes possédantes la peur des "classes dangereuses". "Les barbares qui menacent la société ne sont pas - dit-elle - dans les steppes de Tartarie, ils résident dans les banlieues de nos villes industrielles." (Journal des débats - Lyon).

Les purges sanglantes se multiplient à intervalles réguliers, de répressions en répressions : 1830 - 1832 - 1848 - 1871 … Mais elles ne produisent à chaque fois que quelques milliers de morts. C'est nettement insuffisant pour assurer la tranquillité des possédants. On recourt donc systématiquement à la guerre pour purger le pays de ses trublions. "Parmi les moyens propres à dissoudre l'accumulation des prolétaires, que des promesses exaltent et à qui le travail répugne, beaucoup de personnes mettent au premier rang l'avantage qu'on aurait à déverser dans une guerre étrangère le trop plein de la population industrielle." (Le Correspondant - 17 mai 1848).

On part donc en guerre en Algérie (1830), en Crimée (1854), au Mexique. Et pour comble, dans la défaite de la guerre de 1870, face aux Allemands qui occupent en vainqueurs une bonne partie de la France, on jette aux orties et l'honneur et le patriotisme. La bourgeoisie de Monsieur Thiers s'entend avec l'ennemi allemand pour pouvoir mater le peuple de Paris insurgé dans la Commune. Celle-ci est exécutée militairement par les Versaillais en une "semaine sanglante" de mai 1871. La défense de la patrie, face à l'ennemi, passe au second plan, devant l'urgence de régler le problème social et de politique intérieure qui menace la classe dirigeante.

Le XXème siècle

Le XX° siècle ne manque pas à l'appel. La "Grande Guerre" de 14 - 18, dans ses horreurs et abominations, universellement agonies par les bonnes âmes patentées, joue délibérément de cette fonction de purge de société, pléthorique en hommes et en révolutionnaires dangereux, pour l'ordre social dominant. La Russie qui s'industrialise rapidement voit se former une classe de prolétaires qui s'organisent, s'agitent et mettent en cause l'ordre social qui produit leur misère. Le Tsar est poursuivi à coups de revolver par les anarchistes. Devant le danger qui se précise, on cherche une "petite guerre pour arrêter la marée révolutionnaire" en 1904 … On trouve la guerre avec le Japon. Comme dans cette autocratie tsariste l'opinion publique n'a aucun impact sur la vie politique, on ne s'en soucie pas et l'on peut, sans ambages, énoncer le vrai propos de la guerre.

Rebelote en 1914, la Russie se lance dans la guerre européenne en espérant à nouveau y trouver le moyen de mater le mouvement révolutionnaire qui a repris de l'ampleur. "Si la guerre doit être victorieuse, il nous sera facile de dompter le mouvement révolutionnaire." - (Stolypine, ministre de l'intérieur - 1914). Pour l'Autriche-Hongrie, l'évidence s'impose d'elle-même. Ce patchwork de nationalités diverses, soumis tant bien que mal à l'autorité de l'Autriche et de la Hongrie, menace de se déchirer sous la pression des nationalismes serbes excités par le petit royaume indépendant de Serbie. Cet empire, "l'homme malade de l'Europe", selon l'expression d'alors, est miné de l'intérieur et pense trouver la solution à son problème en 1914, en profitant de l'attentat de Sarajevo pour mettre la main sur le royaume serbe. Par la guerre qu'elle déclenche, l'Autriche-Hongrie pense assurer sa survie en contrôlant tout le mouvement serbo-slave. Un problème de politique intérieure délibérément résolu par une guerre extérieure.

Pour L'Allemagne, en 1914, il suffit d'évoquer l'angoisse de la classe dirigeante du pays, bourgeoisie industrielle et financière, alliée à l'aristocratie terrienne, administrative et militaire, devant la montée en puissance de la classe ouvrière travaillée par les mouvements révolutionnaires. Les élections de 1912 donnent 110 députés aux socialistes qui deviennent le parti le plus important du Reichstag, même s'il n'a pas la majorité absolue. La menace du "Grand soir " se précise et le discours de l'Internationale Socialiste angoisse les dirigeants qui cherchent la solution : la guerre est bien venue. Les pangermanistes en cultivent l'idée de façon outrancière : " La guerre est le seul jugement équitable. Elle est la solution naturelle".

La France ne saurait être absente d'un si trouble débat, mais la preuve est plus difficile à administrer car plus rare. Cependant elle existe … En France, où le système politique fait appel à une démocratie de type parlementaire conservateur, reposant sur un suffrage "dit" universel, quoique inégalitaire et restreint aux hommes, l'opinion publique intervient en partie dans la vie politique à l'occasion des élections. La classe dirigeante ne peut pas être aussi explicite que celle de Russie, mais elle a peur de la montée des forces politiques populaires que l'Internationale socialiste agite et qui gagne des parts de la représentation nationale à chaque élection, jusqu'à gagner celles de 1913. La bourgeoisie française qui voit dans ses prolétaires des faubourgs urbains des barbares menaçants, pense qu'une guerre serait bien utile pour la sauver d'une révolution. "L'accord des révolutionnaires vient d'être scellé ... Acceptons le défi et sachons y répondre. La révolution nous déclare la guerre. Seule la guerre nous en gardera. Il nous faut une guerre pour nous sauver d'une révolution" - (Un député en 1914. In Billiet, II leur fallait une guerre).

Vue intelligente certes, puisque la guerre, sous prétexte de récupérer l'Alsace-Lorraine, permit au moins de réaliser l'Union sacrée avec les socialistes, face au danger dans lequel on avait jeté la patrie, outre qu'elle provoqua une ponction de plus d'un million de morts … De surcroît avec la guerre et ses épreuves, l'Ordre revient, et même l'ordre moral chrétien, qui remet en pratique les vraies valeurs inspiratrices de la tranquillité intérieure.

La Guerre, enfin de l'ordre ! ...

MourirS'il subsistait un dernier doute, quant à l'utilisation de la guerre comme régulateur de l'ordre social établi, il suffirait d'en appeler à son Eminence le Cardinal Mercier, archevêque de Malines qui, dans sa candeur insane, ne peut cacher son émerveillement devant l'efficacité du remède administré à une société qui devenait la proie de l'anarchie, de l'irrespect, de l'athéisme ...

"Le vrai dieu était relégué dans l'oubli, méconnu, blasphémé parfois avec éclat par ceux-là mêmes que leur situation chargeait de donner à autrui l'exemple du respect de l'ordre et de ses assises. L'anarchie pénétrait les couches inférieures …

Un coup de foudre ! l'Europe entière tremble sur un volcan (la guerre !) … Des hommes déshabitués depuis longtemps de la prière, se retournent vers Dieu ... Dans l'armée, dans le monde civil, en public, dans le secret des consciences, on prie. Et la prière monte du fond de l'âme et se présente, devant la majesté souveraine, sous sa forme sublime de l'offrande de la vie.

C'est tout l'être qui s'immole à Dieu. C'est l'adoration … La guerre est pour les âmes un agent de purification, un facteur d'expiation, un levier qui les aide à gravir les hauteurs du patriotisme et du désintéressement chrétien".

Son Eminence le Cardinal Mercier, archevêque de Malines,   
in Lettre pastorale de Noël - 1914.

  Cyrille 27 décembre 2009                    

         

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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 16:06

Le vrai pouvoir des francs-maçons
de François Koch (Editions L'Express, 2009)
Préface de Christophe Barbier, directeur de la rédaction de L'Express)
 

François Koch est journaliste à L'Express depuis 1988, spécialisé dans les questions de politique et de société. Depuis 2002, il enquête sur la franc-maçonnerie, dont il est devenu un expert reconnu.
"... François Koch, sans connivence ni ostracisme, sans indulgence ni préjugés, enquête depuis sept ans sur le monde des francs-maçons. Sa puissance, ses évolutions, ses guerres intestines, ses effon-drements et ses renaissances ... Rien ne lui a échappé. Sans antimaçonnisme primaire ni secondaire, mais sans complai-sance ! Tête froide et curiosité ardente, il livre ici l'essentiel de ses enquêtes et une synthèse sur le pouvoir, réel et protéiforme, des francs-maçons. Pour faire le point sur les trois point" ...

             Christophe Barbier, directeur de la rédaction de L'Express

Depuis toujours, les francs-maçons intriguent. Qui sont-ils? Pourquoi si peu de femmes parviennent à entrer en maçonnerie? À quoi ressemblent leurs rituels loufoques? Quelles sont leurs sphères d'influence? En apparence désuet, cet immense réseau de plus de 160 000 membres pèse sur notre monde moderne de manière très organisée. François Koch, mène l'enquête depuis sept ans. Il livre ici des révélations inattendues sur le pouvoir réel des "frères" au sein de notre société. En politique d'abord. De quelle manière les maçons peuvent-ils faire basculer de grandes élections? Être à l'origine de l'élaboration et du vote de lois? Dans la police, la justice, la santé ou la mutualité, leur influence est incontestable. Et, surtout, dans les affaires, via les fameuses fraternelles. Un business structuré et tabou, qui monte en puissance. Réponses dans cette contre-enquête inédite. Dans un second volet, ce livre vous offre les meilleures enquêtes de L'Express sur la franc-maçonnerie en France et en régions.

Extraits :
Sarkosy plus rusé que Royal

 

Dans les années qui précèdent l'élection présidentielle de 2007, les obédiences, et la première d'entre elles en particulier, sont l'objet de convoitises et de tentatives d'instrumentalisation. Ce n'est pas que le contrôle des obédiences donne les clés de l'Elysée, mais leur capacité de nuisance est telle qu'un candidat à la fonction suprême a tout intérêt à ne pas leur déplaire. De ce point de vue, Nicolas Sarkozy dispose de plus d'atouts que Ségolène Royal. En comparaison de la "Madone du Poitou", jamais en manque d'une expression biblique ou d'une attitude christique, le patron de l'UMP apparaît presque plus laïc, donc plus maçonniquement correct. Ce qui est abusif. Sarkozy le déiste a surtout eu le culot de faire écrire par Alain Bauer plusieurs de ses discours. Et l'ancien grand maître du GO l'a fait en les truffant de références à Jaurès, à Blum et à la République comme un refrain ! Un véritable coup de maître qui bluffe plus d'un frère. Manifestement, l'entourage maçonnique de Ségolène Royal ( … ) est loin d'avoir eu l'efficacité d'un Bauer pour flatter les obédiences dans le sens de l'équerre et du compas. Au "maçonnomètre", Sarkozy l'emporte donc haut la main sur Royal.

Mais les frères ont joué un rôle bien moindre à la présidentielle de 2007 qu'à celle de 2002. C'est qu'en favorisant Chirac et Chevènement au détriment de Jospin, ils ont contribué à provoquer le "21 avril 2002", la qualification de Jean-Marie Le Pen pour le second tour. Ils n'en étaient pas fiers. D'où, en 2007, leur plus grande discrétion.

MAJ 20 11 2010

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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 14:06

Le vrai pouvoir des francs-maçons
de François Koch (Editions L'Express, 2009)
 

Extraits : La dissidence du frère frère Tournié
(Article paru dans L'Express, spécial Carcassonne, du 12 mars 2009)

Franc-maçon le plus titré de Carcassonne, ancien grand maître adjoint du GO, il a claqué la porte de l'obédience pour fonder une fédération de loges indépendantes.

En 2002, l'affaire a fait grand bruit au Grand Orient de Carcassonne. L'un des frères les plus titrés de la ville, Jean-Yves Tournié, trente-troisième degré, ancien grand maître adjoint, décide, après trois décennies d'engagement, de rompre avec son obédience. Dans la lettre de démission qu'il envoie au vénérable de la loge Ysatis, le frère Tournié ne mâche pas ses mots: "Je t'adresse ma démission en étant soulagé de ne plus avoir affaire à l'hypocrisie de quelques-uns et au totalitarisme de certains autres ... Le Temple est encore loin !". A l'origine de la rupture : l'utilisation du rite français moderne par le grand-maître d'alors, Alain Bauer pour, selon lui, renforcer son pouvoir sur le Grand Orient. La controverse tourne à l'affrontement. Viscéralement attaché au principe de la "loge libre et souveraine", Jean-Yves Tournié s'insurge contre cette "mainmise", à ses yeux redoutable, du sommet sur la base.

Ancien du Parisien Libéré, ex-patron de L'Indépendant à Carcassonne, aujourd'hui retraité, Jean-Yves Tournié est entré en maçonnerie dans un mélange d'enthousiasme et de fascination. Il a fait ses premiers pas d'apprenti en 1971 dans une loge parisienne, l'Internationale, un atelier progressiste, se souvient-il, composé d'avocats, de médecins, de journalistes, de hauts fonctionnaires. La franc-maçonnerie devient vite l'univers de Jean-Yves Tournié. Il y rencontre des personnages captivants. Après la chute du mur de Berlin, il est de ceux qui vont dans les pays de l'Est épauler la résurrection de la franc-maçonnerie. Le frère Jean-Yves Tournié grimpe dans la hiérarchie. À deux reprises, en 1987, puis en 1994, il devient le grand maître adjoint du Grand Orient. À Carcassonne, à côté de la loge historique des Vrais Amis réunis, il suscite la création de deux nouvelles loges : Cité fraternelle en 1983 et Ysatis en 1984.

La suite de l'article a été supprimée, à la réception du commentaire suivant posté par le frère Jean-Yves Tournié, le 4 janvier 2009 :

"Nous avons quitté le GOTM, dont nous étions les principaux fondateurs, car le président, ancien G.M. du GODF, Simon Giovannaï, a été mis en examen pour escroquerie.

"Plus d'un frère et d'une sœur ont été tellement déçus de constater l'abîme existant entre les discours (et les écrits) et la réalité, que cinq loges libres (trois du Rite Français Moderne de 1783, une du REAA et une du RER) ainsi que le Grand Chapitre Général d'Occitanie-Catalogne-Méditerranée, ont quitté la structure, devenant d'ailleurs de plus en plus structurante.

"Encore une expérience difficile à vivre, mais qui ouvre d'autres horizons à ceux pour qui la liberté de la loge et sa souveraineté ne doivent pas être mises au service de quelques uns, rattrapés par les "affaires".


MAJ 20 11 2010

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