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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 07:49

De la pierre brute à la lumière -

Comment montrer en quelques mots la qualité pré-maçonnique de la pensée de Plotin ? Il faut là-dessus séparer sa morale, en tant qu’elle est méthode, de la vision physique, esthétique et métaphysique qui constitue le fond de la pensée. La morale de Plotin s’exprime comme il se doit aussi bien dans la relation avec soi que dans la relation avec l’autre. Sa morale de la relation avec soi est presque entièrement résumée au chapitre neuf du sixième traité - "Sur le beau" - de la première Ennéade.

Ce texte mérite d’être longuement cité car il fourmille d’énoncés qui seront amplement repris comme enseignement en divers degrés de la franc-maçonnerie : "Reviens en toi-même et regarde : si tu ne vois pas encore de beauté en toi, fais comme le sculpteur d’une statue : il enlève une partie, il gratte, il polit, il essuie jusqu’à ce qu’il dégage de belles lignes dans le marbre : comme lui, enlève le superflu, redresse ce qui est oblique, nettoie ce qui est sombre pour le rendre clair, et ne cesse pas de sculpter ta propre statue, jusqu’à ce que l’éclat divin de la vertu se manifeste, jusqu’à ce que tu voies la tempérance siégeant sur un trône sacré … Es-tu devenu cela ? … Est-ce que tu as avec toi-même un échange pur, sans aucun obstacle à ton unification ? … Es-tu tout entier une lumière véritable ?"  …

En quelques mots, Plotin passe ainsi de la pierre brute à la lumière. Quant à la relation avec l’autre, les valeurs qu’indique Plotin tendent à construire un "lieu sacré" pour l’échange, équivalent à la fraternité pythagoricienne ou à la loge maçonnique.

Avant d’aborder le fond où l’on va le découvrir comme celui qui approfondit le plus, avec une incomparable subtilité psychologique, la réflexion sur les différentes formes de l’amour initiée plusieurs siècles plus tôt dans les dialogues de Platon, il faut indiquer que Plotin se veut un "pédagogue" respectueux et exigeant quant à la relation avec l’autre. "Simplicité, largeur d’esprit, bienveillance, sympathie attentive, tel était le secret de la pédagogie plotinienne" - (P. Hadot : Plotin, ou la simplicité du regard). D’où la façon dont il voit le Bien : "Le Bien est plein de douceur, de bienveillance et de délicatesse. Il est toujours à la disposition de qui le désire" - (Ennéades V, 5, 12, 33).

La franc-maçonnerie ne peut avoir d’autre ambition. Aucune contrainte, totale liberté, essentielle générosité d’être. Plotin accepte d’accueillir quiconque à son enseignement et demande à ses auditeurs de prendre l’initiative des questions. Mais il ne laisse pas faire, ni dire n’importe quoi : "notre philosophie recherche la dignité, non l’arrogance : si elle nous donne confiance, c’est une confiance accompagnée de raison, de beaucoup de solide prudence et d’une très grande circonspection" - (Ennéade II, 9, 14, 38).

Sur le fond, il est difficile de résumer la pensée de Plotin, et notamment sa doctrine des "hypostases" et le double mouvement de l’Intelligence divine et humaine entre l’Un et le multiple, d’abord dans la "procession" vers le multiple, puis dans le retour à l’Un. Cependant, sa démarche peut se comprendre par quiconque s’inscrit dans une progression initiatique fondée sur l’inséparabilité de soi et des autres, et la conception spirituelle de l’amour qui en résulte.

On peut dire ainsi que, voyant la beauté des êtres vivants ou de certaines choses inanimées, et ressentant un "transport" en chacune de ces rencontres, Plotin accepta l’idée que tout émanait d’une réalité primordiale indicible. Et il fut convaincu, au contraire de Platon, que cette réalité, loin d’être dans un autre monde - ce en quoi il s’opposa également au dualisme intégriste des Gnostiques - commençait à se manifester dés l’éveil intérieur à une conscience plus large.


Maj 12 12 09 *
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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 17:29

Maître Eckhart, une autre source de la libre pensée maçonnique -

Plotin s’intéresse aux images autant qu’aux mots pour "sortir" ce qu’il pense. En le suivant, on commence à entrevoir ce que toute spiritualité - y compris maçonnique - imagine, plutôt qu’elle ne le pense - à propos de la cause première de toute forme de vie. Y compris la vie de l’esprit, la circulation de la parole. De leur côté, nombre de mystiques religieux et athées n’ont cessé de parler de limpidité, de nudité, d’immobilité à propos du "fond de l’âme", du "fond de soi". Qu’est-ce qui peut sortir d’une réalité parfaitement limpide, nue, immobile comme une eau qui fait miroir ou transparence, sinon une image, simplement une image ?

De fait, en toutes visions spirituelles et symboliques, on en revient à la puissance intérieure de l’image, et à sa puissance communicatrice. Comment oublier en écho que le franc-maçon naît en tant que tel à la suite de quelques épreuves, dont celle du miroir, et ne se laisse reconnaître que par ce qu’il réussit à communiquer ? Comment calmer et polir l’esprit pour qu’il devienne miroir limpide, reflet pur, transparence ?

Plotin parle d’un chemin délicat à suivre à travers différents niveaux de conscience. Il décrit un travail sans fin, une difficile conversion du regard, une sensibilité grandissante à la beauté, à la présence de l’indicible. Il postule la nécessité du détachement de soi. Il dit que l’échec, s’il vient, naît de ce que l’on ne retranche pas suffisamment de soi ce qui n’est pas conforme à l’essence recherchée. Il pointe l’insuffisance des mots, le manque d’humilité, le fait que l’on ne cherche pas la vérité du réel là où elle est la plus "comme une", la plus commune. Cette approche essentielle de la réalité, on la retrouvera chez une autre source surprenante - encore peu reconnue en tant que telle - de la libre pensée maçonnique : Maître Eckhart.

Eckhart von Hochheim (1260 - 1327) est un théologien et philosophe dominicain, le premier des mystiques rhénans. Il étudia la théologie à Erfurt, puis à Cologne et à Paris. Il enseigna à Paris, prêcha à Cologne et Strasbourg, et administra la province dominicaine de Teutonie depuis Erfurt. Poussant à l’extrême la volonté de dénuder la pensée concernant Dieu de toute illusion égocentrique - et ne voulant attribuer à Dieu que l’amour - Maître Eckhart ne va pas dire autre chose dès son quatrième sermon. Il parle du plus intime de l’âme, de ce lieu secret où toutes choses se doivent d’être "présentes et intérieurement vivantes et en recherche" ... Attitude de quiconque veut réellement connaître.

Il demande : "Pourquoi n’en trouves-tu rien ? Parce que tu n’es pas là chez toi. Plus noble est la chose, plus elle est commune ... Le sens, je l’ai commun avec les animaux. Et la vie, je l’ai commune avec les arbres ... L’être, je l’ai en commun avec toutes les créatures ... Le ciel est plus vaste que tout ce qui est en dessous ... C’est pourquoi, il est le plus noble ... L’amour est noble parce qu’il est commun".

Plotin, puis Eckhart, parlent d’amour et de connaissance, des expériences les plus belles de la vie, et ils disent que ce sont les plus communes. Captivés l’un et l’autre par le lien entre amour et beauté, ils remarquent que, dans l’ordinaire du temps, nous ne pensons être nous-mêmes qu’en nous séparant des autres, en criant : "moi, moi, moi !".

Mais que, dans la contemplation de Dieu, ou devant un paysage sublime, ou bien - étant amoureux - devant l’être aimé devenant tout pour soi, ou bien lorsqu’une œuvre d’art nous pénètre à ce point où nous devenons son mouvement même en perdant conscience de toute autre chose, à ces moments-là nous ne sommes plus conscients de nous, nous sommes la totalité de ce que nous ressentons. Nous sommes Un. A
près, nous découvrons, stupéfaits, que nous étions infiniment plus "nous-mêmes" dans cet oubli, qu’auparavant.

A un autre plan, c’est également - faut-il le rappeler ? - l’expérience rare mais inoubliable de "l’égrégore" des loges qui s’attachent à travailler de leur mieux sur le chantier de l’initiation maçonnique. Le bonheur - "Dieu" - cela vient lorsqu’on se sent inséparé de l’autre et du monde.

C’est à partir de cette expérience accessible à tous et toutes que Plotin justifie l’Un comme fondement de l’Etre. Il l’exprime en langage néo-platonicien. Dans cette même perspective, Eckhart inscrit de façon splendide le riche vocabulaire de la théologie chrétienne médiévale. "Dieu" sort de l’Un par la liberté du "Père", le Père engendre le Fils dans l’égalité la plus absolue, et entre eux existe aussitôt l’Esprit qui est amour. La Trinité Père - Fils - Esprit est d’emblée liberté - égalité - amour.

Là-dessus pourront venir et s’exprimer à leur façon d’autres enseignements, dont ceux - discrets et symboliques - de la franc-maçonnerie. Tous ces enseignements, à commencer par ceux de Plotin et d’Eckhart ont en commun de douter de leurs propres mots. Et c’est toujours, en eux, la quête de la Parole perdue.

Lorsqu’ils parlent, les initiants savent qu’ils vont bientôt devoir se taire, et cela, ils ne le craignent pas. Ils ont découvert que le meilleur d’eux-mêmes a lieu quand ils sont en dehors d’eux, et que leur parole n’est là que pour les transporter au dehors de ce qu’ils sont. Ils ont réalisé que la parole commence par dire "je suis celui qui suis" et finit par reconnaître : "je suis ce que je suis".

Puis, c’est le détachement définitif de soi, le silence. Et c’est dans le silence que la parole renaît : "je suis". La mort n’y peut rien : "mort, je suis celui qui parle sans être là" ...
 


Maj 12 12 09 *
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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 07:16

Une anticipation de l'initiation maçonnique -

Plotin eût de lourdes peines avec le vieillissement, la maladie et la déchéance de son propre corps. Il ne cesse cependant pas de parler de la beauté du corps dans le regard amoureux. Cette beauté est allusive d’une autre. Il parle d’une "beauté merveilleuse (qui le rend) certain alors d’appartenir au monde supérieur". Supérieur, mais non séparé.

Il va plus loin : il s’interroge sur ce qui nous fait si rapidement oublier l’extase du détachement de soi qui intervient dans la vision amoureuse de la beauté du corps et des choses, dans la vision de leur unité. Pourquoi revient-on si vite à ce qui nous rétablit illusoirement, de mauvaise foi, dans une séparation des autres et du monde ? Réponse : nous ne sommes pas prêts à "partir" longtemps. Nous ne voulons pas vraiment voyager.

C’est alors le retour sur des bases fausses mais rassurantes. Repli de l’être qui veut se sentir bien protégé, séparé, "chez soi", distinct. Triche en conscience, jeu avec l’oubli. On éteint le souvenir du "plaisir de se perdre" en ce qu’il eut de départ initiatique

Maître Eckhart se tient sur la même ligne et anticipe lui aussi l’initiation maçonnique. Ce que les hommes ne sont pas capables de longtemps tenir, c’est pour lui la "naissance de Dieu en l’âme". Naissance de la parole, du "Logos". Avec le désir incessant de fixer son identité, tout être humain veut devenir "ceci ou cela" alors que cette naissance de la parole est celle d’une conscience de liberté divine où l’on n’est "ni ceci, ni cela".

Car les hommes ont peur de cette liberté-là, ils craignent que Dieu ne soit pas l’Assureur en dernier recours de leur identité personnelle. Eckhart fait en effet comprendre que Dieu ne dit jamais, ni qui on est, ni qui il est. C’est pourquoi les religions - première forme établie du système des assurances - "créent Dieu dans les croyances", selon le propos infiniment lucide, du côté de l’Islam, du soufi Ibn Arabi.

En instituant leurs religions, les hommes montrent qu’ils ne peuvent pas vraiment accepter que Dieu puisse n'être "ni ceci, ni cela"… Les religions prétendent désirer Dieu, mais c’est déjà mauvaise foi. Eckhart le note : "désirer Dieu sous un mode, c’est désirer le mode, et non Dieu".

Qui est Dieu ? Pour répondre, mieux vaut savoir aussi qui nous sommes. Plotin, déjà, s’était interrogé (Ennéade VI, 4, 14) sur qui l’on est : "Mais nous… Qui "nous" ? Sommes-nous la partie de l’âme qui demeure toujours dans l’esprit, ou bien sommes-nous ce qui s’est ajouté à elle et qui est soumis au devenir du temps ? … Un autre homme s’est attribué à nous et il s’est ajouté à celui que nous étions à l’origine… et ainsi nous sommes devenus les deux, et plus d’une fois nous ne sommes plus celui que nous étions auparavant et nous sommes celui que nous nous sommes ajouté ensuite : l’homme que nous étions cesse d’agir et en quelque sorte d’être présent".

L’insoutenable légèreté de l’être
se dit désormais avec le langage positif des sciences de la psyché. Avec une science qui ne se reconnaît comme telle que si elle énonce des choses réfutables, nous pouvons aujourd’hui choisir d’autres mots convenus pour le dire, la réalité demeure la même.

Remonter à Plotin, quand on est franc-maçon, c’est mieux éclairer la profonde faiblesse "ontologique" qui fait recourir, d’un jour à l’autre, au repli sur l’individualisme, au désir d’accaparer, à l’acceptation de la violence et de la concurrence, à la compensation illusoire avec des avoirs inutiles. Avec, en boomerang, la crainte tout aussi récurrente de perdre tout çà, et surtout la peur atroce de la mort.

Au contraire, remonter jusqu’à Plotin, c’est peut-être pouvoir mieux se rappeler que si vient un nouvel amour, ou une réconciliation entre l’autre et soi, ou que reprenne le sentiment d’une union intime avec les choses de l’univers, d’un coup, on aura moins peur. Ce sera une nouvelle liberté, un espace agrandi pour respirer le parfum de la vie. Et trouver en soi davantage de générosité d’être.
 


Maj 12 12 09 *
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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 07:22

"L'ombre se perdit dans le soleil" … -

L’initiation maçonnique est un voyage, mais la pensée de l’ego fonctionne par rapport à l’océan de l’esprit comme moule accrochée à son rocher. La moule, effectivement, ne va jamais très loin. Et l’on ne saurait dire qu’elle voit grand chose de la mer.

Le franc-maçon, s’il ose voyager, s’il cesse d’être moule, n’aura de cesse de découvrir l’immensité de la mer où il peut voyager librement, sans craindre les épreuves. Il peut voyager par Plotin et Eckhart, ou par bien d’autres. Libre à lui, pourvu que tous aient volonté de liberté, d’égalité, d’amour de ce qui est le plus commun. Et qui est le plus noble et le plus limpide.

Les sources qui mènent à la mer sont innombrables. Elles sont celles de "la négation de la négation", de la négation des limites qui prétendent identifier l’être, comme un policier identifie un coupable.

Le persan Attar - le parfumeur - donna, à la fin du Mantic Uttaïr (Le Colloque des oiseaux) une image aussi simple que belle de la négation de la négation : "l’ombre se perdit dans le soleil, et voilà tout"…

Ce fut à propos de la rencontre finale, après de multiples épreuves, du groupe des trente oiseaux - l’effectif d’une loge - avec le Simorg fabuleux qu'ils cherchaient ensemble. Pourquoi chacun des trente cherchait-il ainsi ?

Plotin le dit simplement (Ennéade VI, 7, 33, 22) : "ce qu’il a ressenti depuis le début, c’était, à partir d’une faible lueur, l’amour de cette immense lumière".

"Soi-même étant la lumière" …


Maj 12 12 09 *
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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 08:18
1 - Des sensibilités très éloignées ... 

Spiritualité et matérialité - 

Les formules mathématiques sont "univoques". C'est à dire qu'elles n'ont qu'une seule signification. Celles du langage ou de la philosophie sont "équivoques" et peuvent en avoir plusieurs. Leur caractère "équivoque" est inhérent à la complexité de la vie. Complexité qu'il est impossible de réduire sans tuer l'essentiel, la substance inséparable de la matière et de l'esprit. "La substance infinie est indivisible", dit Spinoza. Il signifie par là ce qui est "en soi" et "cause de soi" : Dieu, si l'on y croit, ou la Nature, ou comme l'on voudra ... 

"Spiritualité" et "matérialité" s'opposent donc, mais la spiritualité ne peut être confondue ni avec le spiritualisme, ni a fortiori avec le spiritisme. L'adjectif spirituel s’applique lui aux champs de l’esprit : le champ religieux, constitué par un ensemble de croyances métaphysiques réunies au sein d’une foi personnelle, le champ moral, qui est une aspiration à être et à agir selon des valeurs qui dépassent les contraintes matérielles et relèvent d’un domaine que l’on définira comme "sacré", le champ social qui est principalement une qualité d'à propos (ou d'ironie) qui fait dire de quelqu'un qu’il est spirituel.

Toutes ces définitions ne sont pas étrangères à la démarche maçonnique, à condition toutefois de les recadrer dans le référentiel de la franc-maçonnerie. Le Grand Orient de France écarte toute spiritualité religieuse dogmatique comme contraire à la Constitution de l’Ordre. Le principe de la liberté absolue de conscience de la franc-maçonnerie libérale, qui n'interdit à personne de croire, interdit toutefois de faire de la croyance une obligation formelle. Cette position peut même se comprendre d’un point de vue purement théologique (de Boèce à Thomas d’Aquin) : "locus ab auctoritate est infirmissus" (l’argument d’autorité n'est pas recevable). Ainsi, toute véritable spiritualité commence avec la liberté de l’esprit capable de se construire par la raison et l'amour.

L'à propos, n’est pas absent en maçonnerie mais, l'humour, qui est une mise en cause de soi et respect de l’autre, y remplace l'ironie blessante et rejoint ainsi l'aspiration à être et à s’exprimer de façon morale dans le champ social.

Chacun sait bien ce qu'est une aspiration morale, sans toujours avoir des repères très précis sur les définitions du bien commun, de ses fondements, ses limites, ses exigences. Un accord sur ces repères permettrait de résoudre bien des questions sans réponses. Alors intervient l’exigence proprement spirituelle qui consiste simplement à vouloir poursuivre un travail dont on sait qu'il est une quête de l'inaccessible, sur laquelle les maçons s'interrogent et restent encore parfois divisés. Mais pourrait-il en être autrement ?

Si l’on dit par exemple, à propos de l'initiation maçonnique, qu'il existe une spiritualité traditionnelle qu'il convient d'étudier et de proposer, certains francs-maçons opposent que cela revient à se référer à un mythe passéiste et à un mysticisme ambigu. Pourtant les symboles maçonniques et les rituels sont là, non par hasard, mais bien pour inspirer une prise de conscience. Et l'inspiration des rituels (en dépit des différences formelles qui peuvent parfois exister entre eux) témoigne d'une ambition assez claire qui est celle de l'acquisition d’une sagesse, et d’une maîtrise de soi, même si ce fait reste contesté au sein même de la franc-maçonnerie.

Deux formes de pensée

Car la Franc-Maçonnerie, à travers ses diverses obédiences et les différents rites pratiqués par les Loges reflète des conceptions fort diverses et témoigne souvent de sensibilités très éloignées : approche religieuse de la destinée de l’homme et du sens de l’existence pour certains, morale laïque, non dogmatique pour d’autres.

Les travaux présentés en loge relèvent donc de deux formes de pensée. La première concerne les planches consacrées à l'étude des symboles. Celles-ci sont confiées en priorité aux apprentis et aux compagnons, afin de leur permettre une première approche de la spiritualité maçonnique. Elles sont généralement l'expression d'une réflexion personnelle et non, comme cela peut arriver parfois, une compilation de "copiés collés" provenant d'ouvrages "d'un ésotérisme daté" ou d'articles trouvés de façon récurrente à l'aide d'un moteur de recherche célèbre sur l'Internet. On ne récrira pas les causeries initiatiques de Plantagenet qui sont "de leur temps".

Mais des francs-maçons de tous grades s'expriment souvent sur les sujets symboliques, rendant ainsi possible la perception du "secret maçonnique". Car celui qui cherche à s’exprimer du fond de lui-même reçoit alors, dans la loge maçonnique, une écoute privilégiée qui permet des états de conscience incommunicables à l’extérieur. C'est pourquoi la publication de ces travaux ne peut être qu'un simple témoignage pour ceux qui sont eux-mêmes en recherche initiatique.

Pour celui qui entreprend cette démarche, il ne manque pas de textes remarquables dans de nombreux ouvrages dédiés à toutes les formes de recherche spirituelle : religieuse, philosophique, morale et même esthétique. Ces ouvrages, les francs-maçons les consultent pour progresser dans leur labyrinthe intérieur. Ils suivent en ce sens les maximes de l’introspection : la socratique inscrite au fronton du Temple de Delphes "connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux", ou l’alchimique symbolisée par les formules "V.I.T.R.I.O.L." que l'on trouve en entrant dans le cabinet de réflexion ou "I.N.R.I.", le second tétragramme initiatique que l'on découvrira plus tard; sous l'égide de la Rose.

Les rituels et outils symboliques proposés par la franc-maçonnerie deviennent alors des catalyseurs pour une recherche intérieure. Et une perception indicible du "tout autre", initie un nouveau commencement, ouvre un nouveau chemin, dont on prend de plus en plus clairement conscience et qui affecte ce qu'il y a de plus profond en chacun de nous : la connaissance de soi-même, celle des autres, celle du monde, et celle du sens possible de l’existence.

Les frères "pragmatiques" trouvent cette démarche un peu trop abstraite. Francs-maçons vigilants sur le respect des principes de liberté, d'égalité et de fraternité et de laïcité, ils n'ont guère de goût pour les rituels ou les symboles, qu'ils considèrent généralement comme un héritage désuet, encombrant, emphatique, parfois sectaire, surtout lorsqu’ils affichent trop clairement leurs références à telle ou telle tradition. Notamment celles du judaïsme et du christianisme, omniprésents dans nos symboles et nos rituels.

Mais leur tolérance leur permet de s'en accommoder par révérence à l'Histoire. La Loge leur permet alors de se retrouver, d'une façon discrète et fraternelle, entre "frères" qui se sont choisis, et qui peuvent alors échanger sur des sujets qu'ils considèrent plus urgents. Ces frères s'expriment sur un autre registre relatif à l'amélioration de la société, les découvertes scientifiques, les nouvelles technologies, la mondialisation et les mutations sociales qu'elle entraîne, sujets qui n'ont pas un spécifiquement un caractère symbolique.

Ces frères se réfèrent "à la lettre" de la Constitution du Grand Orient De France qui spécifie que "les conceptions métaphysiques relèvent du domaine exclusif de l'appréciation individuelle de ses membres". Ils en déduisent la vacuité de toute méditation sur les symboles, manifestement destinés, selon eux, à l'expression de conceptions métaphysiques de chacun.

Maj 12 12 09 *
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Published by Pierrick - dans Symbolisme
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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 08:06

2 – Une rencontre selon un désir réciproque - 

Symboles
 
Le premier des symboles maçonnique est le "Grand Architecte de l’Univers". C'est au Grand Orient De France que revient l'honneur d'avoir voté la suppression de la référen-ce obligatoire au Grand Architecte de l'Univers. La Franc-maçonnerie n'admet aucune limite à la recherche de la Vérité. Or imposer le déisme, c'est déjà mettre une limite à la recherche de cette Vérité.
 
L'obligation de la référence au Grand Architecte de l'Univers dans les travaux maçonniques a donc été supprimée au Convent de 1877. Depuis lors, le Grand Orient De France est excommunié par la Grande Loge d'Angleterre. Le Suprême Conseil (de la Grande Loge Nationale Française) est depuis lors le seul invité français à ses congrès internationaux, ce qui n'est plus aujourd'hui d'une grande importance. Mais cet acte libératoire du Grand Orient De France marque l'originalité de son action en le plaçant à la pointe du combat de la Franc-maçonnerie française en faveur de la liberté de penser.
 
Un autre symbole maçonnique important est le "Volume de la Loi Sacrée". L'un des critères majeurs de la régularité maçonnique est de travailler sous l'égide des trois grandes lumières de la franc-maçonnerie : équerre, compas et Volume de la Loi Sacrée.
 
A l'origine de la franc-maçonnerie - dans les Loges de Saint Jean - cette loi était symbolisée par le prologue de l'évangile de Jean enluminé sur un parchemin. Puis, il fut remplacé par la "règle aux vingt quatre divisions". Enfin, après l'invention de l'imprimerie, par la Bible, ouverte à la page du prologue de l'évangile de Jean ou au Premier chapitre du Livre des Rois, qui raconte la construction du Temple de Jérusalem par le roi Salomon. C'est sur les trois grandes lumières que le franc-maçon prête solennellement son "obligation", lors de son admission dans la franc-maçonnerie.
 
Le choix de la Bible présentait plusieurs avantages. A l'origine, il ancrait les références de la franc-maçonnerie dans une Tradition immémoriale, permettait de ne pas effaroucher les candidats, et pouvait accessoirement protéger les francs-maçons contre les persécutions.
 
Certains Rites ont conservé cette tradition. Le Grand Orient De France remplace la Bible par le livre de sa Constitution. Certaines loges ont adopté d'autres livres dont l'autorité morale ne peut être contestée (un impétrant de confession musulmane a prêté, dans une obédience chrétienne, son serment sur le Coran - posé sur la Bible, bien sûr …). Quelques loges font même le choix d’un livre dont les pages sont totalement blanches. Mais cette conception de la liberté absolue de conscience peut laisser pour certains, un champ quelque peu appauvri d'une méditation sur le vide en l’absence de toute référence.
 
Une rencontre selon un désir réciproque
 
Le débat sur la spiritualité maçonnique est en fait celui de l’initiation. La maçonnerie peut-elle prétendre avec des épreuves purement symboliques apporter au candidat une réelle initiation personnelle, au sens où peuvent le laisser entrevoir certaines traditions initiatiques africaines qui font réellement franchir aux adolescents, de façon très physique, angoissante et douloureuse, un cap existentiel ? Et les épreuves proposées au candidat franc-maçon sont-elles même réellement nécessaires à son "initiation maçonnique" ?
 
Le rituel de réception au premier degré du Grand Orient De France de 1887 comporte ce propos que le Vénérable adressait au nouveau frère à l'issue de la cérémonie de sa réception :
 
"Frère nouvellement initié, les formes que nous venons d'employer pour votre initiation diffèrent notablement de celles dont nous usions jadis et que vous pourrez encore voir employer dans certaines loges de France ou des pays étrangers. L'initiation se faisait fort simplement dans les loges françaises au dix-huitième siècle. On l'a beaucoup compliquée, au commencement du dix-neuvième, en y mêlant des particularités que l'on croyait empruntées aux initiations de l'ancienne Egypte …
 
On cherchait à éprouver le courage du récipiendaire par des moyens terrifiants … On lui demandait de se soumettre à l'application d'un fer rouge. On réclamait de lui une obligation écrite et signée de son sang. Parfois, on le soumettait à des épreuves plus pénibles encore et plus effrayantes …
 
Vous ne devrez donc pas vous étonner, s'il vous arrive de vous trouver en présence de quelque pratique de ce genre. Vous n'en serez pas troublé, non plus, sachant que le progrès est lent et que l'évolution humaine est complexe".
 
Cent vingt ans plus tard, on peut constater combien ce propos reste d'une étonnante actualité …
 
En réalité, ce n'est pas le fait d’avoir surmonté les "épreuves" de la cérémonie de réception qui fait qu'un profane devient franc-maçon, mais bien la rencontre préalable entre une volonté personnelle d'entreprendre une démarche initiatique et le vote favorable d'une loge en faveur du candidat. A travers une cooptation se manifeste ainsi l’acte fondateur de toute démarche spirituelle : une rencontre selon un désir réciproque.
 
Les rites maçonniques ne sont pas destinés à être des "rites de passage". L’initiation maçonnique propose d’inclure celui le désire réellement, par le silence intérieur et l’écoute des autres, dans une sorte de colloque conduit de façon rituelle, continue et discrète. Une fraternité aussi forte que possible permet d’y développer et d'y construire des échanges entre des personnes qui, sans elle, ne se seraient jamais rencontrées et n'auraient pu ainsi appréhender leurs propres préjugés. Ces "rencontres maçonniques" s’inscrivent dans la longue tradition des entreprises initiatiques collectives. Devenir par soi-même source de réflexion.
 
On trouve une admirable illustration symbolique de cette tradition dans le Mantic Uttaïr "Le Colloque des oiseaux", écrit par le persan Attar. On peut y observer que les trente oiseaux qui, selon Attar, débattent ensemble puis partent, à la recherche du fabuleux Simorg, constituent l’effectif idéal d’une loge. La recherche est à la fois collective et individuelle. Et toute réunion pour un véritable échange de parole est véritablement fondatrice d’une démarche spirituelle personnelle. Le travail en loge se justifie à la fois du point de vue pragmatique quant aux sujets de réflexion traités, mais également du point de vue initiatique, pour que chacun ou chacune puisse se découvrir "inscrit dans une chaîne d'union".
 
Dans cette chaîne, la parole qui circule librement, est comprise selon les multiples résonances qu’elle provoque nécessairement pour les participants et en soi-même. Résonances qui peuvent être aussi bien harmoniques que dissonantes et qui s’achèvent rarement dans un parfait silence. Elles génèrent des ondes qui vont se réfléchir, revenir, poser question, même sur les sujets les plus pragmatiques, les moins métaphysiques.

Prendre conscience de cette réalité permet alors aux frères de toutes les sensibilités de s'exprimer initiatiquement en loge. L’important est qu’ils parlent de ce qu’ils ont "dans le cœur". Ainsi, pourront-ils se "donner lieu" de devenir, par eux-mêmes, source de réflexion.
 
Un enjeu initiatique personnel
 
On peut alors dégager deux niveaux de "synthèses" des travaux en loge. Le premier niveau, notamment sur les "questions renvoyées à l’étude des loges", tend à des compromis laborieux entre des sensibilités souvent très diverses ou des tendances que séparent parfois à peine "quelques nuances de formulations". Il en résulte souvent des productions intellectuelles qui n'ont rien de transcendant et dont l'indifférence générale les condamne rapidement à un oubli définitif. Les "Cahiers de la Liberté" rédigés à l'occasion de la commémoration du Bicentenaire de la Révolution de 1789 en sont un exemple convainquant.
 
Le travail en loge sert davantage à accomplir le second niveau de synthèse, celui qui s’effectue en chaque maçon et ne peut se communiquer qu’au delà des mots. C’est en cela que s’effectue la transmission du "secret maçonnique", dans un rassemblement entre des personnes "libres et de bonnes mœurs" où chacun a conscience d’un devoir personnel, dans l’exercice de l’échange de la parole et de la recherche du premier niveau de synthèse, celui des mots.
 
L’enjeu du second niveau de synthèse, initiatique et purement personnel, est l’unité instantanée avec soi-même en même temps qu'il permet d'exprimer l’échange et l’égalité avec l’autre. Acceptation de sa différence avec l’autre sans peur d’être soi-même différent ou menacé. Unité et réalité d'une double réconciliation, extérieure et intérieure. Double, et obligatoirement provisoire, comme tout geste de la vie et toute rencontre.
 
C'est en cela que la franc-maçonnerie libérale peut proposer une véritable spiritualité à partir de ses réflexions sur les questions sociales et morales. Spiritualité qui va se montrer selon une conception étendue du devoir qui s'impose à chacun, du seul fait d’être capable de parole et d’échange. Spiritualité dont on peut dire qu'elle est à l’égal de celle des religions, qu’elle est "religieuse" non pas au sens "clérical" du terme, mais au sens "étymologique". Par le lien qu’elle crée tant avec l’autre qu’avec soi-même, lien et dialogue impliquant un travail persévérant, passant par le doute et le détachement de toute certitude trop bien "ancrée". Travail à la mesure de ce principe selon lequel nul n'est initié que par lui-même.
 
A condition d'apprendre à écouter les autres et surtout à les aimer "comme ils sont", selon la formule de Jonathan Livingston à Fletcher le Goéland : "Ne les juge pas trop sévèrement. En te rejetant, les autres goélands n’ont fait de tort qu’à eux-mêmes et un jour ils le comprendront … Pardonne-leur et aide-les à y parvenir" -  Richard Bach – Jonathan Livingston le goéland.


Maj 12 12 09 *

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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 08:47

 

Liberté, égalité, fraternité : "Les trois marches du perron suprême" disait Victor Hugo. Peut-on encore accéder à la marche d'en haut sans retomber dans la terreur ou bien dans la niaiserie ? Et comment, au royaume morcelé du moi-je, retrouver le sens et la force du nous ? C'est ce défi, peut-être le plus crucial de notre temps, que Régis Debray s'emploie à relever dans ce livre. Un nous durable faisant toujours référence à une sacralité, séculière ou révélée, il se demande d'abord ce que sacré veut dire, concrètement ; et les droits de l'homme se donnant comme l'expression contemporaine de la solidarité humaine, il ose examiner ce que cette nouvelle religion civile nous fait faire, actuellement. Ce pénible devoir accompli, Régis Debray dégage les voies d'accès à une fraternité sans phrases, qui puissent en faire autre chose qu'un fumigène : un labeur de chaque jour. Dans la conviction que l'économie seule ne fera jamais une société.

Extraits :


Une évasive fraternité continue d’orner nos frontons, sceaux, frontispices et en-têtes administratifs, mais le mot ne se prononce plus guère chez nos officiels, par peur du ringard ou du pompier. Le président de la République se garde de l’utiliser, même dans ses vœux de nouvel an, lui préférant les droits de l’homme. Et quand un préfet plus audacieux le fait résonner le 14 Juillet dans ses pièces de réception, il ne tient pas trop à le voir se concrétiser le lendemain sous ses fenêtres.

Depuis 1848, date de son intronisation dans la triade républicaine, il a perdu son chic et s’est fané. Dans la "sainte devise de nos pères", la petite dernière est devenue orpheline. Pas de statut conceptuel, pas d’entrée dans les dictionnaires de philosophie contemporaine. Liberté d’expression, égalité des chances : le génitif met de l’animation. Les assemblées en débattent, l’intellectuel s’en saisit, l’opinion se fâche. Rien de tel pour la puînée. La fraternité n’a pas de génitif.

En France, c’est une vieille cousine qui s’est fondue dans le décor, mais qui fait tapisserie, et personne ne l’invite à danser. On se souvient vaguement qu’elle tournait tous les cœurs, dans sa folle jeunesse, au XIXe siècle, quand elle courait les barricades et les sociétés ouvrières. Il serait impoli de lui demander de partir, mais ce qu’elle fait encore là, personne ne sait. Les sciences sociales lui tournent le dos, les marchés n’en ont cure, les libéraux lui préfèrent la compassion et nos socialistes honteux la trouvent tocarde. Rares les chercheurs qui acceptent de prendre encore au sérieux un prêchi-prêcha qui n’engage à rien de sérieux.

Quant aux profanes, vous et moi, ils ne savent plus trop si ce mot devenu chez nous flasque et sans arête doit faire sourire ou frémir. S’il faut l’expédier au musée avec le gilet à boutonner dans le dos et le quarante-huitard à spencer et grand chapeau râpé partant organiser à Nauvoo, Illinois, le bonheur de l’humanité, ou bien s’il faut désormais en charger la préfecture de police et tous ceux qui ont un œil sur les frères des banlieues. Qui fera cette traversée jusqu’au bout préférera, espérons-le, se retrousser les manches …

Si la charité a redoré son blason, sa cadette incroyante reste sur les étagères, en vitrine, mais à lorgner de loin. La citoyenneté est un produit de grande consommation, devenu à force inodore, incolore et sans saveur, mais de bon ton et peu compromettant. La fraternité est une essence plus rare, qui se consomme sur ordonnance, diluée et en prises espacées - avec la solidarité de l’État providence - ou bien vaporisée en convivialité, pour de brèves euphories, ou alors, au compte-gouttes, en tête à tête, sous l’étiquette amitié.

Le policier garde de l’estime pour son collègue. L’avocat ou le médecin, pour son confrère. L’ancien élève, pour son condisciple, le footballeur, pour son coéquipier, l’engagé, pour son camarade de régiment, l’ébéniste du Tour de France, pour son compagnon. C’est tant mieux, mais pas assez ...

Il y a des nous sans fraternité, mais il n’y a pas de fraternité sans nous, et c’est l’énigme des appartenances qu’il nous faudra d’abord élucider, pour arracher ses lourds secrets à ce mot-valise, ce mot-relique, ce mot-épave. Sans pleurer à l’enterrement, sans promettre un second souffle. En laissant le lyrisme à de plus doués et la morale à de plus qualifiés ...

En simple artisan médiologue, pour deviner comment ça se tisse, un groupe d’affinités, et comment ça se détricote, au fil des ans. Connaître au plus près, c’est toujours lier entre eux des idées et des événements relevant de planètes différentes. Pour retrouver un objet perdu comme le lien de fraternité, force est de panacher les registres, puisqu’il sert de trait d’union aux domaines religieux et politique. Le curieux qui met son nez dans sa généalogie n’est pas peu surpris d’y trouver du sabre et du goupillon.

C’est en 1790, dans un discours portant sur l’organisation de la garde nationale, que Robespierre proposa d’écrire "fraternité" sur nos drapeaux. Le bas clergé patriote ne manqua pas d’applaudir l’inattendu retour d’un précepte évangélique. La consécration en principe de gouvernement d’une valeur spirituelle qui servait déjà de clé de voûte aux francs-maçons, par cordeliers et jacobins interposés (les couvents franciscains et dominicains ayant donné leur nom aux clubs révolutionnaires), eut pour ressort la patrie en danger. Elle a tourné court avec l’Empire, la Restauration et la monarchie des banquiers …

Et pourquoi, me direz-vous, tous ces tours et détours autour d’une idée vieillotte et quasi moribonde ? Pour ne pas rendre la place ? Oui, mais peut-être aussi pour contribuer au chapitre suivant d’un grand récit d’émancipation qui a couvert deux siècles de notre histoire et dont on peut dire, comme nos amis de l’Éducation sentimentale pour conclure leur odyssée, que "c’est bien là ce que nous avons eu de meilleur". A-t-on le droit de refuser qu’il finisse en queue de poisson ?

Nous n’irons plus planter, c’est sûr, un phalanstère en Icarie, avec un vade-mecum sous le bras, craignant trop qu’un goulag nous attende à la sortie. Mais, pour autant, ni le sweet home ni le tête-à-tête avec l’écran ni la course au rendement n’étancheront notre besoin de chanter à plusieurs, et, au-delà, celui d’appartenir à une lignée qui nous déborde et nous grandisse. Si la gagne et la secte, le trader et le gourou nous rebutent tout autant, reste à chercher la porte étroite d’où pourraient s’apercevoir en perspective les vallons familiers d’une fraternité modeste et sans terreur.

Utopie ? Mirage ? Billevesée ? Peut-être. Tenter de donner couleurs et contours à cette échappée vaudra toujours mieux, cependant, qu’un assemblage de lotissements et de résidences sécurisées, où "l’homme croit vivre et pourtant il est déjà presque mort / et depuis très longtemps / il va et vient dans un triste décor / couleur de jour de l’an / avec le portrait de la grand-mère / du grand-père et de l’oncle Ferdinand" (Prévert). Sans vouloir offenser Ferdinand. Juste pour lui rappeler qu’il y a un monde derrière sa porte blindée, et qui vaut encore le voyage".


Régis Debray - Le moment fraternité - Gallimard


Maj 12 12 09 *
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26 février 2009 4 26 /02 /février /2009 17:15

 

 
Chevalier ou Citoyen dans les hauts grades -

Par référence à ce qu’elle appelle la Tradition, la franc-maçonnerie des hauts grades érige ses membres en chevaliers. Ainsi la franc-maçonnerie crée des chevaliers.

Au XXIème siècle, on rencontre donc, au rite écossais ancien et accepté, des chevaliers d’Orient, des princes de Jérusalem, des chevaliers d’Orient et d’Occident, des souverains princes Rose+Croix, des grands Pontifes ou sublimes écossais dits de la Jérusalem Céleste, des chevaliers prussiens ou Noachite, des chevaliers Royal Hache ou princes du Liban, des chevaliers du serpent d’airain, des chevaliers du Soleil, des chevaliers du soleil grands maîtres de la lumière et grands écossais de Saint-André d’Ecosse et patriarche des croisades, des chevaliers Kadosh ou chevaliers de l’aigle blanc et noir, des grands inspecteurs-inquisiteurs et commandeurs, des chevaliers de Saint-André sublimes princes du royal secret, des souverains grands inspecteurs généraux. Le rite français n’est pas en reste avec ses chevaliers maçons. Bref, objectivement, la franc-maçonnerie génère une aristocratie dans ses hauts grades.

On sait que dans l’histoire, la chevalerie organisée en ordres procède d’une tradition chrétienne concomitante de ses origines. On a pu recenser l’ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem (1099), l’ordre Hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem ou ordre Souverain de Malte (1113), l’ordre du Temple (1118), l’ordre de Calatrava (1158), l’ordre de Saint-Jacques-de-l’épée (1170), l’ordre de Montjoie (1175), l’ordre d’Alcántara (1177), l’ordre Constantinien de Saint-Georges (1190), l’ordre Teutonique (1198), l’ordre de Saint-Lazare de Jérusalem et Notre-Dame du Mont Carmel (1200), l’ordre de Saint-Georges d’Alfama (1201), l’ordre des Chevaliers Porte-Glaive (1202), l’ordre de Dobrin (1216), l’ordre de Sainte-Marie d’Espagne (1272), l’ordre de Montesa (1317), l’ordre du Christ du Portugal (1319), l’ordre de Saint-Georges de Hongrie (1326), l’Ordre Très Noble de la Jarretière (1348), l’ordre des Chevaliers de la Noble Maison de Saint-Ouen ou Chevaliers de l’Etoile (1351), le Très Honorable Ordre du Bain (1399), l’ordre du Dragon (1408), le Noble Ordre de la Toison d’Or (1430), l’ordre de l’Eléphant (1462), l’ordre de Saint-Michel (1469), l’ordre de San Stefano (1561), l’ordre des Saint-Maurice-et-Lazare de Savoie (1572), l’ordre du Saint-Esprit (1578),le Bailliage d’Utrecht de l’Ordre Teutonique (1580), l’ordre Très Ancien et Très Noble du Chardon (1687), l’ordre Royal et Militaire de Saint-Louis (1693), l'ordre de la Légion d’Honneur (1802).

Dès le XIIIe siècle, d’importants princes et souverains ont créé des ordres de chevalerie laïcs, afin d’exalter la noblesse et de perpétuer les valeurs chevaleresques. En réalité, ces nouveaux ordres n’ont d’autres buts que d’asseoir l’autorité des monarques, en regroupant autour d’eux un cercle de nobles dévoués à leur cause. Ces différents ordres vont ensuite se développer, se transformer, jusqu’à devenir bien plus tard des distinctions de mérite ou des décorations, qui n’ont plus aucun rapport avec leurs buts d’origine. Par la suite, à partir du XVIe siècle, des ordres de chevalerie purement honorifiques verront le jour, ne gardant plus qu’un très lointain rapport avec l’idée première de la chevalerie mais constituant une aristocratie.

La chevalerie maçonnique, une discrimination sociale ?

Au XVIIIème siècle, aux origines de la maçonnerie, la chevalerie des hauts grades participe tout naturellement d’une discrimination sociale et politique : "... (La multiplication des Hauts-grades) participait d’un souci de nature élitiste peu compatible avec les principes de bases de la franc-maçonnerie. Force est d’admettre que, précisément en cette ère des Lumières, le développement de ces "hauts grades" correspondait à une certaine réticence de la part des adeptes issus de la noblesse ou du haut clergé à entretenir des rapports fraternels et familiers sur un pied d’égalité avec des membres du tiers état que leur tradition leur avait toujours fait considérer comme socialement inférieurs" -
Robert Kalbach, Aristocratie des Hauts-Grades in L’Ordre maçonnique p. 296.

Ou encore : "La fraction de la société française où la franc-maçonnerie s’est introduite et propagée est étrangère à toute forme d’égalité entre des personnes de rangs différents, et en vérité elle n’a que faire d’une institution qui lui propose de représenter des ouvriers du bâtiment, même s’ils sont hautement qualifiés et travaillent sous l’égide du roi Salomon… La société du XVIIIème siècle est figée en castes, qui se côtoient certes, mais ne se mélangent pas, aussi était-il nécessaire que la franc-maçonnerie française s’adapte à la structure de la société française. La solution adoptée consista à ajouter aux trois degrés venus d’Angleterre une série de grades ou de degrés dotés de titres qui reflètent la situation sociale des adeptes" - Michel Brodsky, préface à Irène Mainguy - Symbolisme des grades de perfection et des Ordres de Sagesse.

 D’autre part, "Ramsay (1735/1736) assignait à l’ordre, de manière péremptoire et sans grande justification historique, des origines templières voire procédant de l’Ordre des Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem. Ce faisant, Ramsay offrait aux francs-maçons français des classes supérieures de la noblesse ou du clergé, une généalogie moins plébéienne que celle d’ouvriers du bâtiment, fussent-ils salomoniens, et simultanément les confortait dans l’aspiration à une maçonnerie des hauts-grades bien plus en accord avec les structures de la société civile de leur temps " - Robert Kalbach - L’Ordre maçonnique.

La tradition chevaleresque en maçonnerie, une sublimation des valeurs ?

La chevalerie est venue à afficher des valeurs qu’elle revendique et porte en étendard au nom du christianisme : "L’ordre de chevalerie, antique et originel, n’a pas d’autre organisation … que le respect exigé de chacun des préceptes religieux et moraux qui fondent l’état de chevalerie : fidélité à Dieu et à l’Eglise, piété, sacrifice de soi, service des pauvres, des faibles et des opprimés, générosité et noblesse du cœur, droiture et loyauté, honneur, respect et service des dames, actions justes au service du droit, du roi ou de son suzerain".

Dans la Franc-maçonnerie moderne, les chevaliers affichent et cultivent ces valeurs : "La Chevalerie est née d’elle-même. Aucun acte souverain ne la créa. Elle est moins une situation qu’un idéal. Au Moyen-Age, cet idéal était celui du christianisme. A la vérité le chevalier est un combattant qui engage sa personne et ses ressources au service d’une cause qu’il considère comme affectée d’un caractère suprême. Porter en soi les qualités humaines de droiture, d’amour du bien, du vrai et du beau, d’ardeur militante et d’altruisme et se dédier corps et âme, au triomphe de la cause qui paraît la plus digne d’être embrassée par l’humanité en quête de perfectionnement, tel est le chevalier" -
 Pierre Mollier, In Souverain Chapitre Métropolitain à l’Orient de Paris.

 "Le XVIIIème s. est un siècle charnière entre la société traditionnelle et la modernité. La maçonnerie des hauts grades va se révéler comme un véritable conservatoire qui préserve dans le huis clos des loges tout un patrimoine symbolique - chevaleresque et hermétique - que la société moderne va balayer ailleurs. Aujourd’hui, beaucoup, notamment parmi les francs-maçons, sont décontenancés par les rituels des hauts grades. En fait, cette matière multiforme et un peu insaisissable ne nous semble pouvoir être comprise que si l’on considère que c’est un véritable cycle légendaire qui s’est constitué en plein Siècle des Lumières. Il faut appréhender ses textes comme les romans de chevalerie du Moyen-âge. De grade en grade, les frères apprennent des secrets nouveaux sur la geste de Salomon, d’Hiram et de leurs disciples : les Grands Élus. Mais, sous un habillage vétéro-testamentaire, le Salomon des Maçons est un proche cousin du roi Arthur. Les Grands Élus sont en fait les gardiens intemporels de la Tradition Primordiale. Les légendes qui sont révélées aux frères, souvent bien éloignées des sources bibliques, sont plus soucieuses d’enseignement symbolique que de cohérence historique ou scripturaire. Au travers de l’histoire mythique des trois temples, Jérusalem est le lieu géométrique - et magique - où se reflète, pour les cherchants, l’espace d’une cérémonie, les grands archétypes spirituels qui hantent la psyché humaine. Aujourd’hui comme hier, les rituels du Souverain Chapitre Métropolitain (Le Rite français) nous invitent à vivre le roman d’une quête qui est d’abord le Roman de Jérusalem" -
 Pierre Mollier ibid. 

Prenons l’exemple du chevalier d’Orient et d’Occident au 17ème grade : "Ce grade évoque l’époque de la naissance de la Chevalerie née au milieu de l’anarchie et de la tyrannie du régime féodal. Elle a consacré le culte des affections généreuses et des sentiments magnanimes. Elle a érigé quelques-uns des principes qui ont relevé l’espèce humaine courbée sous le joug de l’ignorance et de la barbarie : celui de la défense du faible et de l’opprimé ; celui qui adoucit le plus promptement les mœurs : l’amour respectueux de la femme, la générosité qui ne connaît plus d’ennemi quand il est désarmé ou à terre. Elle a valorisé cette maxime qui résume toute la morale : Fais ce que dois, advienne que pourra" - Jean-Pierre Bayard, Symbolisme maçonnique des hauts grades - t. II, p. 70).

Chevalier ou Citoyen ?

La société moderne que la franc-maçonnerie du Grand Orient De France revendique de construire au XXIème siècle peut-elle s’accommoder de tels parangons ? Elle se veut républicaine, laïque, égalitaire en droits, fondée sur les principes proclamés par la Révolution et affichés aux frontons de nos constitutions.

Dès 1791, elle dispose que "Il n’y a plus ni noblesse, ni pairie, ni distinctions héréditaires, ni distinctions d’ordres, ni régime féodal, ni justices patrimoniales, ni aucun de titres, dénominations et prérogatives qui en dérivaient, ni aucun ordre de chevalerie" … que "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits".

Est-il encore judicieux et nécessaire aujourd’hui que cette franc-maçonnerie cultive et entretienne une tradition chevaleresque obsolète à forte connotation religieuse chrétienne et assure la pérennité d’une aristocratie à vocation élitiste inégalitaire ?

Ne serait-il pas plus urgent et utile à son projet de produire des citoyens laïques, armés pour construire un avenir ouvert à toutes les formes de pensée et de culture ?


Maj 12 12 09 *

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Published by Cyrille - dans Franc-Maçonnerie
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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 10:14

choix.jpgII suffit d'être et tout est dit. Le soleil brille, et ne veut rien que sa nature de soleil. Nous voulons ajouter à notre nature des projets, des résolutions, nous nous fixons des objectifs, comme si nous étions en charge du monde, alors que nous ne sommes en charge que de nous-même, et encore !

… En fait, il faut vouloir ce que la vie nous donne, et faire nôtre la destinée qui nous est faite. C'est vouloir et ne pas vouloir tout à la fois. C'est en quelque sorte vouloir ce qui nous assure de nous-même. Gageure difficile à tenir car nous ne parvenons à une vision claire de notre condition qu'après avoir reconnu notre domaine et ses limites. Et ce domaine s'ouvre sur l'infini. … Nous devons élargir notre amour de la vie, jusqu'au point où il enveloppe également notre acceptation de la douleur et de la mort. Est-ce possible par l'intelligence, ou par le cœur? Ou n'est-ce que l'abou-tissement de la dynamique de l'être qui se sépare de la chair pour s'unir à l'univers par l'esprit ? Pouvons-nous nous élever jusqu'à cette plage lumineuse d'où toutes les manifestations apparaissent comme des ombres légères ? …

Parfois, quand nous arrivons tôt au bord de la mer, au moment où le soleil paraît à l'horizon, nous avons le sentiment de toucher à l'éternelle paix des choses. Non pas l'immobile absolu qui s'impose à nous comme l'évidence, mais le mouvement réglé des ondes qui viennent se coucher sur le sable, caressant d'une douce inflexion rythmée les grains qui roulent sous le reflux.

Nous percevons la véritable nature des choses, qui est une lente manifestation de l'éternel, et la douleur ne nous apparaît plus que comme une blessure que nous nous sommes faite à nous-même. Et nous comprenons Dieu. L'expérience seule arme notre sensibilité et par là meuble notre esprit. Mais il nous appartient de lui donner un sens.

Malheur à ceux qui ne vivent que dans l'imaginaire, leurs images s'évanouissent après les avoir abusés. Malheur à ceux pour qui le monde est un fantôme pâle et froid qu'ils tentent de réanimer. Malheur à ceux qui cherchent dans les livres une réponse, et non une question. Il faut affronter le monde dans sa brutalité, c'est la seule façon d'entrer en relation avec l'humanité.

L'homme n'est l'homme que pour l'homme. Je veux dire qu'on n'apprend pas l'humanité hors de la vie. Il n'y a pas d'humanité dont une autre serait spectatrice. Et plus précisément, il n'est pas de geste qui ne soit, sur et pour l'homme, un effet et une promesse, un lien, ou une raison de vivre. Au demeurant, il n'est pas d'être humain qui n'ait reçu, et qui n'ait à donner. Tout va de tous à tous et de tout à tous.

L'admirable, c'est que nul n'est forcé à jouer son rôle avec le sentiment qu'il le joue pour d'autres. Nous apportons, par notre jeu, du seul fait de vivre, notre part à la communauté. Le criminel, hélas ! comme le saint, le peintre qui peint pour se trouver comme celui qui couvre les murs à fresques pour se perdre.

Parfois, j'entends demander ce qu'il faut penser de la condition humaine. La plus simple c'est de n'en rien penser, et d'aller son chemin, avec les illusions, ou le scepticisme qui conviennent à notre tempérament. Car Dieu, ou la Vie, ou l'Univers, peu importe le nom du Tout, ne demande rien que ce qui est.

Notre drame, c'est de prêter des intentions à Dieu. Mais la fin dernière, de Dieu, c'est l'être. En lui l'existence et l'essence sont confondues. C'est nous qui les distinguons parce que nous voulons prouver ce qui ne demande pas preuve. L'Etre. Et c'est là notre faute irréparable. Toute la littérature du monde n'est que pour la faire oublier.

Jean Mourgues
Grand Commandeur du Grand Collège Des Rites du Grand Orient De France
Professeur de Philosophie, principal honoraire,
Initié en 1937, passé à l'Orient Eternel en juin 1990.


Le Choix de l'Homme - une pensée maçonnique au quotidien
Presses Universitaires de France - Août 199
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Maj 12 12 09 *

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Published by Eusthenes - dans Bonnes pages
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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 09:54

L'élargissement des assises culturelles, la crise des valeurs morales, la dégradation de la moralité sociale provoquent de plus en plus des réactions de caractère individuel. La faiblesse de l'enseignement classique, de la formation religieuse s'avère une faille dans l'élaboration de la personnalité. Les hommes et les femmes de notre temps sont à l'affût des solutions qui leur permettraient de restructurer leur vie spirituelle en leur laissant le sentiment de leur libre détermination. Beaucoup se tournent vers les pratiques d'édification en usage en Orient. Mais, en raison de son évolution, l'institution maçonnique offre aux individus de bonne volonté une méthode éprouvée de libération et une possibilité de structuration spirituelle susceptibles de répondre à leur attente. Et ce propos maçonnique a pour but de présenter au grand public éclairé les données fondamentales de l'entreprise de ressourcement philosophique et moral que la franc-maçonnerie apporte à notre civilisation et à notre temps.

La Pensée maçonnique - une sagesse pour l'occident - Extraits :

Ce qui manque, c'est un lieu de rencontre entre les êtres les plus divers. Un lieu et un langage. Un langage et un rituel. Ce qui manque, c'est une structure d'accueil où les rencontres s'établissent non au niveau de l'identité religieuse ou ethnique, ou nationale, mais au niveau de la simple humanité.

Cette structure d'accueil doit être assez vaste pour permettre a ceux qui viennent des horizons les plus divers d'y trouver place. Elle doit être assez restreinte pour que la relation s'y établisse dans un climat de confiance et d'estime réciproque. C'est évidemment la structure de la Loge qui pourrait permettre si elle était étendue à l'échelle de la planète, l'échange profond, la communication essentielle, en même temps qu'elle préserverait l'identité de chacun, et qu'elle veillerait au respect de la différence profane.

Sans préalable, sans autre finalité que la connaissance réciproque et la communication désintéressée, la relation entre les hommes pourrait être établie par-dessus les frontières, par-delà les croyances, en dépit des différences de race et d'éducation. Mais il importe de situer cette communication et ces relations. Un homme n'est jamais pleinement lui-même s'il n'est d'abord nourri dans un foyer et dans un milieu culturel solides et cohérents. La communication entre les hommes n'implique ou ne devrait impliquer ni le déracinement, ni la perte de l'identité. Il convient donc de ménager les approches

... Par ailleurs les conditions de ces approches sont depuis longtemps connues. Pas de préalable doctrinal ou systématique. Un petit nombre de participants choisis soigneusement parmi les personnes les plus ouvertes et les plus représentatives. Une rencontre ordonnée et de caractère exploratoire. Et par-dessus tout, le secret.

De réunion en réunion, la communication s'étend, le rapprochement s'opère, une sorte de tâche d'huile se forme qui couvre bientôt toute la surface dont on veut constituer le tissu subtil et innerver la chair et les os. Qu'attendent les représentants les plus qualifiés des obédiences pour lancer discrètement des invitations, voire pour faire des démarches en vue de provoquer les réunions souhaitables ? Sans exclusive.

La voie que la franc-maçonnerie choisira demain, sans doute l'ignorons-nous. Mais si elle peut conduire a faire du franc-maçon un homme bon, courageux, secourable et un frère pour ses semblables, comme un ami pour lui-même, elle n'aura pas trahi nos espérances. Dès aujourd'hui le devoir commande.

Et si nous trouvons sur notre route des hommes qui n'ont ni nos croyances, ni la couleur de notre peau, ni notre méthode pour combattre l'injustice, ni nos façons d'aimer la lumière du jour, sachons pourtant les reconnaître comme des frères.

Jean Mourgues,
La Pensée maçonnique - une sagesse pour l'occident
Presses Universitaires de France - Novembre 1989


Maj 12 12 09 *
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