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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 15:25

Daniel Beresniak est l'auteur de nombreux ouvrages sur la dialectique des mythes et des comportements. Dans "La rose et le compas" il raconte l'histoire passionnante de ceux qui ont voué leur vie à la rose (l'Amour) et au compas (la Raison). Ce livre présente un passionnant portrait des premiers jardiniers de la rose (la mouvance Rose-Croix et rosicrucienne) et des initiateurs du compas : les bâtisseurs, depuis les guildes de constructeurs jusqu'aux Francs-Maçons.

 

Daniel Beresniak met le doigt sur ce que nous devons changer si nous voulons sortir des vieux stéréotypes articulés autour d'une pensée dualiste et répressive. Avec ceux qu'il appelle les initiateurs, il remet en question bon nombre de nos certitudes figées et de nos prêts-à-penser confortables et dangereux.

Extraits :

 

Le mythe du paradis originel perdu à cause de la transgression d'un tabou est généré par la glorification de la pureté. Selon cette mythologie, avancer dans l'histoire, c'est s'éloigner de la pureté. La glorification de la pureté conduit alors à la glorification du passé, c'est-à-dire la nostalgie de l'enfance. On a la vision rousseauiste avec son gamin "né bon" et "perverti" par la société. On a la glorification de l'innocence et de la "sainteté" qui se nourrit souvent de la haine des "intellectuels", des savants et des sages. Ce comportement mental privilégie la spontanéité et l'élan du cœur dont le sens positif est démontré par opposition et relativement au travail de l'esprit et de l'intelligence.

 

Ils ont raison les amoureux de la "pureté" car ce sont les intellectuels qui détruisent le mythe. Ces salauds ont inventé le microscope à cause duquel on s'aperçoit que l'"onde pure" grouille de saloperies innommables, toutes petites mais nombreuses ! Ces salauds d'"intellos" détruisent le sacré et les tabous en les expliquant. Freud a montré que les enfants ne sont pas du tout innocents. Quant à Einstein et sa relativité, il a montré qu'on ne peut plus rien prendre au sérieux ! D'ailleurs, depuis que la terre n'est plus au centre du monde, on peut s'attendre à tout !

 

Les amoureux de la pureté ont besoin d'ennemis. Ils ont des "valeurs" à défendre, un monde à sauvegarder. Il leur faut des croisades. L'agressivité ainsi dirigée vers des ennemis bien catalogués, rétablit le narcissisme dans ses droits et privilèges. En avant les purs ! Nous sommes les purs, donc les meilleurs. Un type de ce genre là, un "amoureux" de la pureté, hurla un jour : "Meure l'intelligence !". Ce type là se nommait Millàn d'Astray. C'était un général de l'armée franquiste. Il combattit les républicains pendant la guerre civile espagnole, de 1936 à 1939. Il faisait partie de ceux qui se définissent comme des "croisés".

 

Ils vivaient le mythe des croisades. A leurs yeux, ils étaient investis d'une mission sacrée : défendre la civilisation chrétienne contre le péril rouge. C'est pourquoi en pénétrant à l'Université de Salamanque, Millàn d'Astray fusilla des professeurs en criant : "Muera la inteligencia". Il avait bien compris là où réside le problème du pouvoir. Si l'on parvient à se débarrasser de tous ceux qui réfléchissent par eux-mêmes et qui cherchent la vérité, le bon peuple restera tranquille et se contentera de la vérité officielle. Il sera heureux d'obéir à ses maîtres. Il sera pur.

 

(Le XXème siècle a été) riche en héros de cette espèce. Adolf Hitler s'est fait un nom en défendant une idéologie fondée sur (l'élimination de) la race aryenne … Franco, Hitler, Staline sont morts. Les défenseurs de la pureté, aujourd'hui, sont les intégristes de tous bords. Ils purgent bien et souvent haïssent convenablement tout ce qui est étranger à leur foi. Ce sont vraiment des purs et durs. Des vrais de vrais.

 

En langue militaire, on évite le mot "tuer". On dit de préférence "nettoyer". Dans l'armée, on aime la propreté. On se lave chaque jour, on balaie, on cire, on frotte. Le nettoyage du fusil, le nettoyage de la cour de la caserne et le nettoyage d'un village en territoire ennemi, c'est la même chose. On traque les impuretés. On ne devient pas amoureux de la pureté, digne de figurer dans la galerie des grands, du jour au lendemain. Il faut faire ses preuves. Il faut commencer par traquer l'impureté, c'est-à-dire pratiquer l'épuration, au niveau du langage.

 

Avant de tuer, il est utile de culpabiliser. L'épuration a besoin de consensus. La norme doit être fixée. Par qui ? Par l'usage ? Certes non. Surtout pas. L'usage est imprévisible, donc impur. Ce qui est pur est clair, et par conséquent fixé une fois pour toutes. Le pouvoir en a la responsabilité et en est le protecteur institutionnel. Aussi est-il normal que le pouvoir traque les mots étrangers dans notre belle langue française.

 

On a vu un ministre enlever la plaque "w.c." et poser à la place le mot français "toilettes". Ce ministre a défendu la langue française précisément là où on se débarrasse des saletés que l'on porte en soi. Endroit hautement stratégique. Il faut un mot français, ça fait plus propre …

 

Daniel Béresniak La Rose et le Compas - Montorgueil


Maj 19 10 09 - GA - L0
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3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 07:44

Quelle que soit l'obédience, il y a une cérémonie d'initiation (avec un i minuscule) qui n'est pas forcément cette "Initiation" (avec un I majuscule) à laquelle aspire tout franc-maçon et qui a comme finalité une absence totale de sectarisme, une large tolérance, qui ne soient nullement une faiblesse ou un abandon, un désir d'action qui se traduise autrement que par la déclaration : "la Maçonnerie a un rôle à jouer" (sans qu'on sache si c'est un rôle tragique, comique, ou d' "oseille", dans "l'ample comédie de la vie".

 

Il est inutile ici de s'étendre sur cette cérémonie d'initiation décrite abondamment dans de multiples publications qui se recopient les unes les autres, mais dont le sens profond doit être médité. Les détails diffèrent selon les rites. Comme le montre ce propos que le Vénérable adressait au nouvel apprenti, en 1887, à la fin de la cérémonie de réception au premier degré, ils ont également évolué au cours du temps :

"Frère nouvellement initié, les formes que nous venons d'employer pour votre initiation diffèrent notablement de celles dont nous usions jadis et que vous pourrez encore voir employer dans certaines loges de France ou des pays étrangers. L'initiation se faisait fort simplement dans les loges françaises au dix-huitième siècle. On l'a beaucoup compliquée, au commencement du dix-neuvième, en y mêlant des particularités que l'on croyait empruntées aux initiations de l'ancienne Egypte. On cherchait à éprouver le courage du récipiendaire par des moyens terrifiants.

On simulait la quadruple purification par les quatre éléments des anciens, c'est-à-dire par la terre, l'air, l'eau et le feu. Le récipiendaire était à moitié dévêtu. Parfois, il était introduit dans le temple, couché dans un cercueil, parfois, on le faisait passer au travers d'un diaphragme en papier, pour symboliser son passage à une vie nouvelle. Dans le temple, il entendait des clameurs sourdes, des chocs violents, des bruits imitant la grêle et le tonnerre, des cliquetis d'épées. Il rencontrait des obstacles sous ses pieds. Il était précipité d'un lieu élevé, mais retenu par des mains secourables. On lui trempait les mains dans l'eau, quelquefois le bras jusqu'au coude. On lui faisait vider un calice d'amertume. On le faisait passer au milieu des flammes. On lui demandait de se soumettre à l'application d'un fer rouge. On réclamait de lui une obligation écrite et signée de son sang. Parfois, on le soumettait à des épreuves plus pénibles encore et plus effrayantes.

Vous ne devrez donc pas vous étonner, s'il vous arrive de vous trouver en présence de quelque pratique de ce genre. Vous n'en serez pas troublé, non plus, sachant que le progrès est lent et que l'évolution humaine est complexe". - Rituel de réception au premier degré du Grand Orient De France de 1887.

Cent vingt ans plus tard, on constate combien ce propos reste d'une étonnante actualité …


D'abord, le silence, moyen parfait, puisqu'il ne donne que le désir. Ainsi commence de s'établir l'ordre, l'harmonie, la paix intérieure, l'attente, l'attention, la parfaite réserve. Grâce à ce silence auquel nous sommes contraints, la moindre bonne volonté, le moindre bon mouvement de notre part, sont tournés à notre profit. Si loin que nous soyons de la parfaite connaissance, abandonnons-nous un moment à ce silence, profitons-en l'éclair d'un instant pour descendre en nous-mêmes.

 

Ensuite, l'accord, qui est le signe le plus ancien du vrai et le premier de tous. Lorsque les hommes reconnaissent les signes et s'accordent sur les signes, ils goûtent quelque chose du bonheur de penser. Ne leur demandez pas à quoi ils pensent ni sur quoi ils s'accordent. Car puisqu'il faut d'abord apprendre les signes, chacun commence par s'accorder aux autres de tout son corps et par répéter ce que les autres signifient, jusqu'à ce qu'ils les imitent bien. Et selon la nature, imiter un signe, ce n'est rien d'autre que le comprendre.

 

Mais surtout, ma sœur, mon frère, sache que tu ne communiques vraiment qu'à travers le cérémonial. Car si tu es distrait pour écouter cette musique et pour considérer ce Temple, il ne naîtra rien en toi. C'est pourquoi il n'y a pas d'autre moyen de t'expliquer la vie à laquelle tu es convié, que de t'y engager par le cérémonial. Comment t'expliquerai-je cette musique quand l'entendre ne te suffit pas? Si tu n'es point préparé pour t'en faire combler, te voilà refusé. Te voilà, assis sur ton seuil, avec en arrière ta porte close, totalement séparé d'un monde qui n'est plus qu'objets vides.

 

Car tu ne communiques point avec les objets, mais avec les nœuds qui les nouent. D'où l'importance du cérémonial. Car il s'agit en fait de te sauver de tout détruire, quand tu es  assis sur le seuil à la porte de chez toi.


Maj 19 10 09

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3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 07:36

 

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ArgentneToute initiation maçonnique commence dans le cabinet de réflexion, qui correspond à une partie des rites initiatiques pratiqués en tous temps et en tous lieux. En effet, l'isolement du néophyte dans une cabane ou une caverneflag Spain est pratiquée depuis la nuit des temps. Il s'agit de séparer le néophyte de sa famille, de figurer, par son isolement dans un lieu fermé, la mort, une rupture, pour préparer un changement essentiel, comme la chrysalide dans son cocon. Le cabinet de réflexion, pour l'essentiel, est la forme moderne et adaptée à nos mœurs de la cabane antique. 
Le non-initié vit dans la peur : peur de mourir, expression de la peur de vivre, peur de l'avenir, du changement, des autres, etc ... Ces peurs dérivent d'une seule : la peur de lui-même. Confronté à la nécessité de l'introspection, le non-initié recule. Il sait qu'il faut mettre de l'ordre dans son MOI. Alors, il demande son admission dans une société initiatique. Celle-ci propose une pédagogie fondées sur l'introspection dirigée.

 

CabinerR.jpgLe cabinet de réflexion s'inscrit dans le programme de cette pédagogie. Le postulant y trouve la solitude, l'obscurité, le silence, l'immobilité et parfois le froid. Ces états privilégient la confrontation avec lui-même et cette confrontation est généralement difficile pour le profane. Ce que le passage dans le cabinet de réflexion lui impose de vivre est le traitement de sa peur, par la stimulation de sa propre peur. La compagnie muette du crâne illustre le passé et son propre futur. C'était un homme, je serai ainsi.

  

Dans le cabinet de réflexion, le candidat doit répondre par écrit à des questions et rédiger son testament moral et philosophique. Le nombre et le libellé des questions ont varié selon les époques. Actuellement, ces questions concernent les devoirs de l'homme envers lui-même, sa famille, sa patrie, l'humanité. Dans la Franc-Maçonnerie libérale, la question des devoirs envers Dieu a été supprimée depuis longtemps.                                       Les principaux symboles du cabinet de réflexion :  VITRIOL, la devise,

le coq, le sablier, le crâne et la faux, le pain et l'eau, le soufre et le sel.  

 

Les questions rituelles posées à Proudhon le 8 janvier 1847, à la loge de Besançon furent les suivantes : Que doit l'homme à ses semblables ? Réponse : Justice à tous les hommes. Que doit l'homme à son pays ? Réponse : Le dévouement. Que doit l'homme à Dieu ? Réponse : La guerre. Mieux averti de la Franc-Maçonnerie, Proudhon écrira : "Le Dieu des Maçons n'est ni Substance, ni Cause, ni Ame, ni Monade, ni Créateur, ni Père, ni Verbe, ni Amour, ni Paraclet, ni Rédempteur, ni Satan, ni rien de ce qui correspond à un concept transcendantal : toute métaphysique est ainsi écartée. C'est la personnification de l'équilibre universel : Dieu est architecte ; il tient le niveau, l'équerre, le marteau, tous les instruments de travail et de mesure. Dans l'ordre moral, il est la Justice. Voilà toute la théologie maçonnique"…

 

La rédaction du testament moral et philosophique permet au candidat de faire le point sur lui-même et sur ce qu'il estime essentiel. Quelle que soit la qualité de ce qu'il rédige, cette démarche est fondamentale dans le processus de l'initiation maçonnique. En sortant du cabinet de réflexion, le candidat sera considéré comme ayant subi l'épreuve de la terre. Tous feront semblant d'y croire et toute la cérémonie initiatique se déroulera comme si le candidat avait été transformé par cette épreuve.  "Ici, tout est symbole". Ce "comme si" n'est mensonge que si l'on refuse de jouer correctement le jeu. Se prendre au jeu, c'est à dire ignorer que l'on joue, ou bien ne pas vouloir l'admettre, est éminemment dangereux parce que le comportement peut dériver vers la schizophrénie. Alors adieu l'éveil, tout ne sera qu'illusion. Ce "comme si" est vérité et clé d'une pédagogie qui a fait ses preuves, à condition d'être vécu en toute simplicité, en toute humilité, pour ce qu'il est et rien de plus. Comme cela et seulement comme cela pourra peut-être surgir l'éveil, par la suite.

 

Comment en effet prétendre sérieusement que les épreuves rituelles transforment réellement, immédiatement ou à terme, celui qui les subit ? Le cabinet de réflexion est un décor de théâtre. Il suggère ce qu'il ne peut être réellement. Ce petit cagibi, dans le meilleur des cas, ce coin de cave, décoré avec des figures symboliques est tout à fait dérisoire relativement aux prétentions affirmées par le rituel. Mais c'est justement là que réside sa signification essentielle.  Fermer les yeux sur l'aspect dérisoire, procède d'une attitude "bigote" à l'égard du rituel. Ouvrir les yeux sur le "dérisoire" pour en pénétrer la signification, là est la voie de l'éveil. Ce n'est souvent pas simple. Cela implique une remise en question des réflexes mentaux acquis. Comment prendre au sérieux ce qui ne l'est pas en apparence. Et comment ne pas prendre au sérieux ce qui semble l'être ? Tant de gens ne parviennent pas à répondre à ces questions.  Pourtant ces questions ne restent sans réponses que dans le contexte d'une sémantique déterminée. Changez le contexte, posez de nouveaux repères et elles ne se poseront même plus.

Les rituels et la franc-maçonnerie répètent qu'ils sont à la recherche de la vérité, sans d'ailleurs la définir. Des mandarins de l'intelligentsia maçonnique, il y en a, ont décrété que cette vérité était inaccessible, ce que dément formellement l'expérience vécue des sages et des saints de tous les temps.  Forts de cette affirmation des autorités officielles de l'Ordre, certains maçons sont à la recherche d'une vérité inaccessible et par ailleurs sans contenu, ce qui les sécurise indiscutablement. Et c'est très bien ainsi, car hélas, la vérité est incurablement sacrilège. Elle inquiète, bien plus, elle dérange ... Dire qu'en maçonnerie il n'y a ni initiation réelle, ni processus initiatique authentique, mais seulement une incitation, c'est subversif et pour beaucoup, inacceptable. Pourtant, l'histoire est là, qui rappelle brutalement le vécu de l'expérience humaine depuis ses origines.

 

Il n'est donc pas sacrilège de dire ce qu'est la vérité initiatique, à quoi elle répond, sa finalité, ni d'aborder la spiritualité qui découle d'un processus aboutissant à l'initiation. Et il n'est pas blasphématoire de souligner que c'est de ce processus initiatique que naquirent les dieux et les religions; et que le christianisme lui-même est issu des mythologies qui le précédèrent. Ces religions explicitaient, parfois maladroitement, ce qu'avait révélé l'expérience psychique fortuite subie par l'homo sapiens et qui, renouvelée volontairement puis organisée, était devenue l'initiation. Au travers de sa conscience considérablement élargie, l'homme y avait trouvé compréhension de son propre univers et apaisement de l'angoisse qui l'étreignait devant les forces incontrôlables de la nature. Il en fit donc rapidement une institution qui dégagea une élite : les initiés. Ainsi s'établit la tradition initiatique, véhicule des moyens essentiels qui conditionnent l'épanouissement complet de l'individu qui est, en tant que tel, le devenir de l'espèce.

 

Ceci est la vocation de l'Ordre maçonnique, porteur des symboles fondamentaux qui expriment les désirs et les espoirs de l'homme, depuis qu'il s'est révélé à lui-même être une personne. Chacun de nous est donc le seul artisan de son évolution possible et nul secours ne peut être attendu de l'extérieur.

 

Eusthènes 3 décembre 2008                    


MAJ - 20 11 2010

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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 05:04

 

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ArgentneL'itinéraire de l'admission dans la Franc-Maçonnerie est jalonné d'épreuves symboliques. La première de ces épreuves est le "passage sous le bandeau". 
Quel est donc le sens du bandeau et que signifie cette cécité temporaireflag Spain et imposée au candidat pour son "passage sous le bandeau" et pour la "cérémonie de sa réception" ? 


Avant d'être présenté à une loge, le postulant est enquêté par trois frères, qui ont avec lui un entretien indépendant des autres et qui ignorent les noms des autres enquêteurs. Chacun adresse ensuite un rapport au Vénérable qui en donne lecture à la loge avant l'audition du candidat.
 Le candidat maçon sait bien que ce "passage" est incontournable. Il l'a vu sur toutes les couvertures de magazines comme symbole du secret maçonnique. Il a lu que, depuis l'antiquité, cet "accessoire" est unanimement utilisé pour symboliser le passage d'un monde à un autre.

                      Voir la vidéo 


Le bandeau n'est pas un masque, ni un bâillon. Il porte le symbole de celui qui a momentanément tout perdu, sauf la tête, qu'il soit condamné ou postulant aux mystères de la franc-Maçonnerie.

Qu'on le veuille ou non, même en dédramatisant la situation et même avec la présence amie du parrain qui l'a conduit jusqu'ici, le bandeau renvoie le candidat (candide, candidat) à des peurs viscérales et notamment à des scènes d'exécution.
  Il y a ensuite le feu nourri des questions qui sont autant de tirs précis dirigés vers le candidat. Les peurs liées au bandeau viennent d'abord de l'abandon de soi à un groupe d'inconnus et de phantasmes incontrôlables de magie, de dégradation possible de soi, du ridicule d'être bringuebalé dans une sorte de "colin-maillard", chahuté, humilié, réduit et même "consommé". Car ces peurs ont un fonds "cannibale".               
   
                  
Pour la loge, la discrétion est la première fonction du bandeau. Il permet que le candidat, toujours libre de se retirer, ne puisse pas voir le visage des membres de l'atelier. Mais comme, très souvent, le candidat a pu assister à des conférences publiques, des tenues blanches ouvertes ou participer à des réunions festives de la loge, cette fonction du bandeau n'est plus primordiale.

 

Le bandeau ne permet pas de voir l'entier du visage du candidat et masque le miroir de son regard (trahison de lui-même et de nous-mêmes) en évitant d'être influencé par une sentimentalité oculaire. Enfin, en dépit des préventions d'usages de courtoisie, le bandeau restitue au groupe un pouvoir, une assurance, une satisfaction, d'avoir dépassé, à son profit, la situation dans laquelle se trouve le candidat et que tous ont connue.

 

Pour le candidat, le bandeau l'oblige à plonger en lui-même en visualisant, dans un "psyché" conscient, sa propre figure. En ce sens, le bandeau éclaire l'âme comme une lumière. Le bandeau permet également au candidat de ne pas être vu entièrement par le groupe. Le cache, sur son regard, sera sa protection, son ultime intimité. Mais la justification suprême du bandeau réside dans son "enlèvement" et l'éblouissement final par la lumière.

 

Le bandeau exige l'humilité du candidat, sa mise à disposition, sa gratuité, sa crédulité. Il renvoie à Thémis, la justice, représentée les yeux bandés. Le candidat ne pourra s'en remettre qu'à lui-même pour élaborer sa décision. Il met enfin les sens en éveil, notamment l'ouÏe (voix des interrogateurs, bruits de la loge, écoute surprenante de sa propre voix), le goût (recherche de sa salive et coupe d'amertume) et la vue (reconstitution par l'imagination de l'espace-temps).

 

Premier "outil" maçonnique proposé au candidat, le bandeau n'est pas un accessoire futile ou anachronique. Il est le premier symbole du travail sur soi. On imagine mal l'inversion du système, qui proposerait une audition du candidat les yeux ouverts par une loge de mystérieux cagoulés. On peut y voir la différence entre une société secrète et une société discrète et le fait que la loge est un lieu de clarté alors que le candidat se trouve dans les ténèbres.

 

Le véritable sens du voyage, disait Charles Péguy, "ce n'est pas de découvrir d'autres paysages, mais bien de les regarder avec des yeux différents. Car l'apparent n'exclut pas le caché. Les hommes l'ont pressenti depuis toujours. Et les meilleurs d'entre eux - et les plus sages - ont compris que l'acte de voir ne se réduit pas seulement à ouvrir les yeux, mais qu'il nous oblige parfois à les fermer, afin de contempler l'être que nous sommes. De là sont nées deux langues différentes : celle du "visible" et celle de "l'invisible", celle des objets extérieurs et de leurs signes et celle du sujet intérieur et de ses symboles, celle des collectivités et celle des communautés, celle de l'éducation et celle de l'initiation.

 

  Eusthènes 2 décembre 2008                    


Maj 20 11 2010

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30 novembre 2008 7 30 /11 /novembre /2008 10:04

Lorsque les tribus nomades de chasseurs et de bergers se sédentarisent pour devenir agriculteurs, la régularité des phénomènes cosmiques et météorologiques devient un facteur essentiel du maintien de la vie.  C'est alors que débute la création mythique, fondée sur l'influence des astres sur les conditions de la vie humaine. 

Les hommes voient
dans les mouvements des astres des forces intentionnelles qui se livrent un combat incessant afin de les aider ou de leur nuire. Le lever du jour ou la pluie sont reçus comme des dons du ciel. L'homme adresse alors des prières aux divinités pour les remercier ou pour les implorer.

 

Les évolutions des astres sont imaginées comme des combats entre divinités bienfaisantes ou malveillantes. Au-delà de ces phénomènes immenses et sans rapport avec la durée de la vie humaine, émergent des images à signification précise, qui ont pour but d'exprimer les conflits internes de l'homme dans cette immensité effrayante. Et de poser la question de sa destinée après la mort.

 

L'homme peut même, en purifiant ses aspirations, atteindre l'idéal représenté par la divinité : le héros vainqueur de la mythologie acquiert l'immortalité et se trouve symboliquement élevé au rang de divinité. Et le symbole divinité prend, en retour, l'apparence humaine pour visiter les mortels.

 

Il se crée alors un courant d'obligations "réciproques" entre l'Homme et la Divinité. L'homme recherche la satisfaction essentielle : une orientation sensée de sa vie comme don ultime de la divinité qui devient le juge symbolique attribuant la récompense ou le châtiment des actes, des intentions, des désirs,  les intentions impures étant figurées par des monstres que l'Homme-Héros doit combattre.

 

C'est ainsi que la figuration mythique, imaginée à l'origine comme un combat entre les astres considérés comme des divinités, finit par exprimer les conflits internes de l'âme humaine. La lecture des récits mythologiques compris dans cette voie, devient alors à la fois passionnante et très révélatrice.

 

Paul DIEL - petite bibliothèque payot

Le symbolisme dans la mythologie grecque – N° 87

Le symbolisme dans la bible – sa signification psychologique – N° 246

Le symbolisme dans l'Evangile de Jean (avec Jeanine Solotaref) – N° 400


Maj 19 10 09 - GA - L0

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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 08:08

L'idée de proposer sur un blog des textes d'inspiration maçon-nique est venue en février 2008. Ainsi pourraient s'exprimer librement sur le Net des propos, n'engageant que la responsabilité de leurs auteurs, sur la laïcité, la morale, puis sur des repères historiques concernant la Franc-Maçonnerie, la légende d'Hiram et sa suite, la fraternité maçonnique… Jusque là, rien de bien révolutionnaire ...

 

Mais devant l'intérêt manifesté par les internautes, nous avons envisagé de mettre en ligne des propos plus engagés. Le texte de la "Tentation de Blois" ayant été publié par le Grand Chapitre Général du Grand Orient De France, dans la revue régionale de la juridiction, puis dans la revue Joaben et enfin mis en ligne sur le site Internet du Grand Chapitre Général, pourquoi ne pas le publier sur notre blog ? 

 

Nous avons choisi pour ce blog, le style des "propos". C'est dire un style sobre, accompagné d'images dans le seul cas où celles-ci semblent justifiées. Des internautes nous ont demandé pourquoi notre blog n'avait pas de commentaires. Nous répondons individuellement, à tous les commentaires qui nous sont adressés, mais nous n'avons en aucun cas à ouvrir et entretenir un débat public sur la Franc-Maçonnerie sur les réseaux de l'Internet. Nous n'en avons ni l'intention, ni le droit. 

 

Nous savons qu'on ne répand pas les idées mais qu'on les donne à choisir. Nous les proposons simplement à la réflexion de tous, chacun restant responsable de ses objectifs et des moyens qu'il choisit d'utiliser pour les atteindre. De nombreux témoignages nous permettent de penser que notre démarche est raisonnable, comprise et utile. En neuf mois d'existence, le blog a été consulté plus de vingt-cinq mille fois par plus de six mille "visiteurs uniques" (chaque visiteur n'étant compté qu'une seule fois par jour, quel que soit le nombre de ses consultations du blog dans une période de vingt quatre heures). 

 

L'idée de rassembler ces propos dans un livre était éventuellement envisagée dans un avenir lointain. Mais la découverte d'un protocole d'édition "à l'unité" et "à la demande" par un imprimeur référencé sur l'Internet, nous a conduits à tenter l'expérience. Le résultat parait satisfaisant. 

 

Ce livre de propos  est une réflexion sur le sens et l'esprit de notre Ordre. Une de plus ... Comme si tout n'avait pas été dit et écrit depuis qu'il existe des exégètes de la Franc-Maçonnerie et du symbolisme, qui se copient et se recopient les uns les autres. Précisément, nous ne voulons pas recopier nos illustres devanciers, non par goût du paradoxal et du nouveau, mais simplement parce nous sommes Francs-Maçons. Et qu'un Franc-Maçon n'est pas celui qui sait, il est celui qui cherche, qui remet donc en question les certitudes anciennes, les vieilles démonstrations et qui révise, quand il le faut, les vieux procès. 

 

On ne récrira plus les causeries initiatiques de Plantagenet ou d'Oswald Wirth. Non parce qu'elles ont atteint l'absolu de la perfection, mais parce qu'elles sont les filles de leur temps. "Philosophie, fille du temps" ... Chaque époque se fabrique mentalement son univers, avec tout ce qui la distingue des époques précédentes. Il y a aussi les dons qui varient, les qualités de l'esprit et les méthodes intellectuelles. Il y a surtout les centres d'intérêt ... 

 

Mais l'homme a besoin de stabilité. Il trouve une telle douceur dans la stabilité que, même clairvoyant, il ferme les yeux à la réalité et ne regarde souvent que vers le passé. Ces propos ne seront donc pas "confortables" et certains lecteurs seront-ils sans doute, après leur lecture, un peu plus dubitatifs qu'auparavant ... 

 

Car ce livre s'inscrit dans la droite ligne de cette pensée de Jean Jaurès : "Ce qui est le bien inestimable acquis par l'homme, c'est l'idée qu'il n'y a pas de vérité sacrée et que ce qu'il y a de plus grand dans le monde, c'est la liberté souveraine de l'esprit. Cette idée que, dans l'univers, l'humanité est une grande commission d'enquête, dont aucune intrigue ne doit jamais fausser les opérations. Cette idée que toute vérité qui ne vient pas de nous est un mensonge. Et que, jusque dans les adhésions que nous donnons, notre sens critique doit toujours rester en éveil et qu'une révolte secrète doit se mêler à toutes nos affirmations et à toutes nos pensées" ...

 

Ces propos, aux sujets divers et inégaux, ne sont pas nés d'une vue théorique ou de convictions à priori. Ils veulent être un acte de foi dans les destins du libre esprit et une affirmation de cette volonté de comprendre et de faire comprendre par quoi la Franc-Maçonnerie aime se définir. 

 

                Pour toute observation ou toute question à propos du blog ou de son édition

                                                  
                                                                  blog@trois-points.net


Maj 9 08 2010 *

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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 06:12

Assurément, la direction supérieure de la Maçonnerie n'appartient pas aux dignitaires qui sont élus annuellement. Ces chefs de Loges ou de Grandes Loges dirigent en petit et trop souvent avec mesquinerie : parfois ils manient en mauvais "Compagnons" le Maillet qui leur est confié ; en dépit de leurs titres et de leurs chamarrures, ils ne sont pas … les véritables Maîtres.

La vraie Maîtrise est discrète : indifférente aux honneurs, elle peut les accepter, mais préfère les fuir. Son action est silencieuse, car le vrai Maître laisse parler et se contente d'agir ; il œuvre modestement dans sa sphère, sans se laisser troubler par l'agitation de profanes déguisés en initiés. Fidèle à son idéal, il s'attache à vivre exemplairement. S'appliquant à bien travailler, par pur amour de l'Art, il n'est pas abandonné à lui-même.

Inconnu des agités qui se démènent sous l'aiguillon de convoitises égoïstes, il attire l'attention et les sympathies des Maîtres effectifs, inconnus eux aussi : leur aide fraternelle ne lui manque pas ; elle se traduit en collaboration intime et constante, si bien que le vrai Maître travaille supérieurement. Quand il se penche sur la planche à tracer, il n'est pas seul à combiner le plan selon lequel doit se construire l'avenir. S'il est alors lucide, n'en est-il pas redevable à la collaboration d'intelligences libérées des liens du corps ?  

Sans tomber dans les puérilités du spiritisme évocateur de fantômes, il est permis d'envi-sager que rien ne se perd dans le domaine des idées. La pensée vit et reste vivante, indépendamment des cerveaux qui vibrent sous son action. Inaccessible en sa subtilité transcendante, elle se particularise, se condense et se coagule à l'appel des penseurs ; en méditant, nous l'attirons à nous pour lui prêter une forme expressive : c'est là le travail sur la planche à tracer ...

 

 

Bonnes pages -
Oswald Wirth
- Les mystères de l'Art Royal – Le Symbolisme – pp. 243-245.

 

N. B. - Nous complétons cette catégorie "Bonnes pages" par ce texte d'Oswald Wirth, dont on ne récrira pas les causeries initiatiques. Non parce qu'elles ont atteint l'absolu de la perfection, mais parce qu'elles sont les filles de leur temps. "Philosophie, fille du temps" ... Ce propos nous semble particulièrement "éclairant"  ...


Maj 19 10 09 - GA - L0
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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 05:12

cartes

 

Les Cartes

 

     Du Tarot de Charles VI      

C01RIl existe plusieurs sortes de tarots : tout d’abord, ceux qui servent à jouer aux cartes et qui sont les plus connus. Et puis ceux qui servent à tirer les cartes : Tarots divinatoires, comme celui d’Eittella, Tarots géomanciques, qui interprètent les figures issues du hasard, Tarots Chiromanciques, qui prédisent l’avenir par l’inspection des mains. Jérôme Bosh, lui-même a dessiné un jeu de tarot ou du moins lui en attribue-t-on un.

 

Il existe encore biens d’autres tarots, Tarots Egyptien, des Bohémiens, De Rider Waite, de Crowley, Alchimique, De Dali, de la Sibylle, et bien sur un Tarot maçonnique. Mais le plus connu de tous est le Tarot "dit" de Marseille, dérivé du jeu de Tarots de Charles VI, qui présente une série de figures allégoriques. Une date : 1760 - celle du Tarot de Marseille qui fait référence et qui est conservé à la Bibliothèque Nationale. Le Tarot de Marseille est constitué de 78 lames (ainsi nomme-t-on les cartes du Tarot). Ces lames se répartissent en deux groupes : vingt-deux atouts ou arcanes majeurs et cinquante six arcanes mineurs répartis en quatre groupes : Bâtons, Coupes, Deniers et Epées.

Chaque groupe compte 14 cartes : dix cartes de points (de l’As au Dix) et quatre figures (Roi, Dame, Cavalier et Valet). Les Bâtons, devenus les Trèfles de nos jeux modernes, symbolisent le Feu. Les Coupes, devenues les Cœurs, symbolisent l’Eau.  Les Deniers, devenus les Carreaux, symbolisent la Terre. Les Epées enfin, devenues les Piques, symbolisent l’Air… Les arcanes mineurs se réfèrent donc aux quatre éléments, aux quatre composantes fondamentales de la vie et au quaternaire du monde manifesté. Ainsi, jeu de cartes des plus anciens, le tarot met en œuvre un monde de symboles. Et comme dans le nom même de Tarot, il reste toujours, dans ces images quelque chose qui nous échappe.

 

Histoire

 

C’est en Italie du Nord qu’il faut aller chercher les premières manifestations du Tarot. Les couleurs retenues sont, en général, celles des jeux italiens : Coupes, Epées, Bâtons et Deniers avec quatre têtes : Roi, Dame, Cavalier, Valet. De plus, vingt deux cartes spéciales, que les Italiens qualifient de "Triomphi" (Triomphes), forment pratiquement une cinquième couleur. C’est en 1442, à Ferrare, qu’est mentionné pour la première fois le jeu de "Carte da Triomphi" - (Cartes des Triomphes). C’est notamment pourquoi il est très vraisemblable de penser que le Tarot pourrait avoir été inventé dans les Cours princières de l’Italie du Nord, notamment celles de Milan ou de Ferrare. Le goût des fêtes somptueuses et des processions carnavalesques, les références littéraires à Pétrarque et à son recueil de poèmes "I Triomphi" permettent en effet de penser que c’est bien dans cet environnement, qu’a pu naître la série des Triomphes et l’on a pu définir et localiser trois traditions distinctes.


      Au Tarot d'Oswald Wirth      

01RROn pouvait bien se douter que les appellations Tarot de Venise, de Marseille ou de Besançon avaient un caractère artificiel. A cette classification dépassée, on peut substituer une répartition fondée sur le nombre et l’ordre des allégories dans la série des atouts. Milan, Bologne et Ferrare en seraient les foyers. La tradition Milanaise survit dans le Tarot de Marseille, la tradition Bolognaise se perpétue dans le Minchiate à quatre vingt dix sept cartes tandis que la tradition Ferraraise a pratiquement disparu. Mais les aventures du Tarot ne devaient pas s’arrêter là. Ainsi, quand le jeu se répandit dans l’Empire Germanique, l’aspect étrange de ces Tarots italiens, dut choquer le rationalisme des joueurs, car les cartiers d’outre-Rhin substituèrent aux couleurs d’origine, celles des cartes françaises : piques, carreaux, cœurs et trèfles, et ils remplacèrent ces atouts inquiétants par des sujets plus simples que les joueurs d’aujourd’hui connaissent bien. 

 

C’est à la fin du XVIIIème siècle, que Court de Gebelin, pasteur protestant et franc-maçon, crut découvrir dans les atouts du Tarot les images d’un livre secret venu des anciens égyptiens et que prit naissance, en France, une tradition ésotérique, aujourd’hui très largement diffusée. Ces rêveries ne devaient pas rester lettre morte, car deux ans plus tard, un cartomancien du nom d’Etteilla proposait sa méthode de divination par le Tarot et inventait un jeu de soixante dix huit cartes, dont on trouve encore de nos jours des exemplaires dérivés du modèle "dit" égyptien dont il est le créateur. Un autre personnage, Alphonse Louis Constant, plus connu sous le nom d’Eliphas Levi, publia en 1856 le Dogme et Rituel de la Haute Magie et ce livre fut le départ d’un nouveau courant d’interprétation plus franchement tournée vers l’occultisme. Selon Eliphas Levi, le Tarot recèle un secret qu’il lui appartenait de révéler en évoquant la Kabbale, Hermès Trismégiste, l’alchimie, l’astrologie, et tutti quanti … Ce nouveau courant de pensée atteint son apogée dans les dernières années du XIXème siècle avec les figures de Stanislas de Guaïta et Gérard d’Encausse, dit Papus, auteur du Tarot des bohémiens en 1889.

 

C’est à Oswald Wirth que l’on doit la première tentative pour concevoir et éditer un Tarot spécifiquement ésotérique. Il dessina, en 1889 une série de vingt deux cartes, fortement inspirées du Tarot de Marseille. Ainsi, d’un symbolisme perdu, celui des Triomphi milanais originels, les occultistes modernes ont tiré une nouvelle inter-prétation nourrie de l’égyptomanie de la fin du XVIIIème siècle et de l’influence de l’alchimie, désormais cantonnée dans le champ de l’indicible. Une nouvelle tradition s’instaurait et venait se greffer sur un jeu qui ne demandait que cela. Alors, si les théories des occultistes font fi de l’histoire, leur force est d’avoir inventé un univers de légende qui continue d’alimenter notre imaginaire …

 

 

Visage

Source de l'image http://membres.multimania.fr/tarotmarseille/

 

 

Légende

 

Un Roi appela un jour ses sept conseillers en art divinatoire et il leur dit : Mon fils compte vingt et un printemps au coucher du soleil. Né Bateleur, avec tous les pouvoirs que lui confèrent sa naissance, il a acquis Force, Sagesse et a su faire la part des choses, il est devenu cette figure ambiguë et sage qui tire leçon de tous les enseignements, il est aussi Le Fou … Pour immortaliser sa quête, j’ai décidé d’exalter l’itinéraire qui lui sert de modèle, en assignant à chacun de ses printemps, une figure correspondante. Il se trouve que le jeu en comporte vingt deux, dont l’une est sans chiffre et l’autre sans nom. C’est donc une de trop, qu’il vous appartiendra, après un choix judicieux et sage, d’éliminer de la mémoire des hommes.

 

Les sept sages frémirent à l’idée de rompre le parfait équilibre… Mais devant les menaces du Roi, ils s’exécutèrent. Et l’aube les trouva penchés sur des grimoires, déchiffrant les vingt deux images, afin de décider celle dont la disparition causerait le moins de mal. Le matin, dans la salle du trône, le premier des sept sages se résigna à faire disparaître le Pape. Le Roi lui fit trancher la langue et il perdit l’usage de la parole. Le second sage, plus habile, proposa de supprimer la Force, car on retrouve ses valeurs dans l’Empereur et dans la Tempérance. Mais le hasard fit qu’il fut déchiré le soir même par une bête féroce. Le troisième sage proposa d’éliminer la Roue de Fortune qui devint sur-le-champ l’objet de son supplice. Le quatrième sage, qui avait proposé de supprimer l’Etoile car, disait-il, elle est déjà dans la Lune, perdit sa route. Le cinquième devint stupide, pour avoir supprimé l’Impératrice. Et le sixième fut exilé pour n’avoir rien proposé du tout.

 

Vint alors le septième sage qui était aveugle et qui dit : Majesté, celui qui te parle n’a jamais vu le Soleil. Il ne le connaît que par oui dire. Mais il a pour lui la lumière intérieure. La lumière brille où elle veut… Supprime le Soleil. Ainsi fut fait et les ténèbres ne s’accomplirent pas. Cependant, au moment où le Roi posait sur la tête de son fils la lourde couronne de rayons, un halo de lumière blanche l’aveugla et il perdit la vue. Ainsi, pour avoir mésestimé l’image solaire, il subit le châtiment le plus terrible, non pas les ténèbres, mais l’éblouissement. Cruelle ironie, la folie s’en prit à son fils et l’image du Fou clôtura ce parcours royal. Quant au septième sage, certains pensent qu’il s’est confondu avec l’image du Diable et qu’il y aurait certaines leçons à en tirer.


Maj 29 01 2011 *

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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 15:18
On ne dit rien d'essentiel sur la cathédrale, si on ne parle que des pierres.

A voir   Un site remarquable sur la cathédrale de Chartres

                                


Un livre de pierre et de lumière -


L'ère romane se termine. On croit encore à la fin du monde. Mais la grande peur de l'An mille passée, le siècle de saint Louis s'ouvre plein de promesses. Entre 1170 et 1270 on édifie en France environ cinq cents grandes églises gothiques et l'art du vitrail, auquel ce style d'architecture offre, dès 1140, un inégalable champ d'expression, atteint son apogée un demi-siècle plus tard. A cette époque les livres sont rares. Ce sont des manuscrits que seuls possèdent les rois, les chapitres, les couvents. Les livres d'heures sont la propriété des riches. Aussi, le nombre des illettrés est-il considérable. L'enseignement populaire est purement oral et le Peuple ne dispose que de ce livre, pour lui sculpté dans la pierre. Ces chaos de sculptures et de vitraux qui peuvent sembler de prime abord issus d'imaginations aussi débridées qu'inco-hérentes ne sont toutefois pas le fruit du hasard. Ils attestent au contraire d'une création de génie par un esprit raisonné procédant avec toute la logique et la méthode du Moyen Age et de la réalisation, suivant un programme univer-sellement admis, d'une œuvre d'éducation par l'image exprimant toutes les connaissances, toutes les idées, toute la poésie d'une époque.

Chartres - Porche Nord - Saint Jean-Baptiste au couchant du solstice d'été.

 

Pendant plus de deux siècles et jusqu'à l'avènement de l'imprimerie, ces portails, ces porches, ces jubés, ces verrières et ces roses, seront le seul ouvrage ouvert aux humbles. Cessant ensuite d'être compris, tous ces symboles n'intéresseront pratiquement plus personne et seront désormais considérés comme une décoration artistique, sans signification pour le Peuple, à l'intention de qui ils furent jadis créés. Ce jour-là, dit Victor Hugo, "le soleil gothique se couche derrière la presse gigantesque de Mayence".

 Un livre de pierre et de lumière


"Ce que les illettrés ne peuvent saisir par l'écriture leur doit être enseigné par la peinture et la sculpture" avaient décrété, dès le XIème siècle, les membres du synode d'Arras. De là ce nouvel essor de l'art sacré qui devait atteindre son apogée à la fin du XIIIème siècle. Toutefois, l'initiative individuelle s'exprimait dans le cadre d'un programme strictement imposé par les maîtres d'œuvre. Chaque statue, chaque personnage, par leur place, leurs proportions et à l'origine leurs couleurs, n'avaient pour but un quelconque désir de plaire. Chaque figure avait sa signification propre et était en même temps une évocation. Elle témoignait d'une connaissance qu'elle était chargée de transmettre, elle enseignait …

Dans l'esprit des auteurs des cathédrales, quiconque devait pouvoir lire sans effort les histoires et les légendes en reconnaissant - aux attributs distinctifs qui étaient toujours placés auprès d'eux - chacun des personnages sculptés sur les façades ou peints sur les vitraux. D'où cette coutume et cette méthode de représenter de la même manière et selon la même distribution, les mêmes sujets d'un bout à l'autre de la France. Amiens, Chartres, Arles et Reims présentent, à quelques détails près, une étrange analogie de facture et toutes leurs statues, dont la forme peut légèrement varier dans le détail, sont profondément semblables. Partout on retrouve les scènes principales de l'Ancien et du Nouveau Testament ainsi que les vertus et les faiblesses de l'homme. Les faits historiques, les connaissances géographiques, les idées et les mystères exprimés par des légendes, des récits de voyages et des symboles, font des portails et des fenêtres des cathédrales tout à la fois les feuillets d'une Bible, d'un livre d'histoire et d'un livre de morale. Il y a là, devenue visible, toute la pensée du Moyen Age, à laquelle il ne manque rien d'essentiel et qui constitue, écrite dans la pierre et le vitrail, une véritable encyclopédie dont les pages, toujours ouvertes, peuvent être lues par tous.

Un livre de symboles

Ainsi, pendant des siècles, des hommes ont sculpté la pierre, taillé le bois, fondu les vitraux de centaines d'églises et de cathédrales, en y sacrifiant parfois leur vie entière, dans l'anonymat le plus absolu. Est-il réellement possible de concevoir qu'ils aient accompli un travail aussi gigantesque pour nous transmettre quelque légende issue d'une mythologie futile ? Ou bien, quel enseignement capital, quel message fondamental ont-ils voulu nous léguer ? En fait, dès que se manifeste le contact avec "l'Inconnu" par excellence, l'homme qui désire témoigner d'une réalité qu'il ne peut nier, mais dont il ne peut rien affirmer de contingent, se trouve dans l'obligation de la voiler par des symboles qui, à leur tour, couvrent autant qu'ils découvrent ce qu'ils doivent transmettre. Le symbole est d'ailleurs d'autant plus riche qu'il est insaisissable et par son ambivalence naturelle, il échappe aux critères habituels de notre analyse scientifique, rationnelle et logique.

Car le symbolisme n'est pas une doctrine ni une méthode. Il constitue plutôt une certaine manière de "voir" et de "savoir". Il est essentiel d'en être convaincu pour parvenir à en pénétrer l'essence. Sans en discerner le sens profond, les Francs-Maçons restent cependant épris de la profonde cohésion du monde symbolique. Ils perçoivent d'instinct, qu'il s'agit bien moins de classer des notions et d'étiqueter des personnages que de s'engager, à la suite des maîtres d'œuvre d'autrefois, dans une véritable aventure personnelle et vivante qui, en renouvelant le regard intérieur, transfigure la vision de l'Homme. Il faut savoir lire ce livre et faire son choix, c'est dire ses pouvoirs et sa richesse.

 

 

 Article publié dans HUMANISME N° 131-132 
Septembre - Octobre 1979 – pp. 55-57 

 

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 MAJ 20 11 2010 

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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 15:26
Une invitation au voyage -  

 A voir   Un site remarquable sur la cathédrale de Chartres

                           

 
Au XIIIème siècle, dit Louis Gillet, la cathédrale toute entière devient un immense bas-relief, une prodi-gieuse cristallisation d'idées, une construction morale aussi liée et aussi logique que son architec-ture. On dirait une de ces montagnes d'Egypte couvertes de signes sacrés, où la matière devient esprit et l'on ne peut douter, en un sens, qu'elle ne soit un immense hiéroglyphe, un rébus, un mystère.

On ne peut songer à analyser ici dans le détail les statues et les vitraux, ni à décrire les personnages en distinguant les époques et les talents, mais il y a là, on l'a dit, un véritable miroir du monde. De la Genè-se au Jugement Dernier, il y a là toute l'histoire depuis le premier jour jusqu'à la fin des temps, la création, les patriarches, les prophètes, les rois, toute la Bible.

 

Chartres - Porche Nord - Sainte Anne au trumeau du Portail Central.

Il y a la naissance de Jésus, son enfance, sa vie sur la terre, ses miracles, sa passion et l'espérance du matin de Pâques. Il y a les apôtres, les saints, les martyrs, les vierges, l'église, la légende. 
Toutes les grandes cathédrales possèdent un calendrier de pierre. Paris, Amiens, Reims ont, comme Chartres inscrits dans leurs portails et leurs vitraux les signes du zodiaque associés aux travaux des mois. Il y a là le cours des astres et des saisons, les occupations de la terre, l'horloge de la vie et, associé aux symbolismes opposés mais complémentaires du ciel et de la terre, le troisième élément de la triade universelle : l'Homme véritable, en tant que fils du ciel et de la terre, et l'Homme transcendant, le Roi du monde, en tant que médiateur entre le ciel et la terre. Il y a là le bien et le mal, les vertus et les vices et, parmi ce que l'on a coutume d'appeler "les béatitudes", les trois piliers du Temple : la Sagesse, la Force et la Beauté. Il y a là le tableau des sciences, l'échelle des arts libéraux et des connaissances humaines, l'Agriculture personnifiée par Adam, la Métallurgie figurée par Tubal-Caïn et, la Magie représentée par un personnage qui terrasse un dragon ailé, symbole de la pierre philosophale qui change en or tous les métaux. 

Il y a là l'homme tout entier avec sa vie de tous les jours, ses joies, ses peines, ses travaux, ses études, le drame de ses origines et celui de sa fin, le mystère de la vie et celui de la mort. Il y a là l'épopée gigantesque de l'aventure humaine. Il nous faut retrouver le secret du langage perdu dans l'harmonieux dédale de cet univers transparent d'idées et de symboles, car tout ce qui s'est inscrit dans l'âme humaine y demeure à jamais, transformé mais non aboli.

Une invitation au voyage

Bien au-delà des fanatismes dogmatiques et des délires ésotériques d'une littérature dont l'hermétisme, qui se veut de vulgarisation, reste trop souvent d'une navrante vulgarité, l'Art Sacré constitue pour nous tous une authentique "invitation au voyage" - invitation patiente et renouvelée dans le silence - chacun restant libre de partir s'il le veut et quand il le voudra. Le véritable sens du voyage, disait Charles Péguy, "ce n'est pas de découvrir d'autres paysages, mais bien de les regarder avec des yeux différents". Car l'apparent n'exclut pas le caché. Les hommes l'ont pressenti depuis toujours. Et les meilleurs d'entre eux - et les plus sages - ont compris que l'acte de voir ne se réduit pas seulement à ouvrir les yeux, mais qu'il nous oblige parfois à les fermer, afin de contempler l'être que nous sommes. De là sont nées deux langues différentes : celle du "visible" et celle de "l'invisible", celle des objets extérieurs et de leurs signes et celle du sujet intérieur et de ses symboles, celle des collectivités et celle des communautés, celle de l'Education et celle de l'Initiation.

A l'heure où notre civilisation chavire dans les naufrages des boat people, dans les génocides aux portes de notre continent et dans le martyre de l'enfance assassinée, je vous convie tous devant ce "livre de pierre", afin que l'on ne dise pas devant ce Livre "que Jésus est né et puis qu'il est mort et que tout a recommencé ensuite comme auparavant. Mais au contraire, que Jésus est né, qu'il est né hier, qu'il naîtra demain, qu'il sauvera le monde et qu'il y aura espérance pour nos enfants qu'ils dépassent l'âge de trente trois ans. C'est - dit Alain - l'âge où l'Homme-Dieu est tout à fait un Homme" …

 


Article publié dans HUMANISME N° 131-132

Septembre - Octobre 1979 – pp. 55-57

 


MAJ 20 11 2010

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