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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 05:00

Si l'on y croyait, à cette belle fête de Noël, au lieu de s'échapper dans les nuages théologiques, alors se développerait le culte de l'enfant. Alors les rois mages apporteraient leurs offrandes; non point des canons mais des livres, non point des casernes, mais des écoles. Car les enfants sont notre espérance. Nous autres de la guerre nous avons dû laisser toute espérance; et pourquoi ? Parce que nos vieillards nous ont conduits d'erreurs en erreurs, enivrés qu'ils furent de gloire sans risque. Mais aussi nous étions pris de court, occupés à faire tenir nos vieilles idées avec les nouvelles. Cependant les enfants naissent tout neufs. Ce sont des enfants de l'âge de pierre.

Ni la radio, ni le cinéma, ni la mitrailleuse, ni la loterie, ni le franc-papier n'ont changé un atome de leur précieuse albumine, ni de leurs sens fluides, ni de leur phosphore à penser. Ils ouvrent les mêmes yeux dans leur cinquième étage, qu'ils ouvraient sur les cavernes; sans la moindre buée de civilisation, sans le moindre préjugé, soyez-en sûrs. Ce sont de petits dieux, auxquels les mères font leur prière. "Ne t'occupe point, disent-elles, de l'ascenseur, ni du métro, ni de la boîte qui parle; occupe-toi seulement d'être un homme, de pouvoir ce que peut un homme, d'oser ce qu'il ose, et de penser selon ton équilibre propre. A quoi t'aideront quelques douzaines d'hommes-modèles, qui sont l'honneur de tout homme et sa vraie patrie. Homère, Shakespeare, Molière, Gœthe, Hugo, aussi bien qu'Archimède, Kepler, Descartes et Newton, te prouveront que tous les hommes sont frères; car eux-mêmes ne forment qu'un grand pays. Écoute-les, et n'écoute personne d'autre; car, avec grand souci du mieux, nous ne disons que bêtises aussitôt démenties. Nous allons te bâtir de grandes écoles, où les grands hommes pourront tenir; et c'est en leur compagnie que tu prendras toute la civilisation qui en vaut la peine, sans cesser d'être un barbare tout ingénu. Après quoi tu nous feras peur un peu, et bien plus encore aux vieillards à la barbe bouclée. Car les erreurs dans lesquelles nous sommes enlisés jusqu'aux genoux, tu n'en auras pas même l'idée, n'ayant fréquenté jusqu'à tes dix ans que les hommes éternels." Tel est le chant de Noël. Tel est le chant des berceaux.

Or, voyez comment les Caïphe et les Pilate regardent du côté des berceaux. Déjà ils font retentir le chant de guerre; déjà ils lancent par toutes les boîtes qui parlent les horribles lieux communs qui annoncent tous les maux et, bien mieux, qui les glorifient. Les Sorbonnes, les Églises, les Temples, les synagogues, préparent leurs syllogismes, non moins meurtriers que les canons. Les Maréchaux offrent un petit sabre, avec la promesse d'un galon de fil et d'une jambe en acajou. Je ne vois qu'une ressource; je la vois en quelques milliers d'instituteurs, injuriés tous les jours par Pilate et Caïphe, et qui n'y font pas même attention, soucieux seulement de ne pas laisser entrer dans la tendre cervelle les pensées de vieillards qui, depuis tant de siècles, font avorter l'homme.


Amis de l'enfance et sauveurs de l'enfance, je vous convie tous à l'arbre de Noël; j'y tiens beaucoup. Afin que les traîtres ne disent pas, devant cet arbre, que Jésus est né, et puis qu'il est mort, et que tout a recommencé comme auparavant. Mais au contraire chantez que Jésus est né; qu'il est né hier, qu'il naîtra demain, qu'il sauvera le monde, pourvu que Caïphe et Pilate ne le tuent pas avant ses trente ans. En foi de quoi vous ferez briller les mille lumières deux fois symboliques, puisqu'elles annoncent le printemps des arbres et le printemps de l'esprit. Enfin qu'il soit juré, sur la tête de ces poussins d'hommes, que la protection des aînés s'étendra jusqu'à leurs vingt ans; car c'est l'âge critique des poussins d'hommes, et vous savez bien pourquoi. C'est l'âge où, déjà dans leur force, ils ont encore le délicat duvet d'honneur, qui les a bientôt lancés dans les airs et sous les eaux, trop dociles à la sagesse des vieillards selon laquelle une bonne précaution contre les très redoutables Jésus, c'est d'envoyer tuer et se faire tuer tout ce qui mérite de vivre.

Or, nous devons bien, nous autres mûrs et plus que mûrs, jurer que cette fois-ci, ce Noël-ci, nous sommes décidés à mourir pour eux, au lieu de leur demander jamais de mourir pour nous. Entendez bien. Ce serment fait ne veut pas dire que nous marcherons par quatre sans savoir où, avec la naïveté des poussins. Justement, nous serons rusés; et nos têtes rassises conviennent tout à fait pour discuter du genre de mort, des ennemis, des armes, et de la manière. Non, certes, nous ne laisserons pas emmener nos précieux enfants par la main et avec de belles paroles. Mais plutôt nous formerons et maintiendrons notre haie de vétérans, derrière laquelle il y aura espérance que nos jeunes dépassent trente-trois ans. C'est l'âge où l'Homme-Dieu est tout à fait un homme.


Alain - Propos (Bibliothèque de la Pléiade - Tome 2 Page 1298).

 

"La Paix sera si les hommes la font, la Justice sera si les hommes la font, nul destin, ni favorable ni contraire n'est écrit. Les choses ne veulent rien du tout. Nul dieu dans les nuages, mais le héros seul, sur sa petite planète, seul avec les dieux de son cœur, foi, espérance, charité ... Il n'est pas sûr que les chemins s'ouvriront, si on a la foi. Mais il est sûr que tous les chemins resteront fermés, si on n'a pas d'abord la foi. Si l'on y regarde bien, la foi ne peut aller sans l'espérance. Et il y a un genre d'espérance et aussi un genre de foi qui concernent tous les hommes et dont le vrai nom est charité ... Il nous reste donc, après avoir écarté les mensonges des prêtres, à prendre la vie noblement. Etre bon avec les autres et avec soi-même, les aider à vivre, s'aider soi-même à vivre, voilà la vraie charité. La bonté est joie, l'amour est joie. Voilà par quelles vérités, on sauve ce qui est à sauver et que la religion a perdu, j'entends la belle espérance" ... Voir "Croyance et foi"

 

  Eusthènes 21 décembre 2010                    

 

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 22:02

" Ils sont plus grands que nous parce que nous sommes à genoux " ...

    

  

LaBoetiePour le moment, je voudrais seulement comprendre comment il se peut que tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un tyran seul, qui n'a de puissance que celle qu'ils lui donnent, qui n'a pouvoir de leur nuire qu'autant qu'ils veulent bien l'endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal s'ils n'aimaient mieux tout souffrir de lui que de le contredire ...

 

 

Quel est ce vice, ce vice horrible, de voir un nombre infini d'hommes, non seulement obéir, mais servir, non pas être gouvernés, mais être tyrannisés, n'ayant ni biens, ni parents, ni enfants, ni leur vie même qui soient à eux ? De les voir souffrir les rapines, les paillardises, les cruautés, non d'une armée, non d'un camp barbare contre lesquels chacun devrait défendre son sang et sa vie, mais d'un seul  ! ...

 

 

Or ce tyran seul, il n'est pas besoin de le combattre, ni de l'abattre. Il est défait de lui-même, pourvu que le pays ne consente point à sa servitude. Il ne s'agit pas de lui ôter quelque chose, mais de ne rien lui donner. Pas besoin que le pays se mette en peine de faire rien pour ServitudeVsoi, pourvu qu'il ne fasse rien contre soi ...

 

 

               

Ce maître n'a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps, et rien de plus que n'a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu'il a de plus, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. D'où tire-t-il tous ces yeux qui vous épient, si ce n'est de vous ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s'il ne vous les emprunte ? Les pieds dont il foule vos cités ne sont-ils pas aussi les vôtres ? A-t-il pouvoir sur vous, qui ne soit de vous-mêmes ? ...

 

 

Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. Je ne vous demande pas de le pousser, de l'ébranler, mais seulement de ne plus le soutenir, et vous le verrez, tel un grand colosse dont on a brisé la base, fondre sous son poids et se rompre.

 

Etienne de la Boétie - Discours de la servitude volontaire

Rédaction entre 1546 et 1555 - Première publication partielle en 1574 - Publication complète en 1576

  

 

Le texte intégral du discours

 

Cyrille, 27 janvier 2011           

 

Le chiffon rouge

Accroche à ton cœur un morceau de chiffon rouge
Une fleur couleur de sang
Si tu veux vraiment que ça change et que ça bouge
Lève-toi car il est temps.

Allons droit devant vers la lumière
En montrant le poing et en serrant les dents
Nous réveillerons la terre entière
Et demain, nos matins chanteront.

Compagnon de colère, compagnon de combat
Toi que l'on faisait taire, toi qui ne comptais pas
Tu vas pouvoir enfin le porter
Le chiffon rouge de la liberté
Car le monde sera ce que tu le feras
Plein d'amour de justice et de joie.

Accroche à ton cœur un morceau de chiffon rouge
Une fleur couleur de sang
Si tu veux vraiment que ça change et que ça bouge
Lève-toi car il est temps.

Tu crevais de faim dans ta misère
Tu vendais tes bras pour un morceau de pain
Mais ne crains plus rien, le jour se lève
Et il fera bon vivre demain.

Compagnon de colère, compagnon de combat
Toi que l'on faisait taire, toi qui ne comptais pas
Tu vas pouvoir enfin le porter
Le chiffon rouge de la liberté
Car le monde sera ce que tu le feras
Plein d'amour de justice et de joie.

 

Accroche à ton cœur un morceau de chiffon rouge
Une fleur couleur de sang.

 

                                                                                     Michel Fugain             

 

 

 

 

 

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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 17:36
Complément de l'article présentation du livre avec les vidéos du film :

http://www.troispoints.info/article-jonathan-livingston-le-goeland-42736276.html

 

Première partie - Apprendre ...

 

Jonathan Livingston le Goéland n'était pas un oiseau ordinaire. La plupart des goélands se contentent d'apprendre à voler pour quêter leur nourriture. Pour eux, ce qui importe, ce n'est pas de voler, mais de manger. Pour Jonathan, l'essentiel n'était pas de manger, mais de voler. Mais il allait bien vite s'apercevoir que cette manière d'envisager les choses n'est pas la bonne pour être populaire parmi les oiseaux du clan. "Voyons, Jonathan, lui disait son père, nous ne vivons pas de vols planés. N'oublie jamais que le seul but du vol est de trouver sa nourriture". Pendant quelques jours, Jonathan s'efforça de se comporter comme les autres goélands qui crient et se battent pour attraper une tête de poisson. Mais le cœur n'y était pas.

 

JonathanlivingstonCela ne mène à rien pensait-il. Dire que je pourrais continuer à apprendre. Il y a tant et tant à apprendre. Et Jonathan se retrouva bientôt seul, en pleine mer, occupé à apprendre à voler, affamé, mais heureux. Dix fois il s'abattit sur l'eau dans un désordre éperdu de plumes. Un jour, il s'écartela même dans les airs et s'écrasa sur la mer, dure comme une pierre. Tandis qu'il sombrait, une étrange voix lui parlait du fond de lui-même. "Je n'ai aucune illusion à me faire. Je suis par nature un être limité. Il me faut vite oublier toutes ces folies. Je dois rentrer  chez moi et me contenter d'être ce que je suis, c'est a dire un goéland qui a des limites".

 

La voix se tut et Jonathan approuva. Il se jura que désormais il se contenterait de vivre comme les autres goélands. Tout le monde s'en trouverait ainsi beaucoup mieux. Jonathan se sentit réconforté d'avoir pris cette décision et de se résigner à rester un goéland comme les autres. Désormais, il combattrait cette force qui le poussait à apprendre. Il n'y aurait donc plus de défis, donc plus d'échecs. Mais soudain, Jonathan Livingston sursauta. Sa souffrance était effacée, ses sages résolutions évanouies, ses promesses d'un instant oubliées. Et il était heureux et fier de dominer sa peur et sa lassitude.

 

 

Lorsque Jonathan rejoignit le clan sur le rivage, les goélands l'attendaient, rassemblés en Grand Conseil.

" Jonathan Livingston le Goéland, dit l'Ancien, tu apprendras que l'irresponsabilité ne paie pas. Pour toi, la vie c'est peut-être l'inconnu et l'insondable, mais nous, nous sommes là pour manger et pour survivre aussi longtemps que possible".

- Mais, dit Jonathan, laissez-moi au moins une chance de vous montrer ce que j'ai découvert 

- La fraternité est rompue"  crièrent en chœur les goélands.  Et ils tournèrent tous le dos à Jonathan qui s'en alla seul, passer le reste de ses jours au-delà des falaises lointaines. Son seul regret ne venait pas de sa solitude, mais du fait que les autres goélands ne veuille pas croire à la gloire du vol et qu'ils refusaient d'ouvrir les yeux et de voir. Lui-même, apprenait chaque jour davantage. Ce qu'il avait naguère souhaité pour la communauté, il y accédait maintenant seul. Et Jonathan comprit que l'ennui, la peur et la colère sont les raisons pour lesquelles la vie des goélands est si brève. Il les chassa de ses pensées et vécut alors pleinement une existence belle et sereine.

 

JLGV-2Un soir, deux goélands apparurent, purs comme la lumière des étoiles.

" Qui êtes-vous ?  leur demanda Jonathan.

- Nous sommes les tiens. Nous sommes tes frères. Nous sommes venus te chercher pour te conduire plus haut, pour te guider vers ta vraie patrie

- De patrie, je n'en n'ai point, je suis un exclu !

- Mais non, Jonathan, tu peux t'élever davantage encore. Ton premier apprentissage est terminé, il est temps d'en commencer un autre".

 

Jonathan Livingston le Goéland avait eu l'intuition, toute sa vie, qu'un jour, elle s'illuminerait de cet instant merveilleux. Oui, il volerait  plus haut encore et le moment était venu, pour lui, de s'en aller pour vivre dans sa vraie patrie. "Je suis prêt, dit-il simplement". Et Jonathan, accompagnant les deux goélands étoiles, s'éleva dans le ciel et disparut avec eux.

 

                                   Lire la suite de l'histoire -  Le livre - Séquences du film   1  -  2

 

Eusthènes, 10 octobre 2010                    

MAJ 19 11 2010

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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 07:41
 

Deuxième partie - Comprendre ...

   

JLG-V1C'est donc cela, le paradis, pensait Jonathan. Il survolait la mer vers un rivage tourmenté. Une douzaine de goélands vinrent à sa rencontre. Il comprit qu'il était le bienvenu et qu'il serait désormais ici, chez lui. Bien vite, Jonathan comprit qu'il y avait encore autant à apprendre ici que dans l'existence dont il venait. Avec toutefois une différence : les goélands d'ici pensaient comme lui. Pour eux, l'important était d'atteindre la perfection dans ce qu'ils aimaient le plus : voler. Et Jonathan oublia le monde d'où il était venu.  

 

Mais un jour, des souvenirs lui revinrent en mémoire. Il se demanda : "Pourquoi ne sommes-nous pas plus nombreux ici ? Nous progressons lentement. Nous passons d'un monde à un autre, presque identique, oubliant d'où nous venons, ignorant où nous allons, ne vivant que pour l'instant présent. Combien de vies avons-nous dû vivre avant de soupçonner qu'il y a mieux à faire dans l'existence que de manger, ou de se battre, ou de conquérir le pouvoir aux dépends de la communauté ? Mille vies, dix mille vies, avant de commencer à comprendre qu'il existe quelque chose qui s'appelle  la perfection, que notre seule raison de vivre est de découvrir et de proclamer. N'apprenons rien et le monde futur sera identique à celui d'aujourd'hui, avec les mêmes inerties et les mêmes interdits à combattre".

 

 

Un soir, Jonathan s'avança vers l'Ancien des goélands et lui demanda :  

" Ce monde n'a rien à voir avec le paradis, n'est-ce pas ? Où allons-nous ? Y a-t-il un lieu qui s'appelle le paradis ?

- Non John, répondit l'Ancien, il n'existe rien de tel. Le paradis, c'est simplement d'être soi-même, accompli. Souviens-toi, Jonathan, le paradis, c'est cela". Le secret consistait à ne plus se considérer comme le prisonnier d'un corps limité, mais comme un être omniprésent dans la durée et dans l'espace. Et jour après jour, Jonathan s'efforçait d'y parvenir. "Oublie la foi, lui répétait l'Ancien, ce qu'il te faut, c'est comprendre".

 

Vint le jour où l'Ancien disparut. Il disait aux goélands de poursuivre leurs efforts vers la connaissance pour comprendre le principe invisible de toute vie parfaite. Ils l'écoutaient, les yeux clos. "Jonathan, continue d'apprendre à aimer"... Ce furent ses dernières paroles ... De jour en jour, Jonathan pensait de plus en plus au pays d'où il était venu.  Il se demandait s'il n'y avait pas quelque part, là bas, un goéland qui luttait pour échapper à la servitude. Peut-être même, y en avait-il un autre, réduit comme lui, à la condition d'exclu, pour avoir osé proclamer sa vérité face au clan. Et plus Jonathan continuait d'apprendre à aimer, plus son désir de retourner vers le clan devenait intense. Car, pour lui, l'amour consistait à transmettre à un autre goéland, vacillant dans la solitude, à la recherche de la vérité, un peu de cette vérité que lui, Jonathan, avait approchée.

 

Son ami Sullivan se montrait sceptique : "John, tu as été jadis banni. Pourquoi crois-tu qu'ils t'écouteraient aujourd'hui ? Ils sont à mille lieues du paradis dont tu rêves de leur montrer le chemin". Mais Jonathan pensait quand même qu'il y avait peut-être, là bas, un ou deux goélands capables eux aussi d'apprendre. Et un jour, il dit à son ami : "Je dois m'en retourner" ... Sullivan soupira, mais il ne dit rien ...

 

                                      Lire la fin  de l'histoire -  Le livre - Séquences du film   1  -  2

 

Eusthènes, 10 octobre 2010                    

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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 07:02
 

 

Troisième partie - Libre ...  

 

JLG-libreblog" Ils m'ont exclu ! Et bien, je serai un vrai hors la loi et ils le regretteront", pensait Fletcher Lynd, le Goéland. C'est alors qu'une voix intérieure lui dit :

- Ne les juge pas trop sévèrement, Fletcher. En te rejetant, ils n'ont fait de tort qu'à eux mêmes.  Un jour, ils le comprendront et ils verront ce que tu vois ... Pardonne leur et aide les à y parvenir. Fletcher, le Goéland, veux-tu voler ?

- Oui je veux voler

- Fletcher Lind, veux-tu voler au point de tout oublier pour apprendre et puis, un jour, revenir vers les tiens pour les aider ?

- Oui, je je veux.

- Très bien, Fletcher, commençons"...

 

Au bout de trois mois, Jonathan avait six élèves, tous des exclus. "Chacun de vous - leur disait-il - est une image illimitée de la liberté. Chaque pas franchi est un pas de plus vers notre accomplissement. Toutes nos limites doivent être dépassées". Mais aucun d'eux ne parvenait à concevoir que l'envol des idées peut être aussi réel que celui de la plume et du vent. Brisez les chaînes qui entravent votre pensée et vous briserez les liens qui vous retiennent prisonniers". Mais tout cela n'était pour eux qu'une aimable construction intellectuelle et le besoin de dormir reprenait bien vite le dessus.  Un jour, Jonathan leur dit : "Le moment est arrivé de retourner vers le clan".

 

 

La nouvelle de leur retour se répandit comme une traînée de poudre :

" Les exclus sont revenus" ... "

- Ignorez-les, dit l'Ancien, tout goéland qui leur parlera sera exclu".

Dès lors, Jonathan ne vit plus que des dos gris tournés vers lui, mais il ne parut même pas les remarquer. Quand ils avaient terminé leur vol, il exposait des idées folles que ses élèves ne parvenaient pas à comprendre, mais aussi quelques autres, bien meilleures, qui étaient à leur portée. Petit à petit, un second cercle commença à se former autour des élèves de Jonathan, un cercle de curieux attentifs, ne souhaitant ni se voir les uns les autres, ni être vus, s'éclipsant discrètement avant l'aube.

 

Un mois après le grand retour, le premier goéland du cercle des curieux passa la ligne de démarcation pour apprendre à voler. Par ce geste, Terrence Lowell le Goéland devint un oiseau condamné, portant le stigmate des exclus. La nuit suivante, ce fut Kirk Maynard le Goéland qui arriva du clan, traînant son aile gauche sur le sable :

" Aidez-moi, dit-il d'une voix brisée, plus que tout je désire voler ...

- Alors, viens lui dit Jonathan.

- Mais mon aile, mon aile est paralysée ....

- Maynard le Goéland, tu es libre, à l'instant, d'être toi-même. Rien ne saurait t'en empêcher. Je te le dis, tu es libre !"  Et Kirk Maynard déploya ses ailes et s'envola.

 

A l'aube, ils étaient plus d'un millier à écouter Jonathan, essayant de le comprendre. Il parla simplement, disant : "qu'il appartient à un goéland de voler ; Que la liberté fait partie intégrante de son être et que tout ce qui entrave cette liberté doit être rejeté, que ce soit un rite, une superstition, un interdit. Enfin, que le seule loi digne de ce nom est celle qui montre le chemin de la liberté". Et jour après jour, la foule de ceux qui venaient grandissait, pour admirer, interroger, critiquer. Un matin, Fletcher dit à Jonathan : "On prétend que si vous n'êtes pas le fils du Grand Goéland en personne, vous êtes mille années en avance sur votre temps"... Et Jonathan soupira :"C'est cela, le prix du malentendu : Il fait de vous un démon, ou il vous proclame dieu". 

 

C'est une semaine après que se produisit l'accident. Afin d'éviter un oisillon, Fletcher Lynd percuta la falaise en pleine vitesse. Pour lui, ce fut comme si le rocher était une porte massive et solide, s'ouvrant brutalement sur un autre monde. C'est alors que la voix se fit entendre en lui, comme le jour de sa première rencontre avec Jonathan :

" Mais que faisons-nous ici ? Ne suis-je pas mort ?

- Mais non, Fletcher, tu viens simplement de sauter sans transition d'un niveau de connaissance à un autre. Maintenant, tu as le choix. Tu peux rester ici et poursuivre ta recherche à ce niveau. Ou alors, tu peux retourner en arrière pour travailler avec le clan ?

 - Je veux retourner vers le clan, dit Fletcher.

- Très bien, dit Jonathan, tu comprends maintenant ce que je voulais dire.

- Mais comment faites-vous donc pour aimer cette horde à plumes ?

- Oh, Fletcher, ce n'est pas cela qu'il s'agit d'aimer. Il faut t'efforcer de voir le goéland véritable, celui qui est bon, dans chacun de tes semblables et les aider à le découvrir en eux-mêmes.  Je me souviens, par exemple, d'un jeune goéland intraitable, qui s'appelait Fletcher Lynd, qui était prêt à se battre à mort contre le clan qui venait de l'exclure et qui commençait à construire son propre enfer d'amertume. Alors qu'aujourd'hui, il fonde son propre paradis, vers lequel il va mener toute la communauté.  

- Cela signifie que vous voulez faire de moi un guide ? - demanda Fletcher à son Maître ?".

- Ne crois-tu pas, lui répondit Jonathan, qu'il puisse y avoir d'autres clans qui ont aussi besoin d'un Maître, capable de les guider vers la lumière ? Désormais, tu n'as plus besoin de moi. Ce qu'il te faut, c'est continuer de découvrir par toi-même , chaque jour un peu plus, le vrai Fletcher le Goéland qui est en toi.  C'est lui qui est ton Maître. Il te faut le comprendre et le réaliser. Ne te fie pas à tes yeux, mon vieux Fletcher. Tout ce qu'ils te montrent, ce sont des limites : les tiennes. Regarde avec ton esprit et tu trouveras la voie de l'accomplissement" ...

 

Fletcher voulut répondre, mais Jonathan, avait déjà disparu. Il songea : "Tout ce qu'il y a à comprendre, c'est que le Goéland est l'image d'une liberté sans limites, créé par le Grand Goéland". Et Fletcher Lynd, le Goéland regarda soudain ses élèves tels qu'ils étaient et ce qu'il éprouva pour eux ne fut pas seulement de l'affection, mais un amour véritablement profond. "Tu as raison, Jonathan - dit-il dans un sourire - l'amour est sans limites" ... C'est ainsi que Fletcher s'engage a sur la voie qui mène à la sagesse .

 

 

Eusthènes, 10 octobre 2010                    

MAJ 19 11 2010

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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 11:58

Jlg1L'article a été divisé en deux pour

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Au  plus  creux de la vague,  dans les cœurs  serrés par les angoisses du siècle, un élémentaire besoin de rêve demeure toujours... C'est alors que paraît un mince livre exprimant en quelques pages très simples cette faim d'évasion, de beauté et de bonté. Après la mort des illusions, Saint-Exupéry, illuminant la nuit française, nous a apporté en 1942 le Petit Prince. En Angleterre, quand l'Empire et la morale de Victoria croulent sous les bombes de la Luftwaffe et l'arrivée des G.I., Paul Gallico publie Snow Goose. Aujourd'hui, d'une Amérique désemparée par le sexe, le matérialisme et l'inquiétude, nous arrive Jonathan Livingston le Goéland de Richard Bach. Trois grands petits livres, trois timides rayons de soleil dans l'ombre des orages, écrits tous trois par des aviateurs. Ce n'est pas une coïncidence ... Le Petit Prince aura bien plus marqué ma génération que Citadelle, Vol de Nuit ou Terre des Hommes. Les trente et une pages du Snow Goose de Paul Gallico feront pleurer l'Angleterre héroïque et désespérée de 1940.

Le Petit Prince, par la limpidité classique du style, l'architecture de l'histoire, la simplicité poétique, immaculée des images, est français, purement français, accessible aux autres en tant que tel. Jonathan le Goéland est universel, quelles que soient la philosophie, la race ou la religion du lecteur ... C'est pourquoi un tel livre est si rare. Après trois ans de clandestinité au sein de cercles restreints de lecteurs initiés, Jonathan Livingston le Goéland est apparu au grand jour. J'avais lu. il y a bientôt dix ans. Stranger to the Ground … Richard Bach, pacifique rêveur, doux poète, enfermé par l'amour du ciel dans le poste étroit d'un chasseur à réaction F-84-F, refusait déjà la haine imposée, se débattant entre ces loyautés aux lois et aux conventions qui sont parfois contradictoires avec celles du cœur … Ce texte nous laisse entrevoir Richard Bach, homme de bonne volonté, étranger sur terre, pilote et écrivain.
Ijlg02
Il ne reste plus qu'à lire son Jonathan le Goéland avec le cœur, omme on lit une parabole d'Évangile, et se sentir peut-être ensuite un peu meilleur.

Pierre Clostermann - Le Chesnay, janvier 1973.                            
Extraits de la préface à l'édition française - flammarion 1973.                                       

                                          

                             
 

Eusthènes, 7 octobre 2010                    


 
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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 10:58

JLG-libreblog

L'histoire 

 

Les contes, comme les symboles, cachent des vérités derrière des images. Dans ce conte initiatique, la Quête éperdue de la liberté exige le perpétuel surpassement de soi et conduit à l'amour absolu de ses semblables, résumé par ces quelques mots de Jonathan à son élève Fletcher : "Aime les comme ils sont" ...L'histoire de Jonathan Livingston le Goéland  nous interpelle particulièrement, si l'on veut bien voir, dans l'initiation, la traversée des épreuves à travers lesquelles l'être humain met à nu, lentement, cette étincelle qui est en lui et qui, une fois révélée, éclaire l'univers et lui donne un sens.On y retrouve, toutes les étapes qui blasonnent l'itinéraire maçonnique, jusqu'à la "mort symbolique" de Fletcher au terme de son apprentissage.                                            Photographieraphie de Jordi Olavarrieta

                                                                                                                                               flammarion 1981

  



Adapté du roman de Richard Bach, le film nommé aux Oscars, est d'une incroyable beauté et réellement magique. La musique originale, de Neil Diamond, constitue un véritable enchantement et a reçu un Grammy et un Golden Globe.
                              ...    

Eusthènes, 7 octobre 2010         

           

                                        

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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 21:46

 

lemaillon-11Fondé le 1er janvier 1983 par des Frères et Sœurs de diverses obédiences, sans aucune exclusive, la revue Le maillon de la chaîne maçonnique remplit, depuis, son but premier d’apporter aux lecteurs une réflexion propre à illustrer la diversité du panorama maçonnique, tout en leurs permettant d’approfondir le message contenu dans la pratique de toute Loge.

 

Les articles de la revue sont écrits par des Frères et des Sœurs de divers degrés et de divers rites, afin d’apporter des éclairages différents. Dotés d’une totale liberté d’expression ils abordent ainsi, à travers les rubriques variées du Symbolisme, de l’Ésotérisme, de la Philosophie, de l’Histoire ou encore de l’Humour, tous les aspects de la réalité maçonnique qui, malgré la diversité de ses membres et de ses pratiques, reste une, dans ses buts et ses méthodes.

 

C’est ainsi que Le maillon, source de documentation, d’informations et de débats, accomplit son projet : être une loge virtuelle, universelle et intemporelle.

   

A propos d'une typologie des comportements en Maçonnerie.

Essai psychanalytique sur les fantasmes, les symboles et l'illusion maçonniques

François BEGON - Le cahier du Maître (1er trimestre 1991).

 

Ce cahier (de 22 pages) est introuvable depuis longtemps. La bibliothèque de votre loge en possède peut-être un exemplaire.

 

Extraits :

 

Psychanalyse groupale et franc-maçonnerie

 

Dans son essai Psychologie collective et analyse du moi, Freud montre que (dans l'armée et l'église) l'inconscient modifie les comportements par l'identification (de "l'idéal du moi") des individus entre eux et au chef, (le président, le leader) … En 1947, des psychosociologues ont constaté que les groupes restreints, non directifs, de dix à trente personnes, sont capables eux aussi de modifier les comportements. Il n'y a aucune raison pour que l'inconscient et ses manifestations ne soient pas présents dans l'institution et le groupe maçonniques. Mais l'inconscient est rusé. Il ne se manifeste jamais au grand jour, mais toujours masqué par des mythes, utopies, croyances, comportements. Il se pourrait bien que le "symbolisme" et la "spiritualité", véhicules de l'inexprimable (…) cherchent, dans nos loges, une cache à leur convenance. Il convient, en ce qui concerne la Maçonnerie d'y ajouter deux clés.

 

La première est la fascination qu'exercent les pyramides initiatique et exécutive (de l'Ordre). Les couleurs des décors et l'apparat entretiennent l'illusion … Et les frères des colonnes ne rêvent que de parvenir à ce savoir ultime ou à ce sommet de la toute-puissance, qui sont deux des attributs des dieux. La seconde clé vient du fait que dans la vie familiale ou professionnelle, le groupe est dirigé par un chef, alors que le groupe maçonnique est semi-directif et qu'en maçonnerie, les défenses s'affaiblissent. "Tout ce qui est pensé peut être dit". L'imaginaire, les désirs, les fantasmes circulent et selon Didier Anzieu, "le groupe, c'est du rêve" En termes psychanalytiques, dans un groupe, se substitue, au "moi critique" de l'adulte, un moi plus primitif, celui de l'enfance entre autres, que l'on désigne par "moi idéal". Et le groupe réactive ce moi idéal de l'enfance, si apte à la convivialité.

 

 

 

Typologie des comportements individuels

 

Le Frère discret - C'est le type le plus fréquent. Il s'agit d'un frère chaleureux, fraternel, compréhensif et tolérant, sensé et rationnel … Il intervient une tenue sur deux et ne prend jamais la parole plus de deux fois. En dehors des tenues, il est serviable et discret. C'est le frère que l'on trouve aux plateaux de Trésorier ou d'Hospitalier.

 

Le frère muet - Après plusieurs années de maçonnerie, il n'a jamais pris la parole. Ce u'il redoute le plus, c'est d'être interpellé en loge par le Vénarable. Parler en loge est difficile, surtout les premières fois. Et l'angoisse est d'autant plus grande que le groupe est large.

 

Le frère voyeur - Il ne parle jamais mais éprouve de l'intérêt en tenue. Il s'identifie à ceux qui parlent et agissent et vit par procuration. On cite l'exemple d'un frère qui n'avait jamais pris la parole, ni présenté de planche devenu président de son atelier. Il lisait le rituel, faisait circuler la parole, sans jamais apporter un commentaire.

 

Le frère interventionniste-exhibitionniste - Il a un don d'allocution et d'élocution. Il sait faire rire, Il irrite parfois.

 

Le frère contestataire - Il fait sans cesse des rappels au règlement. Il conteste sur tout : l'ordre du jour, la forme, le fond des travaux et les sujets traités.

 

Le frère leader - Il parle au nom d'un faction de l'Atelier. Il est le porte parole d'un courant d'opposition. Il se manifeste d'autant plus que les élections approchent. Il annonce un clivage ou un essaimage de l'Atelier.

 

Le frère avide d'omniscience - Il a été admis dans les Ateliers supérieurs. Il est persuadé que les présidents de Chapitres, de Conseils philosophiques, de secteurs, ont une connaissance ultime sur l'homme et le monde, ou connaissance d'un secret. Il est inquiet de sa prochaine promotion et s'inquiète de celles de ses frères. Il épie les faits et gestes des hommes vêtus de blanc et décortique leurs paroles. Tout l'intrigue. Il aimerait savoir ce qui se passe "derrière le rideau". On est ici tout près du fantasme de la scène primitive.

 

Le frère avide de toute puissance - Il est fasciné par les postes d'officiers, particulièrement par celui de Vénérable. Il est fasciné par les Très Illustres Frères du Conseil de l'Ordre. Il est candidat à la course aux plateaux. Lors des élections, il intrigue.

 

Le frère illusionné - Il analyse chaque grade et s'analyse à chaque grade. Il pense sincèrement qu'il change, il est entré en maçonnerie pour cela. Mais c'est justement parce qu'il le pense que cela lui évite - inconsciemment - de changer réellement.

 

Le frère désillusionné - Il est trentième. Il constate que du haut en bas de l'échelle les frères et les hommes sont les mêmes. Il renonce à la croyance d'une sagesse supérieure.

 

Le frère en quête d'identité - "Qui suis-je ? Que pensez-vous de ma planche, de mes interventions ? Dites-moi qu'elles sont satisfaisantes. Votre hochement de tête est un réconfort, votre silence une blessure".

 

Le franc-maçon alimentaire - Il fréquente plusieurs fraternelles. Il vient en tenue une fois par an. Il est affable. Signe distinctif : même en tenue et dans sa propre loge, il éprouve le besoin de se faire reconnaître par la griffe du maître. Chez lui, la griffe est une manie, un tic.

 

Le frère atteint de cordonnite - Il mue régulièrement tous les trois ou quatre ans avec les grades. Il choisit lui-même ses sautoirs et ses tabliers les plus chers, les plus beaux. Sa silhouette s'enrichit et se pose. Il se métamorphose et acquiert, chaque fois, un supplément de savoir et d'autorité. Il en est persuadé.

 

Le frère apolitique - Lors de l'audition d'un profane ou de l'élection du Vénérable, il vote avec une boule blanche ou noire, un bulletin favorable ou défavorable suivant les opinions politiques du candidat.

 

Le frère idéologue - En loge, il rationalise le principe d'égalité et exige que les frères y nivellent leurs différences. Il est un partisan de la mixité. Pour lui, l'égalité des droits se réduit à l'égalité des sexes. Coopté au trentième, il reste catégorique : "Au pays des loups - dit-il - fais ce que dois, advienne que pourra". C'est un magicien qui veut décidément faire tout disparaître.

 

Le frère mythopathe - Il est persuadé qu'Hiram a existé, qu'entre les Templiers et les grades chevaleresques, la filiation est certaine et que la parole a été réellement perdue. Le groupe, c'est du rêve, les désirs y sont pris facilement pour des réalités. Mais la cité idéale, où il n'y a que des frères - parce que tous initiés - est utopique. Cette cité est divisée en chapelles et en clans.

 

Le frère "IN" - Il survole les autres frères. Il a assimilé les fins fonds de la franc-maçonnerie. Il pense que cela est la source d'une considération qu'il croit percevoir. Il a été Vénérable, président d'Ateliers supérieurs, délégué au Congrès des loges, au Convent. Il connaît l'histoire et les anecdotes de la franc-maçonnerie. Il est au courant des tenants et des aboutissants de la politique du Conseil de l'Ordre. Pour tout profane, il sait, immédiatement, s'il sera ou non un bon candidat et sait prévoir son itinéraire (sa carrière ...) maçonniques. Il connaît toutes les procédures et toutes les ficelles. Il manœuvre avec calme au moment des élections. Il n'est étonné de rien puisqu'il a tout prévu. Il sait de qui il lui faut être l'ami et de qui il doit être le frère.

 

Le frère idéaliste - Il croit que c'est arrivé. La collation d'un grade lui confère l'enseignement correspondant. Ce qui lui permet de faire l'économie du travail mental d'intégration des étapes initiatiques successives.

 

Le frère envieux - Si un frère plus ancien que lui fréquente les Ateliers supérieurs, alors qu'il est lui-même toujours en loge bleue, il éprouve un sentiment de jalousie d'un savoir supposé qu'il aimerait partager. Si ce frère est présent en loge, il lui manifeste impatience et opposition. Si ce frère est absent, il est le premier à récriminer contre son absence.

 

Le frère ritualiste - Il est vétilleux sur les pas, les signes, le sens de la circumambulation. On le trouve fréquemment en loge bleue. Il est pour l'instant, absent des Chapitres et des Conseils.

 

Le frère symboliste - Il a fait l'exégèse des Boucher, Bayard, Guénon, Wirth, Ligou. Il connaît le dictionnaire des symboles. Il a lu les "Que Sais-je" de Serge Hutin sur les sociétés secrètes et de Paul Naudon sur la Franc-maçonnerie … Son comportement est voisin de celui de l'alchimiste … Dans Psychologie et Alchimie, Jung montre la force et la ruse de l'inconscient.

 

Le président obsessionnel - Il a la vocation des présidences d'Ateliers. Il est le surmoi, l'instance de censure et de contrôle. Avec un caractère brillant, narcissique et un tantinet pervers, son fantasme devient le leurre du groupe : "Suivez-moi, je vous mènerai au bout du monde, au terme du savoir" … Traduisons : Ensemble nous allons retrouver le paradis perdu (la parole perdue).

 

Le président pélican - Avant et après les tenues, chez lui, par téléphone, il est assalli par ses frères qui viennent à lui becs ouverts. Il lui faut écouter et conseiller … Il est sollicité pour tout. Après trois années, il chancelle et s'affaisse, épuisé, vidé …

 

Le président Pygmalion - Il reçoit au préalable les impétrants. Il lance les enquêtes, suit le parcours de chacun d'eux et s'attache à ces nouveaux venus. En retour, il souhaiterait leur affection, leur amour.

 

Conclusion

 

La loge se situe entre l'imaginaire du rêve et la réalité extérieure. A l'instar de l'église, de l'art, de l'activité scientifique, la maçonnerie est un "espace transitionnel"  entre la réalité inconsciente intérieure et la réalité sociale extérieure. Elle appartient à ce "champ neutre" décrit par Winnicot puis par Anzieu. Ce champ est réexpérimenté par les frères. Il est un lieu et un temps de ressourcement et de transformation. En se plongeant dans la vie de la loge, les frères y partagent une illusion enchanteresse et y retrouvent leur pouvoir créateur.

 

Eusthènes, 7 juin 2010                    

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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 12:59


                                               Vêtements ...

 

errantUn jour, la Beauté et le Laid se rencontrèrent sur le rivage. Et ils dirent : "allons nous baigner dans la mer." Alors, ils se dévétirent et nagèrent.

 

 Au bout d'un moment, le Laid revint sur le rivage ; il s'habilla avec les vêtements de la Beauté et poursuivit son chemin.

 

Et la Beauté sortit aussi de la mer, mais ne trouva pas ses habits. Parce qu'elle était trop timide pour rester nue, elle s'habilla avec les vêtements du Laid. Et la Beauté poursuivit son chemin. 

 

 Et depuis ce jour, les hommes et les femmes prennent l'un pour l'autre.

 

Cependant, il en est qui ont aperçu le visage de la Beauté et ils la reconnaissent, malgré ses habits. Et il en est qui reconnaissent le visage du Laid, et ses vêtements ne le dissimulent pas à leurs yeux.

 


                                                                                KHALIL GIBRAN - L'errant

 

 

"Peu d'entre nous sont capables d'ajouter un fait à un autre et d'en faire une vérité". Comme Le Fou et Le Prophète, L'Errant nous entraîne à la recherche d'une sagesse tout humaine, qui récuse aussi bien les espoirs de l'au-delà que le mensonge des apparences.

 

Racontés avec le ton - et souvent l'humour - du fabuliste, ces courts apologues chantent "la beauté du monde, ses merveilles, ses miracles et le piège de ses séductions".

 

Ce texte posthume du grand poète Libanais est inédit en français.

 

L'errant - Editions des Mille et Une Nuits   

 

 

Khalil Gibran

1888-1931

 

GibranPoète et peintre libanais, Khalil Gibran est né en 1883, à Bécharré, au Liban, dans une très ancienne famille chrétienne. Son grand-père maternel était prêtre du rite maronite.

En 1894, il émigre avec sa mère à Boston. Mais en 1897, il retourne seul, au Liban, pour faire ses études à l'École de la Sagesse, à Beyrouth. En 1901, il visite la Grèce, l'Italie, l'Espagne, puis s'installe à Paris, pour étudier la peinture. C'est à cette époque qu'il écrit "Les Esprits Rebelles", livre qui fut brûlé sur la place publique de Beyrouth, par ordre des autorités turques, et qui fut condamné comme hérétique par l'évêque maronite.

En 1903, Gibran est rappelé en Amérique, au chevet de sa mère mourante. Il reste à Boston, où il s'exerce principalement à la peinture. En 1908, il revient à Paris, où il travaille à l'Académie Julian et à l'École des Beaux-Arts. Il fréquente Rodin, Debussy, Maeterlinck, Edmond Rostand ...

En 1910, il s'installe définitivement à New York où il se consacre à la peinture et à la poésie. C'est dans cette ville qu'il meurt en 1931. Son corps est ramené au Liban, où il repose désormais dans la crypte du Monastère de Mar Sarkis, à Bécharré.

Engagé dans une démarche spirituelle originale, il publie en 1928 son chef-d'œuvre "Le Prophète", aujourd'hui traduit dans le monde entier. Khalil Gibran voit et fait voir le vrai visage de la vie. D'images en images, il exalte le rêve, traduisant aussi bien la réalité la plus humble que les plus hautes aspirations de l'esprit. Car tout peut ouvrir sur l'infini.

Tout est jeu d'ombres et de lumière. Le mal n'est pas séparé du bien, ni le jour de la nuit. La rivière et la mer, le fruit et la racine, l'abeille et la fleur, tous ne font qu'Un.

"Lorsque vous travaillez, vous êtes une flûte. Et à travers son cœur les soupirs de vos heures se métamorphosent en mélodie"... Ainsi parle Al-Moustapha, l'élu, le bien-aimé, magicien du verbe, artisan de la sagesse.

D'une extraordinaire musicalité, ses textes éveillent la douce nostalgie d'une plénitude retrouvée ...
                                       
 

Eusthènes, 30 mai 2010                              

                         

 

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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 16:06

Le vrai pouvoir des francs-maçons
de François Koch (Editions L'Express, 2009)
Préface de Christophe Barbier, directeur de la rédaction de L'Express)
 

François Koch est journaliste à L'Express depuis 1988, spécialisé dans les questions de politique et de société. Depuis 2002, il enquête sur la franc-maçonnerie, dont il est devenu un expert reconnu.
"... François Koch, sans connivence ni ostracisme, sans indulgence ni préjugés, enquête depuis sept ans sur le monde des francs-maçons. Sa puissance, ses évolutions, ses guerres intestines, ses effon-drements et ses renaissances ... Rien ne lui a échappé. Sans antimaçonnisme primaire ni secondaire, mais sans complai-sance ! Tête froide et curiosité ardente, il livre ici l'essentiel de ses enquêtes et une synthèse sur le pouvoir, réel et protéiforme, des francs-maçons. Pour faire le point sur les trois point" ...

             Christophe Barbier, directeur de la rédaction de L'Express

Depuis toujours, les francs-maçons intriguent. Qui sont-ils? Pourquoi si peu de femmes parviennent à entrer en maçonnerie? À quoi ressemblent leurs rituels loufoques? Quelles sont leurs sphères d'influence? En apparence désuet, cet immense réseau de plus de 160 000 membres pèse sur notre monde moderne de manière très organisée. François Koch, mène l'enquête depuis sept ans. Il livre ici des révélations inattendues sur le pouvoir réel des "frères" au sein de notre société. En politique d'abord. De quelle manière les maçons peuvent-ils faire basculer de grandes élections? Être à l'origine de l'élaboration et du vote de lois? Dans la police, la justice, la santé ou la mutualité, leur influence est incontestable. Et, surtout, dans les affaires, via les fameuses fraternelles. Un business structuré et tabou, qui monte en puissance. Réponses dans cette contre-enquête inédite. Dans un second volet, ce livre vous offre les meilleures enquêtes de L'Express sur la franc-maçonnerie en France et en régions.

Extraits :
Sarkosy plus rusé que Royal

 

Dans les années qui précèdent l'élection présidentielle de 2007, les obédiences, et la première d'entre elles en particulier, sont l'objet de convoitises et de tentatives d'instrumentalisation. Ce n'est pas que le contrôle des obédiences donne les clés de l'Elysée, mais leur capacité de nuisance est telle qu'un candidat à la fonction suprême a tout intérêt à ne pas leur déplaire. De ce point de vue, Nicolas Sarkozy dispose de plus d'atouts que Ségolène Royal. En comparaison de la "Madone du Poitou", jamais en manque d'une expression biblique ou d'une attitude christique, le patron de l'UMP apparaît presque plus laïc, donc plus maçonniquement correct. Ce qui est abusif. Sarkozy le déiste a surtout eu le culot de faire écrire par Alain Bauer plusieurs de ses discours. Et l'ancien grand maître du GO l'a fait en les truffant de références à Jaurès, à Blum et à la République comme un refrain ! Un véritable coup de maître qui bluffe plus d'un frère. Manifestement, l'entourage maçonnique de Ségolène Royal ( … ) est loin d'avoir eu l'efficacité d'un Bauer pour flatter les obédiences dans le sens de l'équerre et du compas. Au "maçonnomètre", Sarkozy l'emporte donc haut la main sur Royal.

Mais les frères ont joué un rôle bien moindre à la présidentielle de 2007 qu'à celle de 2002. C'est qu'en favorisant Chirac et Chevènement au détriment de Jospin, ils ont contribué à provoquer le "21 avril 2002", la qualification de Jean-Marie Le Pen pour le second tour. Ils n'en étaient pas fiers. D'où, en 2007, leur plus grande discrétion.

MAJ 20 11 2010

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