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26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 14:15
"Nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi".
Article X de la déclaration des Droits de l’Homme de 1789.
  

                                                 

Identité nationale ...


Il y a des identités qui divisent la France. L'identité nationale est fondée sur les valeurs qui rassemblent. Elle ne s'administre pas. Quelle communauté humaine, athée ou non, n'est-elle pas flanquée d'un sacrilège puni par la loi ?

Pour vivre ensemble, il faut que les hommes aient en commun quelque chose de plus grand qu'eux - un dieu, une nation ou un idéal, une journée mythologique dont ils se souviennent ensemble. Toutes les personnes qui vivent sur la même "terre", ont besoin, pour vivre ensemble, d'un universel commun, qui permette la libre existence de chacun, tout en assurant la cohésion sociale. Les valeurs de cet idéal commun sont exprimées par la devise de la République.

La première valeur est l'Individu : "Agis de telle sorte que tu traites l’humanité comme une fin et non comme un moyen" - Kant.
Il s’agit bien là d’un fondement, où l’individu est considéré comme une fin et non simplement comme un moyen. C'est l'affirmation "du caractère sacré de la Personne humaine, de la primauté absolue de l'Individu" - Emile Durkheim.  Tout être humain possède des droits imprescriptibles et sacrés (Constitutions de 1958 - Droits de l’Homme de 1789). "L’Homme d’abord, tout l’Homme, tous les Hommes", Albert Memmi. Nous sommes donc tous uniques, tous différents, tous égaux. Dans la devise républicaine, la primauté de l'Individu correspond au mot : EGALITE.

La deuxième valeur est le Libre Examen. L’article X de la déclaration des Droits de l’Homme de 1789 dit que : "Nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi".


Chacun dispose donc d'une Liberté absolue de penser. "Contraindre cette Liberté est une injustice, la supprimer est un sacrilège" - Rabaud Saint-Étienne. L’autonomie de chacun constitue un impératif fondamental : "Agis en toute circonstance de manière à cultiver l’autonomie d’autrui et la tienne se développera en même temps" - Jean-François Malherbe (1987).

Le Libre Examen refuse le principe d'autorité ainsi que tout dogmatisme qui impose une fois pour toutes, ce qui est vrai, ce qui est bien, ce qui est beau. Le Libre Examen est la base de la liberté absolue de conscience qui fonde l'autonomie de l'homme. Dans la devise républicaine, il correspond au mot : LIBERTE.

La troisième valeur est la Cohésion Sociale. La Laïcité a permis de fonder et de cimenter la République Française en créant un lien social qui n’était plus de nature religieuse. Et ce lien devenait beaucoup plus fort si, au-delà d’une valeur législative, il constituait une valeur morale.

La Cohésion Sociale se fonde sur la tolérance réciproque et le respect mutuel, instituant la primauté de certaines valeurs du groupe devant lesquelles doivent s'effacer les exigences individuelles. "La démocratie est la libre expression de tous les individualismes et de tous les communautarismes. La République est de même nature, mais l’individu s’efface à l’occasion au profit du groupe" -
Régis Debray.

Il s'agit donc d'un juste équilibre entre les Droits et les Devoirs de chacun. La Cohésion Sociale est le fondement du mieux vivre ensemble. Dans la devise républicaine, elle correspond au mot : FRATERNITE.

Ce qui constitue le ciment d'une société qui se régénère se reconnaît à ce qui est donné comme une vérité indiscutable, et comme un absolu de la foi : quiconque y touche est considéré comme sacrilège. La voie que la société choisira demain, sans doute l'ignorons-nous. Mais si elle peut conduire à faire de chacun, un homme bon, courageux, secourable, et un frère pour ses semblables, comme un ami pour lui-même, elle ne trahira pas nos espérances.

Alors, si nous trouvons sur notre route, des hommes qui n'ont ni nos croyances, ni la couleur de notre peau, ni notre méthode pour combattre l'injustice, ni nos façons d'aimer la lumière du jour, sachons pourtant les reconnaître comme des frères ...


Maj 26 03 2011 *

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 07:00
Tous, sous des mots contradictoires, nous suivons les mêmes élans et nous partons en guerre les uns contre les autres, dans la direction des mêmes terres promises. Certes, nous parlons de Liberté, mais cette liberté est devenue une licence vague, limitée par le tort causé à autrui. Certes, nous parlons d'Egalité, mais faute de savoir sur quoi fonder cette égalité, elle devient une affirmation dont nous ne pouvons plus nous servir sans contradictions insurmontables. Quant à la Fraternité, comment pourrions nous en parler alors que nous sommes si souvent frères "en quelque chose" au lieu d'être simplement frères "tout court".

 

Au lieu d'affirmer les Droits de l'Homme au travers des individus, nous avons laissé s'introduire insensiblement, dans notre pratique, une morale du collectif qui, négligeant l'Homme, ne considère plus que les droits d'une minorité. Et nous avons laissé glisser notre humanisme qui repose sur l'Homme, vers cette termitière qui ne repose plus que sur la somme des individus. Nous avons ainsi perdu l'Homme et vidé de sa substance notre humanisme lui-même, puisque notre vécu de la fraternité dégénère si souvent en une démarche inacceptable. Je pense que nous sommes entrain de tout gâcher, de dilapider l'héritage. Car nous confondons notre temple avec la somme de ses pierres. Nous exigeons de chacun qu'il ne lèse pas l'autre, de chaque pierre qu'elle ne lèse pas l'autre pierre. Et certes, elles ne se lèsent pas quand elles sont en vrac dans un champ. Mais elles lèsent le temple qu'elles eussent fondé et qui eut fondé, en retour, leur propre signification. Je suis las des polémiques, des exclusives et des combinaisons de clans. J'ai besoin d'une amitié comme d'un sommet où l'on respire. J'ai soif d'un compagnon qui, au delà des litiges de la raison, respecte en moi le pèlerin de ce feu là.      

 

"Et si je diffère de toi, mon frère, loin de te léser, je t'enrichis" ... 

 

 Mais lorsque celui qui a connu cette altitude des relations, cette loyauté et ce don mutuel qui engagent la vie, compare cette expansion qui lui fut permise à la médiocrité du démagogue qui exprime sa fraternité par de grandes claques sur les épaules, ou bien qui flatte l'individu en méprisant l'homme, celui là, si vous pensiez devoir le blâmer, n'éprouverait à votre égard qu'une pitié un peu méprisante.   Et il aurait raison ...

 

Eusthènes, 22 octobre 2010         

 

 

 

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 21:25

myositisANous reproduisons ici, avec la fraternelle autotisation du blog Le Myosotis Libre des Maçons-Libres de-St-Jean d'Alsace & d'Austrasie, l'allocution, prononcée à l'occasion de la remise à un nouveau Frère, par le Vénérable d'une Loge d'Allemagne, d'un pin's - "une épinglette", représentant un myosotis, que les maçons allemands portent tous, et pour certains, dans la vie profane.

 

Une leçon à tirer pour l'avenir de la Franc-maçonnerie en France, à partir de l'histoire de cet emblème affectionné des Francs-Maçons libres. 

 

       A Pierre A.              

 

Au début de 1934, peu après la montée d'Hitler au pouvoir, il est devenu évident en Allemagne d'abord, puis dans toute l'Europe occupée, que la Franc-maçonnerie était en danger. La même année, le "Grand Lodge of the Sun" (une des Grandes Loges allemande de l’avant-guerre, située à Bayreuth), qui réalise les dangers que cela représente, adopte la petite fleur bleue du Myosotis comme signe distinctif "substitué", en lieu et place des traditionnels équerre et compas. Une petite fleur bleue, le myosotis, (forget me not en anglais, ne m’oublie pas), jugeant que ce nouveau symbole n'attirerait pas l'attention des nazis, comme moyens d'identification entre frères à l'extérieur, tout en diminuant le risque d'une éventuelle reconnaissance en public par les nazis, qui étaient engagés dans une chasse à l’homme, et une confiscation de masse de toutes les propriétés des Loges maçonniques. 

 

Cette fleur délicate a infiltré la Franc-maçonnerie et a assumé son rôle en tant que symbole de la Maçonnerie vivante, durant le règne des ténèbres. Au cours de la décennie suivante, durée du pouvoir nazi, dans les villes, parfois jusque dans les camps de concentration, cette petite fleur bleue fixée au revers de l'habit, permettait aux frères de s'identifier mutuellement en public et distinguait ceux des Frères qui refusaient que la lumière de la maçonnerie s’éteigne en terre allemande. 

 

myosotisBQuand le "Grand Lodge of the Sun" a été rouverte à Bayreuth en 1947, par le passé Grand Maître Beyer, une petite épinglette en forme de Forget-Me-Not a été officiellement adoptée comme emblème de la Convention de la première assemblée des frères qui avaient survécu aux dures années de l’obscurantisme, pour rallumer la lumière maçonnique. Au couvent annuel de la nouvelle Grande Loge Unie d'Allemagne AF & AM (VGLvD), en 1948, cette épinglette a été adoptée comme emblème maçonnique officiel en l'honneur des milliers de frères vaillants qui, au péril de leur vie, ont poursuivi leur travail Maçonnique dans des conditions si difficiles. 

 

À la conférence des Grands Maîtres aux Etats-Unis, le Dr. Theodor Vogel, le premier Grand Maître des Grandes Loges Unies D’Allemagne, a offert à chacun des représentants des juridictions amies présentes un myosotis comme gage d’amour fraternel. Cette petite fleur emblème de fraternité dans une période si noire, est devenue l’insigne le plus largement utilisée parmi les Maçons d’ Allemagne. Depuis les années de son adoption, dans la plupart des loges, le myosotis est présenté au nouveau Maitre Maçon, à qui son histoire est brièvement expliquée. Sa signification dans le monde aujourd’hui est attestée par des dizaines de milliers de frères qui continuent de l'afficher avec une fierté significative.

 

De plus, en raison des ces dangers et des moyens de résistance adoptés, il n’y a plus en Allemagne aujourd’hui, de " Grandes Loges/obédiences " en rivalité, en concurrence, les unes avec les autres. Toutes les Grandes Familles sont Fédérées en un ensemble homogène avec ses diversités et ses particularismes. 

 

Une leçon à tirer, pour l'avenir de la Franc-maçonnerie en France, à partir de l'histoire de cet emblème affectionné des Francs-maçons libres.   

 

Eusthènes 16 mars 2011        

 

 

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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 09:01

   

Très justement, le travail maçonnique comprend dans l'année quelques tenues au cours desquelles se manifeste un rituel, c'est à dire l'expression d'un vécu collectif qui a pour fondement et pour finalité, l'exercice toujours difficile de la démocratie et de la fraternité. Tenues d'exception, d'élections, d'installation, Banquet d'Ordre, rapport moral, rapport d'activité, rythment ainsi notre cheminement, offrant à chaque fois pour l'Atelier l'occasion d'une réflexion sur le but que nous nous sommes fixé : l'amélioration de l'homme et de la société. Dans cette voie, aucun effort ne peut, ni ne doit être négligé pour que soit respectée et enrichie notre pratique maçonnique.

 

Un certain jour, nous sommes entrés en maçonnerie, sans trop savoir exactement pourquoi, et nous nous sommes mis en marche. Ne sommes-nous pas aujourd'hui pris au piège d'une structure qui, par la qualité de ses réflexions et le mirage d'une tradition symbolique, nous immobilise en nous dérobant du temps que nous pourrions consacrer plus efficacement dans la vie profane, à des formes d'action adaptées à nos convictions ? Et nos actes sont-ils réellement en harmonie avec nos discours ? Bien sur, la mauvaise extériorisation et la cotisation élevée sont des obstacles réels à l'engagement maçonnique de très nombreux profanes. Des maçons sans tablier s'agitent sur les antennes et écrivent dans une certaine presse. Mais interrogeons-nous aussi sur notre propre action.

 

Si nous voulions maintenir le monde tel qu'il est, nous pourrions nous dispenser de venir en loge. Mais notre but est de le transformer. Alors, en perdant l'illusion d'une ascension facile, il s'agit donc de poursuivre notre chemin en mettant nos actes en harmonie avec nos discours et de nous y tenir avec optimisme, honnêteté et rigueur. En un mot, vivre en maçon. Pour y parvenir, l'initiation nous fournit une méthode dont l'efficacité est proportionnelle au travail accompli dans une fraternité vécue. Les francs-maçons viennent tous d'horizons très différents et  forment cependant des loges unies. Mais le degré initiatique de chaque loge se situera au niveau où chaque franc-maçon le portera. Car à quoi bon travailler ensemble si nos blocages sont ceux du monde profane ?

 

La franc-maçonnerie dispose d'une autorité morale acquise au cours de son histoire. Cette autorité devrait sans doute peser davantage sur une société où l'injustice sociale se nourrit du plus grand gaspillage, l'un comme l'autre institutionnalisés. L'image que nous devons donner de la maçonnerie ne peut être celle d'une sorte de conservatoire d'un humanisme édulcoré, car nous avons la certitude qu'elle détient une part des raisons que les hommes et les femmes d'aujourd'hui ont d'espérer. C'est cette image-là que nous devons porter à l'extérieur et pour cela, dans le contexte profane et maçonnique, accorder nos actions avec les principes de notre Ordre, en gardant à l'esprit, qu'un homme ou une femme ne sont pas ce qu'ils disent, mais qu'ils sont ce qu'ils font.

 

Eusthènes, 16 juin 2010                    

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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 19:43

 

 

Etre Laïc,   ce n'est point interdire à l'homme le rêve

Et la perpétuelle recherche de Dieu,

  

C'est revendiquer, pour la vie présente, l'effort du devoir,

 

Ce n'est pas vouloir violenter,

Ce n'est point vouloir mépriser les consciences,

(Chacun a le droit à ses croyances),

  

C'est refuser aux religions qui passent

Le droit de gouverner l'humanité qui dure,

 

Ce n'est pas consentir la soumission à un dogme immuable,

Ni admettre l'abdication de l'esprit devant l'incompréhensible,

 

C'est ne prendre le parti d'aucune ignorance, ni d'aucune misère,

 

Ce n'est point de s'en remettre à un juge siégeant par delà la vie,

Du soin de rassasier ceux qui ont faim,

De donner à boire à ceux qui ont soif,

De réparer les injustices,

Et de consoler ceux qui pleurent,

 

C'est livrer bataille au nom de la justice. 

   

Etre Laïc, c'est avoir trois vertus :

 

La charité,  

C'est à dire l'amour de l'Homme,

 

L'espérance,  

C'est à dire le sentiment bienfaisant

Qu'un jour viendra, dans la postérité lointaine,

Où se réaliseront les rêves de justice, de paix et de bonheur,

Que faisaient, en regardant le ciel, nos anciens ancêtres,

 

La foi,

C'est à dire la volonté de croire

A la victorieuse utilité de l'effort perpétuel.

   

                                      Ernest Lavisse

 

Eusthènes, 2 juin 2010                    

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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 22:15

La maçonnerie des Bonaparte

Napoléon domestique les institutions avec le brio des dictateurs. Dès son arrivée au pouvoir, soucieux de renforcer sa mainmise sur la société, il perçoit les avantages qu'il pourrait tirer du contrôle de la Franc-Maçonnerie.

Discipliner et surveiller le Grand Orient pour en faire l'un des fidèles soutiens du Consulat puis de l'Empire : tel fut donc
l'objectif de Bonaparte. Il s'est servi pour cela d'un homme, Cambacérès, second du régime et éminent maçon.

En échange d'une rationalisation de son organisation, il favorisa la renaissance de la franc-maçonnerie et l'érigea en une institution "officieuse et protégée". Après les premiers tâtonnements, il en confia les destinées au numéro deux du régime, Jean-Jacques-Régis de Cambacérès. La franc-maçonnerie devint alors un "véritable appareil idéologique" d'état.

Sur les 25 maréchaux d’Empire 17 sont Francs-Maçons, dont Bernadotte, Brune, Kellermann, Lannes, Mac Donald, Masséna, Mortier, Murat, Ney, Oudinot. Le Grand Maître est Joseph Bonaparte, le frère de l’Empereur.

Le Grand Orient connaît alors un grand développement dans les 139 départements que compte la France impériale à son apogée. Par ailleurs, dans toute l’Europe napoléonienne, la Maçonnerie impériale est l’outil de diffusion de la philosophie des Lumières, à laquelle étaient massivement restés fidèles les cadres de l’Empire.

Les principes philosophiques et religieux de la Révolution restent à l’honneur … Seules les questions politiques sont totalement proscrites ! Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie et Murat, roi de Naples sont aussi Grands-Maîtres en leur royaume.

Cambacérès, le fédérateur.

Le parcours de Cambacérès éclaire le rôle des réseaux maçonniques dans l'ascension d'un homme qui devient le numéro deux du régime napoléonien. Né en 1753 à Montpellier, il est initié le 17 mai 1779 dans la loge l'Ancienne et la Réunion des Elus à Montpellier, loge affiliée au Grand Orient à partir de 1781.

Il y mène une activité importante au point d'être désigné comme député de plusieurs loges montpelliéraines au convent (assemblée annuelle) du Grand Orient. Comme les autres maçons, il met en sourdine ses activités maçonniques pendant la Terreur, mais participe au renouveau de l'ordre.

Il est présent notamment à la réunion de 150 frères des deux principales obédiences, la Grande Loge et le Grand Orient, marquant la naissance du Grand Orient de France en juin 1799, puis contribue avec Roëttiers de Montaleau, à la réorganisation des loges, profitant de ses fonctions de ministre de la Justice, puis de Second consul.

En 1803, Bonaparte lui demande d'arbitrer les querelles qui divisent le Grand Orient et la Grande Loge Ecossaise. Il s'emploie à favoriser leur union, en évitant de prendre parti, ce qui lui permettra d'apparaître comme un élément fédérateur des diverses branches de la maçonnerie.

De fait, il accepte la présidence de tous les rites maçonniques. Mais surtout, il est le protecteur de la franc-maçonnerie dont il veut faire un pilier du régime. Il déclare en 1812 :
"Si l'Etat était en danger, j'appellerais autour de ma personne tous les enfants de la Veuve et, avec ce bataillon sacré, en marchant aux factieux, je prouverais au monde entier que l'Empereur n'a pas de plus fidèles sujets que les maçons français. "

Liens -   Sur le bloc-notes de Jean-Laurent Turbet

              Historia N° 676 : Napoléon Empereur Des Francs Macons
              Napoléon franc-maçon 

 

 

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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 08:59

De 1717 à 1870 - (Chronologie 1) -  (Chronologie 2)

 

Cet article ayant été détruit par erreur, les liens sont en cours de reconditionnement. Merci de votre compréhenion.

 

Albert Lantoine disait, à propos de son Histoire de la franc-maçonnerie : "Il ne s'agit pas ici d'un travail favorable ou défavorable à la Franc-maçonnerie, mais de son existence à travers les régimes"

 

L'histoire de la franc-maçonnerie, telle qu'on la raconte, est encombrée d'un fatras romantique, imaginé par des francs-maçons, certes épris de l'Ordre, mais il faut bien le reconnaître, parfois un peu délirants. Car pour étudier cette histoire, il n'est, en effet, pas besoin de remonter à la construction du Temple de Salomon ou à la Genèse.

 

La franc-maçonnerie spéculative, autrement dit la Société de Pensée que nous connaissons aujourd'hui est née vers 1717 en Angleterre. Elle n'a qu'un rapport sentimental, traditionnel, avec la Franc-maçonnerie opérative du Moyen Age, ce que les Sociétés Compagnonniques actuelles confirment bien, en se démarquant formellement de la Franc-maçonnerie. Les maçons constructeurs d'églises et de châteaux, détenaient des secrets techniques, hérités du passé. Leurs corporations étaient respectées. Elles tenaient des réunions confidentielles, avaient des traditions et des rites qui les entouraient d'un certain mystère.

 

Puis les mœurs changèrent. On éleva moins de cathédrales. Les maçons se laissèrent aller à ouvrir leurs assises à des profanes : philosophes, curieux, grands seigneurs, esprits inquiets, voire conspirateurs - que les franchises des corporations mettaient à l'abri de la police. Peu à peu, les très anciens règlements des loges opératives, les recettes et les secrets strictement professionnels, se transformèrent en "rituels" : la Franc-maçonnerie moderne était en gestation.

 

En Angleterre

 

Il y a bientôt trois cents ans, quatre loges londoniennes, habituées à se réunir dans des tavernes - "A l'Oie et au Gril", "Au Pommier", à "La Couronne" et à "La Grappe de Raisin" - se réunissent en assemblée générale et se fédèrent. Le meeting de ces quatre loges permet d'accrocher une date précise, de poser un jalon, dans l'histoire de la Franc-maçonnerie : la création de la Grande Loge d'Angleterre, le 24 juin 1717.

 

Trente ans plus tôt, à la suite de la Révocation de l'Edit de Nantes par Louis XIV, le 18 octobre 1685 - ce qui a pour conséquence de faire disparaître en France les églises réformées et de contraindre les protestants à la clandestinité ou à l'exil - un enfant de huguenots français avait dû s'enfuir à bord d'un vaisseau anglais. Cet enfant, devenu le pasteur Jean Théophile Desaguliers, allait être le théoricien et le metteur au point d'une conception nouvelle de la société qui allait faire lentement son chemin, aidée par des esprits généreux, des philosophes, des mécontents : Echec au Roi.

 

Avec la collaboration du vieux maçon Anderson, Desaguliers rédige les Constitutions des Francs-maçons, contenant l'histoire, les devoirs, les règles, de cette authentique et vénérable fraternité. La Franc-maçonnerie, Société de Pensée, possède alors sa charte spirituelle et Desaguliers, esprit universel et ami de Newton, est élu Grand maître de la Grande Loge d'Angleterre.

 

Faite à l'usage des loges, la nouvelle "bible", dédiée au Grand Architecte De L'Univers, est publiée en Angleterre en 1723, puis en Irlande, en Amérique - par les soins de Franklin. Elle est ensuite traduite en allemand, puis en français en 1745. Ainsi, soudée au passé légendaire et religieux, afin de ne pas effaroucher les candidats, la franc-maçonnerie devient, en fait, une école nouvelle, scientifique, universelle et surtout indépendante des religions et de l'état. Mais les savants cuisinent, en secret, le dogme libéral, rationaliste, philanthropique et pour tout dire, républicain, ce dogme ouveau qui va faire la conquête du monde.

 

En France

 

Il est probable, qu'avec ou sans la maçonnerie, l'explosion libératrice du XVIIIème siècle aurait eu lieu, car l'idée "était dans l'air". Mais la Franc-maçonnerie anglaise a sans doute été le laboratoire antipapiste et antilatin qui allait fournir aux français et à l'Europe les explosifs nécessaires à leur émancipation. De nouvelles loges se créent, non seulement en Angleterre, mais partout dans le monde où résident des anglais.

 

La grande bourgeoisie, annonciatrice du grand capital du XIXème siècle, s'enrôle d'enthousiasme dans les loges. Les professions libérales y discutent librement d'idées quasi subversives. Bourgeois et marchands coudoient avec quelque vanité les frères de la noblesse. La Franc-maçonnerie les met de pair à compagnon avec des gens qui, dans la rue, les feraient bâtonner.

 

Les aristocrates, qui éprouvent alors le besoin de "se garer un peu", créent le grade de maître, qu'ils se réservent - discrètement - en sus des autres grades opératifs d'apprenti et de compagnon. Cela ne change rien à la fraternité de principe, mais remet toutefois chacun à sa place.

 

L'absence de textes précis ne permet pas de connaître les origines exactes de la Franc-maçonnerie qui est, à quelques années près, aussi ancienne en France que la maçonnerie anglaise. Il est pratiquement impossible, à travers les légendes et les traditions, de savoir où, quand et comment fut créée la première loge maçonnique française.

 

On sait qu'en 1736 le Conseil du Roi supprime les réunions de "Frimaçons" sur les conseils de la police et qu'en 1738, le Duc d'Antin est élu Grand Maître, ce qui rassure la police et le Roi.

 

 

Les origines de la franc-maçonnerie spéculative

Par Roger Dachez

 

 

 

 

"Hauts" Grades

 

L'idée de faire élire un Grand Maître est due à un maçon écossais, naturalisé français, le Chevalier Ramsay, qui fut pour la maçonnerie française, un réformateur analogue à Desaguliers. Ramsay écrivit un discours célèbre, bien qu'il ne fut jamais prononcé. Il recommandait la philanthropie, la morale, la pratique des sciences et des arts ainsi que la discrétion - au titre de laquelle il écartait toute idée d'admission des femmes dans la Franc-maçonnerie. On ne peut préjuger de l'opinion qu'il pourrait exprimer aujourd'hui.

 

En réaction contre la frivolité des "loges de table" où aucun travail sérieux ne pouvait être réalisé et sous l'impulsion d'aristocrates, importunés par la fréquentation confraternelle de roturiers, on décide alors de créer une Franc-maçonnerie "supérieure", un cénacle choisi. Et l'on adjoint aux trois grades symboliques de la Franc-maçonnerie opérative, un ensemble de"Hauts Grades", appelés écossais, bien que la maçonnerie écossaise ne soit absolument pour rien dans leur invention.

 

Ainsi, vers les années 1750, les Loges Ecossaises fleurissent avec des titres éblouissants : Ecossais Fidèles de la Vielle Bru de Toulouse, Mère Loge Ecossaise de Marseille, Sublime Mère Loge du Grand Globe Français, Cour des Souverains Grands Commandeurs du Temple de Carcassonne… Et les "Maîtres de Loges" s'empressent d'adhérer à cette nouvelle aristocratie.

 

Survient alors l'affaire Lacorne car le Comte de Clermont, Grand Maître de la Franc-maçonnerie, choisit comme deuxième coadjuteur ce " Maître à Danser " d'origine roturière. A la demande des aristocrates, il doit évincer Lacorne. Et la noblesse mène alors contre la bourgeoisie par un à zéro.

 

Quant à la maçonnerie, elle est mise en sommeil jusqu'à l'élection, comme Grand Maître, de Louis Philippe d'Orléans, cousin du Roi, le futur Philippe Egalité de la Révolution. On se met alors d'accord pour entreprendre un vaste travail de réorganisation qui aboutit à la création du Grand Orient De France en 1773. Ainsi disparaît, d'un consentement unanime, la Grande Loge pour faire place à un organisme national capable de coordonner les travaux de toute la Franc-maçonnerie et d'en assurer l'administration.

 

Mais la belle unité ne dure pas trois mois. Il y a aussitôt des déçus, des mécontents. Une Grande Loge dissidente se constitue à Paris, en reprenant la tradition de l'ancienne Grande Loge. Désormais, deux obédiences se livreront à une concurrence souvent aiguë, quoique fraternelle.

 

Mais le Grand Orient De France, d'inspiration strictement française, donnera à la Franc-maçonnerie l'impulsion qui lui assurera, en dépit d'inquiétantes éclipses, une place de premier plan dans l'histoire de notre pays.

 

La Révolution

 

On discutera longtemps du rôle de la Franc-maçonnerie dans la préparation et la réalisation de la Révolution française. La Franc-maçonnerie est alors une association puissante qui compte près de sept cents Ateliers. Elle est entrée dans les mœurs et fait partie intégrante de la société à tous les niveaux ou presque.

 

Elle constitue, avec la religion catholique, le seul trait d'union libre de toute entrave fiscale ou administrative, entre les provinces françaises. Les idées s'échangent, se confortent. On émet des propositions hardies. On prône la Sagesse, la Morale, la Liberté, la Fraternité, l'Egalité, l'Emancipation. La Franc-maçonnerie peut être fière, à bon droit, de son rôle important dans le drame qui se prépare.

 

Mais lorsque la tempête explose, la Franc-maçonnerie se volatilise brusquement. La Grande Loge suspend ses travaux en 1791. Le Grand Orient fait de même en 1792. "On n'avait pas voulu ça"… Les aristocrates filent directement à Coblence. Et les gros bourgeois libéraux soutiendront Thermidor qui sauvera leurs biens.

 

La bourgeoisie égalise contre la noblesse et le score est alors de un à un ...

 

L'Empire

 

Napoléon, qui domestique les institutions avec le brio particulier des dictateurs, case ses militaires athées dans la Franc-maçonnerie, ce qui a pour résultat imprévu de la rendre anticléricale. Et avec l'Empire apparaît, importé d'Amérique, le Rite Ecossais Ancien Accepté. Ainsi, aux trois grades opératifs du début des loges bleues s'ajouteront désormais et les "Hauts" Grades des Ateliers Ecossais et tous les grades du Rite Ecossais Ancien Accepté.

 

Le Rite Ecossais Rectifié

Par Roger Dachez

 

 

 

 

 

De 1848 à la Commune

 

La Révolution de 1848, inspirée par la bourgeoisie libérale, est exécutée par le peuple, suivant l'usage. La franc-maçonnerie l'acclame. Trois membres du gouvernement provisoire, revêtus de leurs insignes maçonniques, reçoivent officiellement une délégation du Grand Orient De France. Mais malgré le bulletin de vote accordé aux travailleurs, l'âge d'or est, en réalité, pour le grand capitalisme en plein épanouissement.

 

Napoléon III veut une maçonnerie obéissante. Il nomme, comme Grand Maître, le Maréchal Magnan, qui décide la fusion des deux obédiences rivales, en y incluant le Rite dit de Misraïm, avec ses quatre vingt dix neuf grades, record absolu.

 

Vient l'heure de la Commune, dont on accuse, bien sur, la Franc-maçonnerie d'être responsable. Pourtant, les loges ont un rôle de conciliation. Elles multiplient les démarches auprès de Thiers. Mais la froide férocité du petit homme effare les délégués et les maçons du camp Versaillais, impuissants devant la répression qui s'annonce. Car il y a des frères maçons des deux côtés des barricades.

 

Le Grand Orient De France modifie alors sa Constitution. La Grande Maîtrise est supprimée. Elle est remplacée par un Conseil de l'Ordre, élu par les délégués des Ateliers regroupés par régions. Le Conseil élit ensuite son Président, ses Vice-Présidents et ses Officiers. Une procédure qui est encore actuellement en vigueur et qui est une leçon de civisme républicain au moment même où l'Assemblée Nationale, à Versailles, prépare le retour à la Monarchie.

 

Echec et Mat : Vive la République Sociale …

 

Article détruit par erreur- Remis en ligne le 7 05 2010

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18 juillet 2009 6 18 /07 /juillet /2009 20:22

De 1871 à aujourd'hui - (Chronologie 3) -

La période historique -

Pendant la période historique, allant de 1871 à 1905 : lutte contre la Restauration, lois sociales, organisation de l'enseignement laïc, lois concernant la séparation des églises et de l'Etat, la lutte de l'Ordre maçonnique pour la défense de la République se transforme peu à peu en succès affermis, puis en triomphe et enfin en apothéose. Les français républicains doivent un juste hommage à la Franc-maçonnerie toute entière pour l'abnégation et le courage qu'elle a déployés pendant trente années : trente années qui comptent.

Tolérante et libérale, soucieuse de libérer l'individu, la Franc-maçonnerie ne peut que souscrire au programme républicain. Si elle se laisse aller parfois à méconnaître l'article de sa Constitution lui interdisant de descendre dans l'arène politique, c'est que ses adversaires l'obligent à répondre. Que serait devenue la Troisième République, aussi imparfaite, aussi tarée qu'elle fut, si la Franc-maçonnerie ne l'avait défendue ? On a presque scrupule à répéter ces vérités évidentes.

Le 28 décembre 1935
Xavier Vallat s'écrie à la Chambre : "Depuis plus d'un demi siècle, Messieurs, les textes sur lesquels nous sommes appelés à nous prononcer ici, ont été élaborés ailleurs. Ils ont été élaborés par les loges"… Mais l'amendement de Monsieur Dommanges, tendant à la dissolution de la Franc-maçonnerie, est repoussé par 417 voix contre 104.

Le Grand Architecte De L'Univers

C'est au Grand Orient De France que revient l'honneur d'avoir voté la suppression de la référence obligatoire au Grand Architecte de l'Univers. La Franc-maçonnerie n'admet aucune limite dans la recherche de la Vérité. Et imposer le déisme, c'est déjà mettre une limite à la recherche de cette Vérité. Le Grand Architecte disparaît alors en 1877.

"Ce qui est le bien inestimable acquis par l'homme, c'est qu'il n'y a pas de vérité sacrée et que ce qu'il y a de plus grand dans le monde, c'est la liberté souveraine de l'esprit. Cette idée que dans l'univers, l'humanité est une grande commission d'enquête, dont rien ne doit jamais fausser les opérations. Cette idée que toute vérité qui ne vient pas de nous est un mensonge et que jusque dans les adhésions que nous donnons, notre sens critique doit toujours rester en éveil et qu'une révolte secrète doit se mêler à toute nos affirmations et à toutes nos pensées" -
  Jean Jaurès, s'exprimant à la Chambre des Députés.

Depuis lors, le Grand Orient De France a été excommunié par la Grande Loge d'Angleterre et le Suprême Conseil (de la Grande Loge Nationale Française) est seul invité aux congrès internationaux, ce qui n'est plus aujourd'hui d'une grande importance. Mais cet acte libératoire du Grand Orient De France marque l'originalité de son action en la plaçant à la pointe du combat de la Franc-maçonnerie française en faveur de la liberté de penser.

Les heures sombres 

Avec la défaite de 1940 et dès l'entrée des allemands dans Paris, les loges sont perquisitionnées et pillées. Un décret frappe de nullité la Grande Loge de France, le Grand Orient De France et tous les groupes affiliés. Cette interdiction s'accompagne de violentes campagnes dans la presse et le cinéma sur le thème du complot judéo-maçonnique. Francs-maçons et les juifs sont désignés comme les responsables de la défaite et le film antimaçonnique "Forces Occultes" sort dans des salles des Champs-Élysées, puis est projeté dans des cinémas, en complément des actualités.

Forces occultes. Film anti-maçonnique de 1942 - 50 min.

En 1943, le film « Forces occultes » sort sur les écrans. Le scénario de ce moyen-métrage de cinquante minutes a été réalisé par deux ex-frère : Jean Marquès-Rivière et Jean Mamy (sous le pseudonyme de Paul Riche). Ces hommes se sont tournés du côté des nazis dès 1941 et se sont dépensés sans compter pour éliminer toute résistance au régime de Vichy. Marquès-Rivière fuit la France dès la fin de la guerre sentant que ses positions ne lui éviteraient pas la peine capitale. En effet, il fut condamné à mort par contumace.


                                             Visionner le film - version intégrale

   

A propos de Forces occultes - Editions Véga - René Le Moal

Avec Jean-Louis Coy et Jean Robert Ragache

Images Olivier Moulaï et Maurice Lafourcade

 

Visionner l'entretien

 

 Acquérir le DVD : Forces occultes et l'entretien avec Jean-Robert Ragache

 

Lorsque le Grand Orient s'aperçoit que la situation devient très difficile, il brûle son fichier, mais pas ses archives. Et les services de Vichy, imprégnés d'idéologie d'extrême droite et qui veulent lutter contre la franc-maçonnerie, installent une équipe, pour dépouiller ces archives et établir des fiches sur chacun des francs-maçons afin de les poursuivre. Les persécutions s'amplifient alors. Beaucoup de francs-maçons meurent dans la Résistance, ou sont déportés et ne reviendront pas. Fichiers détruits, locaux dévastés, le bilan de la guerre est sombre. Le Grand Orient qui comptait 28.800 membres en 1939, n'en retrouvera plus que 8.000 en 1945. 

Chaque religion a ses coutumes 

La Franc-maçonnerie compte de rares spécialistes informés sur ses mœurs, ses coutumes et connaissant à fond les rites et leurs variantes. Ce sont les "bénédictins de l'Art Royal" … Ils savent les légendes et pratiquent la dialectique particulière à l'Ordre. Ils savent que la Franc-maçonnerie revendique parfois des fondateurs aussi illustres qu'Adam, Caïn, Dieu le Père, Jésus Christ, Solon, Moïse, Zoroastre, Thalès, Josué, l'archange Saint Michel ou Noé, premier Grand Maître après le Déluge.

Les avis diffèrent et l'on trouve aussi, au hasard des ouvrages : Alexandre le Grand, le Roi Arthur, Bacon, Cromwell, Jacques de Molay, dernier Grand Maître des Templiers, Jules César, Phaleg, architecte de la Tour de Babel, Richard Cœur de Lion, Salomon, Tubalcaïn, et bien entendu Hiram, architecte du temple de Salomon. Tout a été dit, affirmé, inventé, imaginé, en la matière. Le sujet, inépuisable, n'offre plus d'intérêt majeur et les maçons sérieux n'y attachent plus qu'une importance très relative, depuis que les ouvrages d'Albert Lantoine ont mis les choses au point à cet égard.

Certes, André Lebey écrit, à propos des initiations aux trois premiers grades : "Toute cérémonie peut prêter à critique négative du moment qu'on en ignore l'esprit". Bien sur … "D'autant qu'il faut une religion pour la canaille" comme dit le Frère Voltaire. Et qu'un peu de merveilleux ne nuit pas afin d'impressionner le profane, ou même l'initié. Après tout, cela ne fait de mal à personne …

Chaque religion a ses coutumes. La Franc-maçonnerie, qui n'est pas une religion, a les siennes. Le calendrier maçonnique fait remonter l'Ordre aux temps bibliques et nous sommes aujourd'hui en 6008, Ere de la Vraie Lumière. Il y a les tabliers, les cordons, les sautoirs, l'architecture du temple, un alphabet particulier, les signes et attouchements de reconnaissance, les mots de passe et le cérémonial, strict.

Une plume est un pinceau, écrire se dit buriner, rédiger un travail se dit buriner une planche. Le papier blanc s'appelle la planche à tracer et l'ordre du jour d'une réunion le plan parfait. Un discours s'appelle un morceau d'architecture, un verre à boire s'appelle un canon et une nappe un drapeau. Aujourd'hui, dans le monde profane, personne n'hésite plus à accepter de prendre un canon et chacun connaît parfaitement le sens de l'expression : laisser un drapeau… 

Une société de tradition orale 

Mais l'accessoire indispensable à la Franc-maçonnerie, c'est la langue, la parole. La Franc-maçonnerie est en effet une société de tradition orale. "Le maçon - dit Albert Lantoine, - adore parler car cela le dispense de penser. Dans les Temples, le verbe est Dieu. Le Franc-maçon résout les questions sociales avec l'intrépidité des ignorants et il use du mot de philosophie avec une telle dilection, qu'il en arrive à se croire philosophe. Dans les loges, le verbe est Dieu. On appelle cela des morceaux d'architecture, mais ce sont des mots, toujours des mots".

Parler, c’est agir, mais qu’en est-il quand il n’y a plus que des paroles et encore des paroles, comme s’il suffisait de parler pour faire ? On comprend, dans ces conditions, que la jeunesse, échappée au péril verbal des religions, considère la Franc-maçonnerie avec une certaine défiance.


Sous l'égide de grands anciens

Car l'apothéose de la Franc-maçonnerie ne se termine-t-elle pas en 1905 ? Même s'il n'y a jamais eu en France autant de francs-maçons, la Franc-maçonnerie ne connaît-elle pas son crépuscule, ou tout au moins une éclipse sérieuse ? Après la tempête des années quarante, où tant de frères ont payé souvent de leur vie, d'avoir cru la République trop solide, les francs-maçons se réunissent aujourd'hui dans des loges confortables, sous la protection des pouvoirs publics, avec des titres et des diplômes d'un autre âge.

Alors, devant les révolutions qui s'annoncent (information, biotechnologies, nanotechnologies et neurotechnologies) qui vont profondément modifier notre culture et notre civilisation, même en considérant le rôle décisif des francs-maçons dans le débat sur l'abolition de la peine de mort, le vote de la loi Veil qui a légalisé l'interruption volontaire de grossesse (sous les horions de la majorité de l'époque) et la participation capitale du Grand Maître du Grand Orient De France Roger Leray dans la médiation en Nouvelle Calédonie, ne vivent-ils pas aujourd'hui dans l'illusion de perpétuer, sous l'égide de grands anciens, une tradition qui fut naguère révolutionnaire, en s'illusionnant gravement l'efficacité de leur action mais surtout en surestimant encore plus gravement la solidité de la République ?

La franc-maçonnerie a obtenu des résultats majeurs, mais aujourd'hui, comme au moment du Front Populaire, où elle s'est révélée incapable d'accorder le droit de vote aux femmes de notre pays, que propose-t-elle ? Pratiquement rien… Sinon un Ancien Grand Maître du Grand Orient De France devisant régulièrement sur la sécurité dans les débats télévisés, la médiatisation des affaires qui défrayent les chroniques, lorsque ce n'est pas une extériorisation pure et simple de ses divisions internes en toute indiscrétion sur l'Internet

Les hommes de bonne volonté

Le septième volume des "Hommes de bonne volonté" de Jules Romain, s'intitule : "Recherche d'une église". Ce livre comporte en post-face une lettre adressée par Clanricard, à un ami profane, au lendemain de sa réception dans une loge maçonnique.

"Mon cher ami - écrit Clanricard - j'ai passé aujourd'hui les épreuves de l'initiation… Je ne crois pas manquer au secret que m'impose mon affiliation en vous disant un mot des impressions que me laisse la cérémonie d'aujourd'hui. Je ne risque pas de trahir mes serments, n'ayant d'ailleurs rien à vous révéler que vous ne connaîtriez déjà. D'ailleurs, ce qui vous intéresse, c'est le côté moral. Je vous mentirais si je vous disais, qu'à aucun moment, je n'ai ressenti une gêne, surtout au début, dans le cabinet de réflexion. J'accorde que le décor peut prêter à sourire. De même que les questions posées et la rédaction du testament philosophique, qui donnent à l'épreuve un air un peu naïvement scolaire. Dans l'ensemble, j'ai à peu près réussi à prendre ces formalités pour ce qu'elles sont et à ne pas perdre de vue le but élevé qui s'offrait à moi par delà. Bref, je ne suis pas mécontent d'avoir franchi ce pas que je redoutais un peu. Les délicats sont malheureux. Cela est vrai dans l'art, mais plus encore dans l'action. Bien amicalement à vous".  - Signé Clanricard.
Depuis cette lettre, les temps ont bien changé, mais la Franc-maçonnerie cherche toujours "des hommes de bonne volonté"

Aujourd'hui, la porte du temple cesse d'être visible de l'extérieur profané. Mais, comme toujours, il faut à l'homme un village … Et quand le village terrestre s'est effacé, l'homme comprend que sa vraie patrie est un village spirituel et que seule une société initiatique traditionnelle peut constituer ce village spirituel.

C'est pourquoi jamais les conditions historiques, politiques, sociales et culturelles, n'ont assigné aux écoles de la philosophie éternelle, aux compagnons du Temple invisible et pour tout dire à la franc-maçonnerie spirituelle, un rôle aussi évident et nécessaire.


Maj 07 04 2010 *

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30 mai 2009 6 30 /05 /mai /2009 08:58

Plotin, une intense expérience initiatique -

Parmi les sources de la franc-maçonnerie - ensemble ouvert de rites et de symboles proposés à la méditation, on cite d’abord, habituellement, les traditions pythagoriciennes des maçons "opératifs" du moyen âge. Ces traditions se retrouvent également dans le Compagnonnage. Les historiens, et les auteurs plus spécifiquement maçonniques, citent aussi d’autres sources plus ou moins anciennes : les unes remontent à l’hermétisme gréco-égyptien, les autres à certains courants de la mystique juive, notamment la kabbale.

Ils ont un peu plus de mal à considérer de façon consensuelle dans les sources de la franc-maçonnerie certains courants de la mystique chrétienne - en particulier la "théologie négative" - quoique la chose soit particulièrement constatable en certains degrés de l’Ecossisme ou dans certains rites. Cela se comprend.

Plus étonnant est le fait que les spécialistes des sources maçonniques ne font que rarement mention de Plotin qui vécut au troisième siècle, entre 205 et 270, alors que sa pensée, sa morale et la conduite de sa vie peuvent être authentiquement considérées comme pré-maçonniques. On les connaît par cinquante quatre traités (regroupés par neuf, en six Ennéades) et par la vie de Plotin que rédigea son disciple Porphyre.

Parler de Plotin, c’est prendre le risque de faire d’abord étalage d’érudition philosophique. Risque à prendre, car remonter à une source "plotinienne" de la franc-maçonnerie ouvre à bien davantage pour le franc-maçon qu’au plaisir vain de jouer à l’érudit. On y découvre une intense expérience initiatique. Comme la plupart des philosophes de l’Antiquité - comme Socrate, Diogène ou Sénèque - Plotin voulait en effet que sa propre vie soit le premier témoin de la vérité et de la cohérence de ses pensées. Il vécut à une époque d’intense compétition religieuse et spirituelle, au sein d’un empire romain déjà largement menacé à ses frontières et qui voyait s’affronter quantité de sectes religieuses dont l’une allait s’imposer, un siècle plus tard, comme l’alliée exclusive du pouvoir impérial finissant.

Dans ce monde prêt à se disloquer, Plotin était hanté par la pensée de "l’Un". Voulant être cohérent en lui-même, recherchant en lui l’unité de la pensée et de l’action, mais laissant librement sa pensée aller jusqu’à vouloir rendre compte de ce qui est le plus grand bonheur à vivre - l’extase amoureuse - il fait assurément partie des auteurs à propos desquels on peut parler de "maîtrise" …

Les commentateurs de Plotin l’ont rangé, par commodité raisonnable, parmi les néo-platoniciens. Rangement sans doute trop réducteur. Si la doctrine platonicienne est la base sur laquelle Plotin a construit le temple de sa pensée, on a également établi chez lui la trace profonde d’influences plus orientales - du côté de l’Inde et autour - sans doute venues de ce qui préparait alors l’enseignement du Vedanta. Influences ou intuition ? La question demeure marginale, ce d’autant plus qu’il y eût sans doute convergence d’influences et d’intuitions.

Plotin parle d’un Dieu unique, ou plutôt de "l’Un". Impersonnel. Inconnaissable. Il n’était pas chrétien. Disciple d’un certain Ammonius dont on ne sait presque rien, il laisse pressentir la profondeur des traditions spirituelles qui s’étaient formées depuis des siècles dans l’Egypte hellénistique. Traditions perdues, les unes parce qu’elles étaient strictement orales, les autres parce que leurs rares écrits ont disparu dans les saccages successifs de la bibliothèque d’Alexandrie.


Maj 12 12 09 *
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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 07:49

De la pierre brute à la lumière -

Comment montrer en quelques mots la qualité pré-maçonnique de la pensée de Plotin ? Il faut là-dessus séparer sa morale, en tant qu’elle est méthode, de la vision physique, esthétique et métaphysique qui constitue le fond de la pensée. La morale de Plotin s’exprime comme il se doit aussi bien dans la relation avec soi que dans la relation avec l’autre. Sa morale de la relation avec soi est presque entièrement résumée au chapitre neuf du sixième traité - "Sur le beau" - de la première Ennéade.

Ce texte mérite d’être longuement cité car il fourmille d’énoncés qui seront amplement repris comme enseignement en divers degrés de la franc-maçonnerie : "Reviens en toi-même et regarde : si tu ne vois pas encore de beauté en toi, fais comme le sculpteur d’une statue : il enlève une partie, il gratte, il polit, il essuie jusqu’à ce qu’il dégage de belles lignes dans le marbre : comme lui, enlève le superflu, redresse ce qui est oblique, nettoie ce qui est sombre pour le rendre clair, et ne cesse pas de sculpter ta propre statue, jusqu’à ce que l’éclat divin de la vertu se manifeste, jusqu’à ce que tu voies la tempérance siégeant sur un trône sacré … Es-tu devenu cela ? … Est-ce que tu as avec toi-même un échange pur, sans aucun obstacle à ton unification ? … Es-tu tout entier une lumière véritable ?"  …

En quelques mots, Plotin passe ainsi de la pierre brute à la lumière. Quant à la relation avec l’autre, les valeurs qu’indique Plotin tendent à construire un "lieu sacré" pour l’échange, équivalent à la fraternité pythagoricienne ou à la loge maçonnique.

Avant d’aborder le fond où l’on va le découvrir comme celui qui approfondit le plus, avec une incomparable subtilité psychologique, la réflexion sur les différentes formes de l’amour initiée plusieurs siècles plus tôt dans les dialogues de Platon, il faut indiquer que Plotin se veut un "pédagogue" respectueux et exigeant quant à la relation avec l’autre. "Simplicité, largeur d’esprit, bienveillance, sympathie attentive, tel était le secret de la pédagogie plotinienne" - (P. Hadot : Plotin, ou la simplicité du regard). D’où la façon dont il voit le Bien : "Le Bien est plein de douceur, de bienveillance et de délicatesse. Il est toujours à la disposition de qui le désire" - (Ennéades V, 5, 12, 33).

La franc-maçonnerie ne peut avoir d’autre ambition. Aucune contrainte, totale liberté, essentielle générosité d’être. Plotin accepte d’accueillir quiconque à son enseignement et demande à ses auditeurs de prendre l’initiative des questions. Mais il ne laisse pas faire, ni dire n’importe quoi : "notre philosophie recherche la dignité, non l’arrogance : si elle nous donne confiance, c’est une confiance accompagnée de raison, de beaucoup de solide prudence et d’une très grande circonspection" - (Ennéade II, 9, 14, 38).

Sur le fond, il est difficile de résumer la pensée de Plotin, et notamment sa doctrine des "hypostases" et le double mouvement de l’Intelligence divine et humaine entre l’Un et le multiple, d’abord dans la "procession" vers le multiple, puis dans le retour à l’Un. Cependant, sa démarche peut se comprendre par quiconque s’inscrit dans une progression initiatique fondée sur l’inséparabilité de soi et des autres, et la conception spirituelle de l’amour qui en résulte.

On peut dire ainsi que, voyant la beauté des êtres vivants ou de certaines choses inanimées, et ressentant un "transport" en chacune de ces rencontres, Plotin accepta l’idée que tout émanait d’une réalité primordiale indicible. Et il fut convaincu, au contraire de Platon, que cette réalité, loin d’être dans un autre monde - ce en quoi il s’opposa également au dualisme intégriste des Gnostiques - commençait à se manifester dés l’éveil intérieur à une conscience plus large.


Maj 12 12 09 *
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