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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 23:41
Impressions d'initiation - (mars 1971) ...
 
desertD'abord, le silence ... Point de désir d'absolu sans silence. Grâce à ce silence auquel nous sommes invités, la moindre bonne volonté, le moindre bon mouvement se tournent à notre profit. Si loin que nous soyons de la parfaite connaissance, abandonnons-nous à ce silence l'espace d'un instant. Et déjà nous sentons que nous devenons plus attentifs à nous-mêmes. Et moi, j'ai eu comme le regret de choses qui n'avaient point encore de sens. Sinon, pourquoi aurais-je marché dans la direction de vérités que je ne pouvais pas concevoir. J'ai choisi, vers des puits ignorés, des chemins rectilignes qui furent semblables à des retours. J'ai eu l'instinct de mes structures ...   Dans la noire plaine de l'initiation, n'ayant pas encore compris quelles étaient ces profondeurs, je fus pris de vertige ... Ici, je ne possédais plus rien au monde. Je n'étais plus qu'un simple mortel, égaré entre du sable et des étoiles.  Et je méditais sur ma condition d'homme, éloigné des pôles de ma vie par trop de silence. Il me semblait sortir des limites ordinaires de la vie et m'avancer, tremblant de vertige, sur le rebord de l'éternité.
 

Et je me découvris plein de songes ... Ils me vinrent sans bruit, comme des eaux de source et je ne compris pas, tout d'abord, la douceur qui m'envahissait. Il n'y eut, au début, point de voix, ni d'images ... Mais dans cette nuit, bâtie comme une cathédrale, quelque chose qui ressemble au sentiment d'une présence, d'une amitié très proche et déjà à demi devinée. Il était quelque part un temple que j'aimais ... Peu m'importait qu'il fut éloigné ou proche. Il suffisait qu'il existât pour remplir ma nuit de sa présence. Puis une voix lointaine est venue mourir sur le rivage. Les mots résonnaient dans la nuit et il n'en subsistait qu'un indéchiffrable message. Mais je n'ai jamais entendu la voix prendre ainsi le large ... Dans l'abîme noir qui nous sépare, c'est comme un lancer de navire. Dans la pâte vierge que j'étais d'abord, vous avez alors frappé une belle image, et le temple lui-même, clos de murs, rayonne ...

 

Brusquement, m'est apparu le visage de la destinée ... Vieux bureaucrate, mon camarade, nul ne t'as fait évader et tu n'es point responsable. Tu as construit ta paix à force d'aveugler de ciment toutes les ouvertures vers la lumière. Tu t'es roulé en boule dans ta sécurité bourgeoise, tes routines, les rites étouffants de ta vie quotidienne. Tu as élevé cet humble rempart contre les vents et les marées et les étoiles. Tu n'es pas l'habitant d'une planète errante. Tu ne te poses point de questions sans réponses. Tu as eu bien assez de mal à oublier ta condition d'homme ... Maintenant, la glaise dont tu es formé a séché et nul ne saurait désormais réveiller en toi le poète ou le musicien, qui, peut-être d'abord t'habitaient. Et moi, j'entre dans un monde où je lirai mon chemin dans les étoiles, responsable de ce qui se bâtit chez les vivants, responsable un peu du destin des hommes dans la mesure de mon travail.

 

Etre homme, c'est précisément être responsable. Responsable de soi, des camarades qui espèrent. Responsable de leurs joies et de leurs peines. C'est connaître la honte en face d'une misère qui ne semblait pas dépendre de soi. C'est être fier d'une victoire que les camarades ont remportée. C'est sentir, en posant sa pierre, que l'on contribue à bâtir le monde ... La pierre n'a point d'espoir d'être autre chose que pierre. Mais de participer, elle s'assemble et devient temple. On meurt pour une cathédrale, non pour des pierres. On meurt pour un peuple, non pour une foule. On meurt par amour de l'homme, s'il est la clef de voûte d'une communauté. On meurt pour cela seul dont on peut vivre ...

  

i89jr773Quant à toi qui m'accueille aujourd'hui, mon frère, je ne me souviendrai jamais de ton visage. Car tu es l'homme, et tu m'apparais avec le visage de tous les hommes à la fois. Tu ne m'as point dévisagé, mais déjà tu m'as reconnu. Tu es le frère bien aimé et à mon tour je te reconnaîtrai dans tous les autres hommes. Tu m'apparais, baigné de noblesse et de bienveillance, grand seigneur qui a le pouvoir de m'accompagner vers la Lumière. Tous mes amis, tous mes ennemis, en toi, marchent vers moi. Et je n'ai plus un seul ennemi au monde. Je tolèrerai donc désormais les mauvais sculpteurs comme condition des bons sculpteurs, le mauvais goût comme condition du bon goût et la contrainte intérieure comme condition de la liberté.

 

J'ai écrit mon poème, il me reste à le corriger ... Mais qu'est-ce qu'écrire sinon corriger ? As-tu vu sculpter la pierre ? De correction en correction sort le visage. Et le premier coup de ciseau était déjà correction du bloc de pierre.  Quand je construis mon temple, je corrige le sable, puis je corrige mon temple et de correction en correction, je marche vers Dieu.  

 

Le désert - llustration du Petit Prince, par Antoine de Saint-Exupéry 

 

 Impressions d'initiation                               

   Paris, mars 1971                                   

                                                                   

Le 8 janvier 1847, à la loge de Besançon les réponses de Proudhon, aux questions rituelles furent les suivantes :

- Que doit l'homme à ses semblables ? Réponse : Justice à tous les hommes.

- Que doit l'homme à son pays ? Réponse : Le dévouement.

- Que doit l'homme à Dieu ? Réponse : La guerre ... 

Mieux informé sur la Franc-maçonnerie, Proudhon écrira plus tard :

"Le Dieu des Maçons n'est ni Substance, ni Cause, ni Ame, ni Monade, ni Créateur, ni Père, ni Verbe, ni Amour, ni Paraclet, ni Rédempteur, ni Satan, ni rien de ce qui correspond à un concept transcendantal : toute métaphysique est ainsi écartée. C'est la personnification de l'équilibre universel : Dieu est architecte. Il tient le niveau, l'équerre, le marteau, tous les instruments de travail et de mesure. Dans l'ordre moral, il est la Justice. Voilà toute la théologie maçonnique" - 

  

Eusthènes, 14 mars 2011                    *

 

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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 08:09


       Réflexions sur les modalités du vote en loge ...

En complément aux propos sur "le bandeau" et sur "le cabinet de réflexion", qui sont les plus consultés sur ce blog, voici un propos sur les modalités du vote en loge, notamment pour l'admission d'un candidat.

Il s'agit de simples considérations, visant à une meilleure évaluation d'une pratique importante, en envisageant les dérapages qui peuvent en dévier gravement l'esprit et les résultats.

Ces modalités varient selon qu'il s'agit d'une discussion en loge, des élections du Collège des Officiers (Conseil d'Administration de la loge), et surtout pour de l'admission d'un candidat.

Les conclusions de l'orateur

Selon les disposition des règlements, lorsqu'une discussion est close ou avant toute consultation de la loge, l'orateur donne ses conclusions sans les motiver pour fixer le sens du vote, après quoi il ne peut être demandé la parole par aucun frère.

Le Vénérable met ces conclusions aux voix et la formulation : "que ceux qui sont favorables aux conclusions de l'orateur le manifestent en levant la main à mon coup de maillet, prend tout son sens et chacun sait pour ou contre quoi il vote, ce qui lève toute ambiguïté.

Le respect de ce protocole suppime le désarroi qui apparaît trop souvent avant un vote de la loge, lorsque le vénérable invite les frères  à voter après que l'orateur ait déclaré : "je suis favorable au passage au vote", sans fixer les sens du vote.

Dispositions générales pour les votes

Pour les discussions, l'atelier vote à main levée ou au scrutin secret par boules blanches et noires. Tout scrutin portant sur une personne (profane ou maçon) est, à deux exceptions près, obligatoirement secret. Toutes les délibérations sont prises à la majorité des suffrages. L'abstention n'est pas permise et en cas de partage des voix, celle du vénérable (à une exception près) est prépondérante.

Pour les élections, la règle générale est celle du scrutin uninominal par bulletins secrets. Pour le vénérable, ce scrutin est à la majorité absolue aux deux premiers tours et à la majorité relative au troisième tour, s'il y a lieu. Pour les autres officiers, ce scrutin est à deux tours, le premier à la majorité absolue et le second à la majorité relative. Toutefois, l'élection du collège des officiers peut être effectuée au scrutin de liste, à la majorité absolue des voix.

Les élections du maître des cérémonies, de l'hospitalier et du couvreur, peuvent être effectuées par acclamations, - ce qui constitue la première exception au au secret du vote sur les personnes.

Admission d'un candidat

L'admission d'un candidat qui a demandé sa réception dans une loge maçonnique est soumise à trois tours de scrutins.

Au premier tour, l'Atelier se prononce simplement au scrutin secret et à la majorité simple sur l'opportunité de la prise en considération de la demande et, sauf exception pour motif grave, ce premier tour est souvent une simple formalité.

Un deuxième tour de scrutin circule après l'audition du profane sous le bandeau.

Enfin, lorsque ce deuxième tour a donné un résultat favorable, un troisième tour, simple confirmation des deux premiers, est donné à main levée, au cours de la tenue de réception, ce qui constitue la seconde exception au secret du vote sur les personnes, si rarement respecté !

On voit donc en fait, que le deuxième tour de scrutin, après l'audition du profane sous le bandeau, revêt une importance capitale, car c'est ce tour de scrutin, et pratiquement lui seul, qui décide de l'admission du candidat.

Cette admission est prononcée si le scrutin rapporte un nombre de boules noires inférieur au quart du nombre des votants. Il semble donc qu'il convient d'insister sur le sens de la responsabilité que nous devons manifester, afin d'envisager lucidement les dérapages qui peuvent défigurer ce scrutin important.

En effet, ce scrutin s'exprime obligatoirement par oui ou par non - un "non" primant trois "oui" - ce qui interdit formellement de le transformer en un vote banal, qui peut lui s'exprimer tout autrement, dans toutes les autres consultations de l'Atelier.

Le consentement unanime et la justification des boules noires n'a pas subsisté dans la franc-maçonnerie moderne et l'on peut penser que c'est dommage. Que notre droit d'interroger un profane sous le bandeau et que nos votes s'exercent donc avec courage, honnêteté, confiance et responsabilité et qu'ils ne servent pas, comme cela peut arriver parfois, à dissimuler nos insuffisances.

 

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3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 07:44

Quelle que soit l'obédience, il y a une cérémonie d'initiation (avec un i minuscule) qui n'est pas forcément cette "Initiation" (avec un I majuscule) à laquelle aspire tout franc-maçon et qui a comme finalité une absence totale de sectarisme, une large tolérance, qui ne soient nullement une faiblesse ou un abandon, un désir d'action qui se traduise autrement que par la déclaration : "la Maçonnerie a un rôle à jouer" (sans qu'on sache si c'est un rôle tragique, comique, ou d' "oseille", dans "l'ample comédie de la vie".

 

Il est inutile ici de s'étendre sur cette cérémonie d'initiation décrite abondamment dans de multiples publications qui se recopient les unes les autres, mais dont le sens profond doit être médité. Les détails diffèrent selon les rites. Comme le montre ce propos que le Vénérable adressait au nouvel apprenti, en 1887, à la fin de la cérémonie de réception au premier degré, ils ont également évolué au cours du temps :

"Frère nouvellement initié, les formes que nous venons d'employer pour votre initiation diffèrent notablement de celles dont nous usions jadis et que vous pourrez encore voir employer dans certaines loges de France ou des pays étrangers. L'initiation se faisait fort simplement dans les loges françaises au dix-huitième siècle. On l'a beaucoup compliquée, au commencement du dix-neuvième, en y mêlant des particularités que l'on croyait empruntées aux initiations de l'ancienne Egypte. On cherchait à éprouver le courage du récipiendaire par des moyens terrifiants.

On simulait la quadruple purification par les quatre éléments des anciens, c'est-à-dire par la terre, l'air, l'eau et le feu. Le récipiendaire était à moitié dévêtu. Parfois, il était introduit dans le temple, couché dans un cercueil, parfois, on le faisait passer au travers d'un diaphragme en papier, pour symboliser son passage à une vie nouvelle. Dans le temple, il entendait des clameurs sourdes, des chocs violents, des bruits imitant la grêle et le tonnerre, des cliquetis d'épées. Il rencontrait des obstacles sous ses pieds. Il était précipité d'un lieu élevé, mais retenu par des mains secourables. On lui trempait les mains dans l'eau, quelquefois le bras jusqu'au coude. On lui faisait vider un calice d'amertume. On le faisait passer au milieu des flammes. On lui demandait de se soumettre à l'application d'un fer rouge. On réclamait de lui une obligation écrite et signée de son sang. Parfois, on le soumettait à des épreuves plus pénibles encore et plus effrayantes.

Vous ne devrez donc pas vous étonner, s'il vous arrive de vous trouver en présence de quelque pratique de ce genre. Vous n'en serez pas troublé, non plus, sachant que le progrès est lent et que l'évolution humaine est complexe". - Rituel de réception au premier degré du Grand Orient De France de 1887.

Cent vingt ans plus tard, on constate combien ce propos reste d'une étonnante actualité …


D'abord, le silence, moyen parfait, puisqu'il ne donne que le désir. Ainsi commence de s'établir l'ordre, l'harmonie, la paix intérieure, l'attente, l'attention, la parfaite réserve. Grâce à ce silence auquel nous sommes contraints, la moindre bonne volonté, le moindre bon mouvement de notre part, sont tournés à notre profit. Si loin que nous soyons de la parfaite connaissance, abandonnons-nous un moment à ce silence, profitons-en l'éclair d'un instant pour descendre en nous-mêmes.

 

Ensuite, l'accord, qui est le signe le plus ancien du vrai et le premier de tous. Lorsque les hommes reconnaissent les signes et s'accordent sur les signes, ils goûtent quelque chose du bonheur de penser. Ne leur demandez pas à quoi ils pensent ni sur quoi ils s'accordent. Car puisqu'il faut d'abord apprendre les signes, chacun commence par s'accorder aux autres de tout son corps et par répéter ce que les autres signifient, jusqu'à ce qu'ils les imitent bien. Et selon la nature, imiter un signe, ce n'est rien d'autre que le comprendre.

 

Mais surtout, ma sœur, mon frère, sache que tu ne communiques vraiment qu'à travers le cérémonial. Car si tu es distrait pour écouter cette musique et pour considérer ce Temple, il ne naîtra rien en toi. C'est pourquoi il n'y a pas d'autre moyen de t'expliquer la vie à laquelle tu es convié, que de t'y engager par le cérémonial. Comment t'expliquerai-je cette musique quand l'entendre ne te suffit pas? Si tu n'es point préparé pour t'en faire combler, te voilà refusé. Te voilà, assis sur ton seuil, avec en arrière ta porte close, totalement séparé d'un monde qui n'est plus qu'objets vides.

 

Car tu ne communiques point avec les objets, mais avec les nœuds qui les nouent. D'où l'importance du cérémonial. Car il s'agit en fait de te sauver de tout détruire, quand tu es  assis sur le seuil à la porte de chez toi.


Maj 19 10 09

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3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 07:36

 

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ArgentneToute initiation maçonnique commence dans le cabinet de réflexion, qui correspond à une partie des rites initiatiques pratiqués en tous temps et en tous lieux. En effet, l'isolement du néophyte dans une cabane ou une caverneflag Spain est pratiquée depuis la nuit des temps. Il s'agit de séparer le néophyte de sa famille, de figurer, par son isolement dans un lieu fermé, la mort, une rupture, pour préparer un changement essentiel, comme la chrysalide dans son cocon. Le cabinet de réflexion, pour l'essentiel, est la forme moderne et adaptée à nos mœurs de la cabane antique. 
Le non-initié vit dans la peur : peur de mourir, expression de la peur de vivre, peur de l'avenir, du changement, des autres, etc ... Ces peurs dérivent d'une seule : la peur de lui-même. Confronté à la nécessité de l'introspection, le non-initié recule. Il sait qu'il faut mettre de l'ordre dans son MOI. Alors, il demande son admission dans une société initiatique. Celle-ci propose une pédagogie fondées sur l'introspection dirigée.

 

CabinerR.jpgLe cabinet de réflexion s'inscrit dans le programme de cette pédagogie. Le postulant y trouve la solitude, l'obscurité, le silence, l'immobilité et parfois le froid. Ces états privilégient la confrontation avec lui-même et cette confrontation est généralement difficile pour le profane. Ce que le passage dans le cabinet de réflexion lui impose de vivre est le traitement de sa peur, par la stimulation de sa propre peur. La compagnie muette du crâne illustre le passé et son propre futur. C'était un homme, je serai ainsi.

  

Dans le cabinet de réflexion, le candidat doit répondre par écrit à des questions et rédiger son testament moral et philosophique. Le nombre et le libellé des questions ont varié selon les époques. Actuellement, ces questions concernent les devoirs de l'homme envers lui-même, sa famille, sa patrie, l'humanité. Dans la Franc-Maçonnerie libérale, la question des devoirs envers Dieu a été supprimée depuis longtemps.                                       Les principaux symboles du cabinet de réflexion :  VITRIOL, la devise,

le coq, le sablier, le crâne et la faux, le pain et l'eau, le soufre et le sel.  

 

Les questions rituelles posées à Proudhon le 8 janvier 1847, à la loge de Besançon furent les suivantes : Que doit l'homme à ses semblables ? Réponse : Justice à tous les hommes. Que doit l'homme à son pays ? Réponse : Le dévouement. Que doit l'homme à Dieu ? Réponse : La guerre. Mieux averti de la Franc-Maçonnerie, Proudhon écrira : "Le Dieu des Maçons n'est ni Substance, ni Cause, ni Ame, ni Monade, ni Créateur, ni Père, ni Verbe, ni Amour, ni Paraclet, ni Rédempteur, ni Satan, ni rien de ce qui correspond à un concept transcendantal : toute métaphysique est ainsi écartée. C'est la personnification de l'équilibre universel : Dieu est architecte ; il tient le niveau, l'équerre, le marteau, tous les instruments de travail et de mesure. Dans l'ordre moral, il est la Justice. Voilà toute la théologie maçonnique"…

 

La rédaction du testament moral et philosophique permet au candidat de faire le point sur lui-même et sur ce qu'il estime essentiel. Quelle que soit la qualité de ce qu'il rédige, cette démarche est fondamentale dans le processus de l'initiation maçonnique. En sortant du cabinet de réflexion, le candidat sera considéré comme ayant subi l'épreuve de la terre. Tous feront semblant d'y croire et toute la cérémonie initiatique se déroulera comme si le candidat avait été transformé par cette épreuve.  "Ici, tout est symbole". Ce "comme si" n'est mensonge que si l'on refuse de jouer correctement le jeu. Se prendre au jeu, c'est à dire ignorer que l'on joue, ou bien ne pas vouloir l'admettre, est éminemment dangereux parce que le comportement peut dériver vers la schizophrénie. Alors adieu l'éveil, tout ne sera qu'illusion. Ce "comme si" est vérité et clé d'une pédagogie qui a fait ses preuves, à condition d'être vécu en toute simplicité, en toute humilité, pour ce qu'il est et rien de plus. Comme cela et seulement comme cela pourra peut-être surgir l'éveil, par la suite.

 

Comment en effet prétendre sérieusement que les épreuves rituelles transforment réellement, immédiatement ou à terme, celui qui les subit ? Le cabinet de réflexion est un décor de théâtre. Il suggère ce qu'il ne peut être réellement. Ce petit cagibi, dans le meilleur des cas, ce coin de cave, décoré avec des figures symboliques est tout à fait dérisoire relativement aux prétentions affirmées par le rituel. Mais c'est justement là que réside sa signification essentielle.  Fermer les yeux sur l'aspect dérisoire, procède d'une attitude "bigote" à l'égard du rituel. Ouvrir les yeux sur le "dérisoire" pour en pénétrer la signification, là est la voie de l'éveil. Ce n'est souvent pas simple. Cela implique une remise en question des réflexes mentaux acquis. Comment prendre au sérieux ce qui ne l'est pas en apparence. Et comment ne pas prendre au sérieux ce qui semble l'être ? Tant de gens ne parviennent pas à répondre à ces questions.  Pourtant ces questions ne restent sans réponses que dans le contexte d'une sémantique déterminée. Changez le contexte, posez de nouveaux repères et elles ne se poseront même plus.

Les rituels et la franc-maçonnerie répètent qu'ils sont à la recherche de la vérité, sans d'ailleurs la définir. Des mandarins de l'intelligentsia maçonnique, il y en a, ont décrété que cette vérité était inaccessible, ce que dément formellement l'expérience vécue des sages et des saints de tous les temps.  Forts de cette affirmation des autorités officielles de l'Ordre, certains maçons sont à la recherche d'une vérité inaccessible et par ailleurs sans contenu, ce qui les sécurise indiscutablement. Et c'est très bien ainsi, car hélas, la vérité est incurablement sacrilège. Elle inquiète, bien plus, elle dérange ... Dire qu'en maçonnerie il n'y a ni initiation réelle, ni processus initiatique authentique, mais seulement une incitation, c'est subversif et pour beaucoup, inacceptable. Pourtant, l'histoire est là, qui rappelle brutalement le vécu de l'expérience humaine depuis ses origines.

 

Il n'est donc pas sacrilège de dire ce qu'est la vérité initiatique, à quoi elle répond, sa finalité, ni d'aborder la spiritualité qui découle d'un processus aboutissant à l'initiation. Et il n'est pas blasphématoire de souligner que c'est de ce processus initiatique que naquirent les dieux et les religions; et que le christianisme lui-même est issu des mythologies qui le précédèrent. Ces religions explicitaient, parfois maladroitement, ce qu'avait révélé l'expérience psychique fortuite subie par l'homo sapiens et qui, renouvelée volontairement puis organisée, était devenue l'initiation. Au travers de sa conscience considérablement élargie, l'homme y avait trouvé compréhension de son propre univers et apaisement de l'angoisse qui l'étreignait devant les forces incontrôlables de la nature. Il en fit donc rapidement une institution qui dégagea une élite : les initiés. Ainsi s'établit la tradition initiatique, véhicule des moyens essentiels qui conditionnent l'épanouissement complet de l'individu qui est, en tant que tel, le devenir de l'espèce.

 

Ceci est la vocation de l'Ordre maçonnique, porteur des symboles fondamentaux qui expriment les désirs et les espoirs de l'homme, depuis qu'il s'est révélé à lui-même être une personne. Chacun de nous est donc le seul artisan de son évolution possible et nul secours ne peut être attendu de l'extérieur.

 

Eusthènes 3 décembre 2008                    


MAJ - 20 11 2010

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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 05:04

 

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ArgentneL'itinéraire de l'admission dans la Franc-Maçonnerie est jalonné d'épreuves symboliques. La première de ces épreuves est le "passage sous le bandeau". 
Quel est donc le sens du bandeau et que signifie cette cécité temporaireflag Spain et imposée au candidat pour son "passage sous le bandeau" et pour la "cérémonie de sa réception" ? 


Avant d'être présenté à une loge, le postulant est enquêté par trois frères, qui ont avec lui un entretien indépendant des autres et qui ignorent les noms des autres enquêteurs. Chacun adresse ensuite un rapport au Vénérable qui en donne lecture à la loge avant l'audition du candidat.
 Le candidat maçon sait bien que ce "passage" est incontournable. Il l'a vu sur toutes les couvertures de magazines comme symbole du secret maçonnique. Il a lu que, depuis l'antiquité, cet "accessoire" est unanimement utilisé pour symboliser le passage d'un monde à un autre.

                      Voir la vidéo 


Le bandeau n'est pas un masque, ni un bâillon. Il porte le symbole de celui qui a momentanément tout perdu, sauf la tête, qu'il soit condamné ou postulant aux mystères de la franc-Maçonnerie.

Qu'on le veuille ou non, même en dédramatisant la situation et même avec la présence amie du parrain qui l'a conduit jusqu'ici, le bandeau renvoie le candidat (candide, candidat) à des peurs viscérales et notamment à des scènes d'exécution.
  Il y a ensuite le feu nourri des questions qui sont autant de tirs précis dirigés vers le candidat. Les peurs liées au bandeau viennent d'abord de l'abandon de soi à un groupe d'inconnus et de phantasmes incontrôlables de magie, de dégradation possible de soi, du ridicule d'être bringuebalé dans une sorte de "colin-maillard", chahuté, humilié, réduit et même "consommé". Car ces peurs ont un fonds "cannibale".               
   
                  
Pour la loge, la discrétion est la première fonction du bandeau. Il permet que le candidat, toujours libre de se retirer, ne puisse pas voir le visage des membres de l'atelier. Mais comme, très souvent, le candidat a pu assister à des conférences publiques, des tenues blanches ouvertes ou participer à des réunions festives de la loge, cette fonction du bandeau n'est plus primordiale.

 

Le bandeau ne permet pas de voir l'entier du visage du candidat et masque le miroir de son regard (trahison de lui-même et de nous-mêmes) en évitant d'être influencé par une sentimentalité oculaire. Enfin, en dépit des préventions d'usages de courtoisie, le bandeau restitue au groupe un pouvoir, une assurance, une satisfaction, d'avoir dépassé, à son profit, la situation dans laquelle se trouve le candidat et que tous ont connue.

 

Pour le candidat, le bandeau l'oblige à plonger en lui-même en visualisant, dans un "psyché" conscient, sa propre figure. En ce sens, le bandeau éclaire l'âme comme une lumière. Le bandeau permet également au candidat de ne pas être vu entièrement par le groupe. Le cache, sur son regard, sera sa protection, son ultime intimité. Mais la justification suprême du bandeau réside dans son "enlèvement" et l'éblouissement final par la lumière.

 

Le bandeau exige l'humilité du candidat, sa mise à disposition, sa gratuité, sa crédulité. Il renvoie à Thémis, la justice, représentée les yeux bandés. Le candidat ne pourra s'en remettre qu'à lui-même pour élaborer sa décision. Il met enfin les sens en éveil, notamment l'ouÏe (voix des interrogateurs, bruits de la loge, écoute surprenante de sa propre voix), le goût (recherche de sa salive et coupe d'amertume) et la vue (reconstitution par l'imagination de l'espace-temps).

 

Premier "outil" maçonnique proposé au candidat, le bandeau n'est pas un accessoire futile ou anachronique. Il est le premier symbole du travail sur soi. On imagine mal l'inversion du système, qui proposerait une audition du candidat les yeux ouverts par une loge de mystérieux cagoulés. On peut y voir la différence entre une société secrète et une société discrète et le fait que la loge est un lieu de clarté alors que le candidat se trouve dans les ténèbres.

 

Le véritable sens du voyage, disait Charles Péguy, "ce n'est pas de découvrir d'autres paysages, mais bien de les regarder avec des yeux différents. Car l'apparent n'exclut pas le caché. Les hommes l'ont pressenti depuis toujours. Et les meilleurs d'entre eux - et les plus sages - ont compris que l'acte de voir ne se réduit pas seulement à ouvrir les yeux, mais qu'il nous oblige parfois à les fermer, afin de contempler l'être que nous sommes. De là sont nées deux langues différentes : celle du "visible" et celle de "l'invisible", celle des objets extérieurs et de leurs signes et celle du sujet intérieur et de ses symboles, celle des collectivités et celle des communautés, celle de l'éducation et celle de l'initiation.

 

  Eusthènes 2 décembre 2008                    


Maj 20 11 2010

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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 06:12

Assurément, la direction supérieure de la Maçonnerie n'appartient pas aux dignitaires qui sont élus annuellement. Ces chefs de Loges ou de Grandes Loges dirigent en petit et trop souvent avec mesquinerie : parfois ils manient en mauvais "Compagnons" le Maillet qui leur est confié ; en dépit de leurs titres et de leurs chamarrures, ils ne sont pas … les véritables Maîtres.

La vraie Maîtrise est discrète : indifférente aux honneurs, elle peut les accepter, mais préfère les fuir. Son action est silencieuse, car le vrai Maître laisse parler et se contente d'agir ; il œuvre modestement dans sa sphère, sans se laisser troubler par l'agitation de profanes déguisés en initiés. Fidèle à son idéal, il s'attache à vivre exemplairement. S'appliquant à bien travailler, par pur amour de l'Art, il n'est pas abandonné à lui-même.

Inconnu des agités qui se démènent sous l'aiguillon de convoitises égoïstes, il attire l'attention et les sympathies des Maîtres effectifs, inconnus eux aussi : leur aide fraternelle ne lui manque pas ; elle se traduit en collaboration intime et constante, si bien que le vrai Maître travaille supérieurement. Quand il se penche sur la planche à tracer, il n'est pas seul à combiner le plan selon lequel doit se construire l'avenir. S'il est alors lucide, n'en est-il pas redevable à la collaboration d'intelligences libérées des liens du corps ?  

Sans tomber dans les puérilités du spiritisme évocateur de fantômes, il est permis d'envi-sager que rien ne se perd dans le domaine des idées. La pensée vit et reste vivante, indépendamment des cerveaux qui vibrent sous son action. Inaccessible en sa subtilité transcendante, elle se particularise, se condense et se coagule à l'appel des penseurs ; en méditant, nous l'attirons à nous pour lui prêter une forme expressive : c'est là le travail sur la planche à tracer ...

 

 

Bonnes pages -
Oswald Wirth
- Les mystères de l'Art Royal – Le Symbolisme – pp. 243-245.

 

N. B. - Nous complétons cette catégorie "Bonnes pages" par ce texte d'Oswald Wirth, dont on ne récrira pas les causeries initiatiques. Non parce qu'elles ont atteint l'absolu de la perfection, mais parce qu'elles sont les filles de leur temps. "Philosophie, fille du temps" ... Ce propos nous semble particulièrement "éclairant"  ...


Maj 19 10 09 - GA - L0
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5 juillet 2008 6 05 /07 /juillet /2008 15:46

Initiation : 1 - La Lumière ; 2 - Apothéose ; 3 - Emotion

 

Un frère de mon atelier, connu pour avoir le trente troisième grade du Rite Ecossais Ancien Accepté, doté d'un grand âge qui autorise à penser qu'il a réfléchi à sa pratique de la franc-maçonnerie, affirme avec insistance et revendique avec force ce qu'il considère comme une vérité puissante et simple qu'il ne faut pas oublier : "La franc-maçonnerie est un ordre initiatique". Dans ce que je considère comme une profonde sagesse, il n'en dit pas plus sur le sujet, sans doute pour donner à entendre que cette vérité est trop importante pour qu'on la laisse se perdre dans les brouhaha d'un débat public, offrant simplement à qui peut l'entendre que, le moment venu, il convient à chacun d'y réfléchir sérieusement en faisant étape sur le chemin de la recherche. Ce même frère, entre autres antiennes, prononce une autre fois, de façon apparemment inopinée, cette autre vérité simple et voulue simpliste que la franc-maçonnerie est avant tout autre chose : "la fraternité au sens d'agapè", satisfait d'enfin mettre les pieds sous la table pour partager le repas qui suit toujours nos travaux en tenue du côté de minuit plein. Enfin pour terminer avec cette référence à un frère qui sert de pilier à notre atelier, je considère avoir fait un grand pas le jour où il a martelé avec la même force de l'évidence révélée, qu'en franc-maçonnerie : "Il n'y a pas une Vérité mais des vérités".

 

Il s'agit là, pourra-t-on dire, d'aphorismes banals, de tautologies réductrices. Elles me sont apparues comme des clés que j'ai intégrées à mon trousseau, en réserve, dans l'attente de me trouver justifié de les utiliser. Or voici que j'en ai le loisir, rencontrant sur mon chemin une porte fictive qui demande à être ouverte pour que je puisse passer outre. Il survint donc qu'un soir, après tout un processus d'enquêtes, de dossiers à remplir avec force documents administratifs, on consentit à m'ouvrir l'accès à l'initiation maçonnique. J'ai vécu celle-ci dans la curiosité, intéressé de voir de quoi il s'agissait, de découvrir ce qu'elle est supposée apporter et surtout de voir comment cela se vivait, comment je la vivrais. Bien que nécessairement sceptique mais amusé par le jeu de rôles auquel les acteurs qui me manipulaient semblaient prendre plaisir avec beaucoup d'application, je me suis retrouvé tout à fait "sonné", dans un état modifié de conscience, comme si je planais à quelques centimètres du sol après avoir reçu "la lumière".

 

Cela a duré quelque temps avec une sorte de dédoublement de la personnalité que j'observai avec intérêt. Rien ne semblait pouvoir mettre en cause cet état de grâce bienheureux. Surtout pas les vilenies d'une société, dont on me disait pour la défendre qu'elle restait "humaine", quand sont apparues des tensions manifestes entre frères, des compromissions qui avaient des échos dans la justice dite profane au point de provoquer l'éviction d'un Surveillant et la démission du frère qui m'avait servi de cicérone dans ce monde nouveau. Ni le peu d'attention ou de considération pour certaines valeurs qui sont constamment réactivées par le cérémonial de la tenue comme guides de conduite ou rappels à l'ordre. Ni le peu de conviction mis par beaucoup de frères à entrer dans les symboles qui décorent l'atelier et contribuent à créer ce qu'ils revendiquent comme un monde "hors du profane".

Rien de cela n'affectait l'espèce de béatitude dans laquelle je flottai grâce au capital d'émotion que l'initiation m'avait insufflé dans ses épreuves sous le bandeau. Je préservai imperturbablement ce très confortable état conscience auquel il m'avait été donné d'accéder par des voies qui me restaient mystérieuses. Tout en vivant les différents aléas et avatars des tenues, j'observai, j'absorbai attentivement les symboles, les rituels, les décors, les fonctionnements, les revendications, les ambitions qui apparaissaient, les satisfactions, les affirmations, les auto suffisances qui s'exprimaient. Ma démarche devait paraître trop examinatrice ou froidement rationnelle. Elle m'a valu au bout de trois mois une remarque amusée d'une sœur visiteuse assidue, venue me dire sans autre forme de procès : "Toi tu ne resteras pas longtemps en franc-maçonnerie" ajoutant sur mon air étonné : "Tu regardes trop !". Erreur de ma part bien sûr. Je savais déjà par diverses expériences que pour pénétrer un milieu nouveau il faut souvent penser à "éteindre le regard" pour ne pas indisposer. Au demeurant je suis resté. Je suis encore là, vingt cinq ans plus tard ! Quoi qu'il arrive que je me demande parfois pourquoi.

La cérémonie d'initiation qui a procédé à ma réception dans l'ordre maçonnique m'a donc efficacement marqué sur le plan émotionnel. Mais elle ne m'a révélé aucun secret qui aurait pu m'éclairer dans la compréhension du monde ou pour conduire ma vie. Je ne me suis pas trouvé, du fait d'être "initié", doté de pouvoirs qui m'auraient permis d'intervenir sur le réel et de le façonner dans un sens qui m'aurait agréé. Initiation n'est apparemment pas magie. Certes on entendait souvent parler de secret, mais il ne s'agissait que de secret d'appartenance qu'on entreprenait d'ailleurs de réduire à de la "discrétion" pour ne pas affoler les rumeurs publiques. L'absence de révélation ne m'indisposait pas car je pensais surtout en entrant en franc-maçonnerie rejoindre un groupe d'hommes qui travaillent à la défense et à la promotion de la liberté à une époque où il me semblait urgent d'être présent sur ce front en France et dans le monde.

Parce que dans le vocable "franc-maçonnerie" c'est le mot "franc" qui me fascinait. Tout à l'écoute et à la découverte de ce monde nouveau corseté par des rituels et nourri de symboles dont la présence insistante créait un espace et un moment hors du profane censément propices à la méditation et à la réflexion, je me trouvai interpellé par l'omniprésence de signes et de références bibliques, judaïques, chrétiennes, catholiques et protestantes. Et des planches qui procédaient par exemple d'une "Longue réflexion sur l'Apocalypse". Ce qui m'a incité pour jouer le jeu et surtout me mettre à niveau dans l'espoir de comprendre la démarche maçonnique, à faire l'achat d'une bible. J'ai choisi celle de la Pléiade, aux éditions Gallimard, parce qu'elle est dotée de multiples index qui permettent de la travailler sans avoir à la lire. Je me trouvai un peu sceptique d'avoir à chercher en maçonnerie mes sources dans un livre qui a nourri tant de dogmes et d'églises qui ont contraint en occident la société des hommes dans des structures de pouvoirs contre lesquelles il a fallu lutter pour dégager toutes les libertés que nos pères nous ont conquises et qu'il nous faut à notre tour défendre.

J'ai donc appris à distinguer l'anti-cléricalisme qui se soulage sur les colonnes en termes explicites lors de la fermeture des travaux, de l'anti-religion dont on affirme subtilement qu'elle n'est pas compatible avec la Tolérance revendiquée par le franc-maçon qui reste libre de ses pratiques et de ses croyances à condition qu'il ne s'en fasse pas le prosélyte dans notre espace sacré. Merveilleuse tolérance qui ne s'offusque pas d'avoir à s'épanouir dans la promiscuité des symboles et des concepts bibliques qui ont investi ses murs et ses rituels, sans craindre d'en être affectée et sans envisager que leur présence insistante pourrait gêner des frères de culture non chrétienne. Ces paradoxes étaient d'autant plus flagrants que notre atelier initiait aussi bien des athées et des anarchistes, des non pratiquants que des chrétiens catholiques et protestants, des musulmans ou des tamouls ... Bons princes et intelligents, ces derniers acquiesçaient lorsque pour justifier ces curieuses permanences on en appelait à la Tradition des origines de la franc-maçonnerie dont il serait hors de question de casser la transmission qui sert de moteur à la démarche maçonnique depuis presque trois siècles.

Certains frères avaient la franchise d'expliquer que cette panoplie d'avatars bibliques était obsolète et désamorcée de toute efficacité. Eux-mêmes athées militants ne leur prêtaient aucune attention ne voulant pas se laisser obnubiler par des strates sédimentaires fossilisées alors que d'autres combats plus urgents devaient mobiliser nos énergies. J'étais donc "initié". J'étais admis à travailler avec des francs-maçons eux-mêmes initiés. Mais pour quoi faire ? Je voyais qu'il ne s'agissait pas d'une élite sociale, ni politique, ni intellectuelle, ni spirituelle ... Il ne fallait pas être riche, ou puissant, ou intelligent, ou illuminé pour être admis. L'initiation ne me donnait pas des droits particuliers ni des privilèges. Bien au contraire, puisqu'elle m'enjoignait de respecter la loi et ses contraintes, disant que celles-ci créent le cadre des libertés. Non plus elle ne faisait accéder à des connaissances ni à des secrets qui m'auraient permis d'accéder au cœur de la vérité pour comprendre le monde et la vie. Simplement je me retrouvais régulièrement avec des hommes, mes frères qui manifestaient beaucoup de chaleur et d'enthousiasme dans leurs retrouvailles et mettaient beaucoup d'application à être assidus et exacts aux tenues. Surtout les premières années pour accéder au deuxième puis au troisième grades.

 

Par la suite l'assiduité pouvait se relâcher, signe d'un "écrémage" qui révélait quelques désillusions et conduisait certains à refuser d'assumer en responsabilité - dès lors qu'ils auraient acquis avec la maîtrise la plénitude des droits maçonniques - le fonctionnement d'un système ou d'une institution dans laquelle ils ne se reconnaissaient peut-être pas complètement. Absents, ces frères restaient initiés. Mais on voyait bien que leur carence perturbait le fonctionnement de l'atelier. Parce que l'initiation qui crée un franc-maçon ne lui confère pas un état (on n'est pas franc-maçon) mais simplement une reconnaissance selon la belle formule "Êtes-vous franc-maçon ? Mes frères me reconnaissent comme tel ". Si les colonnes sont désertes, si les frères n'ont personne pour les reconnaître, qu'advient-il de leur initiation ?" De là sans doute, le plaisir et l'urgence de se retrouver régulièrement. Et la satisfaction de se rencontrer et faire reconnaître dans des occasions inopinées, hors du temple, dans le profane, par des signes, mots et attouchements d'eux seuls connus qui raniment et ré-activent le souffle maçonnique de l'initiation.

L'initiation m'a donné la lumière. La Grande lumière ! C'est un mystère bien étonnant. De quelle "lumière" est-il question puisqu'il ne peut s'agir de celle que j'avais déjà reçue à la naissance. Certes on m'en avait privé par l'usage d'un bandeau pour me faire vivre les épreuves et voyages symboliques. Mais l'initiation ne pouvait pas m'accorder une chose que je possédais déjà et dont la restitution en grande cérémonie était censée me transformer profondément. Bien aimable mystère dont l'apparente simplicité m'interloque toujours. Je connais bien sûr les différents emplois figurés du mot lumière associé à intelligence, compréhension ... Mais le recours à cette solution sémantique apparaissait trop réductrice et abusive s'agissant d'une démarche dont la mise en scène cérémonieuse semblait vouloir ouvrir la voie à une "révélation" fondée sur l'émotion. Subsistait donc le mystère qu'aucun catéchisme, mode d'emploi ni aucun guide ne proposait d'élucider puisque la franc-maçonnerie n'est pas une école qui aurait un programme d'enseignement ou des dogmes. Celle-ci suggère qu'il y a un chemin, mais elle laisse à l'initié le soin d'en trouver l'entrée et d'en tracer le cours. Initié certes. Mais seul. De temps en temps quelques balises permettent à l'initié de se recaler s'il veut bien continuer sa route : élévation au deuxième grade, à la maîtrise, maître secret, Royal Arch, Rose+Croix ... Des outils, des symboles, des mots et des signes lui sont montrés. Des émotions, des intuitions, des mythes émergent d'autres mondes, des états de conscience manifestent des fonds d'être. Des formules sèment des alertes : "Connais-toi toi même" ... "On n'est jamais initié que par soi-même".

Initié certes ... Mais il faut ouvrir le chemin. Des frères, occupés sans doute à suivre leur propre chemin, accompagnent le mouvement. Mais aucun n'est le guide. Aucun n'indiquera de direction. Personne au carrefour. Compagnons sur les voies de la lumière, mais pas forcément sur la même route ni aux mêmes étapes. Parfois des rencontres dans des auberges communes au hasard des cheminements. On raconte. On rend compte. On échange, mais on ne dort pas forcément au même étage. Dès lors comment s'initier soi-même et entreprendre de se connaître ? Le petit mémento du grade de maître secret vint à me servir de balise très opportunément, qui déclare que : "... soi-même est la lumière, si petite fût-elle, qui réside au fond de tout être quelle que soit sa condition ... Rechercher, découvrir sa propre lumière intérieure, la définir, elle et ses besoins, puis la ressentir dans la dilatation de tout l'être qu'elle provoque avec l'intense joie qui l'accompagne, est inexprimable." Comment accéder à cette dilatation de tout l'être dont parle le mémento et à l'intense joie annoncée même si cela est inexprimable comme on nous en prévient. Dans la gloire d'une musique éclatante au troisième coup annonciateur, on m'avait donné la lumière, "la Grande Lumière". J'avais franchi le pas. J'étais entré dans un monde lumineux !

Mais il a fallu vite comprendre que ce n'était que le début d'un chemin qui m'était montré, un départ, non une arrivée. Et que cette lumière que j'avais reçue en initiation balisait un cheminement sans fin qui conduit sur les routes du monde au travers des valeurs éternelles. Et dans cette course me voici maintenant renvoyé à l'intérieur de moi-même à la recherche de cette Lumière qui y résiderait, découvrant que la mienne doit être bien faible, si petite que j'ai bien du mal à la percevoir enfouie si profond qu'en vérité je ne parviens pas à la ressentir ni à connaître cette dilatation annoncée. Mais je me souviens de l'avertissement fatal.
"Rechercher, découvrir, définir et ressentir sa propre lumière intérieure est inexprimable". Comment ressentir l'inexprimable ? Poésie vint à mon secours, non qu'elle exprimât. Mais parce que poésie crée le sens selon l'adage de Soulages. Un poème né de hasard m'illumina donc :

                                                                   
Lire le poème  Apothéose  ...                         
                                                                                               

Cyrille, 5 juillet 2008         


MAJ 7 12 2010 *

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28 juin 2008 6 28 /06 /juin /2008 15:48

Initiation : 1 - La Lumière ; 2 - Apothéose ; 3 - Emotion

            

 

"Rechercher, découvrir, définir et ressentir sa propre lumière intérieure
est inexprimable".
Comment ressentir l'inexprimable ?

Poésie vint à mon secours, non qu'elle exprimât.
Mais parce que poésie crée le sens selon l'adage de Soulages.

Un poème né de hasard m'illumina donc ...

 

 

 


APOTHÉOSE

Il était
à l'occasion
visité par des forces de passage
qui faisaient escale
et prenaient gîte en lui

Elles s'installaient
à son insu
sans se manifester

Elles étaient de passage
et prenaient gîte en lui
pour se fixer un moment

Il était comme une étape sur leur flux
sans le savoir toujours
car elles manifestaient peu

Parfois une force puissante
l'habitait
il s'en trouvait exalté
porté vers l'avant
jusqu'à un avenir rayonnant
soulevé de terre
gonflé d'espérance
et de vastes projets

Et tout réussissait

Comme si
il était visité
par une force en voyage
une bête itinérante
qui aurait pris gîte en lui
l'espace d'un espoir
l'espace d'un matin
ou d'un soir
ou pour de plus longues vacances
quelques jours

 On voyait bien qu'il n'était plus tout à fait lui
qu'il irradiait
- on ne savait comment dire -
une force
une présence
une puissance

Comme un phare
une aura

°
°     °

 On venait à lui
prendre de l'énergie
par contact

 On savait qu'il était visité
 on savait par les sens
l'intuition

Mais les mots ne disaient rien
simplement un rayonnement
une puissance

On ne disait rien
on venait
 on se trouvait plus fort

°
°     °

 Quand il revient
il est fait de lumière

Savoir où il est allé
c'est un mystère

On ne peut pas savoir
mais il revient, vivant

 Alors il resplendit

Il est allé au monde
dans quel univers ?

Il a trouvé les énergies
Il a rencontré le Souffle

Il sait
Il porte la gloire

 On voit bien qu'il revient d'ailleurs
qu'il y a vu des choses

Il redescend
il est là
avec le mystère

°
°     °

Il y a des champs de force
des espaces d'énergie

Il se laisse porter
emmener

Il part à la dérive
les vents le portent
les rêves l'emportent
au gré des courants
et des tourbillons

Il ne craint rien
c'est sa force

Il laisse aller
Il laisse courir

Et le voilà au centre
en plein croisement
là où tout converge

Tout se noue
Tout se crée

Et le voilà recréé
tout noué

Au creux des tourbillons
porté par les houles
au gré des grandes brises
cœur des turbulences

Enveloppé
serré
contraint
refaçonné
aguerri

Éjecté du magma
redescendu sur terre
resplendissant de tant de force
Illuminé

Il est là
chargé de lumière
Voyez !
Il est là...

°
°     °

Ayant atteint
le point de grande lumière
il s'arrêta
pour s'en laisser imprégner
et se charger d'énergie

Non qu'il fût épuisé par sa longue course
sa marche sans fin
sa quête sans trêve

Non qu'il fût épuisé
ou qu'il manquât de Souffle

mais il se laissait enfin prendre
comme s'il sentait le terme proche

La grande lumière l'imprégnait

Il était au but
l'exaltation le gagnait
il sortait de lui-même
abandonnait sa géhenne
s'épanouissait
comme la fleur sort du bourgeon

 Il aspirait à grands traits
l'Univers éclatant

°
°     °

Encore un pas
un dernier pas

Il disparut
réduit au Tout
à l'intérieur de son aura

Un dernier pas
Il se réduit en lumière

   A la Lumière ...


Apothéose ...

   

 

 

 Lire Emotion  ...

 

 

Cyrille, 28 juin 2008           

MAJ 7 12 2010

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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 15:33

 

Initiation : 1 - La Lumière ; 2 - Apothéose ; 3 - Emotion

            

 

La mort -

Le processus d’initiation impose une rencontre avec la mort. Non pas la mort en général. Mais la propre mort de l’Initié avec l’épreuve de la terre, le jeu de rôle du meurtre d’Hiram avec la putréfaction, "la chair se détache des os", le tout renvoyant vers la mythologie biblique par Hiram, Salomon et Joaben. Le plus étonnant est que l’initié soit un moment suspect d’avoir participé au crime c’est-à-dire d’avoir pu être un acteur qui donne la mort violente, ce qui à proprement parler me reste incompréhensible. Faut-il, pour approcher le sens de la mort, nécessairement rencontrer la faute, la culpabilité, fût-elle inconsciente ? Que la franc-maçonnerie qui met en œuvre un processus de libération des âmes et des esprits oriente, propose une méditation sur l’angoisse de la mort fondée sur la culpabilité et la faute ne laisse pas de m’étonner. D’autres traditions dont on connaît un peu le moteur malgré le secret qui les entoure, imposent aussi la fréquentation de la mort mais dans des conditions qui m’agréent beaucoup plus : en épuisant cette angoisse du mourir, en faisant vivre à l’initié sa propre mort par anticipation, elle ouvre le champ aux forces de la vie.

Ainsi la tradition portée par les mystères d’Eleusis célébrés en l’honneur de Déméter : que les objets sacrés soient des phallus et des vagins me convient mieux que d’avoir à rencontrer sur mon chemin, dans les édifices religieux du monde chrétien occidental, des croix obscènes qui arborent la douleur d’un crucifié à l’article de la mort. Que la révélation suprême de l’époptie soit un épi de blé qui porte symbole du phallus en érection pour la génération me rassérénerait plus que l’affliction imposée sur le chemin de l’enfer pavé des condamnations du péché de chair et que la honte jetée sur Eve qui a croqué la pomme. Heureux donc l’initié grec qui émerge de l’enfer, glorieux des copulations de Déméter et de Dionysos que prêtresses et prêtres donnent chaque année en spectacle sacré sur l’autel d’Eleusis. Après avoir anticipé sa mort, le voila appelé à vivre. Urgemment.

La Vie

"Ceux qu’on initie ne doivent pas apprendre quelque chose mais éprouver des émotions et être mis dans certaines conditions"
- Aristote.

L’initiation appelle l’Emotion à force d’impressions qui forgent l’âme et portent à la réflexion ... Il s’agit de l’émotion au sens littéral et fort (ex-movere : mettre en mouvement). L’émotion en tant que conscience du mouvement du monde et de la vie, outil de prise de conscience, de prise de connaissance du mouvement des forces qui dans l’intimité et le secret des choses, au-delà des apparences, derrière le miroir, créent, animent et mettent en mouvement l’Univers et la Vie. Au sens où l’alchimiste en fait un outil d’approche de cette réalité ultime et complexe dont je suis moi-même une modeste manifestation qui fusionne avec le Tout.

 

Et voilà que cette Emotion appelle et met en œuvre l’Intuition et la Raison, outils et moyens complémentaires de cette prise de conscience, de cette prise de connaissance. Mais encore faut-il ne pas négliger l’intuition au prétexte que la raison mobilise urgemment nos énergies et nos capacités d’analyse, alors même que les scientifiques, ardents défricheurs du rationnel, trouvent dans l’Intuitif attentivement sollicité des clefs, des étincelles qui relancent et nourrissent la quête du rationnel. Et si la franc-maçonnerie - dès l’initiation - donne cette clef sur la voie de la Recherche et de la Lumière, il reste à ne pas négliger son emploi, à ne pas répugner y recourir, à ne pas la récuser au risque peut-être de se priver d’un outil fondamental de connaissance.

Bien sûr, chacun est libre et marche à son pas et nul ne peut le contraindre dans ses convictions ni même l’aider - si le temps n’est pas venu - puisqu’il est dit, selon la belle formule : "On n’est jamais Initié que par soi-même" ... Mais il convient probablement de rester à l’écoute, de laisser les voies ouvertes, en attendant de pouvoir, en attendant de savoir, les explorer. Et surtout de ne pas jeter la clef par trop de certitudes simplificatrices. Initié certes ... Gratifié de quelques grades du cursus maçonniques, bardé de serments, dont certains si secrets qu’ils interdisent même d’évoquer les avoirs prêtés, je poursuis imperturbablement un chemin dont j’ignore le but. J’avance au hasard, dans l’aléa.

 

La route est dans l’obscur, la destination est incertaine. Et la Lumière n’est à l’évidence pas le but : elle éclaire la voie pour assurer la marche, mais elle n’indique pas le terme qui s’échappe toujours au gré de mon approche. Initié sans doute ... Mais la vie reste en aventure comme à venir ... A l’écoute des autres, à l’écoute de soi ... A la rencontre des autres, à la rencontre de soi ... "Car c’est cela qui a été perdu"... A la recherche de l’Emotion, qui se nourrit et s’éveille au contact du monde, qui nourrit la vie et la révèle ...

 

Fin ...

 

Cyrille, 20 juin 2008         


MAJ 7 12 2010 *

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