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7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 09:00

 - Le Décret n°2005-1726 du 30 12 2005

 

Comment j'ai perdu mon identité nationale, par Michka Assayas 
  
           Avez-vous lu cette tribune publiée dans le Monde du 30 Décembre 2009 ?
           Non, on ne fait pas un cauchemar, c'est bien la réalité d'aujourd'hui ....


LE MONDE | 30.12.09 | 14h20  •  Mis à jour le 30.12.09 | 14h20   Lire l'article


Extraits

Nicolas Sarkozy écrit que "le sentiment de perdre son identité peut être une cause de souffrance profonde" (Le Monde du 9 décembre). Il ne croit pas si bien dire. L'histoire que j'ai vécue n'a rien d'exceptionnel. Depuis environ quatre ans, elle a touché des dizaines de milliers de nos concitoyens. Le mécanisme est simple. Vous êtes français de naissance. Votre passeport délivré avant 2005 arrive à échéance, vous l'avez perdu, abîmé ou encore vous vous l'êtes fait dérober.

Muni du titre d'identité périmé ou de la déclaration de perte, vous allez à la mairie ou à l'antenne de police de votre arrondissement. Vous remplissez un formulaire. Il vous faut indiquer l'état civil et le lieu de naissance de vos deux parents. Un fonctionnaire vérifie qu'ils sont bien nés en France. Si c'est le cas, il applique la procédure susceptible de vous faire obtenir, après vérifications, un nouveau passeport dit "sécurisé". Dans le cas contraire, il la bloque.

Il y est obligé par le décret n° 2005-1726 relatif aux passeports : vous avez beau être français, né en France, y avoir toujours vécu, travaillé et voté, vous y être marié, y avoir eu des enfants, avoir régulièrement reçu des papiers d'identité, cela ne vous autorise en rien à obtenir un nouveau titre "sécurisé". Si l'un de vos deux parents au moins est né à l'étranger, une nouvelle contrainte vous incombe : fournir la preuve qu'il est (ou était) bien français.

Mais ne croyez pas que, si vos parents se sont mariés en France, qu'on leur y a délivré un livret de famille et des cartes d'identité, cela suffise. Selon les nouvelles règles, cela ne préjuge en rien de leur nationalité ni, à plus forte raison, de la vôtre. Peut-être les administrations anciennes ont-elles fait une erreur ...

Il vous appartient donc de produire un acte d'état civil établissant la source de leur nationalité. Sinon, vous n'obtiendrez pas de "certificat de nationalité française", le seul acte permettant la délivrance d'un titre d'identité "sécurisé". Telle est la situation faite aux Français dont un parent est né à l'étranger : on les met en demeure de prouver par leurs propres moyens que l'administration française ne s'est pas trompée en conférant la nationalité française à ce parent. Sinon, interdit de quitter le pays.

Et ce, en vertu du décret d'application d'une loi que le gouvernement Villepin, dont
Nicolas Sarkozy était le ministre de l'intérieur, a fait voter en 2005 par l'Assemblée nationale. Une loi grâce à laquelle les responsables de l'administration ont enfin la possibilité de remettre droit ce que leurs prédécesseurs, depuis un siècle, voire plus, avaient laissé tordu. Je ne vais pas m'étendre sur mon cas … (Il) est loin d'être le pire.

Des dizaines de milliers de Français ont été mis en demeure de prouver qu'ils étaient français. Des témoignages comme le mien abondent depuis deux ans dans les journaux ou sur Internet : retraitées de l'éducation nationale à qui l'on interdit de rendre visite à des frères et sœurs malades à l'étranger, militaires risquant leur vie pour la France, dont les parents ont eu la mauvaise idée de naître en garnison à l'étranger, considérés comme apatrides, employés d'entreprise que l'on empêche de partir pour l'étranger où un travail les appelle, étudiants qui ne peuvent se présenter à des examens, avocats qui ne peuvent prêter serment.

A tous, tous les jours, on refuse des papiers. On leur interdit de circuler, de travailler, en un mot de vivre, comme tous les Français. Certains voient leur situation débloquée au bout de six mois ou un an, d'autres jamais …

Je ne suis pas juriste. Cela ne m'empêche pas de savoir lire le code civil : selon son article 2, "la loi ne dispose que pour l'avenir ; elle n'a point d'effet rétroactif". Or l'application de cette loi, dont le décret n° 2005-1726 est l'expression, est, de fait, rétroactive. Vous êtes né français, vous l'avez toujours été et, un jour, crac : un service administratif vous notifie que vous ne l'êtes plus, et que, donc, vous l'avez été à tort, et vos parents aussi. Alors que vous n'avez commis aucun crime ou délit. Ce n'est peut-être pas l'esprit de la loi, mais c'est un effet mécanique de son application. Ce déni d'un principe ancestral du droit français ne semble pas troubler certains fonctionnaires …

Dernière question : la loi de 2005 prévoit des exceptions. C'est ce qu'on appelle "la preuve par la possession d'état de Français". En clair, s'il est avéré que votre père ou votre mère ont été français "de façon constante", la loi permet à l'administration de vous délivrer, à titre exceptionnel, un titre d'identité "sécurisé".

Interrogé par des députés de l'opposition comme de la majorité sur cette question, le ministère de l'intérieur semble encourager ces exceptions et des circulaires rappellent aux fonctionnaires qu'ils peuvent user d'un droit d'appréciation personnel et faire preuve de souplesse et de compréhension. Dans les faits, les administrations n'appliquent pas ces recommandations. Elles se montrent d'une rigidité inflexible. Cela mène à une impasse injustifiable ….

Dans les faits, cela équivaut à une forme inédite de ségrégation. Il ne reste donc qu'une solution : faire amender cette loi. Je ne peux pas croire qu'un seul des députés et sénateurs, de tous bords politiques, qui ont voté ce texte ait souhaité instaurer une situation aussi inique au seul nom de la "sécurisation" des passeports. Je ne doute pas qu'ils auront à cœur de la corriger.

                     

Eusthènes, 7 janvier 2010                      

  

 

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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 07:50

1 - La Guerre, pourquoi ?...

La guerre apparaît comme un fait dominant dans l'histoire des hommes. Elle est la violence par excellence : la mort des hommes, les atrocités, les destructions matérielles suscitent l'horreur, la commisération. Les bonnes âmes la dénoncent, la condamnent et mettent la guerre "hors la loi". Elles cherchent des solutions : la Paix pour arrêter la guerre, des Plans de Paix, des Traités de Paix, des Organisations des Nations Unies ou autres S.D.N. pour "empêcher" la guerre. En vain.

Tant de bonnes volontés et d'intentions bienveillantes pour rien. Reste un mystère. Des guerres éclatent, durent, puis s'arrêtent, ici ou là, ou là-bas, dans le monde. Pourquoi ? Comment ? Car, plutôt que de gloser sur la guerre, ses formes ou ses moyens, il s'agit bien de chercher le pourquoi, au-delà des apparences, des buts avoués, des poudres jetées aux yeux et de se demander si la guerre ne serait pas utilisée comme un moyen de gouvernement.

Sept explications classiques pour comprendre les guerres.

On peut retenir, sept explications généralement avancées pour comprendre les guerres. On nous dit que les guerres auraient des motivations économiques, qu'elles résulteraient de conflits d'intérêts soucieux de contrôler des marchés, des sources de profits, d'accaparer des ressources en matières premières vitales, ou des terres fertiles. On pense aux plaines de la Mésopotamie antique, aux rives de l'Egypte, aux terres de la Palestine, aux petites plaines de la montagneuse Grèce des cités ... Des guerres pour avoir à manger. On pense aux mines de cuivre, d'étain, d'argent ou d'or, que les phéniciens ou la Rome antique s'acharnent à contrôler dans tant de guerres. Notre monde n'est pas en reste sur nos anciens, le fer, le nickel, le cuivre, le pétrole, suite sans fin, justifient quantités de conflits armés. Evidences ? …

On nous dit que les guerres auraient des motivations politiques, telles que la volonté de puissance des uns ou des autres, en citant l'empire d'Alexandre, l'empire romain, l'empire napoléonien, l'empire hitlérien. Un homme, un groupe d'hommes, entraîneraient leur peuple dans l'aventure de la puissance pour la gloire et le pouvoir. Evidences ? …

On prétend qu'il y aurait des guerres à motivations passionnelles où s'affronteraient des nationalismes, des patriotismes exacerbés. Les allemands ont cultivé le pangermanisme, les slaves le panslavisme, les arabes le panarabisme. Au nom desquelles passions, les peuples s'affronteraient sans merci ? …

On avance aussi des guerres à motivations religieuses où s'affrontent des croyants qui veulent imposer et répandre la vraie religion avec son dieu, ses livres, ses dogmes et ses prêtres. Les chrétiens catholiques ou protestants y ont sacrifié beaucoup de sang, de foi et d'intolérance soigneusement cultivées. Les musulmans ont su y tenir leur part …

On prétend aussi à des guerres stratégiques déclenchées par souci de se défendre, par avance, face à la montée en puissance du voisin qui menace d'agression. L'Allemagne, en 1914, a prétendu jouer cette corde, la France n'était pas en reste : il était urgent de faire la guerre, car demain il aurait été trop tard, face aux programmes de réarmement des autres ...

On entend encore qu'il y aurait des guerres psychologiques ou ontologiques qui trouveraient leurs causes dans l'agressivité caractérielle des hommes. Les hommes auraient besoin de dépenser leur énergie instinctive d'agression pour se réaliser, ou simplement pour se calmer. On pourrait, dans ce cas, trouver des remèdes à la guerre par des palliatifs qui consommeraient cette énergie, par exemple le judo et autres arts martiaux, ou encore les sports de compétition, ou le football ? …

N'y aurait-il pas enfin des guerres à motivations surnaturelles, guerres fatalité, punition administrée par des divinités à la santé fragile, ou bien mécontentes des hommes ? Grecs et romains et bien d'autres auraient eu ces crédulités. Sans compter les Aztèques, qui faisaient la guerre pour régénérer le Soleil, ou les catholiques qui envoient leurs paroissiens à la guerre pour s'immoler à Dieu et réparer ainsi "le blasphème" …

Autant d'explications - mais il en est bien d'autres - qui paraissent relever d'évidence tant elles sont cultivées, assenées, par ceux qui ont le contrôle des moyens de formation de l'opinion dans l'histoire. Autant d'explications qui laissent insatisfait, tant elles paraissent oiseuses au regard de la gravité des conséquences. Autant de paravents, de leurres, qui incitent à chercher plus loin, des explications plus satisfaisantes et à poser finalement la question de savoir si la guerre pourrait être employée délibérément comme moyen de gouvernement ?

Les (vraies) raisons du recours à la guerre ?

La guerre n'est-elle pas utilisée comme solution à des problèmes de politique intérieure, par des états, des gouvernements - hommes politiques ou classes sociales - affrontés à des situations graves ? La guerre n'est-elle pas provoquée délibérément par des gouvernants pour résoudre des problèmes insolubles par d'autres moyens : problèmes de l'ordre du social, problèmes de pléthore de populations, problèmes de situation dominante d'une classe ou d’une caste dirigeante menacée par une révolution ?

En effet, ou en définitive, la guerre met en cause des hommes qui la déclarent, qui y combattent, qui y mettent fin. Elle n'est jamais qu'œuvre humaine. Comment la responsabilité des hommes pourrait-elle leur échapper ? Car, nous avons des preuves, on pourrait même dire des aveux, rares peut-être, mais d'autant plus probants.

La guerre est sciemment utilisée par des hommes pour régler les problèmes des sociétés qu'ils gouvernent, en dernière analyse et en désespoir de cause sans doute, lorsque toutes les autres solutions ont été tentées. Mais lorsqu'il ne reste que la guerre, on y recourt délibérément …

Ainsi, dans notre moyen âge européen, on n'hésite pas à employer la force guerrière, à mettre en œuvre la violence exemplaire, non contre un ennemi extérieur au pays, mais contre le paysan asservi qui se révolte, réclame en scandale l'égalité et la liberté et devient l'ennemi de l'intérieur avant la lettre, que les seigneurs doivent mater pour préserver l'ordre social qui leur est si profitable.

Les Croisades en sont une application exemplaire. En des temps d'explosion démographique, relativement aux moyens de production de l'époque, on expédie le trop d'hommes, les plus turbulents, les jeunes évidemment, sur le champ de bataille d'Espagne pour reconquérir - vertueuse motivation - la terre chrétienne, sur l'occupant musulman : chantier de huit siècles, qui soulage les villages d'Europe des éléments les plus énergiques, difficiles à intégrer à l'ordre féodal.

Et si le champ d'Espagne ne suffit pas à consommer ces trublions, on ouvre les grandes croisades vers la Terre Sainte, beaucoup plus loin, plus définitif, plus difficile d'en revenir. Si le projet des Croisades était clair, on aurait dû voir les militaires de métier - chevaliers, seigneurs - organiser, conduire les premiers l'expédition armée. En réalité ce sont les pauvres, les enfants, les femmes, des vieillards qui partent les premiers pour ne pas en revenir. Une purge !...

Ensuite seulement, et avec prudence, la classe dirigeante militaire, seigneuriale, religieuse, se met en route. "II est urgent d'apporter en hâte à vos frères d'Orient l'aide si souvent promise et d'une nécessité si pressante. Les Turcs et les Arabes les ont attaqués ... Si vous les laissez à présent sans résister, ils vont étendre leur vague plus largement sur beaucoup de fidèles serviteurs de Dieu. C'est pourquoi je vous prie et exhorte - le Seigneur vous prie et exhorte - les pauvres comme les riches, de vous hâter de chasser cette vile engeance des régions habitées par nos frères et d'apporter une aide opportune aux adorateurs du Christ... Si ceux qui iront là-bas perdent leur vie pendant le voyage sur terre ou sur mer ou dans la bataille contre les païens, leurs péchés seront remis en cette heure, je l'accorde par le pouvoir de Dieu qui m'a été donné." (Foucher de Chartres - Histoire de Jérusalem).

 "Les comtes et les chevaliers songeaient encore à leurs préparatifs, que déjà les pauvres faisaient les leurs, avec une ardeur que rien ne pouvait arrêter ... Chacun délaissait sa maison, sa vigne, son patrimoine, les vendait à bas prix et partait joyeux … On se hâtait de convertir en argent tout ce qui ne pouvait servir au voyage ... Les enfants, les vieilles femmes, les vieillards, se préparaient au départ. Ils savaient bien qu'ils ne combattraient pas, mais ils espéraient être martyrs ..." ( Guibert de Nogent (1053-1124). Les pauvres dans la croisade).

Et s'il reste quelques énervés qui ne comprennent pas et risquent d'ébranler cet ordre social médiéval si fragile, si tendre, on emploie encore l'épée (qui porte l'épée au moyen âge ?) et la violence armée, radicale, pour éteindre la revendication libertaire, au nom de la Sainte Foi, à l'initiative du Saint roi. "Les laïques, quand ils entendent mal parler de la foi chrétienne, ne doivent pas en prendre la défense, sinon l'épée à la main, qu'ils doivent enfoncer dans le ventre du contradicteur autant qu'elle y peut entrer." Saint-Louis (qui fit brûler le nez et les lèvres à un bourgeois de Paris qui avait blasphémé).

 

Cyrille 27 décembre 2009                    

     

 

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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 07:39

2 - La guerre, enfin de l'ordre !...

La Grande Révolution et Napoléon.

Au XVIIIème siècle, la bourgeoisie prend le pouvoir politique, qu'elle arrache des mains de l'aristocratie, avec le concours du peuple qu'elle arme pour l'occasion. Installée au pouvoir, la bourgeoisie craint maintenant les revendications du peuple en arme. Elle n'a de cesse que de le "renvoyer dans ses foyers". "Le peuple est fait pour servir la révolution, mais quand elle est faite il doit rentrer chez lui et laisser à ceux qui ont plus d'esprit que lui la peine de la diriger" (Brissot). Il s'ensuit un quart de siècle de guerres sur le champ de bataille européen, guerres qui apparaissent provoquées délibérément pour résoudre ce problème de politique intérieure.

On voit d'abord le roi des français, Louis XVI, susciter une guerre de l'Europe monarchique contre la France, en escomptant que la défaite de la France lui offrira l'occasion de recouvrer son pouvoir absolu. Il ne s'agit pas là de l'intérêt du pays. Il s'agit là de l'intérêt de sa caste et de sa personne. "Au lieu d'une guerre civile, ce sera une guerre politique ... L'état physique et moral de la France fait qu'il lui est impossible de soutenir une demi campagne mais il faut que j'aie l'air de m'y livrer franchement... Il faut que ma conduite soit telle que, dans le malheur, la nation ne voie de ressources qu'en se jetant dans mes bras" - (Louis XVI).

On voit en 1792 la bourgeoisie qui s'installe au pouvoir déclarer la guerre à l'Europe dans le but énoncé d'y exterminer les éléments les plus dérangeants du peuple français qui l'a mise au pouvoir et qui maintenant se révèle dangereux pour elle. Une guerre étrangère pour rétablir la "tranquillité intérieure" !...

"La guerre est indispensable à l'état de nos finances et à la tranquillité intérieure" (Brissot ministre, décembre 1791) ou " Le sort des créanciers de l'Etat dépend de la guerre." (Narbonne, ministre de la guerre en 1791). Une guerre étrangère pour éliminer le peuple en colère qui, trompé, leurré et manipulé par le bourgeois, menacerait de lui "couper la gorge" …"II faut faire marcher les milliers d'hommes que nous avons sous les armes aussi loin que les porteront leurs jambes, ou bien ils reviendront nous couper la gorge." (Roland, ministre).

Commentaire : en avril 1792, la France révolutionnaire déclare la guerre à l'Europe monarchique qui craint la contagion révolutionnaire. Le Roi espère redevenir, grâce à une défaite de son pays, le monarque absolu qu'il était. Les révolutionnaires espèrent, sous couvert d'une "Croisade de la Liberté" en Europe, purger la France des éléments du peuple armé les plus agressifs en les expédiant sur le front.

La prétendue "Croisade de la Liberté" que la France mène en Europe n'est, de ce point de vue, qu'un leurre qui active les passions et mobilise les troupes napoléoniennes. Il faut de grands desseins pour couvrir des tactiques politiques si égoïstes …

Quant à Napoléon, on sait que sa mission historique est d'avoir "donné à la bourgeoisie le temps et les moyens de s'établir au pouvoir" (Mandrou) en purgeant fermement et radicalement la société française de ses éléments les plus dangereux pour le nouvel ordre social.

Le XIXème siècle

Le XIX siècle génère régulièrement les mêmes menaces pour la bourgeoisie qui gouverne maintenant. L'explosion démographique et l'industrialisation multiplient le prolétariat, contraint à une misère sans précédent et font monter chez les classes possédantes la peur des "classes dangereuses". "Les barbares qui menacent la société ne sont pas - dit-elle - dans les steppes de Tartarie, ils résident dans les banlieues de nos villes industrielles." (Journal des débats - Lyon).

Les purges sanglantes se multiplient à intervalles réguliers, de répressions en répressions : 1830 - 1832 - 1848 - 1871 … Mais elles ne produisent à chaque fois que quelques milliers de morts. C'est nettement insuffisant pour assurer la tranquillité des possédants. On recourt donc systématiquement à la guerre pour purger le pays de ses trublions. "Parmi les moyens propres à dissoudre l'accumulation des prolétaires, que des promesses exaltent et à qui le travail répugne, beaucoup de personnes mettent au premier rang l'avantage qu'on aurait à déverser dans une guerre étrangère le trop plein de la population industrielle." (Le Correspondant - 17 mai 1848).

On part donc en guerre en Algérie (1830), en Crimée (1854), au Mexique. Et pour comble, dans la défaite de la guerre de 1870, face aux Allemands qui occupent en vainqueurs une bonne partie de la France, on jette aux orties et l'honneur et le patriotisme. La bourgeoisie de Monsieur Thiers s'entend avec l'ennemi allemand pour pouvoir mater le peuple de Paris insurgé dans la Commune. Celle-ci est exécutée militairement par les Versaillais en une "semaine sanglante" de mai 1871. La défense de la patrie, face à l'ennemi, passe au second plan, devant l'urgence de régler le problème social et de politique intérieure qui menace la classe dirigeante.

Le XXème siècle

Le XX° siècle ne manque pas à l'appel. La "Grande Guerre" de 14 - 18, dans ses horreurs et abominations, universellement agonies par les bonnes âmes patentées, joue délibérément de cette fonction de purge de société, pléthorique en hommes et en révolutionnaires dangereux, pour l'ordre social dominant. La Russie qui s'industrialise rapidement voit se former une classe de prolétaires qui s'organisent, s'agitent et mettent en cause l'ordre social qui produit leur misère. Le Tsar est poursuivi à coups de revolver par les anarchistes. Devant le danger qui se précise, on cherche une "petite guerre pour arrêter la marée révolutionnaire" en 1904 … On trouve la guerre avec le Japon. Comme dans cette autocratie tsariste l'opinion publique n'a aucun impact sur la vie politique, on ne s'en soucie pas et l'on peut, sans ambages, énoncer le vrai propos de la guerre.

Rebelote en 1914, la Russie se lance dans la guerre européenne en espérant à nouveau y trouver le moyen de mater le mouvement révolutionnaire qui a repris de l'ampleur. "Si la guerre doit être victorieuse, il nous sera facile de dompter le mouvement révolutionnaire." - (Stolypine, ministre de l'intérieur - 1914). Pour l'Autriche-Hongrie, l'évidence s'impose d'elle-même. Ce patchwork de nationalités diverses, soumis tant bien que mal à l'autorité de l'Autriche et de la Hongrie, menace de se déchirer sous la pression des nationalismes serbes excités par le petit royaume indépendant de Serbie. Cet empire, "l'homme malade de l'Europe", selon l'expression d'alors, est miné de l'intérieur et pense trouver la solution à son problème en 1914, en profitant de l'attentat de Sarajevo pour mettre la main sur le royaume serbe. Par la guerre qu'elle déclenche, l'Autriche-Hongrie pense assurer sa survie en contrôlant tout le mouvement serbo-slave. Un problème de politique intérieure délibérément résolu par une guerre extérieure.

Pour L'Allemagne, en 1914, il suffit d'évoquer l'angoisse de la classe dirigeante du pays, bourgeoisie industrielle et financière, alliée à l'aristocratie terrienne, administrative et militaire, devant la montée en puissance de la classe ouvrière travaillée par les mouvements révolutionnaires. Les élections de 1912 donnent 110 députés aux socialistes qui deviennent le parti le plus important du Reichstag, même s'il n'a pas la majorité absolue. La menace du "Grand soir " se précise et le discours de l'Internationale Socialiste angoisse les dirigeants qui cherchent la solution : la guerre est bien venue. Les pangermanistes en cultivent l'idée de façon outrancière : " La guerre est le seul jugement équitable. Elle est la solution naturelle".

La France ne saurait être absente d'un si trouble débat, mais la preuve est plus difficile à administrer car plus rare. Cependant elle existe … En France, où le système politique fait appel à une démocratie de type parlementaire conservateur, reposant sur un suffrage "dit" universel, quoique inégalitaire et restreint aux hommes, l'opinion publique intervient en partie dans la vie politique à l'occasion des élections. La classe dirigeante ne peut pas être aussi explicite que celle de Russie, mais elle a peur de la montée des forces politiques populaires que l'Internationale socialiste agite et qui gagne des parts de la représentation nationale à chaque élection, jusqu'à gagner celles de 1913. La bourgeoisie française qui voit dans ses prolétaires des faubourgs urbains des barbares menaçants, pense qu'une guerre serait bien utile pour la sauver d'une révolution. "L'accord des révolutionnaires vient d'être scellé ... Acceptons le défi et sachons y répondre. La révolution nous déclare la guerre. Seule la guerre nous en gardera. Il nous faut une guerre pour nous sauver d'une révolution" - (Un député en 1914. In Billiet, II leur fallait une guerre).

Vue intelligente certes, puisque la guerre, sous prétexte de récupérer l'Alsace-Lorraine, permit au moins de réaliser l'Union sacrée avec les socialistes, face au danger dans lequel on avait jeté la patrie, outre qu'elle provoqua une ponction de plus d'un million de morts … De surcroît avec la guerre et ses épreuves, l'Ordre revient, et même l'ordre moral chrétien, qui remet en pratique les vraies valeurs inspiratrices de la tranquillité intérieure.

La Guerre, enfin de l'ordre ! ...

MourirS'il subsistait un dernier doute, quant à l'utilisation de la guerre comme régulateur de l'ordre social établi, il suffirait d'en appeler à son Eminence le Cardinal Mercier, archevêque de Malines qui, dans sa candeur insane, ne peut cacher son émerveillement devant l'efficacité du remède administré à une société qui devenait la proie de l'anarchie, de l'irrespect, de l'athéisme ...

"Le vrai dieu était relégué dans l'oubli, méconnu, blasphémé parfois avec éclat par ceux-là mêmes que leur situation chargeait de donner à autrui l'exemple du respect de l'ordre et de ses assises. L'anarchie pénétrait les couches inférieures …

Un coup de foudre ! l'Europe entière tremble sur un volcan (la guerre !) … Des hommes déshabitués depuis longtemps de la prière, se retournent vers Dieu ... Dans l'armée, dans le monde civil, en public, dans le secret des consciences, on prie. Et la prière monte du fond de l'âme et se présente, devant la majesté souveraine, sous sa forme sublime de l'offrande de la vie.

C'est tout l'être qui s'immole à Dieu. C'est l'adoration … La guerre est pour les âmes un agent de purification, un facteur d'expiation, un levier qui les aide à gravir les hauteurs du patriotisme et du désintéressement chrétien".

Son Eminence le Cardinal Mercier, archevêque de Malines,   
in Lettre pastorale de Noël - 1914.

  Cyrille 27 décembre 2009                    

         

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21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 11:08

En mémoire de mon frère Jean, médecin -

 


caducéeLes médecins, comme tout un chacun et comme les francs-maçons eux-mêmes, sont grands pourvoyeurs de colloques. Ils colloquent sur tout, sur rien et sur les colloques eux-mêmes. Celui dont il s'agit ici est unique. Il concerne les médecins, qui en parlent gravement, solennellement en brandissant bien haut, comme un signe de détresse l'acclamation : "Et notre colloque singulier !".

Qu'est-ce que ce colloque peut bien signifier d'extraordinaire ? Colloque, parler avec, tout le monde comprend, même si cela reste très ambigu. Car un colloque peut souvent se régler par le porte-monnaie, par des mots (à Genève) ou par des obus (à Kaboul). Toute l'énigme réside donc dans le mot singulier, qui veut dire : seul car secret, sans attache car libre, solitaire car privé entre deux personnes, spécifique car propre à la médecine, unique enfin dans son occurrence et dans son déroulement.

Toutes ces exigences confèrent au colloque singulier un caractère quasi sacré qui plane sur toute la déontologie médicale. Le colloque singulier, c'était toute la médecine, c'était tout l'Art de soigner ... Ce n'était pas la rencontre de deux numéros INSEE, mais celle de deux consciences ... L'une qui venait confier sa souffrance, souffrance de son âme, de son cœur, de son corps, sans risquer d'abandonner sa dignité. L'autre qui recevait avec une chaleur fraternelle et qui essayait d'apporter la compréhension, la consolation, le soulagement.

L'acte médical n'était que cela, mais il était tout cela ... Il avait la solennité d'une pièce de théâtre et y ressemblait bougrement, dans le respect des trois unités du théâtre classique. Mais il était surtout par essence, une véritable épreuve d'Artiste. Car seul l'Art pouvait combler partiellement ce que la science des années quatre-vingt n'avait pas encore apporté.

Comme l'artisan, le médecin devait être longtemps apprenti, il devait se soumettre à l'Internat, comme à un Tour de France, et devait enfin parachever son œuvre seul, avec l'aide de ses mains. Il y puisait parfois un bonheur ultime, encore présent à chaque instant dans la nostalgie de la retraite.

Mais le temps a passé, avec une révolution des connaissances, des techniques, des esprits ... Révolution des mots eux-mêmes, car si les médecins ont conservé le Colloque Singulier, comme les francs-maçons ont conservé la Truelle, on peut se demander si le nouveau contenu que l'on y a mis ne l'a pas tué ... Car les deux interlocuteurs ne sont plus seuls, plus libres, plus solitaires, plus indépendants des contraintes extérieures ...

Il y a entre eux La Société qui, après avoir payé sans broncher, veut maintenant savoir et régenter. Il y a entre eux La Machinerie de l'exploration, de l'investigation, de l'analyse. Il y a encore La Machinerie thérapeutique et une double obéissance est demandée : obéissance au protocole thérapeutique et obéissance au protocole de la Sécurité Sociale, qui met en liberté surveillée la Liberté de prescription du médecin.

Il y a enfin, entre les deux interlocuteurs, l'ombre de la Justice, car la froide et exacte Vérité apportée par la machinerie, fait du médecin un Technicien de Santé justiciable et "Garétisable" à merci ... Pour un colloque singulier, cela finit par faire beaucoup de monde et le singulier a ainsi trouvé son épanouissement dans la pluralité.

Le diagnostic, qui était le couronnement du travail personnel, la fierté du médecin, est devenu un enfant qu'aucun de ses pères putatifs n'a la fierté de reconnaître. Où sont alors l'Art, l'Esthétique et le bonheur ultime du médecin ?

Bien sur, ce bonheur n'est pas le but de la médecine ... Bien sur, l'effraction du Colloque Singulier par la Machine et par la pluridisciplinarité permettent aujourd'hui des diagnostics de plus en plus surs et souvent, au lieu d'un simple soulagement, des guérisons définitives ... Bien sur, il y aura toujours le Cœur, la stimulante inquiétude du médecin.

Il pourra même y avoir le panache, l'élégance, la perspicacité, l'intuition, une petite libido, sans jouissance garantie. Enfin, il y aura toujours le Bouffon et le Contrôle Fiscal.

Mais que la Médecine de jadis était belle ... Même ignorante, même impuissante !


Maj 19 10 09 - GA - L0

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10 juin 2008 2 10 /06 /juin /2008 21:34

Il est d'usage, dans la vie courante, comme dans les grandes négociations internationales, de dire : "il reste encore quelques problèmes technique à régler". Sous-entendu : "l'essentiel est décidé, l'intendance suivra". Malheureusement, à l'échelle planétaire, l'intendance ne suit pas. Et elle suit d'autant moins que les maîtres du monde la négligent …

La technique n'est pas une question subalterne. Le monde pourrait nourrir convenablement les sept milliards d'humains qui l'habitent et même les douze milliards qui l'habiteront en 2100, si les ressources de la technique étaient mobilisées à cet effet, c'est à dire si les cultures des peuples pauvres étaient suffisantes. "Donne un poisson à un homme, il mangera un jour ; apprends-lui a pêcher, il mangera toute sa vie". Bien plus, si le partage du savoir faire technique était effectif, la fécondité des peuples pauvres s'abaisserait spontanément et l'équilibre entre les ressources et la population se ferait naturellement, par l'effet de la volonté des femmes. Utile, la technique est bien plus qu'un outil ! Désormais, l'humanité ne peut plus survivre sans la maîtriser.

La technique est une manifestation des multiples façons par lesquelles l'homme se relie à lui-même et au monde. C'est un dévoilement de l'être. Elle évolue depuis l'aube de l'humanité, mais pas n'importe comment. A chaque époque, ses développements correspondent à des usages sociaux précis. Dès le début de la techno-nature, il y a dix mille ans, le feu sert à cuire les aliments, mais aussi à incendier les forêts pour cultiver sur les terres brûlées au risque de désertifier.

Des inventions comme l'imprimerie et l'ordinateur fond faire des bonds aux sociétés humaines, alors que d'autres leur procurent seulement des améliorations progressives. Les évolutions ne constituent pas un processus continu. Elles se font par paliers successifs et installent, pour un temps plus ou moins long, des systèmes dont les différents éléments se complètent mutuellement, en vue d'un état stable.

Le changement est donc rare car les défenses immunitaires des civilisations contre l'innovation sont efficaces. Certaines ont su geler, pour plusieurs siècles, des techniques courantes concernant la vie quotidienne. La Chine, dès l'an mil, avait inventé la poudre à canon, la pâte à papier, découvert le principe de l'imprimerie à caractères mobiles (cinq siècles avant Gutenberg) ainsi que la mesure mécanique du temps (horloge de Su Sang, en 1090). Mais ces inventions, connues de l'Empereur et de son entourage, n'ont pas atteint la société civile. La société chinoise n'a pas été déstabilisée par ces inventions comme le sera l'Europe du XIIème siècle.

Le futile précède l'utile

La clef de la technologie n'est donc pas dans la grise platitude du couple nécessité-utilité, mais dans le désir. Le vélo, l'automobile et l'avion sont nés de loisirs sportifs de privilégiés. Le futile précède l'utile, le jeu précède l'outil. Pour l'homme, le rêve est un fabuleux accélérateur. Contrairement aux animaux, ce ne sont pas des transformations génétiques, au rythme lent, qui le font s'adapter à son environnement. Ce sont ses rêves.

L'homme a longtemps rêvé d'avoir moins froid, de manger mieux (et plus souvent), de voler, d'aller sous la mer. Il a fabriqué, à l'extérieur de son corps, les organes qui lui manquaient. Il a rêvé … Puis inventé l'agriculture, la piscine, l'air conditionné, les nouvelles espèces animales. Il fabrique actuellement des planètes artificielles dans lesquelles tout l'environnement est issu de son esprit. La technologie et son aboutissement résultent de cent mille ans de rêves.

Le réalisme des rêves

De tous temps, l'homme a utilisé le rêve pour comprendre le monde. Comme l'enfant trouve dans le jeu (où il devient successivement docteur, aviateur ou instituteur), la force nécessaire pour préparer son passage à l'âge adulte, le créateur ne peut concevoir qu'après un détour par l'imaginaire. Dans un très grand nombre de cas, le rêve du créateur passe par un impérieux désir d'unification, de suppression de barrières, en apparence solides. Le progrès scientifique ou technique est presque toujours lié à la recherche d'une meilleure compréhension du monde.

Le meilleur exemple d'une telle fécondation originale date de 1637. Dans sa "Géométrie" - essai complémentaire de son discours sur la Méthode - Descartes a bouleversé la science en réunissant Algèbre et Géométrie sous une même bannière. Bravant un interdit séculaire, il a ainsi ouvert à la mathématique un espace libre encore inconnu et décuplé sa puissance. Depuis, les retombées de cette innovation profonde ont illuminé toutes les sciences.

La mathématique passe, auprès de ceux qui la subissent, pour une discipline trop rigoureuse, étouffant l'imagination. A regarder son histoire, il apparaît au contraire que son véritable rôle n'est pas de mettre en coupe réglée le raisonnement, mais de faire apparaître des êtres nouveaux qui semblaient impossibles. Les pythagoriciens dissimulèrent que la racine carrée de deux était un nombre "irrationnel".

Ce qui aurait pu être le point de départ de nouvelles recherches est resté un secret d'alcôve d'une sorte de secte. Et il a fallu attendre le XVIIIème siècle pour que les nombres irrationnels aient le droit d'exister. Leur nom dit, à lui seul, les résistances qu'ils ont suscitées. Vinrent ensuite les transfinis, les nombres imaginaires, les espaces non euclidiens, les fractales et les catégories qui font, en quelque sorte, abstraction de l'existence des objets pour ne s'intéresser qu'à leurs relations.

Chaque fois, le dépassement des habitudes de pensée antérieures permet l'éclosion de nouvelles fleurs de l'esprit qui définissent d'autres lectures de l'ordre du monde. Savoir accepter l'imaginaire est la marque d'un créateur, dans tous les temps et tous les domaines de la pensée et de l'action. Les exemples abondent prouvant que la réalisation de quelques rêves fondamentaux de l'humanité a été rendue possible par la réunion, à priori incongrue, de domaines séparés. L'envol a été rendu possible par l'union de deux mécaniques des fluides : celle de l'eau et celle de l'air, que l'on croyait distinctes.

L'ubiquité, aujourd'hui rendue au moins partiellement possible par le téléphone ou la télévision s'appuie sur la fusion des pouvoirs de l'électricité et du magnétisme. La lévitation n'est plus impossible depuis que peuvent se conjuguer deux univers jumeaux et rivaux que sont l'onde et le corpuscule, dans le domaine de la supraconductivité. Enfin, l'apocalypse nucléaire est jaillie de la rencontre foudroyante de la masse et de l'énergie, symbolisée par une équation hélas célèbre depuis le 8 août 1945.

On peut, de même, montrer que l'utilisation à contre courant d'un outil ancien, apparaît, chez les grands noms de la science et de la technologie, comme une clef décisive pour expliquer leur créativité. Ainsi, comment ne pas voir que Newton a connu son plus grand triomphe en sachant relier deux mondes à priori contradictoires : le mouvement des astres, qui restent "en l'air" et la chute des corps, qui "tombent lourdement".

Même si l'exemple de la pomme n'a été pour lui qu'un moyen de faire sentir la démarche de sa pensée, l'idée incroyablement hardie - sinon complètement stupide aux yeux de ses contemporains - de "voir" que la lune (contre l'évidence apparente) "tombait, elle aussi, sur la terre", à la manière de n'importe quel corps banal, lui a permis de concevoir la gravitation universelle. Newton, conscient de son génie, recherchait bien une "universalité", simplificatrice du système du monde, brisant ainsi le tabou de la classification réductrice (monde terrestre - monde céleste), dont personne n'avait encore osé s'affranchir.

Le processus d'innovation

Il existe, dans le champ des grand rêves de l'humanité, exprimés dans les mythes et les religions, une grille de lecture utilisable pour donner un modèle du processus d'innovation. En schématisant, toute chose peut être distinguée selon trois aspects : l'aspect matériel (concret), l'aspect affectif (énergétique) et l'aspect conceptuel (structurant). En termes anciens, ces trois aspects sont respectivement : le corps, l'âme et l'esprit des choses. Le processus de l'innovation se déroule de la même manière dans les sciences, les arts et les techniques. Il comporte trois étapes : la conception (le créateur), l'organisation (l'entreprise), la socialisation (le marché).

Juste avant la seconde guerre mondiale, un certain André Lefevre dirige le bureau d'études des usines Citroën. Il a acquis, grâce au succès de la traction avant, une crédibilité suffisante pour se permettre d'imposer les vues les plus audacieuses, bien qu'il ne soit pas un "ancien de la maison". Il veut faire un véhicule destiné aux classes populaires, jusque là non motorisées. Il dit : "faites moi un parapluie à roulettes" … Cette idée paradoxale, mobilise le bureau d'études. C'est un défi. Pour faire moins cher, le prototype n'aura qu'un seul phare. Et la Deux Chevaux sera la voiture la plus vendue de l'après guerre.

A chaque stade, chacun de ces trois objets concerne des groupes d'hommes différents : entre un et dix individus au plus au moment de la germination du projet, une entreprise de taille déjà plus considérable pour le temps de l'organisation, enfin un ensemble énorme constitué d'un marché de plusieurs millions de personnes. Conception, organisation et socialisation (enfance, formation et vie adulte) sont donc les trois temps des métamorphoses successives qui rythment la vie d'un projet. Puis, pour chaque produit, vient le temps de la disparition. Il meurt, comme Osiris, inévitablement. Et il renaîtra peut-être à travers d'autres rêves …

L'innovation et la société

Considérons maintenant le système technique, pris dans son ensemble, dans son rapport avec les sociétés. L'innovation technologique peut avoir des effets déstabilisateurs sur la société. Pour schématiser, on peut dire que le système technique, à chaque époque, s'organise autour de quatre pôles : la matière, l'énergie, la structuration du temps, la relation avec le vivant.

Dans le Haut-Moyen Age, lorsque les chevaliers partent aux croisades, le basculement de la technique va s'organiser autour de la matière. Il se résume en un mot : le défrichement. L'espace agricole, qui n'était exploité que de manière parcellaire, est mis en culture et structuré de manière ordonnée. Parce qu'il est devenu permis - et possible - de défricher. Et que les outils (le soc de charrue, en fer) sont disponibles. Cette ouverture dans laquelle s'engagent à la fois les intendants des domaines féodaux et les monastères cisterciens, semble liée à la baisse du danger, car la chevalerie a emmené aux croisades tout ce qui peut combattre.

L'agriculture s'installe tranquillement. Même les interdits officiels ne sont plus respectés. Sur le plan philosophique et religieux, les interdits sont aussi transgressés. La doctrine sacrée de l'église est mise en doute. Le germe de l'esprit scientifique apparaît. La prospérité économique bouillonne. La population augmente. Elle double entre 1100 et 1300. Mais dès l'approche des saturations, peu avant 1300, la technologie du quotidien se fige, préludant au grand déclin des années 1300 – 1500.

La Révolution Industrielle du XIXème siècle se structure non plus autour de la matière, mais autour de l'énergie. C'est l'époque du machinisme, avec d'abord, la machine à vapeur, puis le moteur à explosion, qui exploitent tous les deux la puissance motrice du feu. La permissivité s'ouvre au Siècle des Lumières. Comme au Moyen Age, une minorité apparaît en réaction à une majorité conservatrice. Les développements des sciences permettent de remettre en cause les pratiques traditionalistes des corporations. La concurrence internationale presse. Les conditions sont favorables à l'accueil des inventions. La trajectoire de l'industrialisation, comme celle du défrichement dure deux siècles (1750 – 1950) …

Actuellement une déstabilisation de grande ampleur comparable est entrain de s'accomplir, menant à la construction d'une société de l'intelligence. Elle s'articule sur la structuration du temps. La microélectronique n'est pas autre chose que la possibilité de programmer des évènements qui se déroulent en nano-secondes. La permissivité, du fait de l'ouverture mondiale des marchés déréglementés est là. La transition durera entre un à deux siècles ...


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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 20:20

La colère est mauvaise conseillère. C'est pourquoi je dois m'en protéger. Franc-maçon, je dois modérer mes passions, ne pas devenir irascible, ne pas céder à l'excitation qui fait tomber dans la banalité et enlève le respect des interlocuteurs. Mais souvent, la coupe est pleine, les abus deviennent intolérables. Alors, je parle dans la colère lorsque je suis rongé d'impuissance contre l'ordre établi des choses, contre ceux qui attristent la beauté du monde par leur mesquinerie, leur impolitesse …

Contre les ultra nantis, blancs sécurisés qui se plaignent sans cesse, avec leurs petites peurs, leurs petites histoires de grands malheurs et qui se rassurent avec les tarots ou des bracelets porte-bonheur. Comment admettre sans s'indigner que nous puissions garder nos chaudes maisons remplies d'objets inutiles lorsque cinquante pour cent de la population mondiale a faim et que quinze pour cent des gens qui vivent autour de nous sont des exclus ?

La raison doit nous permettre une capacité d'autocritique, nous obliger à ne pas répéter les inepties qui courent. Mais elle nous donne un monde gris, avec des colonnes de chiffres qui nous imposent leur loi, leur raison unique, alors que nous savons bien que nous marchons sans cesse au bord de l'erreur. Ainsi, je dois supporter des jeux d'écritures sur le papier qui définissent "la vérité", des explications et des corrections définitives qui doivent être appliquées.

Je dois accepter le jeu des taux et des ratios, le jeu sec et cynique des comptes d'exploitation, de l'argent. Alors des excès de sang me montent à la gorge et je demande de répéter ce que j'ai parfaitement compris pour faire entendre ma révolte.

Il y a mon ennemie personnelle : la télévision, qui n'analyse pas, ne construit pas et se contente de raconter la peur et le malheur en répétant les slogans et les mots d'ordre de ceux qui, institutionnellement, ont la responsabilité de produire des discours. Cette télé vide, qui donne à voir, mais ne donne pas les moyens de comprendre et qui désigne des boucs émissaires. Il y a mes ennemis historiques qui courent toujours : "les dieux qui - selon Anatole France - ont soif du sang des hommes, tant ils prennent plaisir à provoquer des guerres de religions".

Pour Jean Daniel : "c'est, en effet, une bien curieuse manière pour les catholiques et les protestants en Irlande, pour les juifs et les musulmans en Israël, pour les orthodoxes, les catholiques et les musulmans en Bosnie, que de se désaltérer en buvant le sang de leurs frères monothéistes, en répétant chacun dans ses prières et dans sa langue : "Dieu est amour" …

Il y a les gourous, les guerriers, les racistes qui entraînent les foules. Chaque jour, on peut vérifier l'arrivée - en contrebande - de nouveaux dieux. Tout cela facilité par l'atmosphère de fin du monde qu'entretiennent les médias. Il y a ceux qui ressassent les expressions populaires qui veulent tout dire et n'importe quoi, en permettant surtout à chacun de se retirer du jeu : il y a "ceux qui se taisent et n'en pensent pas moins, mais qui ne font rien ... Il y a : "pauvreté n'est pas vice … le mieux est l'ennemi du bien … les affaires sont les affaires … je suis à cheval sur les principes … toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire … et surtout le trop fameux : chacun pour soi et dieu pour tous" …

Et certaines politiques, qui ne sont pas en reste avec ces expressions lénifiantes. On parle sans arrêt de crises … Mais à l'origine, "krisis" signifiait : décision. Aujourd'hui, comme l'écrit Edgar Morin : "crise signifie indécision. C'est le moment où en même temps qu'une perturbation surgissent les incertitudes". Encore une fois, où est la recherche d'un diagnostic ou d'actions ? Des crises réelles existent. Elles sont principalement dues aux conséquences de la mondialisation.

Mais chacun voit des crises partout ce qui accentue les effets de stress et les visions négatives. Va-t-on encore se promener seul, la nuit, sous les étoiles ? Allons-nous arrêter cette culture globale de la peur, du malheur, de l'angoisse, du mortifère ? Alors que nous devrions garder nos forces pour inventer, lutter, écouter, donner …

La modernité a mis plus de deux siècles pour édifier péniblement et consciencieusement des politiques plus globales : création de l'ONU, de l'UNESCO, de la FAO, de l'Europe. Mais ces institutions sont submergées par des lames de fond irrationnelles qui me laissent fou … La démocratie, la laïcité, se trouvent parfois contraintes à démontrer la validité de leurs idéaux contre des ennemis que l'on ne sait plus forcément ni localiser ni identifier et qui, paradoxalement, orientent la parole, dans une grande indifférence et un fort stoïcisme général.

Oui, cette décadence m'atteint et, avec le stress de plus en plus pressant de la vie ordinaire, m'entraîne vers la colère. Car j'ai besoin de vivre en amitié avec moi-même en me battant pour défendre mes idées afin de rendre mon existence acceptable. Partout et quotidiennement, dans mon entreprise, je dois défendre les hommes. Je crois que l'acceptation passive du mal nous en rend complices et que l'atonie sociale est bien le danger principal pour nos démocraties.

La colère se définit comme une réaction à un mécontentement, à une frustration. Une réaction personnelle et authentique offre des garanties pour affronter les faux semblants, les apparences mensongères, les langues de bois, les injustices. Mais ma colère est également un hommage rendu à l'existence des autres. Elle est parfois acte d'amour déçu. Elle relativise la raison en valorisant l'intuition sensible née de l'expérience. Elle ne signifie pas agression. Elle permet même souvent de l'éviter. L'émotion facilite la prise de décision et permet d'établir une hiérarchie des priorités. La colère met l'esprit en alerte.

Un homme incapable de se mettre en colère est sans doute désarmé, privé d'une arme essentielle d'attaque ou de défense. Il risque de tomber dans l'indifférence ou de devenir le jouet de n'importe quel pouvoir. La colère permet de savoir ce que l'on pense, ce que l'on ne veut pas. Elle fait partie de la structuration individuelle face à l'asepsie de la vie actuelle (boulot, télé, dodo), la diminution des goûts puissants, des couleurs vives, (la première couleur portée au monde est le jean - le blue-jean), le moralisme renaissant, le Maccartisme rampant …

Aujourd'hui, il est bien vu de dénoncer la violence, la colère, l'effervescence, comme autant de réminiscences barbares. Les mots "emportement" et colère" sont quasiment synonymes. Ce qui est assez remarquable, dans l'emportement, c'est que l'on est projeté "hors de soi". Mais alors, on se contrôle peu ou on se contrôle mal … On ne doit certainement pas laisser nos émotions nous conduire, sinon on semble réagir aux évènements et non agir sur les choses.

La belle et grande obligation de tolérance pour le maçon obéit toujours aux mêmes règles : être certain d'avoir eu la capacité d'écouter, d'écouter avec compréhension, en se mettant à la place de l'autre, en s'exposant à l'efficacité et à la force d'autres raisons, d'autres expériences, d'autres motivations. Cette tolérance prend des risques, elle sert à apprendre à lutter contre ses préjugés. Avec la tolérance, il y a la responsabilité, qui permet de répondre présent, d'accepter, ou d'agir, d'être le gardien de ses idées.

Ma responsabilité est insomniaque. Elle m'a fait vieillir, grossir. Elle a creusé mes traits. Ma responsabilité me permet de garder mon libre arbitre, d'agir avec réflexion, de reconnaître que je me suis trompé. Elle me parle de force, de grandeur, de ce qui m'oblige, de la solidarité, de la liberté, de l'abrutissement des hommes et de leurs calculs … C'est elle qui doit me faire agir, qui doit vivre avec mes colères, en me souvenant de tous ceux pour qui les colères sont interdites : les esclaves, les employés, les enfants, les prisonniers, les pauvres, devant leur banquier ...

Il a fallu alors me poser bien des questions sur mes colères. Si je suis d'accord pour dire que "l'objectivement intolérable" doit être combattu par l'intolérance, la colère, l'indignation, le problème reste dans la définition de ce qui est objectivement intolérable. Alors, l'apologie de la colère devient un peu hypocrite, parce qu'elle pourrait me faire prétendre que ma colère est juste. Mais si ma colère n'est pas juste, n'est-elle pas simplement cruauté, rage, ou sadisme ?

Il y a toutefois des colères légitimes, comme les émotions peuvent être légitimes … Légitime veut dire : "qui fonde le droit". L'indignation qui se donne raison se prend alors pour la source du droit. Et une indignation qui juge à tout propos, en se plaçant dans l'insurrection permanente, inspire méfiance, alors qu'elle prétend promouvoir la solidarité. La colère, souvent manichéenne, crée des contre courants qui vont à l'encontre de ses objectifs, de mes objectifs.

En me posant de nouvelles questions, je comprends que nos irritations révèlent les croyances que nous entretenons inconsciemment, sur le monde tel qu'il devrait être et que nos colères viennent parfois du sentiment qu'un idéal a été trahi, aussi inconscient ou utopique que cet idéal puisse paraître. La colère révèle donc notre utopisme, elle apporte la preuve de notre idéalisme et de notre soif de justice. Elle révèle ce qui compte pour nous et à quel aspect de nous-même nous accordons le plus de valeur, en quelque sorte notre moralité ultime et notre soif de justice.

Optimiste incurable, je crois en la justice, en sa valeur, en la possibilité de son existence. Sénèque ne cherche pas à légitimer la colère mais à comprendre comment elle fonctionne pour la bannir de la vie de l'homme moral, de celui qui conserve la maîtrise de lui-même. Il considère que la colère, pour se déclencher, suppose un "moment intellectuel".

Il constate que nous devons d'abord comprendre, même si nous n'avons pas raison de le faire, que nous devons considérer comme offensant ce qui nous arrive et qu'en dépit des manifestations psychologiques qui nous échappent, la colère par-elle même doit être déclenchée par la volonté. La colère dépend donc d'une approbation de soi, même si plus tard, il nous est possible de regretter de nous y être abandonnés. Et ce regret est bien la reconnaissance que la colère ne nous était ni imposée, ni étrangère.

Aristote considère que la colère n'est ni louable, ni blâmable. Et qu'il y a un bon usage de la colère, un juste milieu entre l'excès d'irritabilité et l'incapacité à mobiliser sa colère. La colère peut également séduire les hommes en anticipant le plaisir de la vengeance. Et, derrière la souffrance visible d'un l'homme en proie à la colère, il y a incontestablement une certaine jouissance.

Et puis, il y a bien sur le grand poème homérique des colères, l'Iliade … Consacrée à la colère d'Achille et à toutes les autres colères : la colère vengeresse, celle de n'être qu'un mortel et donc de devoir mourir, celle d'une mère dont le fils doit mourir et beaucoup d'autres "noires colères" qui se nourrissent d'elles-mêmes …

Toutes ces colères ont une valeur humaine. Ce sont des émotions avec deux grandes variantes. Celles des rois qui dominent et celles des héros qui sentent que les choses leur échappent. Il y a aussi une émotion dont la cause est différente : l'indignation, qui est une passion envahissante qui nous engage à intervenir dans les affaires d'autrui. L'indignation suppose l'absence de tout intérêt personnel et la seule considération du prochain.

Dans son essai sur la colère, Montaigne estime que la colère recèle une demande d'échange. Echange de paroles, de gestes, ou de sang. Et Cervantès, en considérant les coléreux avec compassion, pense que celui qui dit des injures est bien prêt de pardonner. On dit qu'Hugo et Aragon, exaltaient leur colère afin de mieux exprimer leurs sentiments, car cela leur permettait de mieux sentir et faire partager ce qui justifiait leur émotion. Il y a encore nos désirs infinis de justice impossible, nos colères venues de la non-écoute et des refus de nos indignations ... Et enfin, les récits de Kafka, fortes colères venant d'infatigables investigations, d'inépuisables réflexions …

Travailler, étudier, être curieux, même de ce que l'on critique. Faire le tri de nos convictions, les confronter à la raison, à notre expérience et à celle de ceux à qui nous faisons confiance. Conserver notre sensibilité. S'efforcer avant tout de garder notre liberté. Et lorsque les signes de la colère surviennent, essayer le plus possible de la contenir.

Vérifier les faits, confronter les chiffres, les témoignages. Ne pas se laisser influencer par de vieilles querelles ou de vieilles vengeances. Appeler la tolérance à la rescousse et rester très sensible en matière de justice. Agir enfin, ou ne plus rien dire ... Crier ou sourire, avec sincérité, en son âme et conscience …


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Published by Jean-Michel - dans Société
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2 juin 2008 1 02 /06 /juin /2008 20:58

Le sacre du devoir -

Au commencement de la morale était DIEU. Dans l'occident chrétien, Dieu est source de morale. La morale est d'essence théologique et ne se conçoit pas en dehors de la religion. La morale fait partie intégrante du culte que l'homme doit rendre à DIEU. Avec la Renaissance, on assiste, au XVIIème siècle, à un début de sécularisation de l'éthique qui va permettre à la morale de s'affranchir progressivement des croyances religieuses et de l'autorité de l'église.

Dans la ligne des philosophes de la Grèce antique, qui ont élaboré des systèmes moraux basés sur la seule autorité de la raison et de la nature, l'esprit de la Renaissance s'efforce de construire un ordre social et politique à partir de principes éthiques déconfessionnalisés. L'art de cette époque est un hymne à l'humain. Rabelais développe une morale épicurienne. Ronsard et du Bellay prônent un nouvel art de vivre, détaché du dogme religieux.

Avec le Siècle des Lumières, c'est une éthique laïque et universaliste, soucieuse des droits de l'individu qui devient le fondement de la morale moderne. La Déclaration des Droits de l'Homme énonce la base régulatrice du nouveau pacte social. Elle exprime les principes de la morale universelle et traduit les impératifs immuables de la raison morale et du droit naturel, en proclamant "l'individu" comme nouvelle valeur des temps modernes. L'organisation sociale et politique repose sur les droits de la personne. Les devoirs ne disparaissent pas, mais dérivent des droits fondamentaux de l'individu. Les devoirs émanent de l'obligation de respecter ou de faire respecter les droits de chacun.

A la prédominance immémoriale des obligations envers dieu, se substitue alors celle des prérogatives de l'individu. Le bonheur s'affirme comme un droit naturel de l'Homme et comme une coordonnée majeure de la culture, avec la Liberté et l'Egalité. Le plaisir cesse d'être perçu sous le signe de la misère humaine et est débarrassé de la malédiction chrétienne. La morale profane s'impose alors face aux morales du salut éternel. Dans le même temps, les exigences de l'obligation morale sont abaissées. La pensée économique libérale réhabilite les passions égoïstes, le droit à ne penser qu'à soi-même, en s'occupant de ses propres affaires.

Dans les sphères économique, politique et sociale, les droits souverains de l'individu sont mis en avant : Droits de l'Homme, droit au plaisir, droit à la poursuite d'intérêts privés. Toutefois, s'il est vrai que les sociétés modernes se sont édifiées sur les droits de l'individu, elles ont, en même temps magnifié l'obéissance inconditionnelle au devoir. L'établissement d'une éthique laïque, fondatrice de l'ordre social, sans référence à une religion révélée, a reconduit la dimension sacrée du devoir. Et au devoir de la religion a succédé le culte du "TU DOIS".

La République triomphante a imposé l'impératif du devoir patriotique. Le livre "Le tour du monde par deux enfants", destiné à l'édification de la belle jeunesse du début du XXème siècle, a pour sous-titre : DEVOIR ET PATRIE et sur la couverture du Petit Lavisse, publié en 1884, est écrit : "TU DOIS AIMER LA FRANCE".

Les devoirs moraux s'imposent d'eux-mêmes en s'appuyant sur la seule Raison de l'homme vivant en société. Mais en France, les réquisitoires contre cette nouvelle morale s'embrasent à la suite des lois scolaires de 1880 puis lors de la séparation des églises et de l'Etat en 1905. Rome met à l'index les livres de "morale laïque" et réaffirme solennellement le dogme du fondement théologique de la morale. Et ce n'est qu'en 1920 que la laïcité acquiert une forme de légitimité reconnue par l'église elle-même et que la croisade anti-laïque commence à s'estomper.

La prééminence de l'éthique laïque se réalise par des emprunts moralisateurs à l'éthique religieuse, en faisant des concessions au moralisme chrétien et en intégrant certains de ses principes : moralisme sexuel et culte de la famille notamment. La sécularisation du savoir s'accompagne de nouveaux anathèmes contre toutes les formes de déviances. L'autonomie de la morale vis à vis de la religion n'a pas foncièrement gagné les pratiques des masses et malgré la laïcisation de la société, la morale sexuelle reste sous la coupe de la morale chrétienne. La société est indulgente pour l'homme adultère, mais jette l'opprobre sur la femme infidèle et la sphère familiale reste toute entière placée sous la tutelle des devoirs.

Le propos de Jules Simon à la fin du XIXème siècle reste encore vrai dans l'entre deux guerres : "Sans foyer, il n'y a pas de famille, sans famille pas de morale et sans morale, il n'y a ni société, ni patrie". Et si la loi sur le divorce est promulguée en 1792, abolie en 1816 et rétablie en 1884, la femme divorcée reste mise au ban de la société.

A la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, les philanthropes se définissent d'abord comme des éducateurs, des réformateurs de la société civile et de la vie privée. Leur objectif est la construction d'une citoyenneté républicaine. Les sociétés philanthropiques organisent des "soupes populaires", distribuent des tickets de pain et de charbon, des couvertures.

Mais leur action sociale est sanitaire et morale. Elles abandonnent les principes de l'ancienne charité et réservent leurs secours aux "pauvres méritants" : familles légitimes, domiciles bien tenus, tempérance des personnes, en refusant leur secours aux autres. L'assistance n'est plus une fin en soi. Il s'agit alors de privilégier des actions efficaces au service de la promotion des devoirs laïques de travail, d'ordre, d'épargne et de tempérance.

Le temps du plaisir

Si, pendant plus de deux siècles, les sociétés démocratiques ont promu l'impérieux : "TU DOIS", en exaltant les valeurs de l'abnégation et du désintéressement, le culte du devoir n'est plus au cœur de la culture d'aujourd'hui. Nous lui avons substitué les sollicitations du désir, les conseils "psy", les promesses du bonheur et de la liberté. Nous sommes en quelque sorte entrés dans la période post-moraliste des démocraties, en passant de la civilisation du devoir à une culture du bonheur subjectif, des loisirs et du sexe. Toutefois, culture post-moraliste ne signifie pas culture post-morale. Si le culte du devoir est caduc, de nouvelles régulations voient le jour. Des interdits se recomposent et les mœurs ne sombrent pas dans l'anarchie.

L'idéologie du devoir a été effacée par la civilisation du bien-être de consommation, qui exacerbe les jouissances immédiates, le culte du confort et celui du plaisir. Nous sommes aujourd'hui dans une société obsédée par l'euphorie du bien être, des vacances, des plaisirs de la table, de la consommation tous azimuts et du culte de la libido. La culture de masse, véhiculée par la télévision offre en libre service l'évasion, la violence, le sexe et toutes les frivolités de la vie. A l'obligation du devoir s'est substituée l'obligation de séduire.

Le plaisir est devenu autonome par rapport aux règles morales. Une nouvelle civilisation du bien être "consommatif" s'est instaurée, ne s'employant plus à juguler le désir mais à l'exacerber en le déculpabilisant. L'âge de la consommation a disqualifié l'obligation morale et le culte du bonheur de masse a généralisé la légitimité du plaisir, en contribuant à promouvoir la fièvre de l'autonomie individuelle. La culture du bonheur a valeur de déculpabilisation.

Plus les normes du bonheur se renforcent, plus la conscience de la culpabilité disparaît. L'émotion suscitée par le spectacle des enfants aux ventres déformés par la famine est vite chassé par le film qui suit les actualités télévisées. Assister à un concert de solidarité, porter un badge anti-raciste, envoyer un chèque pour combattre la myopathie, donne bonne conscience ainsi que le sentiment de répondre à un "reliquat de devoirs" assez confus. Dans le même temps, le sexe est devenu un "produit de consommation" de masse : panneaux publicitaires, films et presse porno, numéros d'appels érotiques sur les nouvelles chaînes de télévision, sites Internet à la lisière de la prostitution, médiatisation de détails scabreux sur la vie privée des stars ...

Tout incite à la déculpabilisation. Le sexe post-moraliste a une définition érotique et psychologique. Il doit s'exprimer sans contraintes ni tabous. La promotion du plaisir libidinal est une manifestation typique de la dynamique de l'égalité démocratique. L'idée du devoir, en matière de sexualité, ne suscite plus que le sourire. Et la vie vertueuse ne s'entend plus comme discipline des sens. Pourtant, la notion de fidélité, mise à mal par la libération sexuelle, semble toutefois réapparaître.

Du devoir aux droits les plus fous

Dès le XVIIIème siècle, le procès de la laïcisation de la morale a valorisé l'idéal de la dignité inaliénable de l'homme et les devoirs vis à vis de lui-même qu'elle implique. Kant a donné un éclat exceptionnel à l'exposé des devoirs envers soi-même dégagés de toute religion. Les devoirs individuels constituent des obligations absolues, aussi bien envers le corps qu'envers l'âme. Dans les Eléments métaphysiques de la doctrine de la vertu, Kant écrit : "Je ne puis me reconnaître obligé envers d'autres que dans la mesure où je m'oblige en même temps moi-même".

Et au delà de l'univers proprement philosophique, la morale individuelle a été l'objet d'une célébration systématique, notamment dans le cadre de l'enseignement laïque. Ceux qui transgressent les devoirs de la morale individuelle portent atteinte à la dignité de l'humanité, en leur propre personne. Ils suscitent la réprobation et le mépris. (Il est tout à fait révélateur que la question de l'enseignement de la morale à l'école revienne à l'ordre du jour aujourd'hui). Notre époque s'est globalement détournée de la valorisation des devoirs individuels, la notion de morale individuelle laissant place à une culture individualiste des droits.

C'est ainsi que sont nés des droits de plus en plus provocateurs : droits de disposer de son identité physique, sexuelle et civile (banalisation de la chirurgie réparatrice en chirurgie esthétique ou transsexuelle), procréation par les mères porteuses ou des femmes de plus de cinquante voire soixante ans, droit de vivre une vie sexuelle totalement débridée, utilisation de plus en plus répandue de l'I V G, comme moyen de contraception … Dans la liste des anciens devoirs, le travail figurait en bonne place. Il permettait à l'homme de conquérir et d'assurer sa dignité et sa liberté. Cette époque est bien loin derrière nous. Le travail a cessé d'être considéré comme un devoir envers soi-même. Si l'effort et le travail conservent encore une valeur sociale, ils ne constituent plus des fins morales en soi.

Au fil des transformations de la société, les impératifs de flexibilité et de compétitivité imposent de transformer le management des hommes en trouvant des facteurs de motivation pour le maintien de l'emploi, sans délocalisations. A la notion de travail se substitue des discours sur la valorisation de "ressources humaines", l'autogestion du travail par équipes, les plans d'incitations financières. Et le moralisme du travail a été "relayé" par le réformisme organisationnel et communicationnel ainsi que par le culte de l'innovation et de l'investissement émotionnel.

Ce n'est plus en professant les devoirs envers soi-même que l'on pense pouvoir bonifier les énergies, mais en changeant la nature du travail et des relations humaines dans l'entreprise. Ce n'est plus la volonté et la régularité des caractères qu'il faut privilégier, mais la flexibilité et l'autonomie créatrice. La morale des devoirs envers soi-même, visant à promouvoir la volonté, la régularité et la discipline ne correspond plus à la société d'aujourd'hui. Les valeurs de l'autonomie individualiste, le culte de la consommation de masse, la concurrence économique, les nouvelles exigences de l'organisation du travail ont abouti conjointement à la création d'une culture où la performance individuelle est partout et les devoirs envers soi-même nulle part.


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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 21:17

Les mutations de la vertu -

Aujourd'hui, la générosité n'est pas une valeur dépassée. Les français font volontiers des dons pour les causes humanitaires. Ils sont nombreux à donner leur sang et plus des deux tiers d'entre eux sont favorables à l'aide au tiers monde. Les médias ont su orchestrer la générosité en devenant des "entrepreneurs moraux". Téléthon, Restos de Cœur, Nuit des Héros, ventes de disques caritatifs, font recette. Plus la religion du devoir s'amenuise, plus nous consommons de générosité. Plus les valeurs individualistes progressent, plus les mises en scène médiatiques des bonnes causes se multiplient et font de l'audience.

La détresse est devenue spectacle et plaisir … La télé-charité déculpabilise le citoyen repu dans son fauteuil et soulage la conscience des responsables politiques incapables de réduire la pauvreté qui creuse chaque jour davantage l'écart entre ceux qui deviennent de plus en plus riches et ceux qui sont de plus en plus nombreux à sombrer dans la pauvreté. Les bilans des programmes présidentiels successifs sur la fracture sociale et sur le pouvoir d'achat sont une preuve sans appel de leur impuissance.

Le nombre des "travailleurs pauvres" s'accroît inexorablement chaque jour. La toute puissance des médias est inquiétante car les principes d'éducation morale des masses dépendent de plus en plus de "coups médiatiques". Ce sont les médias qui fixent les causes prioritaires et sont en passe de s'ériger en nouvelles puissances moralisatrices des individus. Les médias ne créent pas une conscience des devoirs, mais "managent" l'opinion par intermittence, en mettant en scène des "produits porteurs", ce qui pose un réel problème d'éthique.

Les charity-show font de l'affectif de manière ponctuelle, sans suivi, sans constance. En sélectionnant les causes, ils font de l'humanitaire sans développer le sens d'un engagement humaniste. La média-charité ne donne pas de leçon de morale. Elle émeut, en mêlant bonne humeur et sanglots contenus, variétés et témoignages intimes, exploits sportifs et handicap.

Mais malgré le culte du chacun pour soi, paradoxalement, le volontariat fait recette. Le bénévolat de masse est désormais un élément typique du nouvel âge de la morale et il constitue un aspect positif dans la jungle des égoïsmes. On compte, en France, plus de six cent mille associations. Le secteur sportif qui est le plus important précède le secteur caritatif. Dans notre société, le bénévolat s'affirme ainsi comme un moyen indispensable pour combler les carences des dépenses sociales et pour pallier l'effondrement des grands projets politiques. Le volontariat s'inscrit à contre courant des valeurs dominantes de notre temps.

Dans notre société, marquée par l'égoïsme et l'individualisme, l'engagement volontaire fonctionne comme un moyen d'identification individuelle et sociale. Nous sommes donc très loin du flottement intégral des valeurs. Les critères du bien et du mal n'ont pas été effacés dans l'âme individualiste. Les exigences morales minimales subsistent, parce qu'elles sont indispensables à l'équilibre de la vie sociale et démocratique. Les crimes, la cruauté, les sévices, le viol, les mutilations sexuelles, les sévices psychologiques et physiques suscitent l'indignation. Le public aime consommer la violence dans les médias, mais il la condamne sévèrement dans le réel.

Nos démocraties ne sont donc pas vouées au nihilisme car le sens de l'indignation morale n'est pas mort … La principe de tolérance est hissée au rang de valeur cardinale. L'émotion suscitée par l'affaire du professeur Redeker ou celle des caricatures du prophète dans la presse, les rejets et les prises de positions de la hiérarchie catholique vis à vis du sida, de l'IVG ou de l'homosexualité, témoignent de l'attachement collectif aux principes de la tolérance mutuelle, du respect de l'autre et de la liberté de conscience. Célébrée par les philosophes du Siècle des Lumières, la tolérance fonctionne aujourd'hui comme une valeur de masse. Elle a gagné en légitimité sociale par l'avènement de notre culture qui rejette les grands projets moraux, en évacuant le moralisme autoritaire et les querelles idéologiques, politiques ou religieuses.

Toutefois, si la tolérance s'accroît en matière de sexualité, de vie familiale, de religion et d'opinions politiques, elle s'arrête dès lors que les personnes, les libertés ou les biens sont menacés. L'intolérance raciste semble plutôt être le produit des désordres économiques. La revendication individualiste, si elle travaille à la négation partielle des idéaux humanistes, travaille cependant à l'extension des droits de chacun, sans distinction de couleurs ou de religions. Il semblerait que dans le racisme ambiant, les différences ethniques soient moins en cause que les difficultés sociales engendrées par la crise économique et les vagues d'immigration.

Le renouveau éthique

En ce début du troisième millénaire, un idéal semble ranimer le cœur de nos démocraties occidentales : l'ETHIQUE. L'effet éthique envahit les médias et nourrit la réflexion philosophique et juridique : Bioéthique, charité médiatique, actions humanitaires, protection de l'environnement, moralisation des affaires, de la politique, des médias, croisades contre le sida, la drogue, le tabagisme, l'alcool, etc … Et, tandis que l'éthique retrouve ses lettres de noblesse, une nouvelle culture s'instaure.

On assiste à un discours social alarmiste, stigmatisant la faillite des valeurs, l'individualisme cynique, la fin de toute morale. Mais d'un autre côté, on voit apparaître des nouvelles exigences morales qui portent sur une éthique qui ne concerne pas l'individu par rapport à lui-même et à ses proches, mais qui le concernent par rapport à un environnement plus large et par rapport à des faits de société cruciaux.

Alors même que l'apostolat du devoir apparaît caduc, on assiste à une réactualisation du souci éthique. Plus la religion de l'obligation du devoir se vide de sa substance, plus le supplément d'âme éthique est à l'ordre du jour. Alors que les grands projets politiques s'épuisent, plus aucune question n'est traitée en dehors du référentiel éthique. Les dictatures répriment les minorités, réactivons les Droits de l'Homme. Le tiers-monde crève de faim, organisons des "charity-shows" et des secours d'urgence. la planète est en danger, rendons hommage à la fée nature. Les médias pervertissent la démocratie, rappelons aux journalistes la déontologie de leur mission …

Moins il y a d'adhésion à l'esprit du devoir et plus nous aspirons aux régulations déontologiques par le biais de l'éthique et de ses codes. Ce phénomène de régulation vise à contrebalancer la logique individualiste en légitimant de nouvelles obligations collectives. La culture de l'oubli de soi a totalement disparu. La responsabilité individuelle est devenue une forme atténuée de devoir, délestée de toute idée de sacrifice, un devoir minimal, rongé par l'égoïsme et l'individualisme. L'éthique nouvelle exprime l'essoufflement du "tout est permis" et rappelle l'exigence de poser des limites en organisant des protections contre les menaces de notre sécurité et de nos libertés, sans remettre en question la culture du système libéral.

Les mérites du rebond éthique sont incontestables au vu de ses manifestations : mouvements humanitaires, droit d'ingérence, primauté des Droits de l'Homme, responsabilisation de l'homme au travail, souci de l'avenir de la planète et du sort de l'espèce humaine. Il ne faut toutefois pas se laisser bercer par une certaine illusion éthique. Ce ne sont pas les imprécations vertueuses contre la technique arrogante qui règleront les problèmes humains. Ce ne sont pas les hymnes aux Droits de l'Homme qui feront reculer la xénophobie, ni les hommages à la déontologie des journalistes qui élèveront la qualité des médias.

Il faut une volonté politique d'une part et une ferme volonté de chacun de peser sur les choix et les décisions politiques d'autre part. Cette volonté passe par la notion d'un engagement très fort de chacun. Et cet engagement ne peut se baser sur la simple bonne volonté de chacun. Il doit s'exprimer par des résolutions très fortes, mues par l'idéal du devoir.

Si le sens moral existe toujours, dans notre société, il reste trop souvent enfoui au fond des consciences pour n'émerger ponctuellement que lorsque la dignité de l'homme est menacée. Et ce sens moral a cessé d'engager l'individu par rapport à lui-même et à ses proches pour le situer dans un univers éthique "généraliste". La perte du sens du devoir, comme don de soi et comme élan altruiste, apparaît comme le tuteur manquant à toute morale humaniste. Dans l'histoire, les progrès n'avancent jamais sans la dynamique de l'intelligence, de l'intérêt et des passions. Le sens du devoir reste le moteur même du progrès.


Devoir et franc-maçonnerie

Quelles que soient les obédiences ou les juridictions, les références au devoir sont largement présentes dans les textes statutaires et dans les rituels maçonniques. Les Constitutions précisent que "la Franc-maçonnerie a pour devoir d'étendre à tous les membres de l'humanité les liens fraternels qui unissent les francs-maçons sur toute la surface du globe" et que "le franc-maçon a pour devoir, en toute circonstance, d'aider, d'éclairer, de protéger son frère, même au péril de sa vie, et de le défendre contre l'injustice". Le rituel de clôture des travaux réaffirme la notion de devoir : "A toute heure, rappelons-nous la grandeur des devoirs que nous nous sommes imposés. A toute heure, soyons prêts à les remplir". Il est encore précisé : "qu'il n'y a de devoir qu'envers soi-même… et que ce devoir primordial, unique, entraîne inéluctablement tous les autres devoirs" …

En préalable à la cérémonie de sa réception, on demande au candidat de formuler, par écrit, sa conception personnelle du devoir (envers lui-même, sa famille, la cité, la patrie, l'humanité). Lorsqu'il prête son obligation, il s'engage à respecter les valeurs et les règles de l'Ordre maçonnique. Au devoir d'assiduité s'ajoute celui de la discrétion et du travail. Le mythe fondateur de la franc-maçonnerie, constitue un enseignement sur la valeur fondamentale du devoir. Hiram, gardien du secret, homme d'honneur et de devoir, nous montre l'exemple de la forme la plus élaborée du devoir, en sacrifiant sa vie pour le respect des valeurs auxquelles il croit. Ce mythe invite tous les francs-maçons à être des hommes de devoir.

Le devoir, malgré une connotation religieuse, qui a longtemps dévalorisé son sens dans une société désacralisée, rend à la notion de droit toute sa valeur. Car il y a la même dignité à accomplir son devoir qu'à faire prévaloir ses droits.
"Plus l'avenir est incertain, plus les certitudes y prennent du poids ... Plus l'élément de nos actions devient complexe, plus la simplicité de nos devoirs est impérative" ... Alain Etchegoyen - Le temps des responsables.


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