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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 13:27

Le conteur Henri Gougaud raconte l'histoire fameuse de la "Conférence des papillons". Il a emprunté cette histoire à un vieux conte persan. Toutefois, cette histoire est incomplète ... Je vais vous la raconter dans sa totalité. La version que vous allez lire est garantie authentique car je la tiens de la bouche même du papillon qui l'a vécue. Mais, je l'avoue, c'est une fable à dormir debout. 

 

42-17619982Il y avait au fond d'une forêt un endroit où vivait une foule de papillons qui allaient, qui venaient, qui voletaient sur les herbes, les feuilles mortes, la terre froide ... Mais, attention ! Cela dans le noir le plus complet. Pas la moindre lumière pour éclairer leur quête car c'était des papillons de nuit. Ils ne connaissaient que la nuit.  Ils naissaient, butinaient, se reproduisaient, devenaient vieux, s'enfermaient dans leur cocon, mouraient ... Bref, ils menaient une vie de papillon. Cette nuit-là, la brise charriait un paquet de phéromones à réveiller la libido la plus éteinte. Un petit papillon remarqua un papillon qu'il ne connaissait pas et qui, à l'inverse des autres, paraissait complètement indifférent aux effluves qui mettaient pourtant toutes les antennes en émoi. Il semblait attendre ... Oui, il semblait attendre quelqu'un.

 

u18728859"Voilà bien un drôle de Voyageur !" se dit-il. Le petit papillon était un esprit curieux et les questions qu'il se posait sur le sens de l'existence et tout le bataclan n'intéressaient ici pas grand monde.  Alors histoire de causer un peu, il invita le bonhomme à boire une coupe de nectar ...

" Je parierais que vous n'êtes pas d'ici ! D'où est-ce que vous venez ?

- Je viens d'un endroit où brille la lumière ", lui dit tranquillement le Voyageur.

- Ah ! ... et... c'est quoi, la lumière ?" .

 

La conversation s'annonçait difficile : comment en effet les ténèbres peuvent-elles se représenter la lumière ?  Le Voyageur lui expliqua posément qu'il y avait des endroits dans le monde où on voyait les choses. Imaginez ! Pour un petit papillon curieux de nature, c'était une drôle de révélation.

" Est-ce que je peux voir, moi ?

- Bien sûr, lui répondit le Voyageur, tu as des yeux comme tout le monde, mais pour voir il faut de la lumière. Et ici, il n'y en a pas". Il y eut un instant de silence pendant lequel on entendait les autres papillons voleter dans tous les sens. C'était justement la question : quel sens y avait-il à courir dans tous les sens et dans la nuit, alors que quelque part dans le monde il y avait la Lumière. La décision fut prise en une seconde. Il partirait avec le Voyageur, à la recherche de cette Lumière.

 

Commença alors l'initiation du petit papillon. Ils se mirent en chemin. Ils quittèrent d'impénétrables frondaisons, traversèrent des sous-bois plus clairsemés, et au sortir de la forêt, le petit papillon avait tout à coup ressenti des choses, une sensation inconnue : le noir n'était plus aussi intense, des formes vagues dansaient devant et sur les bords de ses yeux. Il s'en inquiéta auprès du Voyageur. "Tu commences à voir. Mais pour le moment, tu ne distingues que le lambeau des ombres". Il aurait voulu s'arrêter et profiter du spectacle nouveau qui se faisait dans sa tête, mais le Voyageur s'était remis en route. Ils voletèrent au-dessus des champs, des prés, des buissons, des haies. En fait c'est le Voyageur qui nommait toutes ces choses. "Tiens, là c'est un champ, un pré, un buisson, une haie" ... Car le petit papillon ne savait pas encore ce qu'il voyait. Pour le moment, toutes ces choses n'étaient encore que des formes sans nom. Enfin, au détour d'une haie, ils arrivèrent au lieu de la Lumière.  Au milieu de l'ombre immense où vivaient d'autres ombres, il y avait un endroit d'où elles étaient chassées. Pour le petit papillon ce fut assez extraordinaire : il comprit ce que voulait dire voir. Ce fut comme si quelqu'un lui avait enlevé un bandeau qu'il portait sur les yeux. Ses yeux se décillèrent.  Il vit que les choses du monde de la lumière avaient une couleur, un relief. Que les parfums, les couleurs et les sons se répondaient. Que l'ombre et la lumière cohabitaient dans une profonde unité. Et surtout, il vit d'autres papillons, des frères qui étaient éclairés comme lui ! Et qui se reconnaissaient comme tels. Il décida de rester et d'explorer ce nouveau monde, qu'on appelait ici, le jardin.

 

Au tout début, la vie dans le jardin fut passionnante, excitante même. Il existait une réelle fraternité entre tous ces papillons, qui s'entraidaient, se cultivaient, partageaient des repas ... Tout ce petit monde travaillait en fait à la construction du Jardin. Assoiffé de curiosité, le petit papillon allait partout, regardait tout, s'intéressait à tout.  Il s'extasiait devant des formes incroyables, des couleurs inimaginables, et il éprouva le sentiment de la Beauté, tout en étant incapable de dire si la Beauté était dans son regard ou si elle appartenait à la chose qu'il regardait. Il élargit son cercle d'exploration, et il se rendit compte, en l'arpentant, que le jardin était entouré d'ombres. Le monde de la lumière avait des limites au-delà desquelles les arbres perdaient progressivement leurs couleurs, les choses disparaissaient de la vue, disparaissaient de la vie. Il s'était demandé si, au-delà des arbres ou des buissons, qui étaient touchés par la lumière, il y avait d'autres arbres, d'autres buissons. Quelles formes auraient-ils ? De quelle couleur le feuillage ? Mais comment pourrait-il jamais le savoir puisque la lumière elle-même les ignorait ! Les choses existent-elles s'il n'y a personne pour les regarder ? Y a-t-il un monde au-delà de la limite de mes sens ?  Il essaya bien de trouver autour de lui une réponse à toutes ses questions, mais chacun allait à ses affaires, tous préoccupés à l'embellissement du jardin lui-même. Il sentit alors que la Beauté était fille de la Lumière, mais qu'elle n'était pas la Lumière. La Lumière ... Il désespérait de ne jamais la trouver quand, au détour d'un parterre, par hasard, il rencontra le Voyageur. Il lui fit part de sa quête.

 

Le Voyageur sourit et lui dit : "Comme tu viens de t'en rendre compte, le monde n'existe que par nos sens. Et pourtant, c'est la lumière qui maintient le Jardin que tu connais tel il est" ... Si le Monde n'était qu'un reflet de ses sens, où était la Lumière ? A l'intérieur ou à l'extérieur de ce monde ? Le petit papillon arrêta alors de porter le regard sur les fleurs, de tâter les pistils, de boire aux calices, il se détourna de tout ce qui faisait sa vie, tout ce qui le faisait exister en tant que papillon. Il entraîna son attention à ne plus s'accrocher au Monde qu'il connaissait. Une nuit, pour la première fois, il leva la tête ... Son regard découvrit la voûte sombre d'un ciel piqueté d'étincelles lumineuses. Il fut impressionné par l'immensité de ce vide. Il vit une masse encore plus sombre, un vide encore plus vide.  C'était la silhouette d'un temple qui se détachait dans le champ noir de la nuit, mais qui aurait pu le lui dire ? Une chose inconnue, inconcevable émanait de cette masse sombre. Impossible à fixer du regard. Au centre de ce trou noir, rayonnait un carré de lumière pure. "Tu fais face à la Lumière, lui révéla le Voyageur, ton regard est tourné vers la source de ce monde".  La Lumière jaillissait au milieu des ténèbres. Elle éclairait ce qu'elle touchait, mais pas les ténèbres elles-mêmes. Maintenant que le petit papillon avait vu la source de la Lumière, comment pourrait-il vivre sans essayer de s'y désaltérer, de s'en inonder ? Il demanda à quelques-uns de ses amis de l'accompagner dans cette quête. Mais ce Voyage ne tentait vraiment pas grand monde : à quoi bon, ici on est bien, on est éclairé. Et puis, oui, pourquoi quitter ce monde ?   

 

Alors, silencieusement et seul, il s'envola. Au cours de son élévation vers la Lumière, il s'apercevait que, petit à petit, le jardin perdait de sa matière : les lieux, et tous ceux qu'il aimait, semblaient disparaître, jusqu'à perdre toute existence. Tout ce qui avait existé pour lui, tout ce qui avait eu un peu d'importance, se perdait dans ce reflet sans consistance. Son univers n'était plus maintenant qu'une île, une pâle lueur flottant dans un océan infini de ténèbres. Se pourrait-il que le mystère ne fut pas dans cette immensité insondable, mais plutôt dans cette émergence de quelque chose, dans ce Rien ? Au fur et à mesure qu'il s'en approchait, l'éclat de la lumière devenait de plus en plus intense. Enfin il se posa sur le rebord d'une fenêtre. A l'intérieur du temple, il aperçut, entre trois colonnes, une bougie qui brûlait dans le noir profond. Une si petite bougie pour une si grande lumière ! Il s'en émut car c'était cette lueur, perdue dans l'infini désert de la nuit, qui éclairait le Jardin. Il se glissa dans la pénombre, et s'approcha. Tout à sa contemplation, il n'avait pas remarqué les quatre papillons posés sur l'accoudoir d'un siège. Apparemment, ceux-là l'avaient précédé sur le chemin vers la Lumière.  

 

flamme0" Oh sa Beauté ! disait l'un d'eux.

- Oh sa Force, Oh sa Sagesse ! chantaient les deux autres.

- C'est une larme de déesse !

- Une goutte de sang divin !

- Sentez-vous comme cette flamme nous appelle ? disait le plus vieux, un Maître certainement. C'est la lumière de Dieu. Nous l'avons vue, et désormais nous ne pourrons vivre sans elle. L'un d'entre nous doit l'approcher et ramener de ses nouvelles. Elle est notre rêve vivant. "

 

L'un d'eux quitta le siège, se posa sur le rebord de l'autel où scintillait la flamme. La flamme eut un frisson menu. La pénombre alentour s'émut. Il s'effraya, revint en hâte, décrivit la chose aperçue. Le vieux soupira, il lui dit : "Tu n'as pas approché la flamme. Que peux-tu savoir de sa nature ?".  Le deuxième vola jusqu'à l'autel, effleura la pointe du feu, poussa un cri de papillon, vira de bord, l'aile fumante, et s'en revint vers les autres en disant qu'il s'était brûlé. "Insuffisant, reprocha le vieux Maître. Allez ! Il faut en savoir davantage !".  Le troisième, ivre de passion, s'envola de lui-même. Il traversa l'espace, embrassa la flamme, s'embrasa et ... partit en fumée. Pendant un court instant, on vit de loin le papillon éblouir l'ombre. Le vieux Maître dit alors : "Lui seul sait maintenant ce qu'est la lumière".

 

Le petit papillon avait assisté au manège, quelque peu effrayé. "Pour connaître la Lumière faut-il subir le martyre ? Comme lui, suis-je prêt à l'ultime sacrifice ?".  Une voix, dans la pénombre, répondit à son interrogation muette :  "Et comme lui tu serais un parfait imbécile. Oui ! Tout comme son Maître, avec son arrogance !". Il se tourna et vit le Voyageur. Tout à son étonnement, il ne pensa même pas à lui demander ce qu'il faisait là. Le Voyageur montrait les dernières volutes de fumées noires du papillon qui venait de griller dans la flamme. 

 

" Voilà le dernier piège du voyage, dit-il, servir de nourriture à la Lumière. Après avoir parcouru tout ce chemin, surmonté tous les obstacles, ces quatre-là sont arrivés plein d'orgueil et de suffisance, et la flamme s'est nourrie de leur stupidité. Ils n'ont pas compris la lumière parce qu'ils n'ont pas compris la nature des êtres vivants.

- Quelle est cette nature ? osa demander le petit papillon encore tout tremblant.

- Cet idiot s'est jeté dans la flamme avec son corps, non avec sa lumière. Voilà son erreur. La vérité est que nous sommes des êtres lumineux".

 

Voilà, je n'ose aller plus loin, parce que la suite du récit est quelque peu farfelue : je vous le rappelle, je ne fais que vous rapporter ce que m'a dit le petit papillon, et je lui laisse l'entière responsabilité de son récit.

 

Le Voyageur lui aurait d'abord avoué que chacun était appelé à partir à la quête de la Lumière ; que sa mission, à lui, avait été d'aller le tirer de la nuit dans laquelle il était plongé, de le mettre sur le chemin, de l'accompagner, au cas improbable où il y arriverait jusqu'ici - les chances étaient mimimes, pratiquement nulles, parait-il - il devait alors lui montrer ce qu'était un être de lumière. Il avait plaisanté en disant que le destin avait mis ces quatre idiots de papillons sur sa route pour lui montrer exactement ce qu'il ne fallait pas faire : seule une lumière pouvait se jeter dans la grande Lumière sans se consumer. Si donc il voulait continuer, il devrait la chercher cette lumière dans les ténèbres qui étaient en lui, la faire jaillir, la faire émerger jusqu'à ce que le corps lui-même devienne pure lumière. Non pas, être éclairé, mais être lumineux.  "La vérité, lui avait dit le Voyageur, la seule vérité est l'irradiation de l'être dans les ténèbres vivantes. "Regarde : je vais te montrer le défi qui est donné à chaque être vivant !"

 

i89jr773Ses ailes s'étaient alors dépliées en un voile éblouissant, son corps avait semblé perdre son opacité, était devenu transparent, éclatant, s'était fondu dans l'air diaphane. L'image du Voyageur s'était transformée en un tissage de faisceaux lumineux et cette vibration s'était répandue dans l'espace jusqu'à la flamme de la bougie. Les bras de lumière se tendirent l'un vers l'autre, les doigts se touchèrent dans une gloire qui embrasa le temple tout entier. 

 

Là-bas dans le jardin, pendant un instant, ce fut le jour ...

 

Voilà, mot pour mot, ce que m'a raconté le petit papillon ... Mais comment quelqu'un de sensé pourrait-il croire à cette histoire ?

 

Antoine, 16 novembre 2010         

 

 

 

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Published by Antoine - dans Symbolisme
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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 11:14

La légende d'Hiram 

 

Les origines de la légende, sa signification, la suite de la légende, le grade de Royal Arche, Conférence de Roger Dachez,  suivie de la légende des trois mages qui ont visité la grande voûte et découvert le centre de l'idée -  légende profondément ésotérique, qui constitue la trame du rituel du grade de Royal Arch

 

Salomon, Hiram, Zorobabel, n’ont ni construit, ni rebâti le Temple … Ils nous ont légué son modèle, caché sous une image. Ils nous indiquent le chemin vers la Cité Idéale où il s’élèvera, dans l’harmonie.

 

Le Tour de France

 

Chaque mois de juillet, le "Tour de France" ressuscite la grande fête du vélo. Il peut être vu comme un carnaval moderne, qui laisse une place à l’expression mouvante et rituelle des rêves populaires. Durant cette épreuve, une nouvelle classe d’âge succède à la précédente. Le temps détrône l’ancien monde et couronne le nouveau. Naissance et mort ne sont pas coupées l’une de l’autre et les deux pôles du devenir sont englobés dans leur unité contradictoire. La course est un temps joyeux, qui interdit à l’ancien temps de se perpétuer et qui engendre le temps nouveau. Les champions qui dominent la course cherchent à acquérir une "maîtrise" de la vie, une forme de perfection humaine où l’imitation des aînés joue un grand rôle. Cette recherche de la perfection pourrait se définir par trois maximes :

                        "l’apprentissage, long et difficile, doit être méthodique",
                               "les chefs-d’œuvre sont marqués par le temps",
                                      "la mort vient toujours à son heure" …

 

Mais, dans le "Tour de France", on parle de la mort en faisant la fête et en acclamant les nouveaux champions qui viennent pour perpétuer la tradition. Le maillot jaune est un symbole qui fait entrer son détenteur dans la catégorie des hommes dieux qui meurent. Comme dans le cycle du "Rameau d’Or" décrit par James Frazer, "il faut tuer l’homme dieu, dès qu’apparaissent les signes de son déclin et transmettre son âme à un successeur vigoureux". Ainsi, de maillot jaune en maillot jaune, la course cycliste du "Tour de France" forme une longue chaîne de "meurtres rituels". Héros solaire, le vainqueur conquiert la "Toison d’Or" après une longue lutte et par un acte de rupture : "la mise à mort rituelle et symbolique de son prédécesseur", exécutée au nom de la pérennité des valeurs. Cette mise à mort est réalisée dans un moment d’une "grande sacralité" et le nouvel élu symbolise l’éternelle jeunesse du "monde nouveau"

 

Ce n'est pas l'usage de parler d'actualité dans ce blog ... Mais observer que l'on peut trouver dans le "Tour de France" certaines analogies avec avec le mythe fondateur de la franc-maçonnerie, c'est souligner que la démarche maçonnique consiste moins à s'envoler ou à se réfugier dans les "nuages théologiques" des rituels et des symboles que de considérer le symbolisme comme une certaine manière de "voir" et de "savoir" qui, en renouvelant le regard intérieur, transfigure la vision de l'homme. C'est également affirmer que la démarche maçonnique doit intégrer dans sa réflexion les traditions populaires, mythologiques et religieuses, afin d’y rechercher ce qui peut  révéler le sens de la destinée de l’homme et la signification de l’aventure humaine.

 

 

1 - Origines et signification

 

               

Les origines de la légende d'Hiram

L’étude des origines d’une institution a pour préliminaire la distinction entrec la légende et la vérité historique. Cette distinction, entre la fable et la réalité, s’imposeparticulièrement en ce qui concerne la légende d’Hiram, dont les origines sont à la fois obscures et méconnues. Si l’on ajoute foi à des contes dont l’antiquité n’est pas douteuse, le problème sera vite résolu …Il suffira d’interroger un maître, de préférence "un ancien". Un de ceux qui ont conservé intacte la foi des anciens âges et d’écouter. Il dira les origines bibliques de la légende, les étapes de la construction du Temple de Salomon, les péripéties de la vie d’Hiram et son assassinat final par trois mauvais compagnons. Il citera des noms, des faits, des dates. Aucune question ne l’embarrassera, car la relation traditionnelle, dont il sera l’interprète, est des plus précises. Inutile d’ajouter que ses dires, dont la sincérité sera absolue, ne seront appuyés par aucune preuve, qu’ils resteront donc peu vraisemblables et que le travail de l’historien, loin d’être terminé, après cette audition, commencera seulement avec elle.

Martin Saint-Léon expose les légendes que possèdent les fédérations qui administrent les trois Rites du Compagnonnage : "les Compagnons du Devoir et de Liberté", "les Enfants de Maître Jacques", "les Enfants du Père Soubise". Chacun des trois Rites possède sa légende propre et prétend se rattacher à l’un de ces trois fondateurs : Salomon, Maître Jacques, Soubise. Et chaque légende possède elle-même des variantes, voire des versions différentes. Maître Jacques aurait été l’un des premiers maîtres artisans de Salomon et l’un des compagnons d’Hiram. Il aurait travaillé à la construction du Temple de Salomon et serait devenu le Maître des Tailleurs de Pierre, des Maçons et des Menuisiers. Le Temple achevé, il aurait quitté la Judée, en compagnie d’un autre Maître, Soubise, avec lequel il se brouilla. Soubise débarqua à Bordeaux et Maître Jacques à Marseille. La fin de l’histoire de Maître Jacques semble calquée sur le récit de la passion du Christ. Alors qu’il était en prière, l’un de ses disciples vint lui donner un baiser de paix. C’était le signal convenu pour cinq assassins qui le tuèrent de cinq coups de poignard. Soubise fut accusé d’avoir été l’instigateur de ce meurtre, ce qui fut longtemps la cause de la désunion entre les Compagnons des deux Rites. Mais cette accusation fut finalement estimée infondée et injuste.

Une autre version de la légende veut, qu’au lieu d’avoir été un artisan contemporain de Salomon, Maître Jacques ait été tout simplement le même personnage que Jacques de Molay, dernier Grand Maître des Templiers, brûlé sur ordre de Philippe le Bel. Jacques de Molay a très bien pu, dans le cadre des nombreuses constructions édifiées par les templiers, donner une règle aux ouvriers Maçons, Tailleurs de Pierre et constituer des sociétés de Compagnons. Cette version, à première vue moins invraisemblable que la précédente, ne repose toutefois sur aucun fondement historique. Car si l’existence d’une filiation entre les Templiers et le Compagnonnage, n’est pas impossible, force est de considérer que, même probable, elle demeure purement conjecturale.

La légende de Soubise est implicitement contenue dans la précédente. Soubise, architecte du Temple de Salomon, comme Maître Jacques, ami de celui-ci, serait devenu l’instigateur de son assassinat. Le fait est toutefois contesté. Mais d’après un autre récit, Soubise aurait été un moine bénédictin qui aurait vécu à la fin du XIIIème siècle. C’est sous le costume des moines bénédictins, qu’il est généralement représenté dans les Cayennes. Soubise aurait participé, avec Jacques de Molay, à la construction de la cathédrale d’Orléans. Le Compagnonnage aurait été fondé à cette époque et Soubise aurait survécu quelques années au Grand Maître des Templiers. Cette version, qui n’est pas impossible, reste également purement conjecturale.

Les Compagnons du "Devoir et de Liberté" , Enfants de Salomon, prétendent eux, que leur fondateur est le Roi Salomon lui-même. Et ils se réfèrent à une légende qui a pour point de départ un passage de La Bible (Premier Livre des Rois, Chapitres 5 & 7) : "Le roi Salomon envoya quérir Hiram de Tyr. C’était le fils d’une veuve de la tribu de Nephtali. Il était rempli de sagesse, d’intelligence, de science, pour faire toute œuvre en airain. Il vint donc chez le roi Salomon et fit ses ouvrages". Rien, dans ce texte, ne permet de conclure à l’existence d’une association telle que le Compagnonnage au temps de Salomon… Mais la légende continue le récit biblique. Pour payer les ouvriers, en éliminant les intrus et les oisifs qui se mêlaient à eux, Hiram donna à chacun des ouvriers un mot de passe pour se faire reconnaître. Ainsi, chacun était payé selon son mérite et recevait, le moment venu, le mot de passe de son nouveau grade. Le Compagnonnage de Liberté était fondé.

Une seconde légende se superpose à la première. Trois compagnons, Holem ou Hoben, Sterkin ou Skelem, et Hoterfut, furieux de s’être vus refuser la maîtrise, décidèrent de contraindre Hiram à leur donner le "mot" de maître ou de l’assassiner. Cette version constitue la trame du rituel maçonnique de l’élévation à la maîtrise.Le récit le plus connu et le plus complet de la légende se trouve dans le livre des "Voyages en Orient", de Gérard de Nerval. Il nous raconte "l’histoire de la Reine du Matin et de Soliman Ben Daoud, Prince des génies" (l’histoire de la Reine de Saba et de Salomon, fils de David)… Au fil des douze chapitres, d’"Adoniram", le premier, à "Mac Benah", le dernier, se révèle tout le symbolisme de la légende. Les trois mauvais compagnons y symbolisent l’ignorance, l’hypocrisie et le fanatisme. La recherche et la découverte du corps d’Hiram exaltent les trois vertus opposées, mais aussi la liberté et la fidélité, l’une portant l’autre, et qui sont les vertus de l’esprit. La fidélité est la lumière de l’esprit. Dès qu’on change ses idées d’après l’événement, l’intelligence n’est plus qu’une "fille".

La signification de la légende

SJB-2.jpgLa légende d’Hiram, est pour le nouveau maître une invitation à réfléchir son propre portrait dans le miroir que lui propose la légende. Il essayera donc d'observer comment le miroir est construit en tant que lieu spéculaire des métamorphoses de son propre moi symbolique … Car cette légende est d’abord un recours à soi-même, où chacun est invité à trouver sa propre vérité. Et c’est bien là que se trouve sans doute le sens alchimique de la légende, si l’on veut bien voir dans l’alchimie la tentative de chaque individu pour découvrir sa propre vérité, son propre secret, pour trouver la connaissance suprême réservée à chaque itinéraire humain. Car qu’est-ce donc que l’Initiation, sinon la traversée de la vie humaine, avec ses joies et ses épreuves, à travers laquelle l’être humain met à nu, lentement, cette étincelle qui est en lui et qui, une fois révélée, éclaire l’univers et lui donne un sens ?On retrouve les acteurs de la légende au portail Nord de la cathédrale de Chartres où figurent David avec Salomon et la Reine de Saba ainsi que Zorobabel ... Salomon, constructeur, il y a trois mille ans, du premier temple, détruit en l’an 600 avant notre ère par Nabuchodonosor II. Près de lui, se trouve Zorobabel, architecte du second temple, embelli par Hérode et détruit par les romains, en l’an 70 de notre ère. Eséchiel, l’inventeur du "troisième temple", a disparu du portail nord à la Révolution. Mais Saint Jean-Baptiste au même portail présente au passant l’emblème du troisième temple, la Jérusalem céleste, "la Cité qui n’a besoin ni du soleil, ni de la lune pour l’éclairer, car l’agneau est son flambeau".

"Ici, tout est symbole", cette affirmation, répétée au cours de la cérémonie d’initiation maçonnique est chargée de sens, parce qu’elle annonce la valeur de la démarche et la méthode de travail : la recherche du sens, au-delà de l’apparence. Après son apprentissage et son compagnonnage, le franc-maçon médite sur la passion d’Hiram. Et il apprend alors que les maîtres disposent pour se reconnaître d’un mot substitué à la "parole" qui a été perdue. La "parole" est perdue pour ceux qui croient avoir tout vu, tout dit et qui disent "qu’il n’y a rien à voir". La parole est effectivement perdue lorsqu’on n’est plus à même de produire une pensée nouvelle à propos des symboles. Ainsi la "parole" est-elle toujours à retrouver et sa quête exige une remise en question permanente de toutes nos certitudes antérieures. Muni du mot substitué, le Maître Maçon explore les paysages proposés par les rites. Mais le voyage initiatique ne peut être accompli que par celui qui ne se contente pas du mot substitué. La Maîtrise véritable exige l’essentiel. Encore faut-il garder un esprit critique et conserver un certain humour, afin de ne pas devenir un dévot béat qui attend une "révélation" de la part de ses maîtres. Ainsi, au départ, dès le commencement de la quête, il faut savoir que la "parole" ne pourra se dire. Elle sera montrée, sous l'égide de la rose, sortie d’une boite, sous forme d’initiales, qui sont le symbole du "mot" et non le "mot" lui-même, enfin retrouvé ...  

 

2 - La suite de la légende
       
Le grade de Royale Arche 

L'un des motifs qui provoqua, en 1750, la célèbre querelle maçonnique entre les "Antients" et les "Modernes" réside dans l’attitude des uns et des autres envers le grade de Royale Arche - la Sainte Arche Royale de Jérusalem. Les Anciens admettaient la pleine valeur de ce grade dont ils faisaient l’une des pièces maîtresses de l’édifice maçonnique et qu’ils pratiquaient réellement. Les modernes, par contre, refusaient officiellement de reconnaître ce grade, bien qu’ils fussent nombreux à le prendre et à s’y faire recevoir. Le schisme cessa en 1823, par la création de la Grande Loge Unie d’Angleterre dont l’article 2 de la déclaration préliminaire précisait que : "la maçonnerie pure et ancienne consiste en trois degrés, sans plus, à savoir : Apprenti, Compagnon et Maître Maçon, y compris l’Ordre Suprême de la Sainte Arche Royale". 

Ce grade est-il de source opérative ? Très probablement non. Est-il issu des degrés hiramiques, en constituant la seconde partie du grade de Maître ? Rien ne prouve que les deux légendes du troisième degré et de l’Arche Royale aient jamais été associées dans un même cérémonial. Toutefois, les Anciens accusaient les modernes d’avoir mutilé le grade de Maître en l’amputant de sa seconde partie. Ce qui porte l’idée d’une maçonnerie en trois grades, le troisième étant reçu au cours de deux cérémonies distinctes …

Les rituels du grade de Royale Arche 

Les origines des rituels du grade de Royale Arche sont multiples et complexes. Le plus ancien rituel connu de ce grade date de 1760. Après la tenue du premier Grand Chapitre de Royale Arche en 1766, le développement des rituels se caractérise, sous l’influence semblerait-t-il de jésuites, par la substitution à la légende ancienne, solomonienne et hiramique, d’une nouvelle légende racontant la reconstruction du Temple par Zorobabel.

L’enseignement historique du grade - qui présente des similitudes avec celui de Chevalier d’Orient du Rite Français - raconte que, "lors de la reconstruction du temple, trois pèlerins inconnus s’étaient offerts pour déblayer les décombres de l’ancien édifice. Et comme le bruit courait que quelque chose d’important était enfouis sous les décombres, il leur avait été recommandé de prendre le plus grand soin pour réaliser leur travail. Au bout de quelques jours, ils avaient découvert, derrière un mur sonnant le creux, une voûte où ils avaient aperçu des tables, portant une partie des lois divines et un petit autel recouvert d’un voile. Ce voile soulevé leur avait permis de lire les noms des Maîtres qui avaient construit le premier temple, mais aussi le nom de l’Eternel - non pas celui qui est donné à l’ordinaire, mais un autre - qui était manifestement la parole perdue. Tous les Maîtres présents avaient dû prendre l’engagement de ne jamais révéler aux autres frères la parole retrouvée et de ne jamais la prononcer qu’en présence de deux autres Maîtres". 
Le grade de Royale Arche, tel qu’il prend corps en Angleterre à partir de 1766 affiche une marque chrétienne que l’on retrouve dans le rituel de Maître Parfait du Rite Ecossais Rectifié. Ceci suppose que dans les Loges qui pratiquaient le grade de Royale Arche, la légende de l’Ancien Testament soit interprétée d’un point de vue chrétien : celui de l’annonce de la reconstruction symbolique du troisième temple.

Dans le rituel de 1765, les acteurs en sont les Maîtres Sublimes, Salomon, Hiram, Roi de Tyr et Hiram, l’architecte assassiné
. "Les Maîtres Sublimes demandent à Salomon de leur conférer le grade de Royale Arche. Salomon leur répond négativement, sachant qu’il a condamné une trappe dans le sanctuaire. Cette trappe mène à un souterrain qui donne accès à une voûte de neuf arches. Longtemps après, Salomon envoie trois intendants, Sublimes Ecossais, pour chercher les choses les plus précieuses dans les ruines du Temple (ce qui constitue une incohérence, le Temple de Salomon étant détruit plus de quatre cents ans après sa construction). L’un des intendants accroche sa pioche à un gros anneau fixé à une dalle. Il soulève la dalle - dont l’image se trouve sur le sautoir du 14ème grade du Rite Ecossais Ancien Accepté - et découvre le souterrain. Il lie une corde autour de sa taille et dit à ses compagnons qu’il tirera sur la corde pour demander qu’on le remonte. Il descend dans le trou - le souterrain serait donc bien au fond d’un puits. Il passe trois arches, tire trois fois la corde pour se faire remonter. Au cours d’une nouvelle tentative, il passe six arches, tire six fois la corde. Il redescend une nouvelle fois avec un flambeau et passe neuf arches. Un pan de mur se détache et il aperçoit une pierre triangulaire sur laquelle est écrit le mot sacré du grade de Royale Arche : JABULUM. Il fait le même signe que Salomon, lorsqu’il a refusé de leur conférer le grade de Royale Arche (Signe d’Admiration). Il met un genou en terre, une main dans le dos et l’autre pour se protéger de la lumière (Signe de Protection) et tire sur la corde pour se faire remonter. Revenu avec les autres intendants, il leur dit : "Jabulum est un bon maçon" et décide avec eux :- que le nouveau mot de passe sera "Je suis ce que je suis"…

Le symbolisme du grade de Royale Arche 

Les soirées privilégiées parfois vécues par les francs- maçons ne peuvent se produire que dans les Loges qui, au moyen d’un rituel, pratiquent l’art d’ouvrir une porte sur un monde hors du temps et sur un univers sans limite. Ce monde, à l’intérieur d’un Temple orienté, couvert de sa voûte étoilée, devient d’autant plus réel qu’il est imaginaire. Ainsi, par le moyen du Rite, le franc-maçon peut passer de la durée temporaire ordinaire au temps sacré. Le franc-maçon vit ainsi dans deux sortes de temps : le temps profane et le temps sacré, qui se présente sous l’aspect paradoxal d’un éternel présent mythique qu’il est possible de réintégrer par le Rite. Le thème de la recherche de la parole perdue s’inscrit naturellement dans cette démarche.
 Après son apprentissage et son compagnonnage, le franc-maçon médite sur le meurtre d’Hiram. Et il comprend que le mot que les Maîtres utilisent, pour se reconnaître, est un Mot substitué, dont ils portent les initiales sur leur tablier et que le but de la démarche est la recherche de la Parole perdue … Muni du mot substitué et afin de retrouver cette Parole, le Maître Maçon explore les paysages proposés par les rites. Le processus de l'initiation nous donc fait traverser des paysages, plus précisément des structures qui jalonnent la voie initiatique, qui n'est elle-même qu'une expérience totale de la vie

Au douzième degré du Rite Ecossais Ancien Accepté, le Maçon redécouvre que le Temple que chaque Maçon doit construire en lui-même, représente
l'édifice idéal que chacun de nous est appelé à réaliser et que le Temple de Jérusalem est une image de l'univers destiné à satisfaire notre raison, une conception philosophique traduisant, autant qu'il est possible, une approche de la Vérité.Au XVlllème siècle, avant la structuration définitive de la Franc-maçonnerie spéculative, la prononciation du mot de maître est J H V H (Jéhovah). Tout se passe ensuite comme si tout le mythe d'Hiram consistait, dans un de ses aspects, à supprimer cette invocation pour la remplacer par un mot substitué qui sera le premier mot que l'on entendra et dont les significations vont de Mach Banach, Marrow in the Bone, Moabon enfin, qui deviendra le mot substitué du Rite Ecossais Ancien Accepté.

Le sens profond du Rite Ecossais Ancien Accepté est le passage fondamental de l’Ancien au Nouveau Testament , où le tétragramme Chrétien I N R I se substitue au tétragramme hébraïque I H V H. Et toute la démarche ultérieure sera ciblée sur la découverte de la complémentarité de l’Ancien et du Nouveau Testament, l’un, symbolisé dans les grades vétéro-testamentaires par la formule : Amour de la Vérité et l’autre symbolisé par la référence au Nouveau Testament : Amour de l’Humanité, symbolisme que l’on retrouvera sur l'échelle mystérieuse du rituel du trentième grade du Rite Ecossais Ancien Accepté …
Certains diront : qu’importent les spéculations et les retours vers le passé à l’époque de la science, de la technique, de l’efficacité, de la raison… Les sceptiques et les agnostiques diront que la maçonnerie n’a que faire de dieu et des religions. Les croyants objecteront que leur foi leur suffit et s’en remettront à leur église, avec plus ou moins de confiance, pour s’occuper de leur dieu et du salut de leur âme. L’église, de son côté, parle de moins en moins, afin de ne pas effaroucher le client, l’important restant de maintenir, autant que possible, une influence fondée sur quelques principes d’ordre moral.

Quant aux francs-maçons, ils se présentent sous des visages bien divers, sans unité de doctrine ni d’action. Il existe, il est vrai, pour les trois premiers grades, un critère simple : celui de la régularité, qui garantit, dans l’ensemble, la reconnaissance de principes communs traditionnels. Et les choses deviennent encore plus claires lorsqu’on sait que la régularité doit s’apprécier sous deux aspects complémentaires : la régularité obédientielle et la régularité initiatique. Mais cette simplicité relative, qui concerne la franc-maçonnerie des grades symboliques, fait place à une réelle confusion lorsqu’il s’agit des "hauts" grades.L’histoire de ces grades est fort complexe et l’on y trouve le meilleur, mais également, il faut en convenir, le pire. On s’aperçoit, de plus, qu’il n’existe, au regard des "hauts" grades, aucun critère de régularité, ni aucun pouvoir régulateur qualifié, même si le Rite Ecossais Ancien Accepté peut se prévaloir de regrouper, au niveau mondial, 90 pour 100 des maçons travaillant dans les Ateliers au delà du troisième grade. Peut-on d’ailleurs parler "du" Rite Ecossais Ancien Accepté, tant les pratiques en sont parfois différentes, et les formules constitutives laissées "ad libitum" de chaque Atelier ?

Il semblerait donc raisonnable d'accepter une constatation de départ aussi simple qu’évidente. La franc-maçonnerie est, à l’origine, une initiation de Métier et l’ésotérisme qu’elle met en œuvre est d’essence judéo-chrétienne. Partant de là, il convient de déterminer et de comprendre l’expression de cette essence judéo-chrétienne, d’en suivre le passage de la maçonnerie opérative de jadis à la maçonnerie spéculative moderne, puis de son évolution jusqu’à la pratique actuelle. Salomon, Hiram, Zorobabel, n’ont ni construit, ni rebâti le Temple… Ils nous ont légué son modèle, caché sous une image. Ils nous indiquent le chemin vers la Cité Idéale où il s’élèvera, dans l’harmonie. Il importe donc que les maçons de bonne foi, rejetant les idoles, mènent à bonne fin une pratique des "hauts" grades qui leur donne leur seule justification : aider, servir et honorer la Franc-maçonnerie symbolique, qui est la seule détentrice de toute l’initiation. Ainsi, la maçonnerie de Royale Arche pourrait-elle être considérée à juste titre comme la fondation et la clé de voûte de l’ensemble de l’édifice maçonnique. Dégagée de tout dogme, de toute attache cultuelle, considérée non comme un grade, mais comme un complément et une explication des grades symboliques, laissée à la libre interprétation de la conscience individuelle de chacun, elle montrerait ainsi l’importance, non pas tant religieuse, que sacrée de l’initiation maçonnique. Avec elle, s’éclairerait toute la signification à donner à la légende opérative et traditionnelle du Temple de Jérusalem ainsi que la haute portée de son enseignement initiatique selon lequel l’accomplissement du chemin de la connaissance rejoint la quête spirituelle de l’Amour.


Conférence de Roger Dachez 
 

La question des origines de la Franc-Maçonnerie occupe un statut particulier dans l'imaginaire maçonnique. Préoccupés par la transmission, certains franc-maçons ont dicté des règles et établirent des lois qui façonnèrent l'histoire de l'institution qui ressortit des "Constitutions d'Anderson". C'est ainsi que la Franc-Maçonnerie s'origina dans le Paradis Terrestre immémorial d'Adam et Eve et qu'elle fut transmise par les prophètes et les rois, accréditant la thèse selon laquelle la Grande Loge, apparue à Londres au XVIIIème siècle, n'était pas une "création" mais un "éveil", éveil s'inscrivant donc dans la continuité des bâtisseurs de cathédrales. Théorie qui connaît une rupture avec l'avènement de l'histoire moderne sur laquelle s'appuie, entre autre, la Franc-Maçonnerie spéculative qui tenta de "décortiquer" le mythe de la Franc-Maçonnerie opérative.

Cet exposé tente de répondre aux deux questions suivantes: la Franc-Maçonnerie spéculative dérive-t-elle de la Franc-Maçonnerie opérative? L'Histoire peut-elle détruire le mythe? N'a-t-elle pas plutôt le pouvoir de le restituer dans sa dimension fondatrice et son sens réel.

 

Eusthènes 12 mars 2008          

Maj 17 02 2011

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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 04:34

Les francs-maçons ont une filiation mythique, fondée symboliquement sur la légende d’Hiram. Voici, dans son intégralité, la légende profondément ésotérique, qui constitue la trame du rituel du grade de Royal Arch. Source : La symbolique maçonnique de Jules Boucher - Annexe.

 

Légende des trois mages qui ont visité la grande voûte

et découvert le centre de l'idée

 

Longtemps après la mort d'Hiram et de Salomon et de tous leurs contemporains, après que les armées de Nabuchodonosor eurent détruit le royaume de Juda, rasé la ville de Jérusalem, renversé le Temple, emmené en captivité la population non massacrée, alors que la montagne de Sion n'était plus qu'un désert aride où paissaient quelques maigres chèvres gardées par des Bédouins faméliques et pillards, un matin, trois voyageurs arrivèrent au pas lent de leurs chameaux. C'étaient des Mages, des Initiés de Babylone, membres du Sacerdoce Universel, qui venaient en pèlerinage et en exploration aux ruines de l'ancien sanctuaire. Après un frugal repas, les pèlerins se mirent à parcourir l'enceinte ravagée. L'écrasement des murs et les fûts des colonnes leur permirent de déterminer les limites du Temple. Ils se mirent ensuite à examiner les chapiteaux gisants à terre, à ramasser les pierres pour y découvrir des inscriptions ou des symboles.

 

Pendant qu'ils procédaient à cette exploration, sous un pan de mur renversé et au milieu des ronces, ils découvrirent une excavation. C'était un puits, situé à l'angle sud-est du Temple. Ils s'employèrent à déblayer l'orifice. Après quoi, l'un d'eux, le plus âgé, celui qui paraissait le chef, se couchant à plat ventre sur le bord, regarda dans l'intérieur. On était au milieu du jour, le Soleil brillait au zénith et ses rayons plongeaient presque verticalement dans le puits. Un objet brillant frappa les yeux du Mage. Il appela ses compagnons qui se placèrent dans la même position que lui et regardèrent. Evidemment, il y avait là un objet digne d'attention, sans doute un bijou sacré. Les trois pèlerins résolurent de s'en emparer. Ils dénouèrent leurs ceintures qu'ils avaient autour des reins, les attachèrent les unes au bout des autres et en jetèrent une extrémité dans le puits. Alors deux d'entre eux, s'arc-boutant se mirent en devoir de soutenir le poids de celui qui descendait. Celui-ci le Chef, empoignant la corde, disparut par l'orifice.

 

Pendant qu'il effectue sa descente, nous allons voir quel était l'objet qui avait attiré l'attention des pèlerins. Pour cela, nous devons remonter plusieurs siècles en arrière, jusqu'à la scène du meurtre d'Hiram. Quand le Maître eut, devant la porte de l'Orient, reçu le coup de pince du second des mauvais Compagnon, il s'enfuit pour gagner la porte du Sud ; mais tout en se précipitant il craignit, soit d'être poursuivi, soit - ainsi que cela devait arriver - de rencontrer un troisième mauvais Compagnon. Il enleva de son cou un bijou qui y était suspendu par une chaîne de soixante-dix-sept anneaux, et le jeta dans le puits qui s'ouvrait dans le Temple, au coin des côtés Est et Sud. Ce bijou était un Delta d'une palme de côté fait du plus pur métal, sur lequel Hiram, qui était un initié parfait, avait gravé le nom ineffable et qu'il portait sur lui, la face en dedans, le revers seul, exposé aux regards, ne montrant qu'une face unie. Pendant que, s'aidant des mains et des pieds, le Mage descendait dans la profondeur du puits, il constata que la paroi de celui-ci était divisée en zones ou anneaux faits en pierres de couleurs différentes d'une coudée environ de hauteur chacun. Quand il fut en bas, il compta ces zones et trouva qu'elles étaient au nombre de dix.

 

Il baissa alors son regard vers le sol, vit le bijou d'Hiram, le ramassa, le regarda et constata avec émotion qu'il portait inscrit le mot ineffable qu'il connaissait lui-même car il était, lui aussi, un initié parfait. Pour que ses compagnons qui n'avaient pas comme lui la plénitude de l'initiation, ne puissent le lire, il suspendit le bijou à son col par la chaînette, mettant la face en dedans, ainsi qu'avait fait le Maître. Il regarda ensuite autour de lui et constata, dans la muraille, l'existence d'une ouverture par laquelle un homme pouvait pénétrer. Il y entra, marchant a tâtons dans l'obscurité. Ses mains rencontrèrent une surface qu'au contact, il jugea être de bronze. Il recula alors, regagna le fond du puits, avertit ses compagnons pour qu'ils tiennent fermement la corde et remonta. En voyant le bijou qui ornait la poitrine de leur chef, les deux Mages s'inclinèrent devant lui ; ils devinèrent qu'il venait de subir une nouvelle initiation. Il leur dit ce qu'il avait vu, leur paria de la porte de bronze. Ils pensèrent qu'il devait y avoir là un mystère ; délibérèrent et résolurent de partir ensemble à la découverte.

 

Ils placèrent une extrémité de la corde faite des trois ceintures sur une pierre plate existant auprès du puits et sur laquelle on lisait encore le mot "Jakin". Ils roulèrent dessus un fût de colonne où l'on voyait le mot "Boaz", puis s'assurèrent qu'ainsi tenue la corde pouvait supporter le poids d'un homme. Deux d'entre eux firent ensuite du feu sacré à l'aide d'un bâtonnet de bois dur roulé entre les mains et tournant dans un trou fait dans un morceau de bois tendre. Quand le bois tendre fut allumé, ils soufflèrent dessus pour provoquer la flamme. Pendant ce temps, le troisième était allé prendre, dans les paquetages attachés en croupe des chameaux, trois torches de résine qu'ils avaient apportées pour écarter les animaux sauvages de leurs campements nocturnes. Les torches furent successivement approchées du bois enflammé et s'enflammèrent elles-mêmes au feu sacré. Chaque Mage, tenant sa torche d'une main, se laissa glisser le long de la corde jusqu'au fond du puits. Une fois là, ils s'enfoncèrent, sous la conduite de leur chef dans le couloir menant à la porte de bronze. Arrivés devant celle-ci le vieux Mage l'examina attentivement à la lueur de sa torche. Il constata dans le milieu, l'existence d'un ornement en relief ayant la forme d'une couronne royale, autour de laquelle était un cercle composé de points au nombre de vingt-deux.

 

Le Mage s'absorba dans une méditation profonde, puis il prononça le mot "Malkuth" et soudain la porte s'ouvrit. Les explorateurs se trouvèrent alors devant  un escalier qui s'enfonçait dans le sol. Ils s'y engagèrent, la torche toujours à la main en comptant les marches. Quand ils en eurent descendu trois, ils rencontrèrent un palier triangulaire, sur le côte gauche duquel commençait un nouvel escalier. Ils s'y engagèrent et, après cinq marches, ils trouvèrent un nouveau palier de même forme et mêmes dimensions. Cette fois, l'escalier continuait du côté droit et se composait de sept marches. Ayant franchi un troisième palier, ils descendirent neuf marches et se trouvèrent devant une deuxième porte de bronze. Le vieux Mage l'examina comme la précédente, et constata l'existence d'un autre ornement en relief représentant une pierre d'angle, entourée aussi d'un cercle de vingt-deux points. Il prononça le mot "Iésod" et la porte s'ouvrit à son tour. Les Mages entrèrent dans une vaste salle voûtée et circulaire, dont la paroi était ornée de neuf fortes nervures partant du sol et se rencontrant en un point central du sommet. Ils l'examinèrent à la lueur de leurs torches, en firent le tour pour voir s'il n'y avait pas d'autres issues que celle par laquelle ils étaient entrés. Ils n'en trouvèrent point et songèrent à se retirer ; mais leur chef revint sur ses pas, examina les nervures les unes après les autres, chercha un point de repère, compta les nervures et soudain il appela.

 

Dans un coin obscur il avait découvert une nouvelle porte de bronze. Celle-là portait comme symbole un Soleil rayonnant, toujours inscrit dans un cercle de vingt-deux points. Le chef des Mages ayant prononcé le mot "Nefzah", elle s'ouvrit encore et donna accès dans une deuxième salle. Successivement, les explorateurs franchirent cinq autres portes également dissimulées et passèrent dans de nouvelles cryptes. Sur l'une de ces portes, il y avait une Lune resplendissante, une tête de lion, une courbe molle et gracieuse, une règle, un rouleau de la loi, un œil et enfin, une couronne royale. Les mots prononcés furent successivement "Hod", "Tiphereth", "Chesed", "Geburah", "Chochmah", "Binah" et "Kether". Quand ils entrèrent dans la neuvième voûte, les Mages s'arrêtèrent surpris, éblouis, effrayés. Celle-là n'était point plongée dans l'obscurité. Elle était, au contraire, brillamment éclairée. Dans le milieu étaient placés trois lampadaires d'une hauteur de onze coudées, ayant chacun trois branches. Les lampes, qui brûlaient depuis des siècles, dont la destruction du royaume de Juda, le rasement de Jérusalem et l'écroulement du Temple n'avaient pas entraîné l'extinction, brillaient d'un vif éclat, illuminant d'une lumière à la fois douce et intense tous les recoins et tous les détails de la merveilleuse architecture de cette voûte sans pareille taillée à même le roc.

 

Les pèlerins éteignirent leurs torches dont ils n'avaient plus besoin, les déposèrent près de la porte, ôtèrent leurs chaussures et rajustèrent leurs coiffures comme dans un lieu saint, puis ils s'avancèrent en s'inclinant neuf fois vers les lampadaires. A la base du triangle formé par les lampadaires, se trouvait un autel de marbre blanc cubique de deux coudées de haut. Sur la face supérieure de l'autel, étaient gravés à l'or pur, les outils de la Maçonnerie : la Règle, le Compas, l'Equerre, le Niveau, la Truelle, le Maillet. Sur la face latérale gauche, on voyait les figures géométriques : le Triangle, le Carré, l'Etoile à cinq branches, le Cube. Sur la face latérale droite, on lisait les nombres : 27, 125, 343, 729, 1331. Enfin, sur la face arrière, était représenté l'Acacia symbolique. Sur l'autel était posée une pierre d'agate de trois palmes de côté. Au dessus, on pouvait y lire, écrit en lettres d'or, le mot "Adonaï". Les deux Mages, s'inclinèrent, pour vénérer le nom de Dieu ; mais leur chef, relevant au contraire la tête, leur dit : "II est temps pour vous de recevoir le dernier enseignement qui fera de vous des Initiés parfaits. Ce nom n'est qu'un vain symbole qui n'exprime pas réellement l'idée de la Conception Suprême". II prit alors à deux mains la pierre d'agate, se retourna vers ses disciples en leur disant : "Regardez, la Conception Suprême, la voilà … Vous êtes au Centre de l'idée". Les disciples épelèrent les lettres lod, Hé, Vau, Hé et ouvrirent la bouche pour prononcer le mot, mais il leur cria : "Silence ! c'est le mot ineffable qui ne doit jamais être prononcé". II reposa ensuite la pierre d'agate sur l'autel, prit sur sa poitrine le bijou du Maître Hiram et leur montra que les mêmes signes s'y trouvaient gravés.

 

"Apprenez maintenant, leur dit-il, que ce n'est pas Salomon qui fit creuser cette voûte hypogée, ni construire les huit qui la précèdent, pas plus qu'il n'y cacha la pierre d'agate. La pierre fut placée par Henoch, le premier de tous les Initiés. l'Initié Initiant, qui ne mourut point, mais qui survit dans tous ses fils spirituels. Henoch vécut longtemps avant Salomon, avant même le déluge. On ne sait à quelle époque furent bâties les huit premières voûtes et celle-ci creusée à même le roc". Cependant, les nouveaux grands Initiés détournèrent leur attention de l'autel et de la pierre d'agate, et regardèrent le plafond de la Salle qui se perdait à une hauteur prodigieuse. Ils parcoururent la vaste nef où leurs voix éveillaient des échos répétés. Ils arrivèrent ainsi devant une porte, soigneusement dissimulée et sur laquelle le symbole était un vase brisé. Ils appelèrent leur Maître et lui dirent : "Ouvre-nous encore cette porte, il doit y avoir un nouveau mystère derrière — Non, leur répondit-il, il ne faut point ouvrir cette porte. Il y a là un mystère, mais c'est un mystère terrible, un mystère de mort. — Oh, tu veux nous cacher quelque chose, le réserver pour toi ; mais nous voulons tout savoir, nous l'ouvrirons donc nous-mêmes".

 

Ils se mirent alors à prononcer tous les mots qu'ils avaient entendus de la bouche de leur Maître ; puis comme ces mots ne produisaient aucun effet, ils dirent tous ceux qui leur passèrent par l'esprit. Ils allaient renoncer, quand l'un d'eux dit enfin : "Nous ne pouvons cependant pas continuer à l'infini". Et sur ce mot : "En Soph", la porte s'ouvrit violemment, les deux imprudents furent renversés sur le sol, une tornade s'engouffra sous la voûte, éteignant les lampes magiques. Le Maître se précipita sur la porte, s'y arc-bouta, appela ses disciples à l'aide. Ils accoururent, s'arc-boutèrent avec lui, et leurs efforts réunis, parvinrent enfin à refermer la porte. Mais les lumières ne se rallumèrent pas. Les Mages, plongés dans les ténèbres les plus profondes se rallièrent à la voix de leur Maître qui leur dit : "Hélas, cet événement terrible était à prévoir. Il était écrit que vous commettriez cette imprudence. Nous voici en grand danger de périr dans ces lieux souterrains ignorés des hommes. Essayons cependant d'en sortir, de traverser les huit voûtes et d'arriver au puits par lequel nous sommes descendus. Nous allons nous prendre par la main et nous marcherons jusqu'à ce que nous retrouvions la porte de sortie. Nous recommencerons dans toutes les salles jusqu'à ce que nous soyons arrivés au pied de l'escalier de vingt-quatre marches. Espérons que nous y parviendrons". Ils firent ainsi …

 

Ils passèrent des heures d'angoisse, mais ils ne désespérèrent point. Ils arrivèrent enfin au pied de l'escalier de vingt-quatre marches. Ils le gravirent en comptant 9, 7, 5 et 3 et se retrouvèrent au fond du puits. Il était minuit, les étoiles brillaient au firmament ; la corde des ceintures pendait encore. Avant de laisser remonter ses Compagnons, le Maître leur montra le cercle découpé dans le ciel par la bouche du puits et leur dit : "Les dix cercles que nous avons vus en descendant représentaient aussi les voûtes ou arches de l'escalier ; la dernière correspond au nombre onze, celle d'où a soufflé le vent du désastre, c'est le ciel infini avec les luminaires hors de notre portée qui le peuplent". Les trois Initiés regagnèrent l'enceinte du Temple en ruines ; ils roulèrent de nouveau le fût de colonne sans y voir le mot "Boaz". Ils détachèrent leurs ceintures, s'en enveloppèrent, se mirent en selle. Puis, sans prononcer une parole, plongés dans une profonde méditation sous le ciel étoilé, au milieu du silence de la nuit, ils s'éloignèrent au pas lent de leurs chameaux, dans la direction de Babylone.

 

Eusthènes  6 février 2011          

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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 22:15

1 - Newton l'Alchimiste

 

La première chose que le profane découvre de la Franc-Maçonnerie, et de sa symbolique, c'est le Cabinet de Réflexion. Vous vous souvenez, quel endroit étrange ! Les impressions d’initiation montrent que le passage dans ce lieu ne laisse pas indifférent. L’expérience est forte : l’impétrant est laissé, là, seul dans ce cabinet noir, aux murs recouverts de symboles, de signes, de sentences, d’acronymes. Selon sa culture, il relie des signes entre eux, il leur attribue un semblant de sens, d’autres lui sont totalement étrangers. Quand on vient le chercher, l’impétrant quitte l’endroit avec soulagement. Le rituel d’initiation lui donnera quelques bribes d’explication. Plus tard, le Wirth et le Boucher , ces manuels du parfait petit Maçon, jetteront quelques lueurs dans la caverne. Il apprend alors que la symbolique du Cabinet de Réflexion s’inspire de l’Alchimie, aïe, c’est quoi ce truc ! mais ne t’en fais pas ! cette Alchimie est spirituelle ! Bon, alors là ça va ...

 

Rassuré ! ... puis emporté par la vie maçonnique et l’attrait du rituel, il n’aura plus - ou guère - l’occasion de revenir rêver, méditer sur l’ensemble de ces hiéroglyphes, inscrits dans la nuit de la crypte primordiale. Signes, symboles et maximes qui sont pourtant les pierres de fondation de l’édifice maçonnique, retourneront à l’ombre et au silence. Voire, à l’oubli. Pourtant, cette crypte a été installée, ici, par des maçons, très éclairés, et ce qu’ils ont mis là, c’est le pilier d’une connaissance qui se perd dans la nuit des temps. Pilier en arabe se dit arkhane, qui a donné en français notre mot arcane. Ce pilier est donc par définition, un secret. Oui, la symbolique du Cabinet de Réflexion est délibérément alchimique. Pourquoi ? Qui étaient ces hommes, ces Maçons, qui, intentionnellement et charitablement, nous ont offert ces premiers outils de Connaissance ? En parlant d’eux, de ce qui les portaient, de ce qui les animaient, peut-être comprendrons-nous l’héritage inconcevable qu’ils ont bien voulu nous laisser. A chacun d’entre nous, ensuite, le soin de reconsidérer cette symbolique au regard de ce panorama que je vais essayer de dresser, d’en appréhender le sens, d’en apprécier la richesse, d’en mesurer l’étendue.

 

On le sait tous, mais petit mémento : la Franc-Maçonnerie spéculative a été créée entre 1700 et 1717 à l’initiative de Newton et de ses amis de la Royal Society. 1723 : le texte des Constitutions d’Anderson unifie les pratiques des loges en matière de rituel et d’initiation et cette parution signe la reconnaissance officielle de la Franc-Maçonnerie. Nous connaissons notre catéchisme historique. Ce que nous connaissons moins, peut-être, est que cette Franc-Maçonnerie naissante est une résurgence de courants combinés de pensées philosophiques et ésotériques, de projets sociaux et scientifiques, … courants qui ont parcouru plus ou moins souterrainement l’Europe et la Grande Bretagne du siècle précédent.

 

La Rose-Croix

 

L’un des courants de pensée qui aura une très grande influence auprès des érudits du XVIIème siècle est celui de la Rose Croix. On a souvent évoqué les relations entre la Rose-Croix et la Franc-Maçonnerie, les deux mouvements se sont épanouis, l’un parallèlement à l’autre, l’un avec l’autre. Notre rituel évoque à plusieurs reprises notre filiation avec (je le cite) "nos illustres fondateurs, les mystérieux Rose-Croix". Le rite de Memphis-Misraïm se réclame ouvertement de cette parenté. Qu’est-ce que la Rose-Croix ? Le sujet est complexe, je vais malgré tout faire court. Que certains d’entre nous, qui connaissent bien le sujet, me soient indulgents. La Rose-Croix est une fraternité hermétiste chrétienne qui apparaît au grand jour au début du XVIIème siècle avec la parution de deux manifestes publiés en Allemagne : la Fama et la Confessio Fraternitatis. Dans une période de tensions exacerbées, ces manifestes sont d’abord des projets de réformes sociales, intellectuelles et religieuses, adressés non pas aux églises, mais (je cite) " aux savants de l'Europe ". Ils sont suivis en 1615 d’un 3ème texte : Les Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz, un texte allégorique, poétique, satirique dans la tradition des grands textes alchimiques.

 

Pour les rosicruciens, l’Alchimie est la science par excellence pour connaître les mystères de la Nature, divine par essence. Les manifestes rosicruciens ont très vite un retentissement considérable, et, bien sûr, les églises réagissent en les accusant d'imposture, de sorcellerie ou d'hérésie. Vainement, car cette Fraternité exprime des aspirations spirituelles profondes, et l'Ordre se constitue, de manière informelle, autour des esprits brillants. En fait il semble que l’ésotérisme rosicrucien est la philosophie de presque tous les gens qui pensent à cette époque. Voyons qui sont ces hommes, ces érudits qui, dans l’Angleterre du XVIIème siècle, vont se trouver au confluent de la Rose-Croix, de la science expérimentale, de la Royal Society et de la Franc-Maçonnerie. Il est impossible de présenter ici individuellement ces personnages-clés, essentiels, incontournables ! qui, de 1630 à 1660 (année de création de la Royal Society) ont été les porteurs de ces idées. Je ne parlerai que de leur philosophie commune. Que ces illustres personnages, (Robert Moray, Ashmole, Thomas Vaugham, Hartlib, R. Boyle, Corménius, et bien d’autres…) pour qui j’ai une énorme admiration, me pardonnent de les rejeter dans l’ombre, d’où j’ai eu la velléité de les sortir. Gardons en mémoire cependant que chacun de ces érudits apporte avec lui une pierre de notre édifice maçonnique.

 

Un humanisme universaliste

 

Certains d’entre eux sont les premiers maçons spéculatifs reçus par la Franc-Maçonnerie opérative, la maçonnerie du Métier. Et cela dès 1641… Ce sont d’immenses érudits convaincus et imprégnés à des degrés divers de la philosophie hermétique des Rose-Croix. Certains sont convaincus qu’il faut chercher dans le passé lointain les vestiges d’un âge d’or où l’homme aurait vécu dans une harmonie perdue entre la Terre et le Ciel. Ils prônent la religion noachite, celle que pratiquait Noé, primordiale, universelle, naturelle et sans dogme. Ce sont des scientifiques qui ont une utopie, celle de créer une " société destinée à la promotion des sciences de la nature ". C’est ce qu’ils feront avec la création en 1645, d’une société savante, discrète, le collège invisible, groupe de scientifiques, précurseur de la Royal Society, fondée 5 ans plus tard. Par leur désir de partager leurs recherches, ils sont au centre d'un vaste réseau de contacts et de discussions dont le but est de promouvoir la connaissance et l'échange d'informations à travers l'Europe. Ils ont pour objectif d’ "enregistrer tout le savoir humain et le mettre à la disposition de tous pour l'éducation de l'humanité". La chimie ne s’est pas encore détachée de l’alchimie. Les scientifiques sont donc des alchimistes, mais qui rejettent les discours mystico-ésotériques dans lesquels l’Alchimie s’est enferrée, ils vont faire basculer cette discipline dans le champ de la science purement expérimentale.

 

Newton l’alchimiste

 

Alchimie, Rose-Croix, Franc-Maçonnerie, sciences expérimentales, Royal Society : tous les chemins semblent converger vers un homme qui, à la fin du siècle, va être le réceptacle de toute cette philosophie universaliste, qui va aussi en être le génial promoteur. Je veux parler de Newton. Il est temps de parler un peu du bonhomme Isaac. Si je me suis attardé, à peine ! sur les grands personnages qui l’ont précédé, c’est parce que Newton occupe une telle place dans le paysage scientifique - et pour nous, dans le paysage maçonnique - que son génie les a occultés et qu’ils se sont éclipsés dans son ombre. On connaît la valeur et la portée de ses découvertes scientifiques, des bibliothèques entières leur sont consacrées… Passons. Par contre, ce qui commence à être mis en lumière, c’est la vraie nature des travaux de Newton. Avant d’être ce scientifique connu et reconnu, Newton est un alchimiste ignoré, mais authentique, dont les recherches, celles relatives à l’attraction universelle, et à celles de la nature de la lumière, plongent leurs fondements dans sa pratique alchimique. Soixante pour cent de ses écrits sont liés à l'Alchimie. Sa culture est immense dans ce domaine, il recopie lui-même tous les livres d’alchimie, les annote, les commentent. Les expérimente.

 

Pendant 30 ans, il éprouve au laboratoire la réalité du travail alchimique. Il met en évidence ce Feu de Nature tant recherché des alchimistes, "lumière (je le cite) venant de la Lumière, portée sur les ailes de l’Esprit universel", il observe que ce Spiritus Mundi, cet Esprit universel, informe et relie toute chose en notre monde manifesté. Il vérifie dans le creuset la force d’attraction de cet Esprit. Newton consacre l’essentiel de sa vie à chercher les messages cachés secrets dans la Nature, dans la construction du Temple de Salomon (il connaît ses classiques, il a lu Bacon qui propose, en 1620, la création d’un ordre scientifique, chargé de pénétrer les mystères de la Nature : il l’appellera "la Société du Temple de Salomon". Ca dit quelque chose aux francs-maçons que nous sommes ! En fouillant dans le passé lointain des éléments oubliés d’un vrai savoir, il est à la recherche de la Parole perdue, pour reprendre le titre du livre d’Alchimie de Bernard Trévisan, qu’il connaît par cœur, comme il connaît par cœur ceux de Nicolas Flamel ou de Basile Valentin… dont l’ouvrage "Les 12 clés de la Philosophie" livrera la plupart des symboles alchimiques du Cabiner de réflexion, notamment l’acronyme V.I.T.R.I.O.L.

 

1703. Newton devient le 13ème Président de la Royal Society. Cela pour un mandat de 25 ans. Il est au faîte de sa gloire. Le moment est venu de l’apparition d’une Franc-Maçonnerie, différente de la maçonnerie opérative, une maçonnerie fille de la recherche et du doute, de l’alchimie et de l’hermétisme, de la théologie et de la tolérance. Royal Society et Franc-Maçonnerie sont étroitement liées dans le projet : en 1723, année de la Constitution, 40 membres de la Royal Society sur 300 sont déjà membres de la Franc-Maçonnerie. Désaguliers apparaît comme le promoteur de cette nouvelle maçonnerie spéculative. Mais Désaguliers n’est pas Newton. Désaguliers réussit le prodige de faire de la Franc-Maçonnerie, - à l’origine rosicrucienne, hermétiste, alchimiste et scientiste, - de faire donc de la Franc-Maçonnerie, le fer de lance de la philosophie naturelle de Newton. Oui, mais sans la totalité des rouages. Par exemple l’Alchimie ne fait plus partie du programme. Ce que déplore le pseudo-Philalèthe qui déclare en mars 1721 : "L’objet des voeux et des désirs des maçons n’est autre que l’Alchimie, sujet de l’éternelle contemplation des Sages". Presque une revendication. On imagine combien le débat en loges sur les orientations de ce nouvel ordre a dû être houleux … Sortie de l’ombre, la maçonnerie s’ouvre alors au plus grand nombre. Au début, avec deux grades, sur le modèle de la Franc-Maçonnerie opérative : apprenti et compagnon. Le grade de maître sera installé autour de 1725. Son invention est manifestement intentionnelle, mais elle rencontre quelques résistances pour s’imposer. Le Cabinet de Réflexion, quant à lui, ne fait pas encore partie du package. Il semble qu’il ait été installé plus tard, vers 1750. Par qui ? Dans quel but ? C’est que nous allons essayer de voir.

 

Deux directions

 

Nous avons souligné la fraternité de pensée qui unit à l’origine Rose-Croix et la Franc-Maçonnerie. Plus qu’une co-existence, il s’agit d’une co-essence. C’est dire que tous ne partagent pas l’orientation politico-philosophique prise par la Franc-Maçonnerie naissante. Le projet social l’emporte peu à peu sur le projet ésotérique. Pourtant, pour les humanistes universalistes du 17ème, l’Alchimie était le coeur de leurs recherches. Certains travaillaient eux-mêmes au fourneau, d’autres entretenaient des laboratoires. Ils publiaient des traités sur le sujet. "Les R+C, nos mystérieux fondateurs" estimaient qu’elle avait un rôle crucial à jouer dans la recherche de nouvelles connaissances. Pour eux, alchimie, Rose-Croix et Franc-Maçonnerie ne pouvaient être désunis. Pourquoi ? Parce que les résultats pratiques allaient d’abord servir au bien-être de l’humanité. Mais aussi parce qu’ils estimaient, - et ce point est extrêmement important - ils estimaient que la Création est comme une séparation chimique, de nature divine. Si l’acte de création peut être compris sur le mode chimique, l’alchimie est la clef de toute la nature, la clef de toute relation entre macrocosme et microcosme. Pratiquer l’alchimie, c’est pénétrer l’oeuvre de Dieu.

 

La question est celle de la réalité fondamentale de l’Univers. On retrouve derrière cette question, le mythe de la Caverne, de Platon. Vous vous souvenez : l’homme n’a pas l’expérience de la réalité ou de l’essence des choses, mais il n’en perçoit que les ombres. Les Rose-Croix, "nos mystérieux fondateurs" pensaient qu’il est possible de sortir de la Caverne vers la lumière - cela réellement ! non pas symboliquement - et de faire l’expérience à un degré quelconque de la véritable nature de la réalité. Comment ? Par la pratique de l’alchimie.

 

Antoine, 17 janvier 2011           

 

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Maj  03 02 2011

 

 

 

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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 22:17

2 - Le secret des secrets

 

Faire émerger la lumière

 

La Rose-Croix refait alors surface avec la parution en 1710 d’un ouvrage intitulé "La vraie et parfaite préparation de la pierre philosophale par la Fraternité de la Rose-Croix d’Or". Comme son titre l’indique, il s’agit d’un traité d’Alchimie. D’Alchimie opérative. On peut se poser la question de savoir pourquoi la Fraternité rosicrucienne - avec son nouvel intitulé "de la Rose-Croix d’Or" - émerge dans le paysage à ce moment précis. Est-ce un hasard ? Certainement pas. L’objectif de la Fraternité, ouvertement exprimé, rappelle d’abord le syncrétisme de nature qui existe entre l’alchimie, la religion noachite, et le rosicrucianisme originel. Il s’agit ensuite (je les cite) de "faire émerger les forces cachés de la nature, de faire briller sa lumière qui a été profondément enterrée, et, par cette voie, de procurer une lumière intérieure à chaque frère par laquelle il pourra voir le Dieu invisible et devenir plus proche de lui avec la source originel de la lumière". La pratique de l’alchimie, (comme on le voit, très enracinée dans la tradition gnostique), est la règle : le membre de la Fraternité doit avoir un laboratoire et y travailler assidûment.

 

L’émergence spirituelle doit se faire avec et conjointement de celle de la matière première que l’alchimiste élève à un état supérieur. Telle est la clé, telle est la règle, déjà édictée 150 ans auparavant, par cet avertissement tiré des Noces Chymiques - (je cite) : "Prends garde à toi ; Examine-toi toi-même ; Si tu ne t’es pas purifié assidûment, Les noces chymiques te feront dommage". Le texte des Noces Chymiques s’inscrit dans la grande lignée des alchimistes allemands, tels Basile Valentin, Naxagoras et le plus grand d’entre eux, Paracelse, qui déjà affirmait : "Nul ne transmute aucune matière s’il ne se transmute lui-même ". On ne peut mieux exprimer la corrélation de nature entre le connais-toi toi-même et la libération de la lumière emprisonnée dans la matière. La Lumière, - le Spiritus Mundi, l’Esprit-Saint, l’Esprit universel - quel que soit le nom qu’on lui donne, informe la matière sous la forme des trois principes : le soufre, le sel et le mercure. Et c’est dans cette co-émergence vers la lumière, de l’homme et de la matière, que l’acronyme de Basile Valentin, V.I.T.R.I.O.L., trouve toute sa place en face de "Connais-toi toi-même". Alchimie, caverne, émergence à la lumière, "connais-toi toi-même", V.I.T.R.I.O.L., soufre-sel-mercure … Avant même l’installation du Cabinet de Réflexion, les fondements de sa symbolique sont déjà présents.

 

Le Secret des Secrets

 

Mais dès le début de la Franc-Maçonnerie de Désaguliers, l’Alchimie perd son caractère opératif. Pourquoi ? Parce que - et ce n’est pas la faute de Désaguliers - paradoxalement en glissant dans le domaine de la science purement expérimentale, elle devient mécaniste. Elle accouche alors de ce qui va devenir la chimie, dont on sait aujourd’hui l’incroyable destin. Mais en ne s’occupant que des interactions mécaniques entre les corps (les corps, ce sont les éléments corpusculaires, les atomes : O, H, He, Fe, etc), elle perd son âme. Elle perd ce qu’avait touché du doigt le Newton alchimiste. Il avait compris, lui, que la matière première de l’alchimiste n’est pas un corps végétal, minéral ou métallique, ou même un atome ! mais que la matière première c’est l’Esprit, l’Esprit universel qui ne différencie pas l’alchimiste de sa matière.

 

La matière première, c’est la Lumière. Rappelez-vous ce qu’il a écrit, voici la phrase, maintenant dans sa totalité : "Le sujet de l’Alchimie est la lumière, la lumière venant de la Lumière, portée sur les ailes de l’Esprit universel". Voilà, le premier grand secret des alchimistes, qui est au coeur du Cabinet de Réflexion. Et le secret des secrets, l’arcane des arcanes, résulte de la compréhension de celui-ci. Les arcana arcanorum sont la clé de voûte de l’initiation au rite égyptien. Dès l’origine, la Parole commence à être perdue Laissez-moi vous lire les commentaires d’un frère (gardez en mémoire la phrase de Newton), un frère donc certainement un rosicrucien, un initié de haut vol, au sujet de ce fameux secret.

 

Le manuscrit, consulté l’an dernier dans les archives du Grand Orient de France, est daté de 1747. (24 ans après). Un impétrant lui demande : "Est-ce qu’il est possible que le secret des free-maçons soit celui de la Pierre ?", (il ne parle pas de la pierre taillée, ici mais de la Pierre philosophale) Et le Maître répond (je le cite) : "Il est sûr que dans leurs origines, tous les free-maçons furent philosophes (= alchimistes). Mais les choses ont bien changé depuis les origines : nos maîtres qui reconnurent avec douleur qu’en augmentant leur nombre, ils ne multipliaient pas les sages, résolurent de s’enfermer dans des bornes plus étroites. On laissa aux freemaçons leurs signes et cérémonies mystérieuses, mais on cessa peu à peu de leur en donner la clé, et bientôt, le corps entier ne connut plus ce que signifiaient leurs usages qu’ils ont pourtant toujours observés, et l’expérience a fait savoir combien nos pères ont ainsi agi sagement en retirant ce secret. Rien de plus grave, de plus sérieux que les signes et les symboles dont se servent les free-maçons, mais ces signes et ces symboles, faute d’être connus, deviennent effectivement ridicules et puériles. Les free-maçons ont perdu la vraie signification de leurs hiéroglyphes, il est vrai, mais ils ont attaché un autre sens qui, sans être le réel, les sauve du ridicule … Quoiqu’il en soit, il y a encore de vrais free-maçons, mais le nombre en est fort petit, parce que nous trouvons peu d’hommes dignes de l’être".

 

Les paroles de méfiance de cet initié rosicrucien rappellent l'avertissement introductif des Noces Chymiques : "Les arcanes s'avilissent quand ils sont révélés ; et, profanés, ils perdent leur grâce. (c’est-à-dire : leur efficacité). Les deux vers étaient suivis de cette terrible sentence : Ne jette donc pas de marguerites aux pourceaux, et ne fais point à un âne une litière de roses". Mais le constat montre aussi le désappointement, la désillusion de certains de ces free-maçons qui rêvaient d’un autre ordre. Peut-être certains vivent-ils une sorte de trahison. Nous sommes en 1747. Tout n’est pas perdu. Certains se relaieront pour porter le flambeau allumé de l’antique Tradition. Le Cabinet de Réflexion, et sa symbolique alchimique, sont certainement installés dans cette perspective, comme premier pilier - arcane ! - de cette Connaissance.

 

En 1750, trois ans plus tard, Pernety crée le "rituel alchimique secret du grade de vrai franc-maçon académicien". Et en 1754. Le Baron Tschoudy produit sa célèbre Etoile flamboyante, et je passe sur les rituels des grades alchimiques qu’il met en place à partir de 1766. On dit que ces grades sont à l’origine des degrés les plus alchimiques du Rite Ecossais Ancienet Accepté. Et puis arrive dans le paysage, un certain … Cagliostro, qui instaure le rite égyptien. Mais là, vous connaissez la suite. C’est notre histoire … Après bien des vicissitudes pour être aujourd'hui ce qu’il est, le rite de Memphis Misraïm revendique cette Tradition.

 

Conclusion

 

Voici pourquoi nous sommes les héritiers de l’antique Science. Cette Connaissance, nous avons le devoir de la recevoir, et aussi de la transmettre. De la transmettre intégralement, sans la dévoyer. Nous ne mesurons peut-être pas la portée de ce dont nous sommes dépositaires, les mystères du monde nous dépassent, et nous sommes des marcheurs qui ne voyons pas plus loin que notre propre horizon. Mais certains se sont élevés pour voir au-delà de ce qu’il était possible de voir pour le commun des mortels. Newton a reconnu en toute humilité : "Si j'ai vu si loin, c'est que j'étais monté sur des épaules de géants".

 

Je me souviens d’une tenue qui réunissait, il n'y a pas si longttemps, le gratin d’une obédience. La discussion avait porté un instant sur la possibilité de modifications d’éléments du rituel. Une de ces grandes figures, assise à l’Orient, avait réfléchi un instant, s’était caressé le menton, et avait envisagé l’idée que "peut-être - oui bien sûr - à la rigueur - le coq du cabinet de réflexion pourrait à la limite être supprimé" … Surtout ne pas tuez le coq du Cabinet de Réflexion, ne lui tordez pas le cou par ignorance de ce qu’il représente car sans le coq, un pilier de l’édifice s’écroulerait ...

 

 

Antoine, 17 janvier 2011 

 

Lire : La symbolique alchimique du cabinet de réflexion           

 

Maj  03 02 2011

 

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 09:45

Lors de mon passage dans le Cabinet de Réflexion, je m’interrogeais sur la présence et la raison d’être d’une symbolique aussi clairement alchimique dans un tel endroit. Les pères fondateurs de la franc-maçonnerie  auraient-ils voulu, avec ces symboles, livrer des clefs à l’impétrant pour lui ouvrir les portes de son parcours initiatique ? Lui faire comprendre la philosophie de l’une au regard de l’autre, avec cette question : en quoi les principes alchimiques peuvent-il m’éclairer sur le sens de mon passage ici, dans le cabinet de réflexion ?

  

Dans cette caverne plongée dans la nuit, au cœur de la terre, un mot ne laisse aucun doute sur son origine symbolique : VITRIOL. Voilà, à mes yeux, le mot central : emblème ouvrant l’un des traités les plus connus du corpus alchimique : "Les douze clefs de la Philosophie", de Basile Valentin. VITRIOL révèle à l’initié qu’une certaine semence, support du principe vital, appelé par les alchimistes Esprit Universel, est enfermée dans la noirceur de la terre ("terre" au sens des quatre éléments). Basile Valentin, dans ce traité donne douze clefs opératoires et montre comment on peut extraire cet esprit sous la forme d’une pierre. VITRIOL : invention sublime par sa double lecture, paradigme connu de tous les Francs-maçons sous sa forme acronymique et latine, "Visita Interiora Terrae et Rectificando Invenies Occultum Lapidem", "Visite l’Intérieur de la Terre et en Rectifiant tu Trouveras la Pierre Cachée".

 

Avant de présenter quelques principes des opérations alchimiques, je voudrais faire quelques commentaires sur cette habituelle traduction qui, me semble-t-il, escamote les nuances, et donc celui de la juste compréhension : "Visita", est traduit par "visite". Il convient ici de lui préférer le deuxième sens du verbe "visitare" : "examiner en profondeur, pénétrer, fouiller". En Alchimie, le choix des matériaux de base et leur préparation, exige en effet une parfaite connaissance des principes, un examen en profondeur de leur nature, une compréhension de leur structure, et non le survol d’une simple visite. "Interiora", traduit par un singulier est en fait un pluriel. Il serait donc plus juste de traduire "visita interiora terrae" par "examine avec application les entrailles de la terre". Vient ensuite la seconde partie de l’acronyme ouverte par "rectificando" : "en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée".

  

Mais que signifie ce "rectificando" ? Revenons encore une fois sur la traduction : le verbe "rectificare" n’existe pas en latin classique ("Rectifier", dans le sens de "rendre droit", se traduirait par "corrigere"), "rectificare" c’est du latin de cuisine, et de cuisine alchimique. En fait, "rectifier", est un terme de la vieille chimie, qui signifie : "opérer une deuxième distillation". Un alcool rectifié est un alcool qui a subi une deuxième distillation pour le rendre plus fort, plus concentré. Voilà le sens du gérondif "rectificando". Les opérations alchimiques consistent en effet en une série de dissolutions-distillations répétées, destinées à séparer, lentement et progressivement, le pur de l’impur, dans un mouvement cyclique et circulaire. ("lentement et progressivement", est la condition sine qua non de la transformation en profondeur).

 

Le but de ces opérations vise à extraire la pure semence de sa prison minérale par le démembrement des matériaux. A faire sortir l’esprit enfermé dans la terre. L’esprit de vin est un vin qui a subi plusieurs rectifications. C’est dès lors une eau de Vie. Dans la voie de Basile Valentin, la première opération consiste à ouvrir la matière première, la materia prima, la pierre brute. Cette Terre matricielle se présente sous l’aspect d’un minéral vil, informe et noir. C’est pourtant elle la Pierre des Sages : "… La Pierre des Sages est une, sa matière est unique, quoique de plusieurs choses, et ne se peut trouver en autre chose du Monde, et il n’y a rien qui en approche en tout cet Univers ; elle est la matière première de tous les métaux ; elle est un mixte de terre et d’eau animé de l’esprit de la quintessence et des influences du Ciel"  … ( "Filet d'Ariane").

 

La deuxième étape vise à en séparer les deux principes opposés, le soufre et le mercure. Soufre et Mercure ne sont pas les corps que nous connaissons, mais des principes structurels de la matière. A la troisième purification, le Mercure se présente alors dans cette voie, sous l’aspect d’un régule métallique de couleur blanche, aisément fusible. C’était, pour les orfèvres un produit noble qui permettait de purifier l’or et l’argent en les débarrassant de toutes les "impuretés" métalliques. Il était considéré comme un dissolvant des métaux impurs. Quant au Soufre, on le trouve dans le résidu qui surnage, une scorie, une terre d’aspect méprisable, et que, par ignorance, on aurait tendance à rejeter. Ce que d’ailleurs les orfèvres ne manquaient pas de faire. C’est pourtant dans cette terre que se cache la semence minérale qui est "la pierre cachée dans les entrailles de la Terre", et que VITRIOL nous invite à découvrir.

  

La troisième étape est le temps du "rectificando". Il consiste à réunir ces deux principes devenus apparemment inconciliables, à unir ces contraires dans l’harmonie pour en tirer le troisième principe, sous la forme d’un sel. Voilà ce que nous dit Batsdorff à propos de ce sel dans le traité qu’on lui attribue, "le Filet d’Ariadne". "… Et quoique les Philosophes ne parlent que du mercure et du soufre, qui sont deux des principes de la Nature, et qu’ils ne disent rien du sel, qui est le troisième : il y est sous-entendu, d’autant que c’est lui qui fait la liaison des deux autres, et c’est de lui qu’ils entendent parler, quand ils disent notre terre, ou notre corps terrestre  …". C’est ce sel qui nourri, consolidé par une série d'opérations que les alchimistes appellent "leurs Aigles", deviendra, en dernière phase, la première médecine. La Pierre Philosophale, pierre taillée par excellence, est ce sel que l’Homme et la Nature ont amené à l’état de plus-que-perfection.

 

Possesseur de la Pierre, l’alchimiste accède alors à l’Adeptat, et devient un authentique Frère de la Rose-Croix. Que les Enfants de l’Art me pardonnent ce raccourci plus que succinct de l’élaboration de la Pierre Philosophale. Et si je ne présente qu’une seule voie, c’est pour bien faire comprendre le principe philosophique des alchimistes : quelle que soit la voie empruntée, la pierre philosophale ne trouve son pouvoir de transmutation, donc de transformation, que par la purification complète de ses composants : pour avoir une action sur le monde et le transformer, elle doit d’abord se purifier elle-même. Son pouvoir de transformation, de transmutation, se mesure à la qualité de son élaboration.

 

Dans la production de ce mercure philosophique, interviennent des agents chalybés, l’un est terrestre, l’autre est céleste. L’utilisation de ces agents marque la différence entre la chimie et l’Alchimie. Dans cette première phase de putréfaction, qu’on appelle communément "Œuvre au Noir", la matière prend la couleur et l’apparence de la Mort. L’ensevelissement de l’impétrant au plus profond de la terre est une allégorie de son "Œuvre au Noir". Là, hors du temps, il doit se morfondre, c'est à dire se fondre dans la mort. La faux et le sablier, que l’on trouve ici-bas, sont les attributs reconnus de la Mort. La Mort fauche la vie de l’homme, comme les Parques coupent les fils de sa destinée, le sablier rappelle que le temps de sa Vie est compté, que la seule issue est la mort. Il symbolise aussi le temps qui passe, et par extrapolation, le Temps lui-même. Le sablier rappelle enfin que la notion de temps est nécessaire à la transformation. Nous sommes ici dans le règne de Saturne.

 

Il a été évoqué plus haut le fait que le Soufre, la semence, devait être cherché dans une sorte de scorie. Cette scorie, ce déchet, les Anciens l’appelaient le "Caput mortuum", la tête morte, qu’on symbolisait par une tête de mort. Le voilà notre crâne. Comme le crâne contient le cerveau, donc la vie, c’est dans ce caput que se cache la Vie de la Pierre. Ce caput, "rectifié" (dissout-distillé…), puis calciné, se transforme alors en une cendre, présente elle aussi symboliquement dans le cabinet. Le crâne et la cendre représentent une seule et même matière, à deux stades de son élaboration. "… Vous serez comme il est dit dans le Livre de la Toison d’or. Notre corps deviendra premièrement cendre, puis sel, et après par ses diverses opérations devient enfin le Mercure philosophal, c’est-à-dire, que le métal doit être calciné, réduit en sel, et enfin travaillé en sorte qu’on en fasse le mercure Philosophal". (Extrait du Filet d’Ariadne).

 

La quatrième figure des "Douze clefs de la Philosophie" de Basile Valentin, illustre la Mort debout sur son tombeau, génératrice de cette cendre. A côté d’elle brille une bougie. Cette bougie, aux côtés du crâne dans le Cabinet de Réflexion, signale que la vie n’a pas disparu. La mort n’est qu’apparente. La graine enfouie dans la terre ne germe que si elle est arrosée. De même, baignée dans son eau mercurielle, cette semence renaît à la Vie sous la forme d’un cristal salin. On trouve le sel sur la table du cabinet. C’est lui la pierre recherchée, résultat des opérations de "rectificando", et les Sages appellent ce sel : leur Vitriol. Son étymologie donne une idée de son aspect : vitriol est en effet le vitri oleum, "l’huile vitrifiée", c'est à dire un sel fusible qui entre très facilement en déliquescence huileuse.

 

L’invention sublime de Basile Valentin réside dans le double sens de VITRIOL : l’acronyme, VITRIOL, dévoile le principe, tandis que le mot, le vitriol, désigne, et décrit, le produit final. Soufre, Sel et Mercure, sont unis dans la composition du "Mercure philosophique", ce compost qui donnera naissance à la pierre philosophale. Il faut savoir que c’est le sel qui unit les principes contraires, soufre et mercure, et les harmonise. Le Mercure philosophique est symbolisé par le Coq. Pourquoi la présence ici de ce volatile si inattendu dans ce lieu ? Fulcanelli nous le rappelle : le Coq, qui se dit en grec Kérux, partage sa racine étymologique avec kerukeion (l’Annonciateur), et kérukérion (le Caducée). Ils représentent tous les trois le dieu Hermès, le porteur du caducée. (kéruképhoros). Par glissement, le Coq symbolise alors le mercure philosophique.

 

Chacun le sait, le Coq est l’animal annonciateur du lever du soleil (or philosophique), le générateur de la Lumière qui émerge de la nuit, symbole de la vie renaissante. L’énigme allégorique de ce coq, mercure philosophique porteur du soufre fixe, a été posée par l’école allemande d’alchimie. Basile Valentin nous révèle dans son livre "la Pierre de Feu" que le secret de l’un des agents chalybés se cache dans la crête du coq, mais cela si discrètement que si l’on peut passer à côté. La piste est ouverte pour le Curieux de Nature. Ainsi de la pierre amorphe s’élabore la pierre taillée, sous la forme d’un sel cristallisé, le Sel de la Terre, vecteur de la vie elle-même et symbole d’harmonie. Il faut entendre "Vous êtes le Sel de la Terre !" comme une invitation à l’harmonisation.

 

Mais comment répondre à cette invitation ? La réponse se trouve peut-être dans l’aphorisme platonicien "Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’univers et les dieux". L’impétrant est étonné de découvrir en ce lieu cette inscription qui était à l’origine placée sur le fronton du temple de Delphes où la Pythie délivrait ses oracles. "Connais-toi toi-même", en miroir de "examine les entrailles de la Terre", invite l’homme, et pas seulement l’impétrant, à une descente dans la psychologie des profondeurs, exige une plongée dans les parties les plus secrètes de sa psyché, d’en connaître les mécanismes, d’en "faire un examen approfondi". Ce n’est pas pour rien que cette maxime, sous cette forme ou sous une autre, est la pierre angulaire de toute initiation, et cela, dans toutes les civilisations… Les psychanalystes, les chamanes, les soufis, les maîtres bouddhistes et ceux qui entreprennent cette aventure de l’esprit, savent combien le "Connais-toi toi-même" engage l’être dans sa totalité, le transforme et, de ce fait, change la nature de son regard sur le monde, comme l’indique la deuxième partie de l’aphorisme. "… et tu connaîtras l’univers et les dieux".

 

Ce voyage n’a rien d’une introspection morale, ni d’un examen de conscience ou encore moins d’une vague estimation de son Quotient Intellectuel. "Rectificando" consiste à faire émerger ce que certains appellent le Moi profond, d’autres le Soi, d’autres encore, l’Esprit de l’Homme, voire le Corps glorieux … Avec l’émergence de l’Esprit, l’Homme devient Sel et il est intéressant de remarquer que la forme cristalline, pyramidale et prismatique de ce sel, de ce vitriol, ressemble à la pierre cubique à pointe que l’apprenti découvre dans le Temple …

 

La symbolique du Cabinet de Réflexion est si explicitement alchimique qu’il est vraisemblable que "nos illustres fondateurs, les mystérieux Rose-Croix", en ont été les promoteurs, eux qui, avant même la publication des Constitutions d’Anderson, n'imaginaient pas séparer l’initiation maçonnique de l’initiation alchimique. Eugénius Philalèthe, franc-maçon et alchimiste, ne déclarait-il en mars 1721 : "L’objet des vœux et des désirs des maçons n’est autre que l’Alchimie, sujet de l’éternelle contemplation des Sages". Mais combien répondent à cette invitation ?

 

Alors, pour les simples maçons que nous sommes, que peuvent nous enseigner les symboles du Cabinet Noir au regard de l’Alchimie ? D’abord : que l’Homme doit accepter de mourir à lui-même, qu’il est la matière première de sa propre transformation. Ensuite : que ce qu’il cherche sera trouvé dans les profondeurs de sa psyché, dans le terreau le plus noble, comme dans ses scories, celles qu’il a refoulées au plus profond de lui-même et qu’il rejette de sa conscience. Que le feu intérieur ne peut briller que si toutes les scories, les peurs ou les déformations que nous portons, ont été purifiées . Que l’harmonie découle de la réconciliation des contraires. Que la lente maturation est propice et nécessaire à l’émergence de l’Esprit. Enfin que les symboles, quand ils entrent en résonance avec nous, ont le pouvoir de nous transformer, et de transformer.

 

En conclusion, le cabinet de réflexion, est le lieu de notre "Œuvre au Noir" et VITRIOL, une invitation à notre transformation personnelle vers un plus-de-perfection, en vue d’une transformation dans le Temple, des choses, des hommes et du monde.

 

Antoine, 9 février 2011           

 

Lire : Les origines alchimiques du cabinet de réflexion 

 

MAJ 09 02 2011

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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 22:05

PINOCCHIO, mon frère,

Un livre pour enfants ou un conte initiatique ?

   

Références et symbolisme maçonniques dans "les aventures de Pinocchio"

Avec l'autorisation du Blog  La Imprenta de Benjamin - (Blogspot.com)

Titre : PINOCHO, HERMANO MÍO  

Auteur : H.: Giovanni Malevolti

Título original: Pinocchio, mio fratello.

http://www.freemasons-freemasonry.com/pinocchio.html

 

  Pour lire le livre, cliquersur la couverture

PinnochioJ'ai passé les onze premières années de ma vie à Pescia, un village près de la ville de Collodi. C'est pourquoi je peux vous dire que j'ai vécu, au sens littéral du terme, dans "l'atmosphère de Pinocchio". Collodi a été non seulement pour moi le lieu de fréquentes promenades à pied, en montant tout droit au sommet des collines pour en redescendre l'autre versant moins d'une heure après, mais les "aventures de Pinocchio" étaient au programme des classes primaires, avant l'arrivée des soi-disant poètes ou des chinois anonymes qui ont investi les livres de lecture et ceux des bibliothèques pour enfants … Dans mon quotidien d'enfant, Pinocchio est devenu un personnage omniprésent, non seulement à l'école, mais également à la maison, lorsque mes parents me disaient : "Travaille, sinon tes oreilles vont grandir et devenir poilues" … Ou lorsque ma mère m'avertissait : "Prends tes médicaments, sinon les lapins noirs vont t'emporter" ou encore, les sombres et froides soirées d'hiver : "méfie-toi du feu pour ne pas te brûler les pieds, comme Pinocchio qui les avait en bois" ...

 

Puis les années passèrent. Je quittai Pescia pour aller vivre à Livourne. Les thermosiphons remplacèrent les bassinoires, apparurent les médicaments au goût de prune ou de cerise, et si je ne travaillais pas à l'école, ce n'étaient pas mes oreilles qui s'allongeaient, mais le nombre de mes mauvaises notes qui augmentait dans mon cahier d'écolier. Pinocchio, mon vieux complice de vadrouille, ne m'avait toutefois pas totalement quitté, lors de nos batailles de pierres au bord de la rivière ou quand nous allions voler des raisins dans les vignes, ou encore lorsque nous restions pensifs et désargentés devant un carrousel, en rêvant du Pays des Jouets et d'arbres couverts de pièces d'or. Mais j'étais bien trop imprégné du personnage de Pinocchio pour pouvoir l'oublier. Puis les aléas de la vie nous séparèrent pendant des dizaines d'années, jusqu'à ce que, très récemment, parcourant par hasard le livre de Giuseppe Prezzolini, je lus : "Pinocchio est le plus grand chef d'œuvre de la littérature italienne".

 

 

Pinocchio00Me souvenant alors de mon amie la Marionnette je fus pris de l'envie de relire ses aventures. Je suis alors allé dans une librairie et j'y ai acheté une édition ordinaire qui était très proche du vieux livre de mon enfance. Et j'ai commencé ma lecture, presque honteux, en me cachant et à l'insu de mes enfants, avec une crainte toute personnelle, de ne pas réussir à terminer la lecture d'un livre aussi léger, futile et désuet. Mais je m'étais trompé, car les pages défilaient très rapidement, et je m'arrêtais souvent pour réfléchir et reprendre attentivement la lecture, afin de méditer sur le sens cette histoire, comme si je lui trouvais un sens nouveau que je n'avais pas réussi à comprendre cinquante ans plus tôt. Et lorsque, arrivé à la fin de l'histoire, j'ai finalement fermé le livre, j'ai pensé intimement : "Pinocchio, tu es mon frère".

 

A mon avis, il y a deux manières de lire "Les aventures de Pinocchio". La première, que l'on peut appeler "profane", est celle où le lecteur, souvent un enfant, prend conscience de ce que j'appellerai "les mésaventures", plutôt que "l'aventure" de la pauvre Marionnette en bois. La seconde est une lecture d'un point de vue maçonnique où une forte connotation symbolique complète, sans s'y substituer, le seul récit de la série d'aventures. L'appartenance à la franc-maçonnerie de Carlo Collodi (Carlo Lorenzini) ne fait aucun doute et même si elle n'apparaît dans aucun document officiel, les références y sont nombreuses. Aldo Mola, qui n'est pas maçon, mais unanimement considéré comme l'historien officiel de la franc-maçonnerie, exprime sa conviction de l'appartenance de l'écrivain à la fraternité maçonnique. Et plusieurs notes biographiques semblent bien confirmer cette thèse : la création en 1848 d'un périodique intitulé "Il Lampione" (La lanterne) qui, comme le disait Lorenzini, devait "illuminer tous ceux qui tâtonnaient dans les ténèbres" ; la participation aux deux premières guerres d'Indépendance, aux côtés des volontaires Toscans (en 1848) et, en qualité d"engagé volontaire, dans l'armée du Piémont (en 1859) ; enfin, son extrême proximité idéologique avec Mazzini qui le poussait à se définir comme un "disciple passionné de Mazzini".

 

PenduMais alors, quel était le plan primitif de Collodi ? Composer une histoire pour les enfants ou un conte maçonnique ? Il est difficile de répondre à cette question, parce que même si nous pensons que la première rédaction du livre "Histoire d'une Marionnette" qui, rapprochée des trente six chapitres de l'œuvre définitive, se terminait au chapitre XV, par la mort de Pinocchio, pendu au Grand Chêne, ne permet pas parler d'un conte pour enfants, dans la mesure ou elle n'est ni amusante ni didactique du fait de son extrême cruauté, on ne peut y trouver aucun élément de l'ésotérisme maçonnique, parce que les fondements de cette idéologie y sont absentes. La réponse à cette question se trouve peut-être dans les vingt centimes par ligne que l'éditeur consentait à l'écrivain. Mais en 1881, Collodi reprend son texte original, lui apporte des modifications, lui ajoute des chapitres et produit finalement l'œuvre que tout le monde connaît aujourd'hui. L'auteur y a modifié son projet : d'un récit stérile, sombre et sans espoir est issue en quelques années une histoires devenue l'une des plus célèbres du monde.

 

Nous posons alors une nouvelle fois la question : Collodi a-t-il écrit une histoire pour les enfants ou un conte maçonnique ? Je considère la première hypothèse comme vraisemblable et assez évidente. Mais il est toutefois également certain que l'auteur a voulu tracer une image critique de la société de son époque. Enfin, il est naturel qu'il ait inclus dans la narration de son histoire des éléments symboliques et ésotériques de la culture de l'institution dont il était membre, en réussissant ainsi à mêler les deux éléments si intimement que ces derniers ne peuvent être évidents que pour les lecteurs qui, comme l'auteur, ont été formés pour concevoir et interpréter les choses en les considérant d'un point de vue particulier.

   

ef157c4acePendant des années, de nombreux critiques ont donné à ce récit une interprétation religieuse teintée de catholicisme. La dernière de ces interprétations a été proposée par le cardinal Giacomo Biffi. Je ne partage pas cette opinion, à moins de considérer, comme des concepts religieux, des valeurs telles que la bonté, la générosité, le pardon, la famille, qui sont les fondements mêmes de toute morale laïque. On ne trouve, dans cette histoire, aucun personnage lié au monde de la religion. Pourtant,  nous connaissons tous l'importance non seulement spirituelle mais aussi politique de l'Eglise au XIXème siècle et combien elle tentait à l'époque d'influencer la culture et l'éducation. Il aurait donc semblé normal, dans une histoire qui met en scène une Marionnette-enfant qui habite dans un petit village de campagne, qu'il y ait un prêtre ou même de simples références à la religion officielle. On ne trouve, au contraire, dans le récit aucune allusion au clergé, à l'église, aux images saintes, aux fêtes ou aux cérémonies religieuses. Et je dirai même que cela a été expressément voulu parce que Lorenzini avait une réelle connaissance du culte et de l'idéologie religieuse, ayant fait plusieurs années d'études chez les Scolopes. En examinant soigneusement l'architecture du livre,  il apparaît que les fondements de l'histoire reposent sur trois valeurs : La Liberté, parce que Pinocchio est un être libre qui aime la liberté ; l'Egalité, parce que la seule aspiration de Pinocchio est d'être l'égal des autres et parce que nul n'est supérieur aux autres, ni plus important ; la Fraternité enfin, parce qu'elle est le moteur de l'action des personnages, dans les diverses  situations du récit.

 

Saul - La Plata,18 septembre 2010           

  Traduction par Eusthènes                   

 

       

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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 22:00

PINOCCHIO, mon frère,

Un livre pour enfants ou un conte initiatique ?

 

"Qu'est-ce que l'initiation, sinon la traversée des épreuves à travers  lesquelles  l'être humain met à nu, lentement, cette étincelle qui est en lui et qui, une fois  révélée, éclaire l'univers et lui donne un sens ?"  ...

 

Références et symbolisme maçonniques dans "les aventures de Pinocchio"

Avec l'autorisation du Blog  La Imprenta de Benjamin - (Blogspot.com)

Titre : PINOCHO, HERMANO MÍO 

Auteur : H.: Giovanni Malevolti

Título original: Pinocchio, mio fratello.

http://www.freemasons-freemasonry.com/pinocchio.html

 

 Résumé - Chapitres 1 à 18 (Cliquer sur l'image)                 

PinR06Quelles sont donc ces "aventures de Pinocchio" ? Ouvrons le livre et entrons dans … "un temple maçonnique", où l'on va célébrer la plus importante cérémonie d'un itinéraire maçonnique, une initiation, une vraie initiation, dans la totalité de ses trois degrés. Et qui donc va être initié ? Peut-être Pinocchio ? Non ! Mais poursuivons. "Il était une fois, … un roi ?" - "non … un morceau de bois !". Ou peut-être vaudrait-il mieux dire : "Il était une fois un Maître"Maître Antoine, dit Maître Cerise, qui pourrait être le vénérable d'une loge hypothétique. Maître Antoine est un vieux menuisier qui a en mains un morceau de bois. S'il avait été tailleur de pierre, il aurait certainement voulu tailler cette pierre. Mais ce "rondin de bois", le maître veut en faire un objet achevé et utile, un pied de table par exemple. "Aussitôt, dit Collodi, il prend sa meilleure hâche, bien affûtée, pour entreprendre d'enlever l'écorce du bois afin de le dégrossir". Mais l'habile Maître menuisier s'aperçoit alors que ce morceau de bois brut, cette simple bûche ramassée dans le tas de bois, ce bout de bois tout ordinaire, possède pourtant une qualité cachée : "il est vivant, il parle" ... et son destin n'est donc pas de devenir un simple pied de table ou, pire encore, de finir dans la cheminée.

 

                   Résumé - Chapitres 19 à 36 (Cliquer sur l'image) 

PinR35"C'est alors qu'on frappe à la porte" ... "On frappe en profane à la porte du Temple". Et celui qui frappe, le candidat, c'est Geppetto, qui entre. Geppetto est un petit vieillard grincheux, prêt devenir une vraie bête agressive, qu'il n'y a plus moyen de tenir, car la tolérance n'est pas sa qualité première. Mais malgré tout, Geppetto est au fond un brave homme qui vient demander un morceau de bois pour sculpter une Marionnette. A qui d'autre, le vénérable pourrait-il confier mieux qu'à lui, le travail de dégrossir ce morceau de bois qui parle pour en tirer le meilleur parti ? C'est ainsi que Geppetto emporte le morceau de bois brut, disons "sa pierre brute", dans sa masure, qui ressemble beaucoup à un cabinet de réflexion : "... une petite pièce en rez-de-chaussée, qu'éclairait une soupente, un siège bancal, une table complètement délabrée, un feu dans une cheminée, mais ce feu était peint en trompe l'œil  sur le mur et une casserole, peinte elle aussi,  qui envoyait un nuage de vapeur" ... Geppetto rédige alors son testament philosophique : "Je sculpterai une Marionnette en bois, je l'appellerai Pinocchio, c'est un nom qui lui portera bonheur. J'ai connu une famille entière de Pinocchio, tous se la coulaient douce … Et le plus riche d'entre eux se contentait de mendier". Après avoir trouvé un nom pour sa Marionnette, Geppetto se met au travail sérieusement en  utilisant ses outils avec détermination. Et, après des périodes d'espoir et de doute, après avoir surmonté toutes les difficultés, il parvient enfin à sculpter le morceau de bois et à en faire une Marionnette, une Marionnette certes parfaite, mais encore rien qu'une simple Marionnette. C'est ainsi que naît Pinocchio, Marionnette de bonnes mœurs, mais encore inachevée, donc susceptible de se fourvoyer dans les pièges et les tentations de la vie profane.

  

     Carlo Collodi          

CarloCollodiDès lors, Geppetto et sa création vivent presque en symbiose, l'auteur s'identifiant à son œuvre, chacun partageant les souffrances de l'autre, les mêmes espérances, traversant les mêmes épreuves, même si les lieux et les circonstances ne sont pas rigoureusement les mêmes. Au chapitre VI, alors que Geppetto est en prison, Pinocchio doit traverser une tempête et un froid glacial, recevoir une bassine pleine d'eau sur la tête et enfin se brûler sérieusement, ce qui lui réduit les pieds en cendres. Air, eau, feu, peuvent-ils constituer une simple coïncidence ? Après avoir dégrossi la pierre brute, Geppetto réussit à passer du premier au second degré. Il a certainement fait des progrès, mais il est encore très loin de l'idéal de perfection auquel il aspire. Il n'est certes plus l'homme irrascible du premier chapitre et la Marionnette, elle, abandonne de plus en plus sa mentalité de bois brut pour commencer à acquérir des raisonnements humains. Ses pieds refaits après avoir subi l'épreuve du feu, Pinocchio commence à réfléchir : "Je vous promets, papa, que j'irai à l'école, que j'étudierai ... J'apprendrai un métier qui me permettra de vous faire honneur et  je serai votre bâton de vieillesse". Comment ne pas adhérer à un tel projet ? Geppetto, afin de voir son œuvre réalisée, et lui-même en elle, n'hésite pas donc un seul instant à vendre son vieux manteau pour acheter un abécédaire à Pinocchio.

 

Dès lors, toute l'histoire se focalisera sur l'école et sur l'évolution de la Marionnette jusqu'à sa transformation finale. Mais combien d'épreuves fondées sur le trinome air, eau, feu devra-t-elle encore surmonter ? Elle risque d'être brûlée dans le barbecue de Mangiafuoco (Mangefeu), où de périr carbonisée dans l'incendie allumé par les bandits (le Chat et le Renard) . Elle flotte au gré de la Tramontane, pendue au Grand Chêne, voyage dans les airs à califourchon sur un pigeon, plonge dans la mer pour y retrouver son père. Elle  est elle-même jetée à la mer, transformée en petit âne, pour être noyée. Et comme elle surmontera toutes ces épreuves, malgré quelques faux pas dus aux tentations de la vie profane, elle en sortira purifiée, plus forte, meilleure.  Et la Petite Fée aux Cheveux Bleu-nuit ? (Buona Fatina - la Bonne Petite Fée) ? Est-il possible de passer sous silence un personnage si important ? Certes non … Car elle est omniprésente et même au cœur du récit. Elle est la personnification de l'idéal maçonnique, l'expression de la raison. Ses intentions ne s'inspirent ni de la Foi, ni de l'Espérance, ni de la Charité, mais d'un rationalisme absolu qui peut même parfois exaspérer par une simplicité un peu réductrice (voir le chapitre XXV).

 

La Bonne Petite Fée, intervient pour la première fois dans le récit lorsqu'en frappant trois coups, elle ordonne le sauvetage de Pinocchio qui est alors pendu par le cou au Grand Chêne. Elle le fait ensuite amener dans sa demeure où tout est lumière et joie. Mais elle doit d'abord consulter trois médecins pour savoir si Pinocchio est mort ou bien vivant, même si, malgré quelques incertitudes, le diagnostic semble favorable. C'est pour cela que la Marionnette doit comprendre ce que signifie la vie dans cette demeure. Pinocchio mange d'abord les bonbons, mais doit ensuite avaler la potion amère (la coupe d'amertume). Et la Bonne Petite Fée, présente, sous l'apparence d'un enfant, lors de sa première apparition, dit à Pinocchio : "Tu seras mon Petit Frère" Les analogies avec le rituel d'initiation sont tellement évidentes qu'il est impossible de croire que ces références de Collodi pourraient être involontaires ou relever du simple hasard.

 

res11Lors de la deuxième rencontre de Pinocchio avec la Bonne Petite Fée, elle n'est plus une enfant, mais elle est devenue une femme, à qui il avoue pour la première fois son désir de devenir un vrai petit garçon, un homme. La Bonne Petite Fée lui répond qu'il devra pour cela surmonter une série d'épreuves mais surtout commencer par étudier à l'école et s'instruire. Pinocchio le promet et même le jure … Et se parjure. Puis, le compor-tement de la Marionnette semble ensuite s'améliorer de sorte que la Bonne Petite Fée lui annonce que le lendemain, il deviendra un vrai petit garçon en chair et en os. On organise alors une grande fête. On lance des invitations, mais une fois encore, les tentations du monde profane entraînent malheureusement Pinocchio au Pays des Jouets. Après cette expérience désastreuse, Pinocchio, qui doit se racheter, ne reverra plus la Bonne Petite Fée qu'indirectement, une troisième fois, sous les apparences d'une chevrette, qui viendra pour l'assister et l'aider lorsqu'il sera avalé par le redoutable Requin, avant de parvenir à l'ultime purification.

 

Lorsqu'il est avalé par cet effrayant poisson, Pinocchio entame la transition vers le Troisième Degré : la mort suivie de la Renaissance. "Le choc est alors si violent  que, dégringolant dans le corps du requin, Pinocchio est assommé et reste évanoui pendant un bon quart d'heure. Lorsqu'il revient à lui tout, autour de lui, est plongé dans le noir le plus profond, comme s'il était tombé dans un encrier plein d'encre. Plongé dans l'obscurité et  terrorisé à l'idée d'être digéré dans le ventre du poisson, Pinocchio aperçoit enfin une vague lueur, une toute petite lumière, peut-être quelque compagnon d'infortune, attendant lui aussi d'être digéré … Je veux le rencontrer. Car ce pourrait être un vieux poisson avisé qui sait, lui, comment sortir d'ici." … Et Pinocchio commence à marcher à tâtons dans l'obscurité, en progressant pas à pas vers cette pâle lueur qui brille vaguement dans le lointain. "Et, plus il avance, plus cette lueur lointaine et imprécise devient plus vive et plus brillante. Il marche longtemps avant d'atteindre son but. Et là, que trouve Pinocchio ? Une petite table sur laquelle est allumée une bougie enfilée dans une bouteille en cristal vert et, assis à cette table, un petit vieux aux cheveux blancs comme la neige" ...". 

 

Le créateur et son œuvre sont alors à nouveau ensemble, réunis et prêts à accéder enfin à la Lumière qui se présente à eux comme "un ciel étoilé et où  un splendide clair de lune brille sur la mer" ... L'artiste revient à la vie grâce à son œuvre. Ainsi achevée, la Marionnette est désormais prête à devenir un homme. La pierre brute a été taillée. Il ne reste plus qu'à la polir pour que l'œuvre soit parfaite. "Entre temps, le jour s'était levé" ... Pinocchio commence alors à étudier et à beaucoup travailler pour son père mais aussi pour secourir la Bonne Petite Fée qui se trouve dans le besoin. Il renonce même pour cela à acheter un nouveau costume. Et un matin, en ouvrant les yeux, Pinocchio, découvre émerveillé qu'il n'est plus une Marionnette en bois, mais qu'il est devenu un vrai petit garçon. Il découvre également que la pièce aux murs nus de la cabane en paille est devenue une jolie chambre meublée et décorée avec une élégante simplicité. Il est désormais riche, car les quarante sous envoyées pour aider la Bonne Petite Fée, lui ont été restitués sous la forme de quarante louis d'or. Ainsi, on lui a rendu ses métaux. Pinocchio se précipite pour retrouver son pauvre père, dans la chambre voisine, et y trouve le vieux Geppetto en pleine forme, guilleret et de bonne humeur. 

 

Le passage au troisième degré est enfin achevé et l'itinéraire initiatique arrivé à son terme. La fin de l'histoire se passe dans le temple, où le bon Geppetto observe satisfait, d'un côté Pinocchio devenu un homme, c'est à dire une Pierre bien taillée qu'il faut continuer à polir, et de l'autre la vieille Marionnette de bois, appuyée contre une chaise, la tête penchant sur le côté, les bras ballants,  les jambes entremêlées et à demi repliées. A se demander comment elle pouvait se tenir debout ... Car c'est bien là que se trouve l'originalité de l'œuvre : En fait, Pinocchio ne s'est pas réellement métamorphosé,  et il n'est pas devenu un vrai petit garçon. Mais un nouvel être est né (en Geppetto) et la Marionnette qui gît là-bas est bien là pour  en témoigner. A la fin du Conte, la dernière phrase que Collodi fait prononcer à Pinocchio, exprime la quintessence de la fierté d'être devenu, par l'initiation, un Frère et un Maçon Libre : "Quel drôle d'air j'avais, lorsque j'étais une Marionnette ! Et comme je suis content d'être devenu un vrai et bon petit garçon !"

 

Saul - La Plata, 18 septembre 2010         

  Traduction par Eusthènes                  

 

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6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 11:32

lumiere0"Que la Lumière soit !" Trois fois j’entends cette phrase prononcée par le Vénérable pendant le rituel et chaque fois, à chaque tenue, l’incantation m’évoque le verbe initial, celui de la création du monde par Dieu. Mais avant de créer notre monde (la terre, le ciel, les animaux et les hommes) le Dieu de Moïse crée d’abord la Lumière. Il la tire du Chaos. S’il y a bien quelque chose d’incompré-hensible, c’est bien cela : il crée la lumière avant même que les luminaires existent, eux qui sont supposés la dispenser ... Je l’avoue : j’ai beaucoup glosé sur cet illogisme. Preuve fatale, faut-il le souligner, de mon ignorance et d’une raison adolescente, à une époque rebelle aux mystères cachés. La plupart des récits de création, de toutes les sociétés du monde et de tous les temps, plongent pourtant leurs racines dans des mythes qui recèlent une Vérité cachée. Et la théorie du Big Bang, qui a pourtant jeté Dieu dans les oubliettes du Hasard et du Déterminisme, n’échappe pas à la règle. La référence biblique évoque à l’évidence la lumière primordiale, lumière qui ne serait pas de même nature que celle que nous connaissons, celle émise par les luminaires. Comme cette petite bougie qui attend notre entrée dans la pénombre du Temple …

 

Tout à l’heure, avant d’entrer en loge, nous avons fait silence sur les parvis, et nous sommes entrés dans le temple comme on entre dans une église, silencieusement. Le temple est plongé dans la pénombre. Seule la lueur de cette petite bougie émerge de l’obscurité et éclaire notre déambulation. L’ambiance aide au recueillement. L’intention est trop religieusement marquée, trop pascale, pour ne pas en cacher une autre, plus discrètement initiatique. Bon, j’entre dans le silence de ma propre nuit et la faible lueur semble tout d’abord me rappeler que je suis là pour être éclairé, pour trouver la lumière. Symbolique de comptoir, me direz-vous, oui, je suis preneur. Cette petite lueur qui vacille m’en rappelle une autre, celle qui présida à ma veillée solitaire dans le cabinet de réflexion.

 

Le temple est bien couvert, pas d’intrus qui se cachent sur les colonnes. Le Vénérable demande alors ce qui nous unit dans ce lieu : "La Vérité" lui est-t-il répondu. J’entends bien que cette vérité est La Vérité, qu’elle n’est pas relative : elle est complète, totale, elle contient, semble-t-il, toutes les vérités et surtout elle recèle un secret, notamment que le Monde a été créé par un Architecte éternel. Secret de polichinelle : toutes les religions d’hier et d’aujourd’hui proclament à peu près le même refrain. Et chaque religion a nommé son, ou ses dieux. La franc-maçonnerie, qui n'est pas une religion, a le Grand Architecte … Non, le secret ici semble plutôt résider dans la manière dont le monde a été conçu et réalisé : avec, nous dit-on, des outils et des nombres mystérieux, cet Architecte aurait ordonné, je cite le rituel, "tout ce qui constitue l’essence de l’être". Outils et Nombres "voilent, nous dit-on encore, l’essentiel du mystère de notre loge, et dissimulent le secret de l’entrée dans notre chambre du milieu". Rien, pas un indice, pas une explication supplémentaire, ne vient à mon secours pour me permettre de digérer un tant soit peu cette révélation massivement hermétique.

 

3lumi-res.jpgLes outils sont disposés sur l’évangile de Jean, celui, dit-on, de la Vraie Lumière. Et le Vénérable de rajouter une couche de mystère : "Ici sont les arcanes de la Gnose". Je reprends le texte de Jean pour tenter de percer le secret de l’arcane en question. Je lis : "La Vie était la Lumière des Hommes, et la Lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas saisie". Ce n’est pas plus clair. Assis dans l’ombre, j’attends la lumière des hommes, je la désire. Le noir est un turbulent silence. Depuis les origines, tout ce qui vient au jour, à la lumière, sous le regard, vient du noir ou de la pénombre. Et y retourne. Caverne, grotte, gouffre, crypte, forêt, ventre, souterrain, nuit, chaos, sommeil, temple ! sont les matrices du secret. Ils sont à la fois les conditions du passage et celles de la transformation. Passage… Transformation : je pense de nouveau au Cabinet de Réflexion.

 

Apportée par le Maître de Cérémonie qui la tire de la pénombre, la lumière monte vers l’Orient. Je souris : le Maître de Cérémonie joue ici le rôle de Lucifer, le porteur de la première lumière. Le Vénérable invoque le Dieu inconnu, et la première lumière s’allume à l’Orient, sur la Terre de Memphis. Le maillet qu’il porte sur le coeur est censé transformer sa parole en Verbe. "Que la première lumière soit !" Le triple flambeau du Vénérable Maître est allumé, puis ceux des Premier et Second Surveillants, respectivement sous les auspices de la "Sagesse ineffable", de la "Force toute puissante" et de la "Beauté éternelle". Et à chaque allumage : "que la lumière soit !".  Puis c’est au tour des colonnes de la Sagesse, de la Force et la Beauté, d’être allumées. Sagesse, Force, Beauté : les trois outils architecturaux de la fabrique du Monde. Symboles respectifs du Verbe, de la Manifestation initiale et de l’Harmonie. Nous sommes au coeur du Mystère. Etrange mystère dont l’apparente simplicité m’interloque encore. Prononcée si solennellement, maillet à la main, on s’attend à ce qu’une telle phrase soit suivie d’un effet immédiatement transmutatoire. Mais rien ne se passe. Oui, les lumières s’allument, mais la révélation attendue, souhaitée, la fameuse lumière, ne tombe pas du Ciel.

 

On m’a dit que le jour de mon initiation j’avais reçu la lumière. Quelle lumière ai-je reçue ? Il ne peut s’agir de celle que j’ai déjà reçue à la naissance, quand mes yeux ont commencé à séparer le jour de la nuit, à sortir les objets du magma lumineux indifférencié. Lente acquisition, certes, mais on ne peut m’accorder une chose que je possède déjà. S’agirait-il d’une symbolique restitution, censée me transformer profondément ? Et comprendre le mot lumière dans les emplois figurés liés à sa fonction de cognition : intelligence, compréhension … Jeter la lumière sur … Mais pourquoi recourir à la raison, ici, quand il s’agit d’ouvrir la voie à une "révélation" fondée sur l’émotion ? Alors quelle est la vraie nature de cette lumière qu’on allume symboliquement dans la nuit ? Cela m’intrigue et j’ai bien envie de faire un petit tour du côté de la lumière et de sa perception de la lumière. La lumière me semble tout à fait évidente aussi longtemps que je n’y regarde pas de trop prés. Mais dès que je me pose la question sur sa nature… Je ne sais plus très bien de quoi je parle.

 

 

Je peux néanmoins dire ce que je ne sais pas d’elle : Je ne sais pas, par exemple, si la lumière est une onde ou une particule, comme le prétendent les physiciens, ou une autre entité dont on n’a pas encore le moindre concept. Je ne sais pas si la couleur d’un objet, qui est sa lumière propre dit-on, est une propriété de l’objet ou si c’est plutôt le refus de ces qualités par l’objet en question. Je ne sais donc pas la vraie couleur de l’objet : si c’est celle qu’il rejette, la lumière visible, ou si c’est celle qu’il absorbe, la lumière invisible. Je ne sais pas si la perception colorée d’un objet fait véritablement référence à la chose réelle qui a émis le signal à l’extérieur de moi. Je ne sais pas si la lumière que je perçois existe en dehors du système de perception. Je ne sais pas ce que c’est qu’une image mentale, résultat ordonné d’un flux chaotique d’informations qui ont été onde ou particule, c’est selon, puis, entre rétine et cerveau, sont devenus signaux électrochimiques, électriques, ioniques, re-électrique, puis, quelque part, recomposés en image d’une toute autre nature que les signaux reçus et transmis …

 

Allons plus loin et, puisque nous sommes dans l’image, imaginons ! Et si tout le spectre de la lumière visible que nous percevons, c’est-à-dire les quelques petits quatre cent cinquante nanomètres de fréquences qui oscillent entre le rouge et l’indigo, s’élargissait à toutes les longueurs d’ondes en circulation dans l’Univers ! De quelle nature serait la lumière perçue par nos sens ? Des flux énormes de particules circulent dans l’Univers, parmi lesquelles les photons et les neutrinos, par exemple. La Nature a fait le choix : pour voir les objets, elle a choisi les photons, détectables parce qu’ils sont en interaction avec la matière. Avec les photons, le monde apparaît dense et opaque. Et lumineux ! La lumière que nous connaissons n’est q’une apparence particulière, due à l’usage des photons. Mais quelle est la couleur de la lumière quand les photons ne rencontrent aucun obstacle dans leur voyage à travers l’espace sidéral ? Noire. La lumière est noire.

 

Imaginons maintenant que nous disposions d’organes (tout à fait extraordinaires et peu vraisemblables) sensibles au flux des neutrinos. Les neutrinos sont des particules émises par tous les corps, et traversent d’énormes quantités de matière sans interagir avec elle (les neutrinos traversent la Terre sans rencontrer le moindre obstacle). Nous aurions alors à traiter une autre apparence particulière de la réalité. Nous pourrions contempler sous nos pieds, pieds que nous ne verrions pas, nous pourrions contempler le centre de la Terre, l’envers des continents, le soleil des antipodes et audelà de tout cela, le vide des espaces infinis … Avec les neutrinos, le monde serait subtil et transparent. Mais il serait pratiquement invisible. Le monde serait noir … Imaginons encore (cela ne coûte rien !) qu’une fenêtre beaucoup plus large soit ouverte dans le spectre électromagnétique. Notre vue du monde serait bien différente. Nous pourrions voir les émissions de radio et de télévision, chacune visible avec sa couleur propre. On peut ainsi jouer à imaginer un mélange de couleur rouge avec la couleur inconnue de Radio-France, qui colorerait les murs de la maison voisine. En réalité, tous les objets, donc tous les obstacles à la lumière, reflètent une combinaison de rayonnements encore bien plus complexes, quoique invisibles pour notre système de perception.

 

Vous devez vous demander pourquoi je vous ai emmenés avec moi dans cette petite rêverie imaginaire … et peut-être pas bien lumineuse, je vous l’accorde. Parce qu’on voit bien qu’on ne peut pas compter sur la réalité de la lumière que nous connaissons ! Ce monde est une illusion. Une illusion des photons, qui ne pénètrent pas la matière. Je vois quelque chose de coloré, de lumineux, parce que je suis dans le monde des photons. De plus ce que je vois n’est pas la lumière émise, complète, mais la lumière réfléchie, je veux dire rejetée. Au spectre limité. Dans le monde des neutrinos, je ne verrais presque plus rien, puisque ces particules n’ont pas d’interaction avec la matière. La lumière lumineuse serait-elle alors de la lumière "grossière", tandis que la plus sombre serait plus subtile, plus … divine ? La lumière totale serait-elle celle des physiciens quantiques, un fond énergétique, intemporel, non-spatial, insondable. Invisible. Et pourtant présente partout et à toutes les échelles de la Nature ? Une lumière invisible d’où émerge cet univers et qui sous-tend ce qui est, dans un éternel présent ? La lumière primordiale serait-elle cet Esprit universel des alchimistes, principal agent de transformation et de re-génération. Cette lumière toute puissante serait-elle celle du Nagual, des guerriers Toltèques, impersonnelle et effrayante, dévoreuse de la lumière des êtres ?

 

lumiere11Peut-être pour répondre à mes interrogations muettes, le Vénérable adresse à la déité une prière : "Illumine de ta Gnose les hommes qui sont encore dans les ténèbres de l’ignorance". Je vois bien que je suis de ceux-là ! La Gnose dit que le salut de chacun d’entre nous est fondé sur la Connaissance, une connaissance de soi, qui a pour levier une révélation intérieure. Pour le gnostique, "Connais-sance de soi est connaissance de Dieu".

 

Et me voilà propulsé une fois encore au coeur du cabinet de réflexion avec son "Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les dieux". Est-ce là l’entrée du chemin de la Vérité, cette Vérité totale promise depuis tout à l’heure ? Je lis quelque part (je ne sais plus où) : "La Connaissance de la Lumière noire est la clé de la Connaissance totale. Elle ouvre à l’Homme la maîtrise de la Terre, ainsi que les portes du Ciel et de l’Enfer". Dans cette conception, la lumière est la Vraie matière de l’Univers, cette lumière subtile, totale, primordiale, cette lumière noire, est le Plein tandis que la matière est le Vide, le lieu où la lumière ne peut se propager, là où elle n’a pas accès, comme le suggère le philosophe alchimiste Coton-Alvard. La lumière de mon esprit, enfouie, enkystée, prisonnière dans sa gangue matérielle, psychique, temporelle, ne demande qu’à dissoudre les concrétions qui la pétrifient, ne demande qu’à se libérer du vide de la matière, entrer en harmonie avec la Lumière Universelle … d’où elle vient. Une libération qui, selon la Gnose, fait accéder l’Homme à la connaissance directe de la divinité. Cette Connaissance est une expérience vécue de la Lumière.

 

"Souviens-toi qu’Osiris est un dieu noir". Eliphas Levi disait que cet aphorisme était soufflé à l’oreille de l’initié, rappelant qu’Osiris Noumène (l’Osiris lumière) est ténèbre pour le mortel. Osiris, dieu démembré, putréfié, enveloppé, refaçonné, revivifié, plongé au coeur des ténèbres les plus profondes. Il est, pour les égyptiens, le Soleil noir et la Source de Vie. Chaque homme est appelé à revivre le mythe d’Osiris. Chaque homme est aussi appelé à retrouver le chemin de l’Arbre de Vie, planté au coeur du jardin d’Eden. La Bible dit qu’un chérubin se tient à la porte du jardin, en brandissant une épée flamboyante. Cette porte, il ne la défend pas avec l’épée, non, il la signale. L’entrée est là ! mais pour passer la porte, l’homme, qui a parcouru le monde de la matière au point d’être lui-même devenu matière, doit se dépouiller de la gangue réfractaire à la lumière, se laisser démembrer par l’épée, mourir à lui-même pour enfin laisser se dilater sa propre lumière. Je lis quelque part : "… Soi-même est la lumière, si petite fût-elle, qui réside au fond de tout être quelle que soit sa condition ... Rechercher, découvrir sa propre lumière intérieure, la définir, elle et ses besoins, puis la ressentir dans la dilatation de tout l'être qu'elle provoque avec l'intense joie qui l'accompagne, tout cela est inexprimable".

 

"De tout être, quelle que soit sa condition" : l’être humain certainement, mais aussi l’être animal, végétal, minéral … Le psychanalyste, avec "Connais-toi toi-même", mais aussi l’alchimiste avec V.I.T.R.I.O.L., aident à l’émergence de la lumière enfouie, à la faire circuler, à la libérer, l’un pour la libérer des noyaux psychiques, l’autre de sa gangue matérielle. Si dans la communauté des hommes, Jésus, Bouddha, Sahi Baba, Zarathoustra sont des êtres de lumière, la Pierre philosophale est l’être lumineux dévolu au monde minéral. Oui, il s’agit bien de faire naître sa Lumière, de la nourrir, de la faire grandir. Non pas pour la fondre dans le grand Tout, comme le suggèrent les adeptes du New-Age. Voilà bien, au regard de la psychanalyse d’ailleurs, un désir de régression infantile, de renoncement à la vie, dont le résultat immédiat est un abandon de sa liberté. Non. Sa lumière, il faut se la conquérir contre la lourdeur de la matière, se la forger, l’épurer. Se façonner un esprit lumineux, se fabriquer un corps de gloire, comme celui du guerrier Toltèque, afin qu’il puisse se présenter devant la Grande Lumière, vivant et libre, sans crainte d’être dévoré par la toute puissance. Au contraire se faire traverser par elle, alimenter sa propre lumière à la source de la Grande Lumière. Et, folie ! ajouter sa lumière à la Grande Lumière … Combat sans fin, lutte sans trêve contre la gravité de notre existence. Incroyable défi, folle espérance de l’homme mortel devant le mystère de l’éternité !

 

Dans la cérémonie d’initiation, le Vénérable porte l’épée flamboyante, celle du chérubin qui dispense la Vie et la Mort, qui balaye l’orgueil, qui dissout l’ego. Elle garde la porte de l’autre monde, celui de la source de la Lumière. Pour entrer dans ce monde, il faut passer au fil de cette épée-là. Avec son épée flamboyante, le Vénérable montre sa fonction de gardien du symbole, celui de la régénération de l’Homme par le travail de dissolution du moi, de l'enfantement de la lumière dans la douleur, loi immuable et nécessaire des initiations et des épreuves. Cette épée signale-t-elle l’entrée de la mystérieuse chambre du Milieu ? 

 

"Pas de catéchisme, pas de mode d'emploi, pas de guide non plus pour passer la porte : la franc-maçonnerie n'est pas une école qui a un programme d'enseignement ou des dogmes. Oh ! Elle suggère bien qu'il y a un chemin, mais elle laisse à l'initié le soin d'en trouver l'entrée et d'en tracer le cours. Initié certes. Mais seul ! De temps en temps quelques balises permettent à l'initié de se recaler s'il veut bien continuer sa route : élévation au deuxième grade, à la maîtrise, et puis les hauts grades... Des outils, des symboles, des mots et des signes lui sont montrés. Des émotions, des intuitions, des mythes émergent d'autres mondes, des états de conscience manifestent des fonds d'être. Des formules sèment des alertes : "Connais-toi toi-même" ... "On n'est jamais initié que par soi-même". Initié certes ... Mais seul ! Ouvrir le chemin, oui ! mais au milieu de ses propres ronces ! Chemin de solitaire. Des frères, occupés sans doute à suivre leur propre chemin, accompagnent le mouvement. Mais aucun n'est le guide. Aucun n'indiquera de direction. Personne au carrefour. Compagnons sur les voies de la lumière, mais pas forcément sur la même route ni aux mêmes étapes. Parfois des rencontres dans des auberges communes au hasard des cheminements. On se rencontre. On raconte. On rend compte. On échange, mais on ne dort pas forcément au même étage".  ( 1 ) 

 

Je repense à cette phrase : "Rechercher, découvrir sa propre lumière intérieure, la définir, elle et ses besoins, puis la ressentir dans la dilatation de tout l'être qu'elle provoque, avec l'intense joie qui l'accompagne, tout cela est inexprimable".  ( 2 )

 

Vivrai-je cet état de mon vivant ? Mon ego, matière entre toutes les matières, acceptera-t-il de laisser la lumière se dilater, mon être devenir un être de lumière ? Que se passe-t-il, que ressent-on quand on touche à l’être de lumière et à l'intense joie annoncée, même si cela est inexprimable comme on nous en prévient. Oui, comment dire l'inexprimable ? Poésie vint à mon secours et m'illumina :

 

Apothéose

  

Antoine, 16 novembre 2010            

Maj  8 12 2010

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 08:49

 

alchimie2Quand vous trouvez une porte,

Il vous faut sa clé ;

Et quand vous trouvez une clé,

Il vous faut sa porte ...

Et le monde est si bien fait

Que toute porte a sa clé

Et toute clé a sa porte.

Et le monde

N'est qu'un labyrinthe de portes ouvertes

Qui font semblant d'être fermées ...

  

Si vous voulez vous y perdre,

Ne lâchez pas votre clé

Et ouvrez, ouvrez ...

 

La porte dont je vous parle

N'est visible qu'ouverte.

Et pour l'ouvrir

Il faut non pas trois,

Mais trois fois trois clés.

Pas trois, ni six,

Mais bien neuf clés ... 

 

Et tant que vous n'aurez pas trouvé la neuvième clé

Toutes les autres n'ouvriront rien

Et l'on vous tiendra pour fou

Et l'on dira :

"Voyez le fou, avec ses clés" ...

 

Puis vous trouverez la neuvième clé.

Alors, ayant franchi la porte,

Epargnez-vous de revenir pour crier :

"J'ai trouvé, j'ai trouvé" ...

Car, dans la porte invisible,

Nul ne vous verra plus

Et votre cri sera muet.

Epargnez-vous donc de revenir ...

   

                                                                                                   "Les invisibles"

           Les deux voies de la connaissance
                    Exotérisme : livre ouvert
                    Esotérisme : livre fermé
         
           Cathédrale Notre Dame de Paris
          Façade Ouest - Trumeau du Portail Central

 

Eusthènes, 15 octobre 2010         

 

 

MAJ 30 11 2010 

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